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Si
vous me demandiez quand jai ressenti pour la première fois
lappel de Dieu au ministère ordonné, je vous
répondrais probablement : le 1er octobre 1987 (cest à tout
le moins quand jai, pour la première fois, mis un nom sur ce qui
marrivait). À cette époque-là, je participais
à une retraite basée sur les Exercices spirituels de saint Ignace
dans la vie courante. Cétait le premier jour de la seconde semaine
de cette retraite de 30 jours. Le passage de lÉcriture que je
méditais était Exode 3 : Moïse et le buisson ardent. Ce
passage métait très familier, cétait en fait
une image de lÉcriture qui mavait souvent parlé, mais
cétait la première fois que je pouvais lui donner un nom
comme je lai fait. Dans mon journal, à propos de cette
expérience de prière du 1er octobre 1987, jai
écrit :
Je
ressens lappel du Seigneur, un appel beaucoup plus fort que ce que je
navais jamais imaginé, mais je ne voyais pas à quoi Dieu
mappelait. Cest comme si le Seigneur me préparait à
quelque chose. Si jétais été homme et
célibataire, il ne ferait pas lombre dun doute dans mon
esprit que je suis appelée à être prêtre, mais je ne
suis ni lun ni lautre et donc ce ne peut être le cas. (Mon
journal de prière)
Cette
dernière phrase allait souvent revenir dans mon journal de
prière.
Il
mest difficile dexpliquer ce que jai éprouvé
lors de cet appel du 1er octobre 1987. Je nai pas entendu la
voix de Dieu (du moins pas ce jour précis là).
Cétait plutôt une forte impression dêtre
appelée, non pas ressentie sous forme démotions, mais comme
un sentiment physique au plus profond de mon être, la sensation
très intense de Dieu mappelant à faire quelque chose de
plus. Cétait en vérité le même sentiment que
javais ressenti lors de la retraite ignatienne.
Durant un certain temps, jai ressenti un vif désir de me
rapprocher du Christ. Jai suivi des retraites pour femmes, jai
accueilli chez moi des groupes détudes bibliques et jai
participé à des séminaires Vie dans
lEsprit, à des ateliers Dons spirituels et
à tout ce que mon Église pouvait moffrir dans le genre,
mais rien ne semblait devoir satisfaire mon ardent désir. Je me rappelle
avoir été bien consciente que ce vif désir ne venait pas
de moi, je savais que cétait Dieu qui le suscitait en moi.
Toutefois, beaucoup de peur se mêlait à ce désir. Pendant
toute une période, jai été préoccupée
de ce que, si Phil et moi ne progressions pas tous deux parallèlement
sur le plan spirituel, cela pourrait créer un dangereux fossé
entre nous. Aussi ai-je passé les 9 premières années de
notre mariage à traîner Phil à toute retraite, étude
biblique ou activité pastorale qui soffrait, autant que je le
pouvais. Ma crainte de causer une faille dans notre couple était telle
que sil ne voulait pas y participer, jestimais que je ne devais pas
y aller non plus. Jai cependant atteint un point où jai
finalement réalisé que Phil ne vivait pas la même chose que
moi. Jai compris que je ne pouvais pas plus longtemps ne pas
satisfaire le désir qui mhabitait. En fait, en agissant ainsi,
jai sacrifié une grande part de moi-même. En dépit de
mes craintes, et quel quen soit le coût, je devais suivre la voie
de Dieu. Ceci constituait une décision si fondamentale pour moi que je
me rappelle exactement où jétais et ce que je faisais
à linstant précis où jai compris cela. Moins
dune semaine plus tard, jai entendu parler de la retraite
ignatienne et jai immédiatement compris que je devais la suivre.
La lutte
Alors
que ce qui sest passé durant ma méditation du 01/10/87
métait familier, cela a néanmoins produit en moi beaucoup
de crainte et de confusion. En dépit du fait que mon appel sest
manifesté graduellement, William H. Myers - dans son livre Gods
Yes Was Louder Than My No [Le oui de Dieu était plus
fort que mon non ] - classe lhistoire de mon appel comme
étant de type A (cataclysmique/résistant). Résistant est
un euphémisme. Dabord, cette résistance peut le mieux
être décrite comme un sentiment très fort
dindignité. Il est remarquable que jaie lu jusquau
verset 11 de lExode 3. (Ce qui était une erreur, le texte soumis
à ma méditation allant du verset 4 au verset 10). Cest dans
le verset 11 que Moïse pose une question à Dieu et dit Qui
suis-je ?, voulant signifier par là quil nétait
rien. Cest ce que jai immédiatement répondu en
gémissant. Mon indignité sest le mieux
révélée par le sentiment que jai eu den
quelque sorte mimaginer des choses ou du moins de mal interpréter
les signaux qui métaient envoyés. De toute façon,
qui pensais-je être ? Étais-je cet être plein de
lui-même que je créais comme le personnage dun
scénario ? Alors que la retraite se déroulait, je suis rendue de
plus en plus compte de ma nature pécheresse et je me suis même
demandée alors si cette expérience dans la prière
nétait pas une manifestation de mon état de
pécheresse, un signe de vanité et darrogance.
