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«Nous serons ordonnées!» -- N’importe comment?!

«Nous serons ordonnées!»
- N’importe comment?!?!

Une interview du Professeur Docteur Joseph Niewiadomsky, Professeur de théologie dogmatique à la faculté théologique d’Innsbruck, pendant la discussion préalable à l’ordination des femmes le 29 juin en Autriche. L’interview a été faite par le journaliste Werner Ertel en avril 2002 à l’Université Karl-Rahner à Innsbruck.

Republiée avec la permission du professeur et du journaliste, de ‘Wie Sind Priesterinnen’, ed. Werner Ertel et Gisela Forster, Düsseldorf 2002, pp 110-121; traduite par John Wijngaards.
Retraduite en français par Françoise Bourguignon.

En guise d’arrière-plan

Valide, mais illicite?

Werner Ertel: L’automne dernier, une Américaine, Mary Ramerman a été ordonnée par un prêtre de l’Église Vieille Catholique, l’Évêque Peter Hickmann. Elle est devenue prêtre d’une Communauté Catholique Romaine avec laquelle elle a, depuis lors, célébré la messe selon le Missel Romain. Maintenant l’ordination de femmes d’Autriche, d’Allemagne et des Etats-Unis est en vue, le 29 juin, dans un endroit qui est encore tenu secret et ces femmes ne seront pas ordonnées par un Évêque de l’Église Vieille Catholique mais par un Évêque Catholique Romain. Que pensez-vous de cette ordination?

Jozef Niewiadomski:Personnellement je suis de plus en plus sceptique à propos de cette entreprise particulière que je considère plutôt bizarre...

Considérons plutôt l’aspect doctrinal. Nous ne devons pas prendre en compte le fait que ce sera un évêque de l’Église Vieille Catholique qui ordonnera les femmes. C’est arrivé aussi ici en Autriche. Ce n’est pas un problème du tout. Notez bien qu’à cause de ce fait, déjà quelques Églises Vieilles Catholiques se sont déjà séparées de la Communion Vieille Catholique. Par exemple l’Église polonaise Vieille Catholique n’a pas reconnu l’ordination des femmes.

La question est donc la suivante: qu’en est-il des Évêques Catholiques ordonnant des femmes sous la formule «valide mais non permis»? Soyons clairs. Nous devons faire des distinctions subtiles. Je maintiens que cette ordination ne sera pas valide. Elle ne le sera pas d’abord parce que, selon les normes existantes dans le Droit Canon, elle n’est pas faite de manière valide. L’Église est aussi une communauté de droit. Il ne faut pas perdre cela de vue. Et une communauté de droit se définit d’abord et avant tout par des catégories de lois et cela signifie ceci: dans la communauté ecclésiale actuelle de loi, cette ordination n’est pas valide en ce qu’elle contredit la loi. Selon cette loi, une ordination exige non seulement que l’Évêque ordonnant ait le pouvoir d’ordonner, mais aussi que ce soit des hommes qui sont ordonnés et non des femmes. Cela veut dire que ce conflit avec la loi rend l’ordination invalide pour la communauté ecclésiale.

Il y a aussi une différence avec les ordinations de Lefèvre. Ses ordinations étaient valides selon le Droit Canon, mais non permises. C’est pourquoi ses ordinations dans l’Église ont créé un schisme. Ses prêtres étaient réellement ordonnés de manière valide, mais ce n’était pas licite. Lefèvre avait d’abord ordonné des évêques qui ont ensuite ordonné des prêtres. Mais dans le cas dont vous parlez, les femmes ne seront pas validement ordonnées.

Sur le plan dogmatique, ceci a toujours été la manière de procéder dans l’histoire de l’Église: une ordination qui avait été faite de manière illicite devait être reconnue par la communauté ecclésiale pour avoir un statut ecclésial important. Pour être plus clair: cette ordination ne deviendra jamais valable d’elle-même. L’Église seule peut la rendre valide en disant ‘oui’ à l’ordination, en la déclarant valide. Cet événement que sera l’ordination,est,pour l’instant, une action invalide par la loi. Nous avons des analogies dans l’Église ancienne, des conflits se rapportant à des ordinations faites par les Donatistes etc.... Cette question ne date pas d’aujourd’hui, nous l’avons souvent rencontrée dans le passé et à présent à propos de la formule ‘valide, mais pas permise’. Selon moi, cette ordination va justement être invalide parce que l’Église ne reconnaît pas cette action.

