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Revue Parvis n°15. Ordination et excommunication de 7 femmes prêtres

Ordination et excommunication de 7 femmes prêtres

Le communiqué de Parvis du 13 février 2003.
A quand la juste place des femmes dans les organisations religieuses ?

Le 29 juin 2002, en Allemagne, sept femmes catholiques (quatre Allemandes, deux Autrichiennes, une Américaine) ont été ordonnées prêtres dans l’église catholique schismatique apostolique charismatique Jésus Rey.
Leur excommunication a été confirmée par la congrégation romaine pour la doctrine de la foi le 21 décembre 2002.

Les 7 femmes catholiques ordonnées prêtres le 29 juin dernier viennent de voir leur excommunication définitivement confirmée.

Les évêques et les prêtres reconnus coupables de pédophilie sont trop souvent absous par les autorités religieuses.

Qui pourra comprendre une telle différence de traitement ?

L’engagement dans la foi se trouve sanctionné et le crime excusé. 

Ce sont les grands prêtres qui ont demandé aux occupants romains de condamner Jésus à mort. Les femmes étaient au pied de la croix.

Marie-Madeleine est la première à reconnaître l’homme qu’elle aimait, ressuscité. C’est bien lui, Jésus, qui l’envoie annoncer la bonne nouvelle aux frères.

A quand la reconnaissance de la dignité et des droits des femmes dans une véritable communauté ecclésiale ?


Les faits

L'article de La Croix du 28 janvier 2003 qui cite la congrégation: pour la doctrine de la foi: «l'Eglise n'a d'aucune façon la faculté de conférer aux femmes l'ordination sacerdotale. La négation de cette doctrine mérite la qualification de refus d'une vérité appartenant à la foi catholique, et demande donc une juste peine ».


Le communiqué de Femmes et Hommes en Eglise du 15 février 2002. L’excommunication des femmes prêtres. Une « doctrine » de l’Eglise ?

Le Vatican vient de rendre publique et définitive l’excommunication des sept femmes prêtres ordonnées en Autriche le 29 juin 2002.

Avec beaucoup d’autres sans doute, nous regrettons la brutalité d’une mesure d’un autre temps, destinée à sanctionner « un péché particulièrement grave », contre des femmes qui désiraient s’engager avec une foi profonde au service de l’Eglise à la quelle les rattache les liens indissolubles du baptême.

Qui pourra prendre au sérieux l’argument avancé par le Vatican comme « théologique » lorsqu’il prétend que l’Eglise n’a « d’aucune façon la faculté de conférer aux femmes l’ordination » ? 

Il s’abrite ainsi commodément derrière son non-pouvoir pour n’avoir pas à s’expliquer sur le fond. 

Pourtant, il n’a pas hésité à recourir à son pouvoir pour clore et interdire, contre l’avis de nombreux théologiens, toute recherche pastorale et débat ecclésial en cours sur le sujet, lorsqu’il a déclaré pour la première fois, en 1994, que l’opposition à l’ordination des femmes faisait désormais partie du « dépôt de la foi » , comme si cette question, jamais posée dans les termes qui sont les siens aujourd’hui , avait déjà été résolue avant même d’avoir été posée. 

La décision qui vient d’être prise à Rome fait la démonstration d’un autoritarisme dogmatique qui provient de l’ignorance de l’histoire et ne peut plus être reçu. Il va de pair avec un manque d’écoute et de confiance contraires à la vie pastorale et communautaire.

Femmes et Hommes en Eglise, 68 rue de Babylone, 75007 Paris, www.fhe.asso.fr


Une proposition d'intervention auprès des autorités romaines, émanant du mouvement mondial en faveur de l’ordination des femmes (Women’s Ordination Worldwide)

M. le cardinal X, 

Nous vous écrivons au sujet de l’excommunication de sept femmes catholiques, décrétée par la Congrégation pour la doctrine de la foi le 27 janvier 2003 à la suite de ses séances ordinaires des 4 et 18 décembre 2002.

Nous déplorons l’esprit dépourvu de respect et de miséricorde de ce décret où il n’est question que de crime et de distinctions quant à la nature précise de la peine qui s’imposerait. Le jugement sévère porté à l’encontre de ces sept femmes qui répondaient en toute sincérité à un appel de Dieu, est une source de souffrance non seulement pour elles mais pour leurs communautés, ainsi que tous les hommes et toutes les femmes de par le monde qui croient que l’Esprit du Christ appelle les femmes aux ministères ordonnés.

