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L’itinéraire d’une femme catholique vers la Vocation

L’itinéraire d’une femme catholique vers la Vocation

Homélie de Maria Marlowe

Tout qui a ressenti cette sorte de traction de l’appel de Dieu au ministère vous dira que c’est excitant, effrayant mais en même temps extraordinaire. Toutefois une femme catholique peut ajouter à toute cette expérience un autre adjectif : « solitaire ».

Au cours des deux dernières années, j’ai essayé de m’arranger avec ma propre vocation. Je pense que, dans mon cas, l’appel est plus un sentiment. C’était, et c’est encore, instinctif. Ce n’était pas vraiment le jour d’une brillante épiphanie que celui où j’ai entendu la voix de Dieu surgir des profondeurs. C’était comme un aimant dont j’essayais de me dégager parce que j’étais effrayée et ensuite, parce que cela me paraissait inutile. Rejoindre la ‘Conférence pour l’Ordination des Femmes’ a changé tout cela. C’est alors que j’ai rencontré des femmes qui répondaient à l’invitation de Dieu, qui ne la mettaient pas de côté. Elles étaient ouvertes, honnêtes et fortes devant ce que Dieu leur demandait de faire. Ainsi, maintenant j’ai pu faire les premiers pas dans mon propre discernement qui, jusqu’à présent, avait été fait de prière et d’interrogation sur le chemin où Dieu me menait.

Une Catholique, qui est appelée au ministère, commence un chemin difficile sur laquelle un Catholique n’ira jamais. Le premier obstacle est qu’elle ne peut se tourner vers rien du tout. Un Catholique peut approcher un prêtre, peut approcher un séminaire et recevoir vraiment des réponses. Mais où ira UNE Catholique ? Elle ressent le même grondement de l’appel de Dieu qu’un homme. Mais elle ne peut avoir le soutien de la communauté de foi auquel il a, lui, un accès total. Son discernement à elle existe au sein d’un vide. Un Catholique appelé au ministère ne connaît pas l’isolement et la peine qui en découle. C’est là où je me trouve à présent – désirant servir Dieu plus directement et en pensant qu’Elle veut que je fasse la même chose. Je ne peux pas me dissimuler cela plus longtemps. Je suis appelée au ministère, entier, pur et simple.

Alors où cela va-t-il me mener? Je sais très bien où je vais désormais : j’avance vers l’obstacle suivant dans cet itinéraire de foi, celui que doit rencontrer chaque femme appelée au Ministère et le plus douloureux de tous. Rester ou bien, m’en aller ? Ici cette histoire se centre sur une autre femme qui a récemment parcouru cette part du chemin. Emily Malcoum a 27 ans. Elle est graduée de l’Université Notre-Dame et de l’École de Théologie de Harvard. Je la connais depuis environ un an et je puis témoigner de son appel passionné vers la prêtrise. L’invitation que lui fait Dieu est indubitable, son courage est exceptionnel. Un soir, en septembre dernier, le diocèse a invité les hommes qui envisageaient de devenir prêtres, à assister à une soirée de discussion, de questions et réponses. Plusieurs membres de la ‘Conférence pour l’ordination’ se présentèrent également. L’une d’entre elles était Emily. À cette époque, elle avait complètement discerné son appel, était active dans une aumônerie oecuménique et voulait désespérément être ordonnée. Je n’oublierai jamais les larmes qu’elle avait aux yeux, le chagrin qu’elle avait dans la voix au moment où elle contemplait le séminaire et disait : « C’est tellement proche. » Elle s’avança alors, avec un grand courage, elle s’approcha du Père Devlin pour demander d’être acceptée. Fort étonné et pris par surprise, le Père Devlin répondit à Emily qu’il prierait pour qu’elle puisse vraiment découvrir ce que Dieu voulait d’elle. Emily lui répondit : « Je sais bien ce que Dieu veut de moi. C’est pourquoi je suis ici. Et je prierai aussi pour que vous soyez ouvert à ce que Dieu vous demande. Pourquoi ne pas prier l’un pour l’autre ? »

La décision de rester au sein de l’Église ou de la quitter est une souffrance sans pareille. Je peux dire avec une certitude absolue que toutes les femmes catholiques appelées au ministère, aiment l’Église catholique d’abord et avant tout. La quitter est comme quitter sa maison, ne jamais y revenir. Est-ce que les Catholiques, les hommes et les femmes, qui soutiennent un sacerdoce, exclusivement mâle, ne le comprennent pas ? Pensent-ils que nous pouvons simplement prendre la porte, abandonner quelque chose que nous aimons, qui fait tellement partie de ce que nous sommes ? J’ai parlé à un prêtre de ce bourbier. Il était plutôt compatissant, mais il a répondu qu’une femme appelée au sacerdoce doit aller répondre à cet appel ailleurs. « Allez ailleurs ! » Ces mots coulaient facilement de sa bouche. Ne comprend-il pas combien est douloureux cet « allez ailleurs » ? Je m’en allais en me demandant s’il aimait vraiment l’Eglise qu’il servait.