On pourrait alors poser une question spéculative: L’Église reconnaîtra-t-elle jamais cette ordination comme valide? D’après l’histoire de l’Église et celle de la doctrine, je dois conclure que toutes les actions qui ont mené à assumer une ordination par la force ont toujours été rejetées par l’Église. En ce qui concerne les personnes qui font cet acte d’ordination, quelque chose qui ressemble à un empêchement d’obligation par rapport à l’ordination surgit ensuite Si d’une quelconque manière, l’Église décidait à l’avenir d’ordonner des femmes prêtres – ce qui est tout à fait possible – le pape suivant ou le concile pourrait changer toute la situation - , alors selon moi, ces femmes-là ne seraient jamais considérées comme ayant été ordonnées prêtres. Leur ordination ne serait jamais reconnue puisque, selon la perspective de la communauté de la loi, quelle que soit votre opinion personnelle à ce sujet, en fait cette ordination était un acte de violence, donc une usurpation de pouvoir et cela sera toujours rejeté.

Ordination usurpée

Werner Ertel:Dans la République Tchèque et en Slovaquie, il y a eu des prêtres qui ont été ordonnés en secret durant la persécution communiste. Maintenant d’autres ont été encore ordonnées ‘sub conditione’ (conditionnellement),…

Jozef Niewiadomski:Non, non, dans ce cas, ce serait un acte de présomption, une usurpation. Je crois que ces femmes ne seront pas ordonnées, ou pour le dire autrement, leur ordination ne sera jamais reconnue. C’est la tragédie de toute cette situation. Personnellement, à l’intérieur du contexte de l’intégration des femmes dans l’Église Catholique, je peux seulement comprendre ceci comme un groupe de femmes, même connues dans l’Église, s’abandonnant à la pression qu’elles trouvent insupportable et disant; ‘Maintenant, nous allons faire ceci nous-mêmes!’

Je crois que, quand on prend des initiatives de cette nature, on tombe victime d’une fausse logique. La comparaison de l’ordination des femmes par l’Évêque Davidek ne s’applique pas. L’Évêque Davidek avait ordonné dans la conviction ferme qu’ainsi seulement, il pourrait sauver l’Église Catholique dans la République Tchèque – convaincu qu’il était que, dans le climat de suspicion et d’espionnage, personne ne suspecterait que des femmes aient été ordonnées. Son intention était de sauver l’Église, c’est pourquoi il a osé prendre cette initiative. Mais dans ce cas, concernant les femmes en Autriche/Allemagne,nous avons affaire à une intention subjective: «Nous voulons être des femmes prêtres». C’est exactement ce qui me trouble le plus dans cet événement et pourquoi je ne peux pas vraiment être d’accord avec ce qui se passe. Au contraire, je trouve troublante la manière dont c’est organisé.

Pourquoi tous ses secrets

Jozef Niewiadomski:Lefèvre était bien conscient de ce qu’il faisait. – Il avait annoncé son intention deux ans à l’avance, il s’était soumis à des discussions publiques. Il cherchait à être légitimé. Il discutait. Toutefois ce que nous trouvons maintenant est un mélange bizarre de publicité et de secret. Les évêques qui se sont préparés à entreprendre cette action, ou ne sont pas capables de s’engager dans une discussion publique – ce que je ne pense pas – ou il faut bien penser à quelque chose qui me dérange beaucoup parce que ce n’est pas digne des Saints Ordres – si on savait d’avance qui ils sont, ces évêques seraient empêchés d’ordonner par violence physique.

Ce n’est pas le lieu ici de discuter d’excommunication puisque ces évêques le seront de toutes manières excommuniés. Donc on peut pense, par les médias avides de sensationnel, que ces évêques seraient empêchés par violence physique, qu’ils seraient muselés dans leur expression publique ou bine assassinés. Cette sorte de présomption est de la logique d’un groupe terroriste et n’est pas la stratégie appropriée et adéquate de cette sorte de problématique dans l’Église. La manière dont cette ordination a été organisée et présentée est en contradiction avec ce qui fait nécessairement partie de l’ordination sacramentelle.

Faire ce que fait l’Église – en unité!

Jozef Niewiadomski:Vient ensuite la question doctrinale: l’intention de la personne accordant l’ordination qui doit faire ce que fait l’Église – faciendi quod facit ecclesia. La question est: que pense l’Église de l’ordination?

