Femmes Prêtres

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En 1945 j'avais onze ans

Récit de ma Vocation

par Maria Maas

En 1945 j'avais onze ans. Autour de moi,dans ma famille,et dans les trois pays où j'avais séjourné,j'avais vu la haine, la violence, une idéologie mortifère faire son oeuvre de destruction.

Je me posais beaucoup de questions: Pourquoi la souffrance et la mort? Quel est le sens de la vie? Est-ce que Dieu existe? Et après? Est-ce vrai qu'il y a un ciel?

Quand je posais ce genre de questions à ma mère, elle me répondait: "Non, après la mort il ne reste plus rien d'autre qu'un tas de poussière.Tout est fini.

Mais je ne pouvais pas la croire. Dans mon intérieur je gardait la conviction qu'il y avait une autre réponse.

Durant les vacances de Noël de l945 je logeais à la Haye chez une cousine de ma mère. Un jour sa fille m'amenais dans une église afin de voir une très belle crêche de Noël. Dans cette église le Saint Sacrement était exposé. Irrésistiblement je me sentais attirée vers l'autel et je restais là à regarder l'Hostie. Pendant ce temps (court ou long, je ne le sais) j'eus l'expérience d'un grand Amour qui m'invitait de venir le rejoindre. Je sus que je n'avais rien d'autre à faire que de me laisser envahir par cet Amour. J'étais heureuse et en paix. A partir de cet evènement je commençais à prier beaucoup et à lire tout ce que je pouvais trouver sur la foi l'eucharistie, les vies des saints. J'ai même trouvé une bible avec les gravures de Gustave Doré qui m'impressionnaient beaucoup.

En même temps je commençais à aimer la vie, les études, l'amitié, la beauté de la musique et des arts plastiques.

Peu à peu je commençais à me rendre tous les jours à la Messe dans l'église St.Agnes sur l'Amstelveenseweg. J'avais alors treize ans.

Ma mère ne voulait rien savoir de tout celà et elle refusait de préparer mon petit déjeuner quelques tartines et une bouteille de lait que les enfants ayant assisté à la Messe de 7 h. consommaient à l'école. Dès que les religieuses s'en aperçurent, elles me procuraient de quoi manger.

Dans mon naïveté je croyais que les enfants de choeur étaient tous des apprentis-prêtres. Peu à peu naissait en moi le désir de devenir prêtre et de me joindre à eux, afin de vivre que pour Dieude célébrer la Messede parler de Lui et de Le porter aux malades et aux mourants. Je sentais à chaque communion que Jésus m'appelait.

Jusqu'ici je n'avais encore parlé à personne.

Un jour, j'allais avoir quatorze ans, je frappais à la porte de la sacristie. Un homme aux cheveux gris, maigre, avec une soutane et une rochette à dentelle ouvrit. Je l'avais déja vu et je l'avais pris pour un prêtre, mais plus tard j'ai su que c'était un sacristain.

Timidement je lui disais que je voulais devenir enfant de choeur afin d'apprendre à devenir prêtre plus tard: je croyais que j'allais pouvoir m'inscrire comme dans mon école de musique.

Il me regardait tout étonné et disait : "Mais qu'est-ce que tu fais là? Tu n'as pas le droit d'entrer ici; tu es une fille! Mais où est donc la surveillante qui t'a laisser partir? Retourne à ta place!"

Un autre homme en soutane, plus jeune, s'approcha et me dit: "Tu veux te confesser petite? Va au deuxième confessionnal à gauche. J'arrive tout de suite."

Et la porte se ferma.

Je ne comprenais plus rien et je quittais l'église en pleurant.

J'avais vu autour de l'autel toute la création comme unie avec ce qui s'y passait: Le linge et le marbre, la cire des abeilles et l'encens, les livres, le chant, le pain et le vin, l'eau, la parole la peinture la soie et le bois.

Mais qu'aucune voix de femme proclamait la Parole de Dieu et qu'aucune main de fille n'agitait la clochette...ça, je ne l'avais pas vu.

Quelques mois après cet évènement je quittais Amsterdam pour vivre dans un pensionnat dans le Sud de la Hollande. Mon désir de célébrer la Messe et de répandre l'évangile continuaità vivre en moi, mais je ne savais plus comment donner une forme à celà.

Je lisais beaucoup e.a. une biographie d'Edith Stein et je pensais que la meilleure chose pour moi était de devenir carmélite.

La religieuse qui nous enseignait l'histoire nous avait dit comment les femmes avaient du lutter pour pouvoir étudier à l'université et avoir le droit de vote. Durant les vacances je lisais les biographies des premières doctoresses allemandes et françaises et j'allais voir un film sur les suffragettes anglaises; peu à peu j'ai compris que pour la moitié de l'humanité certaines voies restaient encore fermées.

Finalement à presque 22 ans j'entrais dans un Carmel en Belqique à cause de la résistance de ma famille et parce que je n'avais pas de dot.

