Femmes Prêtres

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Margaret Barry

Margaret Barry

L’enfant et l’appel

Je suis née aux Etats-Unis en 1937 dans une petite ville du Vermont, l’aînée de quatre enfants. Mes parents appartenaient à une pauvre classe d’ouvriers. Ils insistaient pour que nous, les enfants allions à l’église chaque dimanche, même si eux n’y allaient pas. Nous avons eu la chance de pouvoir intégrer une école libre catholique pendant huit ans. Ma vie ne présentait rien de vraiment extraordinaire à ce moment-là, mais, réflexion faite, je peux me rendre compte comment travaille le Seigneur : Il prend une grande part de notre vie pour que Ses desseins sur nous soient finalement accomplis.

Je me rappelle avoir reçu la vocation de la prêtrise dès l’âge de neuf ans. Je ne me suis pas attardée à cette idée, mais je m’en suis toujours souvenue. Cela me revenait à l’esprit lorsque je regardais notre Visiteur du Dimanche. Les publicités et les demandes de renseignements des Pères de Maryknol attirèrent mon attention. J’ai rempli les formulaires, mais je ne les ai jamais renvoyés.(Je n’avais jamais rencontré de femmes prêtres.)

Mon environnement à la maison était à l’opposé de celui de l’école. L’école catholique m’enseigna des valeurs et me présenta à une personne merveilleuse appelée Jésus, une personne qui se souciait des autres. Je voulais être Lui être proche.

Un jour, alors que je jouais dans la cour de l’école, le prêtre qui était l’assistant du curé m’appela pour une conversation avec lui. Il me demanda à quel jeu les enfants jouaient et ensuite, si j’allais devenir religieuse lorsque je serais grande. Je lui répondis sans hésitation :« Je veux être prêtre. » Je me souviens encore de sa réponse, qui à l’époque me parut quelque peu étonnante, mais qui, actuellement environ cinquante-cinq ans plus tard, signifie beaucoup. Il me répondit : « La prochaine plus grande révélation pour l’église viendra de l’extérieur de l’église. » (Je pense qu’à cette époque, les laïcs étaient considérés comme étant extérieurs à l’église). C’était un prêtre très aimable qui est mort très jeune. Je me souviendrai toujours de sa gentillesse et de ses manières affables, et je lui suis reconnaissante, à lui et aux bonnes sœurs, tout particulièrement à ceux qui furent patients et compréhensifs pour l’élève lente et rêveuse que j’étais.

L’impact positif que ces personnes merveilleuses et dévouées eurent sur moi est qu’elles ont formé ma vie profondément et en vérité, en même temps aussi qu’une jolie tante qui vivait le bon exemple de la vie du Christ. C’est pourtant le Christ qui me sauva la vie.

L’école secondaire me m’apporta pas grand-chose de plus que ce que j’avais déjà appris à l’école catholique. On m’avait offert une bourse pour l’université et je pensais que ce serait ma chance de servir peut-être Dieu et le pays mais mes parents se mirent à grommeler et à s’enflammer contre moi : « Qu’est-ce que tu te crois pour vouloir aller à l’université ?! »

J’ai laissé tomber l’idée et j’ai épousé un marin. Mes pensées de prêtrise furent mises au placard. L’âme doit évoluer et cela allait prendre pas mal d’années. Cela viendrait seulement comme le résultat d’une vie d’expériences studieuses, avec ses peines et ses joies, la tragédie et le triomphe, le déplaisant et le plaisant, la totalité de ce qui est humain et l’intervention du divin.

L’histoire de ma vocation a quelque chose à voir avec les noces, les mariages, ou tout ce qui pourrait s’appeler les unions à Dieu ; et les sacrements sont ici intériorisés, profondément personnels et spirituels, pas ritualisés. C’est également une histoire sensuelle et sacrée en même temps.

Elle commença avec une enfant innocente et naïve de six ans environ, dans sa première année scolaire. Elle aimait vraiment écouter les gens parler et elle adorait apprendre. Cela lui paraissait bon et excitant. Une des choses qu’elle se réjouissait le plus d’entendre était ce qui concernait la bonté et la grandeur de Dieu…Comme Il était grand et quelles merveilles Il pouvait accomplir !