Selon les enseignements de Vatican II, l’ordination est à la communauté ecclésiale comme faisant partie des saints ordres. Et le sacrement de l’ordination n’est pas in privilège accordé à des individus ordonnés, elle est totalement au service de l’unité de l’Église. Les saints ordres sont donc exercés de manière collégiale, par des évêques, des prêtres, des diacres. Ce qui est toutefois envisagé ici est un acte isolé d’ordination, avec la justification est que la seule chose qui importe est que l(es)’évêque(s) qui ordonnent soient dans la succession apostolique. Tous les éléments de la collégialité.ecclésiale sont jetés par-dessus bord par la force de ce seul aspect des choses.

Ceci me ramène aux arguments de Lefèvre.. Et même pis que ça – et ici l’association est presque douloureuse – cela me rappelle l’histoire de l’anti-pape, Grégoire XVII à Palma de Troya C’était un homme qui avait eu des visions de Marie et qui s’imaginait savoir toutes sortes de choses. Et ici la comparaison devient tragique: il s’était senti appelé à cette place et il prétendait avoir des raisons solides pour y être. Ensuite il avait cherché un évêque qui l’ordonnerait. Il avait trouvé un évêque retiré au Vatican qui avait alors ordonné prêtres, lui, son collège et ses amis. À la mort de Paul VI, il s’était proclamé pape. C’est actuellement tout juste un petit groupe, l’Église Palmarienne, une fantaisie religieuse qui ne connaît pas de limites. Ce n’était plus simplement un schisme à l’intérieur de l’Église, c’est devenu une secte.

Cela va-t-il provoquer un schisme?

Werner Ertel: Etes-vous effrayé par l’idée qu’à cause de l’ordination de ces femmes, un schisme pourrait se produire dans l’Église?

Jozef Niewiadomski:Une coupure avec l’Église s’ensuivra si des évêques suivent les évêques qui ordonnent. Je ne pense pas que, pour le moment, un seul évêque Catholique suive ces évêques-là. Je pense qu’un certain nombre d’amis, de connaissances et de compagnons soutiendront ces femmes. Cela ne provoquera pas, me semble-t-il, une grande révolution. Je crains que cela ne se développe en secte. C’est pourquoi tout cela est assez tragique pour moi. Graduellement cela mine tous les efforts qui ont été accomplis. Par exemple dans le diocèse de Linz: des femmes se qualifient par des études, prennent des charges de chefs de communauté et de cette manière, commencent à générer une certaine plausibilité. Cette action va saper tout cela dans l’Église...

Valeur prophétique?

Werner Ertel: Professeur, vous demandezce que l’Église va faire de ces ordinations? Mais les femmes demandentce que ces ordinations vont faire à l’Église? Selon la conviction de ces femmes, par cette action, Rome sera obligée de répondre, simplement parce que les faits auront été établis. Si on ne fait pas ça, il ne faudra pas compter sur des progrès en ce qui concerne l’ordination des femmes, même pas dans cent ans!

Jozef Niewiadomski:Je m’élève contre ça. Cela m’irrite. Ces femmes semblent surestimer leur importance. Elles souffrent d’une forme de narcissisme moderne et sont poussées par les médias. Aujourd’hui, n’importe qui peut exprimer n’importe quoi, une chose est jugée crédible et l’autre moins, selon le climat culturel du jour.

La problématique du ministère est une des plus délicates dans l’Église Catholique. Ce qui est arrivé dans la discussion sur les ministères pendant les vingt dernières années a vraiment amené une révision totale. Selon la tradition la plus ouverte et la plus libérale à laquelle je me consacre depuis longtemps, on ne peut juger le ministère simplement par une norme (comme la succession apostolique). Nous sommes heureux que Vatican II ait pris ses distances de la compréhension des ministères qui prévalait au Concile de Trente. Pour parler clairement, il existe un monde de différence entre Trente et ce que l’Église Catholique officielle dit à présent.

Quand Lefèvre a fait clairement un pas vers un retour à l’ancien ministère, un cri d’horreur et de colère s’est élevé, tout le monde disant à quel point cela était terrible. Maintenant, tout à coup, nous entendons des commentaires enthousiastes bien que les arguments soient basés sur les mêmes prémisses (celles de la succession apostolique) et je me demandeoù est donc la différence? Devrais-je être d’accord maintenant simplement parce que cela me convient? Non! Il faut que je me pose cette question-ci : comment justifier ce que je fais?

