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Ce témoignage est extrait de Zum Priesterin berufen
[Être appelée à être femme prêtre],
publié par Ida Raming, Gertrud Jansen, Iris Müller et Mechtilde
Neuendorff, Imprimerie et Maison dédition Thaur (Krumerweg 9,
A-6065 Thaur, Autriche) 1998, pp. 107-112.
Les rêves dune petite
fille

Je suis née en Autriche, à Vienne, en 1962. Toute ma
famille, du côté de mon père comme de ma mère,
était profondément religieuse. Assister à la messe le
dimanche et participer aux activités paroissiales allait de soi que
lon allait. Jai donc pris part à la vie paroissiale et je
suis passée par les différentes étapes : première
communion, club des jeunes, responsabilité dun groupe de jeunes,
et ainsi de suite.
Malheureusement, il y avait un vu que je ne pouvais
réaliser : jaurais aimé être enfant de chur. Je
ne me souviens pas avoir jamais exprimé ce vu avec autant de mots
quici, car cela semblait sans espoir. Cela dailleurs aurait
été inutile. Je connaissais la réponse : Cest
impossible! Cest uniquement pour les garçons! En ce
temps-là, les filles étaient maintenues à bonne distance
du chur et de lautel. Dans cette affaire, je ne voulais pas me
mettre au-dessus des autres enfants. Cétait bien plus la question
dune aspiration difficile-à-décrire de voir au-delà
des apparences, dêtre proche de ce qui est sacré.
Jenviais les garçons du voisinage qui étaient
autorisés à servir la messe et je ne parvenais pas comprendre
pourquoi tant dautres garçons ne sy intéressaient
pas!
Jai un souvenir très vif de deux expériences faites
au cours de mon enfance et de mon adolescence. Javais 10 ou 11 ans lors
de la première. En Autriche, les enfants tournent autour des maisons
catholiques le jour de lÉpiphanie au titre de
Sternsingers [Enfants de létoile de
Noël]. Cest une vieille coutume qui sert aujourdhui
à récolter de largent pour les missions. Eh bien, on
mavait permis de faire partie dun groupe de ces Sternsingers et
comme il ny avait pas assez dhabits pour les trois Rois Mages, on
mavait donné lhabit dun enfant de chur.
Jétais absolument ravie ! Jaurais aimé ne jamais le
retirer. Jen ai encore rêvé longtemps après. Plus
tard, à lécole secondaire, mon curé ma permis
dêtre effectivement enfant de chur durant une messe pour
lécole car il ny avait là que des filles. Cela
ma remplie dune grande joie.
Après quelques années, sest posée la question
de savoir où poursuivre mes études. Plus par manque dautre
possibilité intéressante, je me suis inscrite au cours de
théologie à lUniversité de Vienne. La
théologie appliquée à la pratique était ce qui
mintéressait le plus mais je ne voulais pas être assistante
pastorale et devenir prêtre était exclu. En outre, à
lépoque, je me faisais de lÉglise et de la
prêtrise une image plutôt conservatrice. Devenir professeur de
religion ma paru la meilleure manière den sortir. Car mon
idéal était de trouver un mari et davoir des enfants aussi
vite que possible. Cela était la conséquence de mon
éducation et du milieu catholique dans lequel je vivais qui
noffrait vraiment pas dautres styles de vie acceptables pour les
femmes. Être enseignante me permettrait de combiner plutôt bien
métier et famille. Plus tard, je suis passée de
lUniversité à lAcadémie de Pédagogie
Religieuse. Jy ai terminé ma formation et ai commencé
à enseigner dans un certain nombre décoles primaires.
Redécouverte de la paroisse
Bien que je fusse enseignante, mon cur nétait pas
vraiment à lécole. Ma préférence allait
à la communauté paroissiale. Javais - et jai toujours
- la bonne fortune dappartenir à une paroisse ouverte et dynamique
qui a été dirigée pendant 30 ans par un excellent
curé, très estimé. La communauté accueillait tout
homme et toute femme, les prêtres mariés comme les couples
divorcés-remariés, les Luthériens, les immigrants et les
pauvres de toutes sortes. Cette communauté paroissiale est ma
seconde famille. Cest là que jai reçu ma
formation spirituelle ; jy ai beaucoup appris. Cest là aussi
que jai fait la connaissance de mon mari et, bien que nous habitions
à quelques kilomètres à lextérieur de la
paroisse, nous y restons très actifs et nous nous y sentons chez nous.