Après huit ans de formation je partais pour la fondation d'un Carmel au RDC (Zaïre) où je m'occupais de la formation des jeunes religieuses et après 10 ans je me trouvais en France où mon désir d'annoncer l'Evangile prenait une autre forme.

Un évèque qui me comprenit, me donna la consécration des vierges et une lettre de mission par laquelle il me nomma aumônier de lycée.

Ce lycée avait successivement perdu deux aumôniers-prêtres; l'un avait eu une dépression, l'autre s'était marié. De l974 à 1984 j'y suis restée et j'habitais au treizième étage d'un H.L.M. De plus un prêtre me nomma conseillère spirituelle d'une équipe Notre Dame qui selon lui était en train d"exploser", mais il s'est bien gardé de me le dire; je l'ai su plus tard par une amie commune. Non seulement les ménages ne se sont pas séparés, mais l'équipe a grandi et bien prospéré. Elle existe toujours. J'avais aussi un groupe de Bible et un groupe de prière et je m'occupais aussi d'un groupe d'étudiants dans le cadre du mouvement de Taizé.

Durant les vacances j'allais avec ce groupe en Corse pour: L"Evangélisation de la plage."

Bref. Durant les trente ans que j'ai travaillé en France, j'ai eu six postes. Chaque fois je succédais à un prêtre - mort ou vif - et chaque fois je disais à l'évèque qui me donna ma lettre de mission: "Monseigneur, vous m'envoyez à la place d'un prêtre pour faire le travail de ce prêtre, mais vous m'envoyez comme un plombier sans la caisse d'outils. Vous ne me donnez pas les "outils" du prêtre."

Ils ne l'ont jamais pris mal et parfois un évèque me promettait en riant que, dès qu'il avit la permission de Rome, je serais la première femme qu'il ordonnait.

Mais je ne me faisais aucune illusion.

Plusieurs prêtres du Nord m'ont encouragée et aidée; ils me laissaient prêcher dans leurs églises et me demandaient de prêcher une retraite.

J'ai travaillé ensuite dans une région de petits villages dans la montagne où les curés avaient parfois 8,15,ou 20 villages ; J'y faisais la catéchèse, des célébrations "Parole et Communion", des visites aux malades et personnes âgées, la formation des mamans - catéchistes, de l'animation de la liturgie,etc.

Ensuite je fus nommé aumônier dans un collège public. Partout où j'allais je fondais aussi un groupe de prière et un groupe de Bible. Dans une autre paroisse on me demanda de fonder "l'Eveil de la Foi pour les petits de 4 à 6 ans".

Finalement je fus envoyée par l'évèque dans une paroisse qui n'avait plus de prêtre et où personne ne voulait aller.

Il y eut beaucoup de résistance de la part des prêtres de ce diocèse, car l'idée d'une femme seule dans un presbytère était pour eux une abomination; ça ne s'était jamais vu et leur plus grand désir fut que ça ne se verrait jamais!

Pourtant, aucun d'eux n'aurait voulu de cette paroisse-là. L'évèque m'avait averti en toute honnèteté:

"Ma soeur, ce n'est pas un cadeau, c'est une paroisse saccagée! "Ils avaient eu un curé intégriste, pire que Mgr.Lefebvre et ensuite un prêtre qui avait un caractère difficile et était alcoolique. Ce n'était pas tout, il y eut pire, comme je le découvris plus tard. Une paroissienne me disait: "nous nous sommes cramponnées à nos chaises pour ne pas fuir. Parfois nous étions 8 à assister à la Messe.

Après 10 ans j"y suis toujours et grâce à une bonne équipe de laïcs et d'amis fidèles l'église est de nouveau pleine et en semaine il y a une vie!

En semaine je fais tout ce qu'il y a à faire, mais le dimanche un des prêtres de la ville la plus proche vient célébrer l'Eucharistie, bien sûr! Je pense avec gratitude à un jeune prêtre brésilien qui m'a beaucoup aidé; Le doyen quoique très mysogine avait le bon sens de me laisser faire; Mais après 7 ans il y eut un réorganisation des paroisses et ses successeurs, qui sont pourtant plus jeunes ne m'acceptent pas vraiment et n'ont pas hésité de "me tirer parfois dans le dos."Mais les paroissiens m'ont toujours aidé et défendu.

Je n'attends pas mieux; un jour, un prêtre me disait: "De toute façon, on ne vous donne que le travail dont nous ne voulons plus; et lui aussi, à sa façon disait la vérité.

Dieu m'a appelée et m'a rendue heureuse. Si c'était à refaire je signerai encore et à deux mains. Mais je regrette que l'Eglise met des entraves dès qu'il s'agit d'une femme. C'est comme si notre Baptême n'est pas vraiment reconnu et que nous ne sommes pas capables de recevoir la plénitude de la grâce et du Saint Esprit.

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