Sœur Carmel racontait à nous, enfants, que cette personne merveilleuse qui avait créé le monde entier et tout ce qu’il contenait, se souciait de chacun d’entre nous. Il aimait et voulait nous parler et Il voulait que nous lui parlions. La Sœur disait que Dieu nous rendrait sages et intelligents si nous L’écoutions. Et une petite fille de six ans, qui ne sentait pas du tout maligne, fait un vœu dans son cœur pour que Dieu lui parle et la rende intelligente. Et voilà qu’une petite voix interne se mit à dire, « Quand tu seras plus âgée, Dieu te parlera ». « Plus âgée…» semblait très lointain. Elle voulait être intelligente MAINTENANT. Elle voulait que Dieu lui parle MAINTENANT. Il y avait seul le silence. Mais elle croyait à ce qu’elle avait entendu. Elle allait donc attendre dans l’espoir de devenir intelligente.

Un jour à la messe du Dimanche, au moment où elle s’agenouillait au premier rang de l’église et que ses yeux étaient tout juste capables de voir par-dessus le banc devant elle, elle regarda les peintures murales sur le plafond de l’église… et là, Dieu lui apparut avec sa longue barbe et son air sévère. L’enfant voulait Lui parler. Mais elle ne pouvait Le regarder. Elle baissa donc la tête et ferma les yeux ; Et du fond de son cœur, elle dit : « Dieu, mon papa n’est pas gentil pour ma maman. Je ne veux pas d’un mari comme lui. S’il te plaît, envoie-moi un bon mari quand je serai grande !». Et elle répéta souvent cette petite prière pendant sa jeune vie.

La vie continua et, trois ans plus tard, cette petite fille quitta un jour l’école, apparemment d’humeur joyeuse parce qu’elle sautillait dans la cour de l’école en se dirigeant vers l’église, soudain, elle s’arrêta quand elle entendit une voix plutôt impérieuse qui lui disait, « Tu seras mon prêtre ! » (D’où cela venait-il ?) Hum, c’est une bonne idée…Ça doit être une bonne vie. Le Père a une belle maison , bien plus belle que la mienne. Et j’aurais aussi un chien, comme lui. Et elle continua à bondir sur le chemin. Mais cette voix restait imprimée en elle.

Cet APPEL est celui de la prêtrise du Christ, comme nous le dit Pierre. Vous êtes « une race choisie, une prêtrise royale, une nation sainte, un peuple en lui-même, afin que vous annonciez les louanges de Celui qui vous a tiré de l’obscurité pour entrer dans sa merveilleuse lumière ». et encore « Vous êtes prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech. » Par cette prêtrise, nous sommes (autres noces !) appelés à être UN avec le Père, comme Jésus est Un avec le père.

Dès cet instant, cette jeune demoiselle reste en contact étroit avec Dieu pendant des années, particulièrement quand elle se sent seule ou quand surgissaient des difficultés. Elle avait treize ans quand sa mère fut tuée par un chauffard ivrogne qui lui passa sur le corps avec son gros camion. Elle avait entendu un avertissement la veille avant d’aller lui souhaiter bonne nuit…Encore cette voix : « C’est la dernière fois que tu vois ta mère vivante !» C’était arrivé. Sa solitude était terrible. Papa buvait beaucoup trop et c’était effrayant de le voir en compagnie de ses amis de bar.

Les années de lycée vinrent et passèrent. Un jeune homme lui proposa le mariage. C’était comme une réponse à sa prière. (Comme on sait peu de choses à dix-huit ans !). Mais un engagement fut pris et elle se disait « prends ce qu’il y a de meilleur dans cette situation ». Au moment où il y eut le besoin et le désir de quelque chose de plus épanouissant, le désir du nid s’infiltra. Elle eut plusieurs fausses couches et les médecins diagnostiquèrent qu’il serait peu probable qu’elle puisse porter des enfants. La croyance au pouvoir de la prière, la foi dans la bonté de Dieu allaient donner des résultats. En plus Marie écouterait et parlerait à Jésus de ce problème. Je jurai d’appeler ma première petite fille Marie. Elle fut belle et parfaite – une nouvelle réponse à ma prière. Deux ans s’écoulèrent avant que la très forte envie de recommencer me taraude de nouveau. Mais j’étais encore à l’université avec encore un an à terminer et il n’avait pas envie d’un autre bébé. Mais une graine avait été plantée et L’Amour est vainqueur.

