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La vocation presbytérale d’une femme

La vocation presbytérale d’une femme

Article publié dans La Croix, du mercredi 15 décembre 1999, par André BAFFERT et Georges DUPERRAY, prêtres du diocèse de Lyon.

HOMMAGE : Claire Daurelle, une laïque lyonnaise décédée en novembre dernier, aura voulu pousser au plus loin l’engagement pastoral des femmes dans l’Église.

The Church should be open to women priests.

Claire Daurelle, qui est décédée en novembre dernier, avait une place particulière parmi les laïques permanentes pastorales du diocèse de Lyon. En octobre 1998, à 51 ans, elle fut soudain terrassée par la maladie : une tumeur au cerveau lui provoqua une sorte d’effondrement cérébral atteignant la parole et le mouvement. Mais cette attaque ne fut pas un effondrement spirituel, bien au contraire.

Son ministère de femme se concentra principalement dans une banlieue lyonnaise, la Duchère. D’abord aumônier du lycée technique, puis permanente paroissiale, c’est environ vingt-cinq ans qu’elle consacra à ce quartier. Quand elle devint permanente, à plein temps, au service de la paroisse, elle partagea à égalité avec les prêtres responsables les services que réclame une grosse paroisse populaire.

Claire était connue comme partisan de l’ordination de femmes. Mais évidemment elle se tint dans l’obéissance que demandait la hiérarchie, et son ministère, très proche du ministère presbytéral, n’en souffrit pas. Le cardinal Decourtray lui avait personnellement donné le droit d’assurer l’homélie, ce qu’elle faisait à son tour, dans l’équipe des prêtres, avec une préparation et une gravité de langage qui témoignaient : le ministère même de la Parole de Dieu était en jeu. Réunir, présider, animer groupes ou assemblées, célébrer les funérailles... Toutes ces fonctions lui étaient aisées.

Claire était « habitée », d’une façon particulière dans la foi et dans une espérance souvent difficile, par le goût ecclésial de permettre aux laïcs, et spécialement aux femmes, d’accéder à une place active et responsable dans la communauté chrétienne. De permettre à ceux et à celles en qui s’en manifestaient la vocation d’accéder à d’authentiques ministères, en responsabilité et collaboration. Elle se réjouissait de voir de nombreuses femmes accéder à de tels ministères pour la catéchèse, les aumôneries des établissements scolaires ou hospitaliers, les mouvements. Le service paroissial, le plus polyvalent, celui qu’elle exerça des années durant, lui paraissait de loin le plus riche.

Son expérience lui avait enseigné que, pour tout ministère exercé par un laïc, une solide formation était indispensable. Pour elle-même, outre sa formation initiale, elle s’astreignit chaque année à une formation théologique permanente, malgré l’importance de ses charges. Ainsi, à 45 ans, elle présenta un mémoire qui lui valut la maîtrise en théologie. Le thème de ce mémoire portait sur les fondements théologiques de la vie responsable et fraternelle dans l’Eglise.

Cet engagement au service des « ministères laïcs » affirmé avec un langage souvent incisif, qui pouvait paraître combatif, ne lui valut pas que des amis. Elle justifiait le désir — la vocation — du ministère presbytéral pour elle-même et d’autres femmes qu’elle connaissait. Cet appel intérieur lui était venu lorsque, après un ministère en aumônerie scolaire, son évêque, lui proposa un poste dans une paroisse.

Elle devint rapidement le point de mire de personnes qui l’écartèrent de leurs relations en lui faisant la réputation de « rechercher le pouvoir ». Pendant ce temps, nul accroc avec les chrétiens de la Duchère et l’équipe sacerdotale. Au contraire. Des prêtres, collaborateurs occasionnels, étaient heureux de participer à ce que certains appelaient « la joie de vivre à la Duchère ».

Claire eut à souffrir de cette fausse réputation et, peut-être, de son langage trop vif. Pendant quelques mois elle fut comme mise à l’écart. Mais quand la nécessité se présenta, c’est à elle qu’on fit appel pour collaborer avec un autre prêtre dans une autre banlieue populaire : les Minguettes.

Le parcours de Claire Daurelle est d’autant plus remarquable qu’elle accepta avec une parfaite sérénité sa maladie soudaine et l’arrêt de toute activité. Ceux qui l’ont vue pendant l’année de sa maladie et jusqu’à sa mort ont dit leur admiration devant tant de sérénité et d’offrande de soi. Elle s’est adonnée sans impatience au souvenir de ses amis les Duchérois. Sa vie fut désormais faite de paix, de prière et d’offrande.

C’est alors que l’on put mesurer à quelle profondeur de vie spirituelle authentique s’enracinait son ministère de femme — et sa prétention au ministère ordonné. Le grand changement constaté en elle n’était que la manifestation de ce qui l’avait conduite intérieurement dans l’exercice du ministère — et le désir, aussi parfaitement contenu qu’exprimé, du ministère ordonné.

André BAFFERT et Georges DUPERRAY (prêtres de Lyon)

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