Revenons à la question de la surestimation de soi. Qu’est ce que l’Église va faire? Quel est le sens du ministère? Le ministère, pour parler en clair, ne peut pas perdre de vue la question de l’unité de l’Église. C’est un des points les plus délicats dans une discussion moderne. Ce n’est plus la question de savoir si je suis prêtre et que par conséquent je peux célébrer la messe ou entendre une confession. L’Église ne sera certainement pas guérie ainsi. L’Église doit présupposer un accord minimum pour dire à quoi doit ressembler le ministère. Si nous voyons cela simplement en termes de démocratie et que nous nous demandons: l’Église d’aujourd’hui devrait-elle admettre des femmes à l’ordination et à la prêtrise? Alors je n’aurai pas besoin de citer la réponse officielle. C’est une énorme surestimation de soi si on pense que la base pourrait être simplement un vote populaire.

Werner Ertel:En Autriche, selon les rapports, 75% de la population se sont déclarés favorables.

Jozef Niewiadomski: L‘Autriche n’est pas l’Église Catholique. C’est le problème. En Suisse aussi, on entend toujours dire:pourquoi se préoccuper des autres pays, nous sommes Suisses. Et les femmes disent: «C’est seulement quand nous aurons été ordonnées nous-mêmes que Rome s’éveillera». Je ne suis pas certain que Rome soit vraiment endormie. Pour moi, cela montre vraiment que l’on présume de ses forces. Évidemment, le Pape a clairement dit: non! Tous ceux qui pensent logiquement vont conclure: il est clair que rien ne va changer au cours de ce pontificat.

Je m’attendrais à ce que chaque être humain, chaque institution soit capable de dire: dès qu’on arrive à cette conclusion: l’implication en ce qui me concerne sera de montrer de la patience et de ne rien forcer. Au lieu de dire: ah maintenant, je vais vous montrer que j’ai raison! C’est une attitude que je ne comprends pas sur un plan spirituel. C’est pourquoi je suis convaincu que cela sera contreproductif.

Patience et humilité?

Werner Ertel: Vous n’avez pas de sympathie pour l’impatience des femmes d’un point de vue humain? Leur colère à propos du fait que l’Église semble proclamer que c’est Dieu lui-même qui a soumis la femme à l’homme et que, c’est sur ces bases-là, qu’elle dit qu’elle n’a aucun pouvoir pour ordonner les femmes. Est-ce que cela ne se ramène pas pour elles à une humiliation, à les rabaisser?

Jozef Niewiadomski:Ce qui constitue une humiliation et un amoindrissement n’est pas décidé par une formule, mais à travers la société qui juge les valeurs et les non-valeurs. Si aujourd’hui vous déclariez qu’on a humilié les femmes pendant plus de 20 siècles, vous prononcez un jugement moral sur vos ancêtres du genre de: «c’étaient seulement de pauvres types!» Je ne veux pas prendre part à cette sorte de discussion.

Je veux dire clairementque les croyances qui sous-tendent les bases théologiques pour ne pas permettre l’ordination aux femmes sont devenues intenables culturellement. C’est mon opinion. L’Église, elle-même, a jeté par-dessus bord certaines de ces croyances. Par exemple une des plus importante objection de Thomas, à savoir que la femme est dans un état de sujétion, qu’une femme est incapable de diriger,, est intenable actuellement. Tout le Moyen Age ne pouvait pas imaginer qu’une femme pouvait juger des hommes. Cette façon de penser structurée par la culture, est rejetée maintenant. L’Église a nommé des femmes juges – au Tribunal de la Rote Romaine ( la Cour qui s’occupe des mariages), elles sont donc conduites à juger des hommes.

Donc, dans les matières juridiques, des femmes jugent des hommes. C’est une avance importante dans l’histoire. Une question reste pendante: l’ordination des femmes. Dans ce cas, l’Église a perdu sa crédibilité, cela je vous l’accorde. Mais des concepts comme celui de l’humiliation ne sonnent pas justes dans ce contexte. Je ne comprendrais donc pas le monde parce que je dirais à toutes ces femmes qui ne peuvent accepter l’ordination des femmes: vous êtes aveugles, vous êtes des créatures soumises etc. C’est clair pour moi que cela ne fonctionne pas.