Je crois que Dieu veut que tout Son peuple sache quel est la beauté de l’amour physique et son aspect sacrés et qu’Il est vraiment présent et à l’œuvre dans cette union. L’appel de Dieu à un homme et à une femme, à cette expérience spirituelle de l’amour physique n’est pas autre chose que la révélation de Dieu dans l’humanité. C’est une nécessité absolue que cette information sur la sexualité soit enseignée par l’église au peuple de Dieu. En réalité, un grand nombre de Chrétiens savent déjà par expérience qu’ils ont rencontré le Spirituel, le Saint, le Mystique, l’Unique dans l’acte d’amour. Certains pourtant ont eu cette expérience et ne peuvent l’identifier ! Comment se fait-il donc que ceux qui professent Dieu n’ont pas informé le peuple de Dieu de ces choses ? (Serait-ce parce qu’ils ne le peuvent pas ?) Notre église doit apprendre et enseigner davantage cette vérité vitale pour peuple de Dieu et la crier sur les toits ! Cela doit honorer la beauté de la sexualité, de l’amour physique et de l’image de Dieu dans l’homme et dans la femme.

J’ai ainsi mis au monde David, puis Barry et Déborah et Timothée et Daniel. Daniel est mort dans un accident de voiture juste après son vingtième anniversaire. Le petit Daniel n’a vécu qu’un jour et j’ai failli mourir à sa naissance.

Dans les intervalles entre les enfants, j’avais l’habitude de me demander si je faisais seulement plaisir à Dieu en faisant plaisir à l’église à propos du contrôle des naissances. Que signifie « naturel » ? -Est-ce que tout ce qui est naturel est juste et bien ? Je me posais un tas de questions et je faisais plein prières. Un temps vint où je disais, Jésus, tu dois me dire ce qui est bien ! Finalement je le défiai « Je veux que Tu me dises ce que je dois faire. Je suis seulement un être humain avec des limites humaines. Tu as dit que tu m’aiderais si je demandais, je me souviens bien de tes paroles… ! « Demandez et vous recevrez. Cherchez et vous trouverez, frappez et l’on vous ouvrira ». Tu as donné Ta parole. Je veux que Tu la gardes ! Des jours, des semaines de supplications, de plaidoiries, de marchandages et de demandes d’une réponse de Dieu s’écoulèrent. Cependant une nouvelle idée émergea à travers toutes ces pensées et ces frustrations, une idée qui avait peu à voir avec mes demandes de réponses sur le problème du contrôle des naissances ;

De belles pensées, aimables, étonnantes, inspirées me remplissaient l’esprit. Le monde changeait-il ? le changement était dans le monde. La lumière y était projetée. Une Nouvelle Vie était révélée. Les yeux s’ouvraient. Tout devenait nouveau…étonnant et merveilleux. Des paroles familières me revinrent à l’esprit : « Je suis la Lumière du Monde. » Et la jeune femme que j’étais commença à se demander si Dieu lui-même pouvait contempler Sa création à travers son regard à elle et se délecter de tout ce qui était captivé par ses sens (Cela se passa le 23 février 1965).

Pourquoi ces nouvelles idées ? Pourquoi étais-je submergée par tout cela ? Pourquoi Dieu était-Il si intensément dans mon esprit ? Que signifiait cela ? Je partis voir le Frère Philip (un prêtre de Saint Vincent, à Panama à cette époque). Pendant que je lui parlais en lui racontant les nouveaux développements de ma pensée, il commença à pleurer. Pensant que j’avais dit quelque chose de mal, je lui demandai : « Pourquoi pleurez-vous ? ». « Vous avez vu Dieu » dit-il. En secouant la tête, pleine d’incrédulité, je répondis, « j’ai vu son Amour ». « Dieu est Amour », me répondit-il. Pour la première fois, à vingt-sept ans, je venais de m’entendre dire « Dieu est Amour ! » (Pourquoi ne me l’avait-on pas dit plus tôt ?) Après un moment, il me donna une Bible. Je commençai à la lire. Le Saint-Esprit entreprit de rendre une vie nouvelle aux mots anciens ! Les écluses du ciel s’ouvrirent immédiatement ! Dieu est Amour !? Mais l’AMOUR est partout ! La lune de miel commença. J’avais commencé à CONNAÎTRE Dieu ! Et, connaissant Dieu, sa grandeur, sa bonté, son amour, sa beauté, on devient humble, humilié même par notre état de péché et la prise de conscience de notre petitesse. Il y a une contrition immédiate dans cette prise de conscience. Mais la contrition est alors une bénédiction !