Jusquà la naissance de mon premier enfant en 1990, jai
été engagée dans de nombreuses activités
paroissiales. Secrètement, je recherchais un engagement professionnel au
service dune paroisse. Ce nest que plus tard que jai compris
que ma vocation était dêtre prêtre.
Dieu mappelle
Un jour, nous avons organisé une journée de
réflexion pour le Conseil paroissial. Le thème du jour
était : Mon cheminement dans la foi. Quand, dans mon groupe
de travail, jai parlé de ceux qui avaient aidé à
faire grandir ma foi, quelquun fit remarquer : Mais ce sont tous
des prêtres ! Cétait vrai, mais cela ne mavait
jamais frappée. Quelque temps plus tard, jai suivi un cours
dune semaine consacré à la direction dun Conseil
paroissial. Jai observé que, dune manière ou de
lautre, je terminais toujours la soirée en discutant avec
lun ou lautre prêtre participant.
Quand jai informé mes compagnons de collège que je
suivais un cours sur laccompagnement des personnes en deuil, ils me
répondirent : Tu devrais plutôt devenir curé que
denseigner la religion ! Peu de temps après, un de mes
voisins qui est diacre ma dit : Quel dommage que tu ne puisses pas
être prêtre ! Cela a provoqué un déclic dans ma
tête. Oui, cest cela que je voulais depuis toujours : être
prêtre!
Dabord, il ma fallu un peu de temps pour mhabituer
à lidée. Ce nest que plus tard que jen ai fait
part à dautres, du moins à ceux que je pensais quils
pourraient me comprendre. Désormais jen parle ouvertement chaque
fois que jen ai loccasion. Cependant, mon expérience me
montre que la plupart des gens nont guère réfléchi
à la question de lordination des femmes. Notre Tradition qui
sy est toujours opposée les incline à en rejeter
lidée. Beaucoup sont davis que certaines femmes veulent
être prêtres pour acquérir un statut. Il mest
arrivé plusieurs fois que quelquun me dise: Aucune femme ne
souhaite devenir prêtre! Je réplique alors: Pas
toutes, moi je le veux, à quoi la réponse est
habituellement: Ah oui, vous, vous avez étudié la
théologie mais les autres femmes (cest-à-dire les femmes
normales) ne le souhaitent pas, une réponse qui est
à la fois quelque peu illogique et comique.
Parce que jaimerais être ordonnée, quelques-uns me
considèrent plutôt comme folle, bizarre, non
réaliste (alors que je le suis), comme une femme cherchant à
faire carrière, une hérétique ou simplement comme une
personne cherchant à tout prix à attirer lattention sur
elle. De toute façon, jai maintenant admis clairement que je
souhaite être prêtre. Je mautorise à le
désirer.
Frustration
Seule lÉglise peut décider si quelquun a
véritablement ou non la vocation. Ce qui cependant me gêne est que
lÉglise officielle nest pas prête à
vérifier la réalité de ma vocation féminine, comme
elle le ferait pour un homme. Je suis plutôt convaincue que je ne verrai
pas lordination des femmes de mon vivant mais jaimerais savoir si
je me trompe ou non en croyant être appelée par Dieu. En ce qui
concerne la liturgie, par exemple, jai suivi tous les cours ouverts aux
femmes. Jai toujours pris part à lanimation doffices
liturgiques non eucharistiques et jai constaté chaque fois que les
gens acceptaient très bien les femmes comme animatrices, pour autant
quelles sachent donner du relief à ces cérémonies.
Deux fois par an, je préside un office pour les filles de
lécole. Cela attire du monde, alors que ce nest plus
évident aujourdhui avec les jeunes.