Myers
classerait ceci comme un état de seuil, et il pense que cest une
réaction fréquente lorsquon ressent un tel appel, du moins
dans le cas où lappel suscite de la résistance. Il
décrit la phase de seuil comme une période
dambiguïté, de confusion, de doute, de crainte et
peut-être aussi de résistance interne et externe... cest une
période très instable pour celui qui est appelé
(1994, pp. 123). Ce seuil possède un élément commun avec
le stade 3 : la Lutte. Cest une lutte en vue de refuser lappel. Ce
stade peut consister en de la résistance à lappel, en un
conflit interne ou externe et/ou en une crise.
Alors
que la lutte est un stade par lequel je suis souvent passé lors de mon
appel, je lai vécue au départ comme une période de
confusion où surgissait le sentiment de mon indignité, mais la
peur nétait pas loin. Quest-ce que cela exigeait de moi ?
Les autres comprendraient-ils ? Quest-ce que Dieu allait me demander de
plus ? Allais-je me perdre moi-même au cours de cette aventure ?
Limage de Exode 3 ma fait mieux comprendre ma plus grande peur, une
peur qui est encore présente par moments en moi. Si je mapproche
trop près de Dieu, vais-je être consumée par le feu du
buisson ardent et perdre ma personnalité ? Bien que je sache que ce
nest pas cela notre Dieu, qui est amour, je suis brûlée par
moments par des sentiments qui ne peuvent être décrits dune
autre façon.
Mon tout premier appel
Myers
considère que lhistoire de lappel part des
années avant lexpérience de lappel, lors
des toutes premières expériences religieuses de lindividu.
Jai été élevée dans une famille italienne
catholique. Ma mère ma emmenée fidèlement chaque
dimanche à la messe et à confesse chaque samedi. Mon père
était un catholique allant à léglise deux fois
lan, du moins jusquà ce que nous ayons changé de
paroisse alors que jétais adolescente.
Ces
premières expériences religieuses ont pris beaucoup
dimportance pour moi au moment où jai compris que mon appel
à un ministère ordonné avait en fait commencé
plusieurs années auparavant. Je me rappelle avoir été une
petite fille ayant un désir très vif de devenir enfant de
chur. Je nai pas dautres mots pour exprimer mon
sentiment ; tout ce que je savais cest que je voulais être plus
près de lautel et je pensais quainsi je serais aussi plus
proche de Dieu. Semaine après semaine, jai observé les
enfants de chur et ai souhaité les rejoindre. Ensuite une chance
me fut offerte de voir si cela était possible. Labbé Kelly
commençait à nous donner cours de religion. Rappelez-vous que
jétais une petite fille timide, et jétais
terrifiée par labbé Kelly. Cétait un homme
âgé avec une voix très puissante. Chaque samedi,
lorsquil confessait, on pouvait entendre lécho de sa voix
à travers toute léglise. Je ne sais pour quelle raison il
en venu à discuter avec la classe, mais jai su que si je ne lui
posais pas la question à ce moment-là, la chance ne se
représenterait plus jamais. Comme il allait quitter, jai vivement
levé la main en demandant : Monsieur labbé, est-ce
que je pourrais être enfant de chur ?. Sa réponse a
été évidemment : Non. Seuls les garçons
peuvent être enfants de chur. Rassemblant alors tout mon
courage et en essayant de ne pas pleurer, je lui ai demandé pourquoi.
Ses paroles : Parce que Jésus était un garçon
mont réellement secouée, mais je me suis efforcée de
retenir mes larmes jusquà ce que je sois dans le bus pour rentrer
chez moi.
Plusieurs années plus tard, lorsque jai été
adolescente, une nouvelle paroisse sest ouverte à Fairport et mes
parents ont été les premiers à en faire partie.