Ce qui est ressenti ici est ce dont Jésus parlait à Nicodème. « Amen, Amen, je vous le dis, nul ne peut voir le Royaume de Dieu à moins de naître d’en haut !» Personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu sans être né de l’eau et de l’Esprit. Et Jean le Baptiste dit de Jésus « Il vous baptisera dans le Saint-Esprit et le feu. »

Dans Rev, on lit « L’esprit et l’Epoux disent Viens. Que tous ceux qui entendent répondent Viens. Viens Seigneur Jésus, viens ! » Chacun de nous a besoin de demander à Jésus de venir dans sa vie. Il le fera. Il suffit simplement de DEMANDER. L’Esprit du Christ nous mènera à Lui et nous enveloppera, comme sa fiancée, d’un amour très fort et puissant.

Ainsi, à l’âge de vingt-sept ans au moins j’étais enfin devenue plus âgée. Dieu me parlait. J’écoutais et je Lui parlais. Le souhait de la petite fille pieuse était rempli. J’étais intelligente ! Les Eaux Vives coulaient. Jésus avait dit à la Samaritaine près du puit « Celui qui boit cette eau n’aura plus jamais soif ; l’eau que je donnerai deviendra en lui une source d’eau coulant vers la vie éternelle.» Les dons du Saint-esprit devinrent continus et intenses…Il y eut des inspirations, des perspicacités, des révélations tant personnelles que cosmiques, des prières, une prophétie, de la sagesse, des enseignements, des écritures, il y avait de la force, de la patience, de la peine, de la joie, de la souffrance, de la découverte grandissante de la Vérité. MAIS, comme nous le dit Paul dans Cor 13, le plus grand cadeau est l’AMOUR…Parce que l’Amour est le présent de Dieu en Personne, vivant et agissant en nous.

Ce n’est pas un miracle Que Dieu nous a commandé d’aimer. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » Il voulait que nous utilisions la plus puissante source d’énergie. L’amour exerce l’Esprit de Dieu, notre créateur à l’intérieur de nous et dépense son énergie en construisant une vie meilleure pour un monde nouveau et meilleur aussi.

La prise de conscience de la Beauté de cette union d’Amour avec Dieu me confond encore. L’excitation en surgit encore en moi quand je m’engage dans une rencontre d’amour spirituelle avec Lui. Notre relation est ouverte et unique. Jésus connaissait bien cette expérience « Je suis dans le Père et le Père est en moi. »

Avoir Jésus dans ma vie est la plus grande bénédiction et la plus grande expérience de toute mon existence. Ce n’a pas toujours été facile ; Mon mari n’était pas baptisé et il ne comprenait pas mes expériences…, Il en était même effrayé et il en parla à un clergyman qui lui conseilla de m’enfermer. Je passai ainsi six semaines dans un hôpital psychiatrique malgré le fait que les psychiatres, qui étaient là, voulaient sur le champ me renvoyer chez moi. Dans ma colère, j’avais décidé de rester. Merci mon Dieu pour la libération de la femme ! La loi ne permet plus à un mari d’enfermer sa femme pour quelque raison que ce soit, pas même parce qu’elle parle de la venue du Christ dans sa vie. Après dix-sept ans de mariage, il y eut divorce. C’était un moment difficile parce que je me faisais du souci pour savoir comment j’allais m’en tirer avec les enfants, l’hypothèque, les factures et tout, mais même, et particulièrement alors, Dieu ne m’abandonna pas et quand je me tournai vers Lui pleine de désespoir, Il me révéla Son amour et sa pitié.

Ainsi, pendant quinze ans environ et plus, l’Esprit m’enseigna continuellement, mais je n’étais pas toujours capable d’en parler à quelqu’un, c’était tabou de parler de Dieu, surtout pour une femme et je fus obligée d’écrire. Le vieux pasteur me disait de rentrer chez moi, de faire ma vaisselle et de bien m’occuper de mes enfants. La recherche d’un directeur spirituel à partir de 1965 et après (comme le prêtre de Panama me l’avait conseillé), me mena de désappointement en désappointement et je me demandai si certains prêtres avaient jamais reçu le Saint-Esprit. Quand arrivèrent les rassemblements de prières charismatiques, ce fut une joie pour moi d’être capable d’échanger mes pensées de Dieu. Quand les réunions de prières disparurent, je commençai à oublier l’Esprit (le Vrai Dieu est trop difficile à supporter sans qu’on puisse en parler…) Et je me laissai engrosser par mon travail d’éditeur. Pendant plus de douze ans, j’eus peu de temps pour l’église et le clergé. Je n’étais pas acceptée, pas capable de m’impliquer. Le clergé ou l’église n’étaient pas impliqués par moi. Il me semblait que le message de l’église était que les laïcs ne doivent pas parler de la Bonne Nouvelle, c’était seulement réservé au clergé.

Traduction de Françoise Bourguignon.

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