Jai aussi fait des expériences positives en animant des
offices dans des homes pour personnes âgées. Une fois, alors que
je mettais mon aube, certaines femmes ont paru contrariées et ont
demandé : Avons-nous un office luthérien aujourdhui
? Jai répondu : Non, je suis catholique. Cest
lArchevêque qui ma mandatée pour présider une
célébration de la Parole. Elles ont été
rassurées et mont dit par après : Vous avez fait cela
magnifiquement ! Je considère quil est très important
que des femmes, pleinement conscientes de leur dignité, sans fausse
modestie, exercent un tel ministère et prouvent que : Ce que je
fais a la même valeur que si cétait fait par un homme, un
prêtre. Après les seules funérailles que jaie
présidées, les gens étaient pareillement satisfaits.
Dans ma paroisse, loccasion mest souvent donnée de
prêcher. Jusquici les réactions ont été
favorables. Parmi les quelques-unes que jai enregistrées, la seule
réaction négative visait le fait que cétait une
femme qui avait prononcé le sermon ; la critique ne portait nullement
sur le contenu de celui-ci. Voilà qui prouve que la majorité des
gens nont aucune objection à ce quune femme exerce un
ministère sacerdotal pourvu quelle anime très bien les
cérémonies. Et cest également vrai pour les hommes :
les prêtres qui ne soignent pas leurs célébrations
nont guère de succès.
Mes attentes pour lavenir de
lÉglise
Quand je prêche, jai remarqué que beaucoup de
fidèles, et en particulier les femmes, apprécient beaucoup que je
commente lÉvangile dun point de vue féminin. Et
cest la raison pour laquelle jespère et je prie pour les
femmes prêtres fassent :
- que lÉvangile soit médité et
expliqué à partir dune plus large diversité de
points de vue ;
- que limage du Seigneur Dieu soit remplacée
par une image de Dieu comportant à la fois des caractéristiques
masculines et féminines ;
- que par conséquent la divinisation abusive de Marie comme
compensation ne soit plus nécessaire ;
- que le langage utilisé dans lÉglise tienne compte
des deux sexes ;
- que nos communautés paroissiales soient plus variées et
plus colorées ;
- que lÉglise apparaisse comme plus accueillante et plus
démocratique ;
- que tous les fidèles de lÉglise aient droit au
même respect, à la même dignité et aux mêmes
droits ;
- que les fidèles aient le choix de se confier à un
ministre masculin ou féminin ;
- que ce soit le bien de chaque être humain qui soit au centre
des préoccupations plutôt que le ministère ;
- que le pouvoir soit exercé de manière plus
constructive ;
- que les expériences des femmes soient mises à profit
pour construire lÉglise.
Au printemps de 1996, on ma demandé de devenir directrice
spirituelle de lOrganisation des Femmes Catholiques dans mon
doyenné. Comme les prêtres étaient réticents
à assumer cette responsabilité, les femmes saisirent
loccasion et recherchèrent une femme. Comment et pourquoi
jai eu lhonneur dêtre retenue, je ne sais, bien que je
sois certaine que lEsprit de Dieu y soit pour quelque chose. Jai
accepté avec plaisir cette tâche mais malheureusement
jusquaujourdhui (printemps 1998), je nai pas encore
reçu ma nomination officielle parce que le doyen, pour des raisons que
jignore, nest pas daccord. Toutefois, jai
commencé ma collaboration avec ces femmes. Je pense que cette situation
est symptomatique de ce qui se passe dans lÉglise.
Les femmes, avec leurs talents et leurs charismes, sont
respectées par beaucoup de fidèles dans lÉglise. On
les charge de nombreux ministères et ces mandats sont confirmés
par leurs communautés. Mais les dirigeants ecclésiastiques ne
sont pas prêts à nous accepter, nous les femmes, comme des
partenaires à parts égales. Cependant, ils sont incapables de
nous arrêter dans notre marche vers lémancipation. Un jour,
le Pape et les Évêques en viendront à nous
considérer comme des surs avec la même dignité et les
mêmes droits que les hommes.
Andrea Mayerhofer, Printemps 1998
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