Labbé Kreckle était dun abord très
agréable et il ma encouragée ainsi que dautres
adolescents à assister à un séminaire, en
réalité une retraite pour les étudiants du secondaire. Je
suis revenue de cette retraite en ayant une prise de conscience très
forte de ma foi et en ayant noué une relation nouvelle, plus
personnelle, avec le Christ. Auparavant javais fait partie de
Reality (un groupe damitié pour adolescents se
réunissant chaque semaine) et je me levais même à 6h30 du
matin le lundi et le mercredi pour aller à la messe dans le sous-sol du
presbytère. En dépit du fait que jétais le seul
adolescent (et la seule de sexe féminin) de ce petit groupe de 6
à 10 personnes, javais plaisir à assister à cette
messe et je pensais que cétait une façon formidable de
commencer ma journée.
Je ne
parvenais pas comprendre pourquoi les garçons à lâge
de ladolescence de mon entourage ne parlaient jamais de devenir
prêtre. Je les enviais de ce que cette possibilité leur soit
offerte et non à moi. Jestimais quils étaient fous de
ne pas y penser. Évidemment, il ne me venait pas à
lidée quils nétaient pas appelés
à cette vocation et que moi je létais ; jestimais
seulement que cétait injuste ! Je me rappelle avoir eu une
conversation à ce sujet avec un garçon et celui-ci mavait
dit : Eh bien, tu peux te faire religieuse ! Tandis que je lui
rétorquais simplement mais énergiquement : Je ne veux pas
devenir religieuse !, jai compris que javais ressenti que ce
nétait pas ce à quoi jétais appelée.
Plus tard, lorsque jai rencontré mon mari, jai su que je
nétais pas appelée au célibat, aussi jai mis
cette idée de devenir prêtre sur le compte dune certaine
fascination et jai poursuivi ma vie. Rappelez-vous que
jai grandi dans une famille italienne très catholique. Elle ne
ma été daucun secours pour maider à
emprunter une nouvelle voie, ni pour conserver une part de moi-même qui
aurait été différente de ce quest traditionnellement
la vie dépouse et de mère.
À la recherche dune confirmation
Une
autre caractéristique classique de lexpérience de
lappel à une vocation est connue sous le nom de Recherche. Durant
ce stade, celui ou celle qui se croit appelé(e) recherche une
oreille compréhensive qui sympathise (1994, 47). Cest
également la recherche dune Confirmation (cest-à-dire
une validation externe de lappel). Au cours des années, jai
souvent éprouvé en moi un tiraillement entre cette recherche et
une vraie réticence à faire part de mon appel. Jai eu
successivement des périodes durant lesquelles chacune de ces attitudes a
dominé. Je pense que ma réticence était justifiée
par différentes raisons y compris mon doute sur la
véracité de cet appel, le sentiment que je ne le méritais
nullement et un manque de confiance en moi. Plus important cependant
était le fait que cet appel matteignait au plus profond de
lâme, quen faire part à quelquun était me
mettre à nu et me rendre vulnérable. Plus récemment,
jai aussi vécu un autre aspect de ce tiraillement. Cest le
sentiment de ne pas savoir ce qui est le pire : croire à cet appel et
vivre avec la souffrance de comprendre que celui-ci ne sera vraisemblablement
jamais reconnu officiellement par mon Église, ou bien quil soit
reconnu et vivre alors dans la crainte doù cet appel pourrait me
conduire. Cest être tiraillée entre la souffrance et la
crainte. Je ne sais quelle est la plus grande souffrance : celle
dabandonner ou celle de persévérer.
Ma
première démarche de recherche de compréhension et
dune confirmation de ma vocation a été de me confier
à ma directrice spirituelle dès la semaine qui suivit
lexpérience dans la prière du 01/10/87. Je lui ai
parlé de ce que javais vécu, de mon sentiment très
fort dêtre appelée et de mon désarroi
vis-à-vis de ce que cela signifiait pour moi. Plusieurs fois au cours de
cette rencontre, jai répété que Dieu ne pouvait pas
mappeler au sacerdoce puisque je nétais ni de sexe masculin
ni célibataire. Elle a écouté pendant que je
mexpliquais longuement et (probablement pour essayer de mettre fait
à ma confusion) ma rappelé que, en vertu de notre
baptême, nous sommes tous/toutes appelé(e)s à
être prêtres, avec un petit p, est cétait
peut-être à cela que Dieu mappelait plutôt quau
sacerdoce au sens plénier. Cela ma rassurée quelque peu et
ma soulagée, mais il ne fallut pas longtemps pour que je
recommence à me poser des questions, suite à mes prières.