Les médias dans tout ceci.

Jozef Niewiadomski:À terme, des solutions politiquement correctes vont faire du tort aux femmes elles-mêmes. Cela s’applique par exemple quand les féministes disent qu’il n’y a pas de différence entre les sexes, que seule existe une égalité radicale. J’ai le sentiment que, dans notre société moderne, la question de la place de la femme dans l’Église est devenue le sujet favori des médias car ils essaient d’éviter les vraies questions religieuses ou ils les occultent. Les médias exploitent ceci dans notre société libérale dans laquelle les femmes sont soumises aux pressions de la société libérale. Les gens des médias disent simplement: Voyez cette vieille Église Catholique, comment elle est incapable de réformes etc.people can simply say: ‘See how old fashioned the Catholic Church is, how incapable of reform’, and so on.

Sur ce genre de chose, les médias libéraux peuvent parler sans crainte parce que cela ne heurte personne: aucune banque, aucune compagnie d’assurance, personne à l’université. Cela ne concerne personne en particulier – et donc, il pourrait sembler qu’il existe un consensus là-dessus. Certains cercles de l’Église embrayent.. Ils pensent que nous serons soutenus par les médias libéraux Complètement fou! Les médias libéraux se fichent qu’il y ait des femmes prêtres dans l’Église ou non, ils se fichent de l’Église, ils se fichent de Dieu.

Dans ce contexte, la question surgit de savoir si la logique moderne de la société d’aujourd’hui peut être si facilement acceptée en ce qui nous regarde dans l’Église. L’action d’ordonner des femmes est faite en fonction de la publicité, une action dont je peux à peine dire qu’elle est favorable à la réforme de l’Église, tellement elle est ambiguë et peu claire. Je dis donc: «Pour l‘amour de Dieu, ne faites pas cela!»

Sympathie avec les femmes?

Jozef Niewiadomski:Pour la question de savoir si j’ai de la sympathie pour les femmes, je dirai que, savoir si on a de la sympathie pour les gens, dépend de la compréhension de leurs motivations personnelles. Je ne sais pas comment les femmes en question justifient leur action. Bien sûr que j’ai de la sympathie pour les femmes qui se sentent insuffisamment intégrées à l’Église. Lorsque j’en ai la possibilité, je fais moi-même campagne en faveur de l’ordination des femmes en présupposant une discussion claire sur la question de ce qu’est le ministère, etc.

Ce qui va arriver est un acte de guerre et nous devons nous demander qui va en bénéficier et qui va en pâtir.

Je pense que cela va servir à exciter les médias sur la prétendue incapacité que l’Église a de se réformer. Cela servira probablement à une courte affirmation de bonheur et de satisfaction pour les personnes concernées qui auront alors l’impression d’avoir accompli quelque chose, l’impression qu’elles se trouvent au centre de l’histoire.Si j’envisage le cas de Madame Karin Leiter aujourd’hui qui a accompli son plus cher souhait en devenant prêtre – malheureusement dans la mauvaise Église comme elle l’admettrait probablement elle-même, - je m’aperçois que personne ne lui prête attention. Qui est intéressé par le fait que Karin Leiter est devenue prêtre? Personne si nous sommes parfaitement honnêtes. Selon moi, il y a des implications tragiques que nous ne pouvons pas réellement discuter dans le domaine public.

Ordination des femmes et Droit canon

Werner Ertel: L’ordination des femmes est de nos jours est à peine encore une question biblique ou doctrinale, non? N’est-ce pas seulement un paragraphe dans le Droit Canon qui a besoin d’être amendé?

Jozef Niewiadomski: Je Droit Canon est toutefois une partie du consensus de foi de notre époque. Il ne faut pas l’oublier. C’est vrai qu’un consensus de foi n’a pas de caractère obligatoire d’un point de vue doctrinal, mais c’est un peu comme une transaction bancaire. Si je suis vraiment intelligent,je trouverai la bonne façon de faire et j’apprendrai à fabriquer des faux billets. La banque aura évidemment à faire face à ce défi. Elle découvrira à temps que mon argent n’est pas un moyen de paiement valide. Il en va de même de l’argument: c’est seulement une affaire de Droit Canon. L’argument passe par-dessus la position de la loi dans ce contexte.

Werner Ertel:Mais le Droit Canon peut être facilement changé, non?