Emily comparait cette lutte douloureuse avec le Catholicisme à un mariage dans lequel un des époux empêche l’autre de grandir et de devenir la personne qu’il veut. Je compare ma propre peine à celle d’un adulte qui a été victime de pauvres parents mal informés. Vous avez envie de vous en aller, mais vous ne le pouvez pas et vous ne voudriez pas vous en aller.

J’ai eu des nouvelles d’Emily il y a un mois environ. Elle avait malheureusement décidé de porter ailleurs sa vocation. Je dis « malheureusement » parce qu’en même temps, je suis contente pour elle. Je suis vraiment désolée de ce que perd l’Église et encore plus par ce que perd Dieu. Emily était née catholique et avait été éduquée dans la religion catholique. Sa vocation devait rester à l’intérieur de celle-ci.

Ayant eu à rencontrer ce difficile dilemme, ayant pris la dure décision de partir et d’accomplir sa vocation dans une Église d’une autre dénomination, on pourrait imaginer qu’une femme pourrait finalement atteindre un sentiment de paix. C’est au moins ce que je pensais. Une fois de plus l’histoire recommence, cette fois chez une autre Catholique de toujours qui a demandé de rester anonyme. Je l’ai rencontrée (nous l’appellerons Marie) par Internet. Notre amour commun de Dieu, amour de l’Église et notre désir de répondre à Dieu facilitaient beaucoup à notre communication pour la décision qu’elle avait finalement prise. À un moment de notre correspondance, je racontai à Marie que je l’enviais pour la décision qu’elle avait finalement prise de rechercher l’ordination dans une autre Église et pour l’impression que cela donnait d’une décision ferme. Comme j’étais naïve ! Voici quelle fut sa réponse :

« C’est (sa décision) doux et amer à la fois. Bien sûr, je me sens libre. Je ne dois plus me tracasser parce que, maintenant, je me suis autorisée à être ce que je suis. Mais j’ai payé cela très cher. J’aime l’Église Catholique de tout mon cœur et de toute mon âme et je n’aurais jamais voulu la quitter. J’ai pleuré au moins pendant cinq ans avant de le faire. Moi aussi je t’envie parce que tu es avec les gens que j’aime. J’ai vraiment célébré mon changement de foi ce jour-là (le jour de son ordination) et je sais que c’était la bonne décision. Mais cela n’a rien rendu plus facile. On est très solitaire de ce côté de la falaise. Quelle bénédiction pour moi que cette communauté Épiscopale. À la fin de chaque semaine, un sentiment de tristesse m’envahit parce que je suis partie. Mais ensuite, je me lève pour, debout à cet autel, et sur le côté de celui-ci, proclamer l’Evangile et je me sens toute remontée à nouveau. Dieu m’a bénie en m’accordant de faire cette expérience de vie pour me soutenir. Je le sais bien.

Je n’avais pas d’autre choix que partir. Rester m’aurait tuée. Je me sens « plus vivante » maintenant. Et cela me blesse beaucoup. Je pense que c’est ça, porter sa croix. Nous les femmes, nous portons une croix très lourde quand il faut décider de rester ou de partir. Mon choix a été à la fois une croix et une résurrection. Doux, amer comme je viens de le dire. »

Quel terrible chagrin endure cette Marie – ne pas être capable de répondre à l’appel de Dieu à l’endroit qu’elle appelle sa maison.

De l’isolement du discernement jusqu’à l’agonie de savoir si elle reste ou si elle part, à la frustration et à la colère, si elle reste ou au chagrin et à la perte, si elle quitte, tout cela représente une crise particulière pour une Catholique, simplement et seulement parce qu’elle est femme. Le chemin d’un Catholique ne sera jamais alourdi de cette sorte de douleur. Et si la blessure n’était pas encore assez grande, l’injure est là aussi. Les femmes catholiques, appelées au Ministère, ont été accusées d’être des envieuses et d’être avides de pouvoir. « Nous devrions examiner nos motivations ! » « C’est Satan qui nous appelle et, à moins que nous ne nous repentions, nous brûlerons en enfer ! » J’ai entendu ces inepties moi-même. Curieux quand même que ces accusations ne sont jamais proférées à l’encontre d’ hommes.

Je pense que les femmes seront ordonnées un jour dans notre Église. Cela ne peut être que la grâce de Dieu qui soutient cet espoir à travers toute mon angoisse et ma douleur. C’est la vérité de Dieu et il n’est aucun pouvoir dans la nature humaine qui puisse l’arrêter. Mais ma prière est que je puisse entendre seulement UN évangile, juste UNE homélie, afin que le Christ et moi puissions dire ensemble notre propre grand AMEN personnel.

Mais au cas où cela n’arriverait pas à temps pour nous, permettez-moi de vous dire aujourd’hui, en privé, ce que serait la première phrase de ma première homélie :

« Sœurs et frères en Christ, j’ai trouvé un merveilleux trésor que je veux partager avec chacun d’entre vous … »

Maria Marlowe, 21 mars 2001

Traduction: Françoise Bourguignon.


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Six options pour une Catholique qui se sent appelée à la prêtrise.

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