Être rassurée
Dans
mon journal, à la date du 21/10/87, jai décrit mon malaise
parce que jestimais que cet appel nétait pas clair et
jai exprimé le souhait que Dieu le manifeste aussi clairement
quil le fit pour Moïse (évidemment, je supposais que
Moïse avait jugé que son appel était évident, ce dont
on peut raisonnablement douter !). Jai également écrit :
Seigneur, je nai pas de diplômes, de titres, aucun travail et
au-dedans de moi je sens que je suis appelée à devenir
prêtre. La réponse mest venue : Maintenant, pour
accomplir ma volonté, tu ne dois pas te tracasser à propos de
titres, de diplômes ou dun travail (P. J.)
Suite
à ma prière, la réponse de Dieu sest exprimée
par lintermédiaire dune voix au plus profond de moi. Myers
appellerait cela la Rassurance. Cest une
caractéristique commune à toutes les expériences que font
les prophètes lorsquils ressentent un appel. Meyers
considère quil sagit là dune intervention de
Dieu qui rassure celui qui est appelé afin de réduire quelque peu
sa peur ou sa confusion. Au cours de ma retraite, jai ressenti à
plusieurs reprises le sentiment dêtre appelée. Le 08/02/87,
jai écrit :
Je me
vois prêtre un jour ; de quelle manière, ce nest pas encore
clair, mais cette idée ne me quitte pas et est encore revenue
aujourdhui. Cest évident, mis à part le fait que
cest impossible, et cela me trouble et me frustre. Une chose qui
mapparaît est que le temps nest pas encore venu de comprendre
plus clairement cet appel. (Journal de prière)
Au
cours de ma retraite, jai eu des moments similaires où tout
était clair, entrecoupés de beaucoup de périodes de
perplexité.
Cette
situation a en fait perduré au fil du temps. Je suis passée tour
à tour par des périodes où mon appel se présentait
sous de nouveaux aspects, puis par la lutte puis la recherche dune
confirmation. Jai rêvé plusieurs fois que je
célébrais leucharistie et jai reçu par
dautres la confirmation de ma vocation . Je me souviens quun an ou
deux après la retraite ignatienne, jai eu un directeur spirituel
qui la confirmée très vigoureusement. À un moment
où je me posais de sérieuses questions à ce sujet, il
ma dit : Denise, je ne sais pas de combien de manières
différentes Dieu peut encore te dire oui ! Je pense quen
grande partie la raison qui explique que je continue à passer par toutes
ces périodes fort diverses est le fait que mon chemin vers
lordination soit bloqué. Je pense que cela interfère avec
la sixième étape de linterprétation de Meyers de
lhistoire dun appel à la vocation. Cest
létape de la Reddition. Selon lui, la reddition met habituellement
fin à la lutte et à la recherche. Pour lappelé, cela
se traduit généralement par ladoption dun nouveau
style de vie ainsi que par une nouvelle manière de voir. Je
prétends que la reddition ne peut être totale quand le chemin de
la vocation est bloqué. Jai passé des années
à mettre en question mon appel de nombreuses manières et à
le nier sur la seule base de mon sexe. Dans mon journal, jai écrit
le 20/02/97 :
Jai nié la réalité de mon appel à un
ministère ordonné aussi longtemps que jai mis sans cesse en
question mes motivations et par moment je soupçonnais que quelque chose
était dérangé en moi qui faisait que je
métais mis cette idée en tête. (Journal de
prière)
Faire le ménage
Dans
les expériences vécues dans la prière durant ma retraite
ignatienne, revenait sans cesse un thème récurrent où Dieu
me préparait à cet appel. À un certain niveau, je sentais
quil sagissait plus dun temps de préparation
quautre chose. Je ressentais vraiment un appel à faire un
certain ménage dans ma vie avant dêtre
appelée à aller plus loin. (Journal de prière).
Quand jai écrit cela le 08/02/87, je navais aucune
idée de ce que cela voulait dire, ni combien faire ce
ménage serait pénible. Si je lavais su, jaurais
probablement emprunté la direction inverse. (Je dois avouer que je dis
ceci un peu à la légère, car je ne suis nullement certaine
que jaurais pu reporter cette épreuve même si je
lavais désiré.) Bientôt je me suis retrouvée
à faire une réévaluation de ma vie et de mes relations. Ce
fut vraiment une exploration qui ma amenée à
découvrir qui jétais. Cette opération a
été difficile et pénible, non seulement pour
moi-même, mais aussi pour ceux avec qui jétais en relation,
et tout particulièrement pour mon mari et mes parents. Je dois
aujourdhui reconnaître que tout cela a été essentiel
et ce fut aussi une période formidable qui ma permis de grandir.