Jozef Niewiadomski:Certainement, il y a aussi des formules doctrinales qui peuvent être changées – mais elles ne le seront pas par quelqu’un qui dira de sa propre initiative: «maintenant, je le fais moi-même!» J’ai souvent écrit et publié des articles dans lesquels je déclarais qu’il n’y a rien, au point de vue doctrinal, qui s’oppose à l’ordination des femmes. Et c’est une position que je maintiens, même maintenant. Mais l’obstacle est la volonté de la communauté de loi dans l’Église.

Dans une ferme, rien ne s’oppose à ce qu’un fils reprenne la propriété de son père – si ce n’est la procédure légale de dévolution d’héritage et le testament du père. Le fils peut dire: «Parce que je peux mieux diriger la ferme, je déshérite simplement mon père». Cela ne sera pas valide légalement. Il usurpe la place de son père dans la propriété. Qu’est ce que cela signifie pour la communauté de loi, dans ce cas, la loi séculière? Celle-ci doit avant tout protéger le propriétaire légitime, autrement il y aurait chaos. Oui et s’il s’avère dans le temps qu’il y a dans le village assez de gens qui veulent faire les choses,autrement peut-être la loi pourrait-elle changer, pourriez-vous dire – mais vous parlez alors d’une révolution, un acte violent.

Mon avis est que la réforme du ministère n’a jamais été faite par des révolutions. Les réformes du ministère ont été faites par des petits pas douloureux et ensuite, elles ont provoqué des schismes. Je suis convaincu que nous allons arriver à un petit schisme.. Quand les évêques créent un schisme parce qu’ils veulent ordonner des femmes, cela comporte le risque fou de créer une Église de Femmes.

Au fond de moi, je suis persuadé que cet acte sera contreproductif en ce qui concerne l’intégration des femmes dans l’Église. C’est pourquoi je déclare ici de toutes les manières possiblesque je n’en ferai pas partie. Il y a des centaines d’Églises et toutes prétendent se rattacher à Jésus. Je veux appartenir au cadre de cette communauté de foi et cette communauté de foi s’est créée par la manière dont elle interprète la tradition biblique. Cette interprétation est soutenue par une quantité de témoins. Un des conflits les plus élaborés dans cette façon d’interpréter est de savoir s’il y a des raisons suffisantes de dire que nous ne pouvons pas ordonner de femmes.

Je crois qu’au fur et à mesure que le temps passe, cela deviendra plus limpide. –«Non, il n’y a pas de raisons valides!» Mais cela ne me permet pas de dire maintenant: «Donc, je vais le faire moi-même. Je vais forcer les choses. Je le fais simplement.

C’est là qu’est l’erreur.

Werner Ertel: Nous entendons souvent les gens parler de kairos , du mouvement juste d’ordination des femmes. C’était le cas avec l’Évêque Davidek en 1970 à Brunn. On en parle aussi maintenant. Qu’en est-il si la pression ne provient pas de la société libérale mais du Saint-Esprit et de Dieu lui-même?

Jozef NiewiadomskiDans ce cas, je dirais de laisser l’initiative à Dieu. Comme disait Gamaliel:«Si cela vient de Dieu, cela perdurera, alors nous ne pouvons pas l’empêcher» Seulement, en tant qu’être humain, je vous dis que cela sera contre-productif parce que cela fossilise la compréhension de ce qu’est l’ordination que l’Église, à travers le monde, a déjà transcendée.

L’action proposée réintroduit une compréhension de l’ordination qui se centre exclusivement sur l’administration du sacrement. Elle fait renaître un vieux concept qui a déjà été abandonné par la théologie dogmatique, c’est-à-dire l’ordination qui existe par elle seule. Déjà le Concile de Chalcédoine déclarait que les fidèles pouvaient seulement être ordonnés dans des communautés ecclésiales spécifiques – que les ordinations qui se faisaient seules n’avaient pas de validité. Selon la manière dont nous percevons aujourd’hui l’ordination, elle sert à garantir l’unité de la communauté. Quelle Église serait unie par une ordination faite pour elle-même

Je laisse de côté la question de la formation théologique requise, de la formation théologique, des qualifications que devrait avoir un candidat à l’ordination. Je sais que certains demanderont: pourquoi un prêtre devrait-il avoir une quelconque formation théologique? Pour ma part, toute cette approche dont nous venons de parler est la démarche qui serait encore plus contreproductive à l’intégration des femmes dans l’Église.

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