Je suis aujourdhui bien mieux dans ma peau et mon mariage a
évolué positivement de différentes façons qui
autrement nauraient pas été possibles.
Alors
jétais en train de faire le ménage, je suis
devenue de plus en plus consciente de certains aspects de mon appel au
sacerdoce. Cétait un appel à un ministère visant
à répondre aux besoins spirituels et psychologiques des autres,
à assurer un rôle de chef de communauté et un appel
à célébrer leucharistie. Jai été
également pénétrée dun besoin
impérieux de retourner aux études. Je songeais fréquemment
à obtenir un diplôme en théologie mais je me demandais quel
ministère je serais vraiment capable dassurer en tant que femme
dans lÉglise catholique. Jai décidé
plutôt dobtenir un diplôme supérieur en travail
social. Jestimais quainsi je pourrais au moins commencer un
ministère en aidant les autres du point de vue psychologique. Myers
considérerait sans doute ceci comme une tentative de résister
à lappel en le replaçant par une autre vocation. Pour ma
part, je pensais navoir pas le choix puisque ma route vers
lordination était barrée par la hiérarchie de mon
Église. Je dois aussi reconnaître que, en 1990, lorsque je
suis entrée dabord à Nazareth pour des études
dassistante sociale, je savais déjà que je tenterais
ultérieurement de décrocher un diplôme en théologie.
Exercer un ministère
Après lécole secondaire, jai exercé comme
travailleur social dans un Centre de Santé Mentale. Jaimais bien
mon travail et jadore toujours soigner les gens, mais mon désir
dêtre prêtre me conduisit à être de plus en plus
mécontente de cet emploi. Quand un poste de ministre de la
famille sest présenté à Corpus Cristi,
je sentis réellement quil était fait sur mesure pour moi,
que cétait létape suivante de ma quête en vue
de répondre à lappel de Dieu. Je nétais pas
seule à le penser, à vrai dire de nombreuses personnes autour de
moi (la plupart nayant aucune idée que je me sentais
appelée à la prêtrise) me confièrent quelles
estrimaient que cet emploi avait été créé sur
mesure pour moi. En réalité, un membre du comité qui
embauchait ma approchée, et avant que je manifeste un quelconque
intérêt pour ce poste, me dit quil pensait que jy
serais parfaite. Je dois reconnaître que mon travail à Corpus
Cristi me donnait le sentiment dêtre rentrée chez
moi. Je savais que cétait exactement là que
jétais censée être à ce moment-là.
À ce poste, je me suis rendue compte que jexerçais un
ministère consistant à aider les autres à satisfaire leurs
besoins spirituels. Et aussi quà ce poste, je mettais en pratique
certains aspects de ma vocation à diriger une communauté.
Cette
année-là, lorsque jai décidé de retourner au
SBI et me suis inscrite au cours de théologie, jespérais
être pleine lenthousiasme et que, par anticipation, je suivais
finalement lappel de Dieu. Au lieu de cela, je fus assaillie par des
sentiments très mélangés. Dans cet état, jai
consacré du temps à la prière et jai
découvert une peur panique causée par langoisse
dignorer où cela me conduirait. Finalement, je compris clairement
pourquoi je visais un diplôme supérieur en travail social
plutôt quun diplôme de théologie. Je
nétais pas sûre de pouvoir vivre avec un diplôme en
théologie qui mautoriserait à être ordonnée
dans une autre Église tout en restant dans une Église qui ne
reconnaîtrait pas ma vocation à un ministère
ordonné. Ceci continue toujours actuellement à me travailler. Au
long des années, lorsque jai parlé de ma vocation à
dautres, la réaction fréquente était :
Pourquoi restes-tu dans lÉglise catholique ? Jusque
là, ma réponse avait été que je ne sentais pas
appelée en dehors de mon Église. Cette attitude sest
renforcée encore en moi suite aux réponses que jai
reçues à mon questionnaire. Par moments, jai
été déchirée entre un intense désir que Dieu
mappelle à me faire membre dune autre Église et une
forte crainte que ce soit vraiment là la volonté de Dieu :
serai-je désireuse de quitter mon Église ?
Quand
je me suis préparée pour ce cours, jai su que le Seigneur
allait mettre à profit cette période pour maider à
discerner ma vocation à un ministère ordonné. Il est tout
à fait intéressant de noter quen janvier nous avons eu une
réunion du personnel qui a duré toute la journée. Nous
avons débuté celle-ci par un bilan du cur.
Chacun devait dire ce qui se passait en lui, personnellement. Je me rappelle
avoir parlé de ce qui se déroulait en moi au niveau spirituel.
Bien que je naie pu identifier de quoi il sagissait, jai
déclaré que ce sentiment métait familier et que
javais limpression en quelque sorte que le travail du cours
auto-discernement dans le ministère avait commencé en
avance. Ce que jai écrit dans mon journal le 02/02/97 le confirme.
On y lit : Je suis à nouveau en présence du buisson ardent
et je suis déchirée à lintérieur de moi entre
une attirance et la peur, entre lincertitude et le doute. (Journal
de prière). Ceci prouve le fait que beaucoup daspects de ma
vocation demeuraient encore imprécis dans mon esprit.
Acceptation de ma vocation
Au
long des années, jai dû continuellement lutter avec des
pensées du genre Pour qui est-ce que je me prends ? et
Je dois me tromper parce que je ne mérite pas dêtre
appelée. Je suis aussi passée par des périodes
où jétais si péniblement consciente de mes
imperfections que je ne pouvais imaginer que Dieu veuille mappeler au
sacerdoce. Alors que le semestre sécoulait, grâce à
la prière et à mes efforts de discernement, il devenait plus
évident pour moi que je devais réaliser complètement ma
vocation. Je métais cependant rendue compte que je
nétais pas préparée comme je le pensais,
étant donné la souffrance qui allait accompagner
laccomplissement de cette vocation. Jen étais alors venue
à comprendre que la nier et mettre en question son authenticité
avait été la cause dune grande souffrance, mais que
celle-ci nétait en rien comparable avec celle causée par le
fait de finir par comprendre que : oui, Dieu mappelle au sacerdoce, mais
ce nest pas possible dans mon Église. Au milieu du semestre,
jimaginais que le Christ me faisait un cadeau. Celui-ci était
magnifiquement emballé, avec un gros nud au-dessus. Cependant, au
moment où je mapprêtais à louvrir, je ressentis
un profond sentiment de tristesse. Je compris que ce cadeau était mon
appel au sacerdoce, et quaussi longtemps que je demeurerais dans
lÉglise je ne pourrais jamais défaire le nud,
déballer ce cadeau, je ne pourrais jamais en percevoir toutes les
nuances, ni son côté unique. Je ne pourrais jamais voir comment il
me va, ni de quoi il a lair sur moi. Alors que
jécrivais cela dans mon journal, les larmes ont coulé le
long de mes joues et la tristesse ma submergée. Je compris que
jusquà ce moment-là, le refus de ma vocation, mes questions
sur moi-même et sur mes motivations, mon incertitude perpétuelle
vis-à-vis de la véracité de cet appel, tout cela
mavait protégé de la terrible souffrance de savoir que
cette vocation ne se réaliserait jamais.
Arrivée à ce point dans mon cheminement, je continue à
approfondir ma vocation. Je dois reconnaître que mon vif désir de
célébrer leucharistie sest maintenant élargi
à celui dadministrer les sacrements au service des autres. Depuis
peu, jai en moi le besoin de parler avec des femmes appartenant à
dautres Églises et le désir dêtre en
présence de femmes qui célèbrent leucharistie, par
exemple dans lÉglise épiscopalienne. Tandis que
jexprime ce souhait, jai par ailleurs une forte hésitation
dans ce sens. Voici deux mois, un ami ma donné deux noms de femmes
prêtres de lÉglise épiscopalienne et je dois encore
les appeler. Si je sais que la souffrance de ne pas être ordonnée
sera toujours grande, celle davoir à quitter lÉglise
catholique le serait également. Au cours de ma vie, jessayerai
toutefois de rester ouverte aux développements de cette vocation en
suivant la volonté de Dieu.
Denise Donato le 8 mai 1997
Traduction française par Jacques Dessaucy.
Webmaster's note.
On February 22 2003, Denise was ordained
priest for the Spiritus Christi Community in Rochester N.Y. USA, by Bishop
Peter Hickman. Peter Hickman is a bishop of the Old Catholic church, a branch
of the church that ceased its affiliation with the Pope after the declaration
of papal infallibility in the 19th century.
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