Nous sommes très choqué/e/s par votre langage strictement légaliste : le décret ne fait aucune référence à l’amour, à la miséricorde et à l’esprit de réconciliation privilégiés par le Christ Jésus. Lui n’a jamais menacé, ni puni, ni banni qui que ce soit comme vous le faites. Au contraire, Jésus accueillait à sa table précisément les hommes et les femmes que les autorités religieuses déclaraient indignes et, avec eux, proclamais l’avènement du Royaume.

Nous vous demandons de lever ces excommunications qui ne servent qu’à rompre tout lien avec ces sept femmes et avec tous ceux et celles qui les appuient. N’oubliez pas qu’elles ont posé ce geste justement parce que toute communication avec le Vatican au sujet de l’ordination des femmes est proscrite.

Nous vous demandons aussi de considérer l’avenir et d’inviter tous les membres du Peuple de Dieu, femmes et hommes, à s’engager dans des recherches sérieuses et un dialogue constructif au sujet du ministère des femmes dans l’Église. Nous ne sommes plus à une époque où les membres d’une hiérarchie romaine exclusivement masculine pourrait dicter aux femmes ce qu’elles doivent faire. Elles désirent pouvoir en toute liberté de conscience discerner la voix de l’Esprit et les grâces dont elles sont dépositaires de façon à renouveler l’Eglise à l’image des premières communautés chrétiennes où il n’y avait « ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme: car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus.» (Gal 8, 28)

Nous proposons que le dialogue s’ouvre en tout cas déjà rapidement ouvert au sujet de l’ordination des femmes au diaconat. Permettez nous de rappeler à ceux qui ont signé ce décret d’excommunication qu’il estdes preuves importantes assurant que l’Église ordonnait les femmes dans la primitive Église, suivant la vénérable tradition qui s’enracine dans la référence de saint Paul à Phébée, diaconesse de l’Église de Cenchrées, porteuse de la lettre de l’apôtre à l’Église de Rome (Rom 16, 1-2).

En somme, nous invitons les membres de la Curie romaine à remplir leur devoir de pasteur en retirant le décret d’excommunication et en instaurant le dialogue avec les nombreuses femmes qui dans l’Église entendent l’appel de l’Esprit-Saint aux ministères ordonnés.

Pour le (nom de votre regroupement),


L'opinion de l'association Femmes et Hommes en Eglise 

Le 29 juin 2002, en Allemagne, sept femmes (quatre Allemandes, deux Autrichiennes, une Américaine) ont été ordonnées prêtres dans l’église catholique apostolique charismatique Jésus Rey. Et d’autres ordinations sont prévues dans plusieurs continents et différents pays. L’événement a alerté les médias, provoqué de nombreux débats : une polémique importante fait appel à toutes sortes d’arguments et de faits qu’il nous est difficile de vérifier. Certains opposants ne reculeraient pas devant la calomnie pour discréditer les personnes concernées et faire obstacle à une avancée décisive pour l’église catholique romaine et pour la société.

A défaut d’informations plus complètes sur chacune des ordonnées, nous voudrions rappeler que, comme pour tout être humain, leurs vies sont probablement faites de zones d’ombre et de lumière, comme c’est aussi le cas des candidats masculins à la prêtrise. Ce que nous savons de quelques-unes, théologiennes renommées et militantes généreuses, nous incite à croire que leurs intentions sont droites et que leur appel intérieur – leur vocation – a été mûrement réfléchi et solidement étayé par leur réflexion personnelle et par l’éclairage d’exégètes et de théologiens à la compétence reconnue. Les arguments qu’elles avancent rejoignent ceux que FHE a développés dans son document publié à l’occasion du colloque de Dublin en juin 2001 sur « l’appel des femmes à une prêtrise renouvelée » (site FHE : http://www.fhe.asso.fr).

Sur l’évêque qui les a ordonnées, les informations sont pour le moins contrastées. Le journal La Croix le présente comme « ancien prêtre catholique argentin, fondateur de cette église (apostolique charismatique) ». Mais pour d’autres dignes de foi, il serait simplement un évêque pour qui les règlements institutionnels ont moins d’importance que les grandes avancées humaines et chrétiennes inspirées par l’évangile.

Au journal télévisé du 30 juin, un évêque allemand a parlé de « mascarade » et déclaré « non valables » ces ordinations, en se référant au code de Droit Canon, qui permet l’accès à la prêtrise aux seuls baptisés masculins. Il est plus facile de ridiculiser et de condamner un geste fort – voire provocant – que de s’interroger positivement à son sujet, en acceptant une remise en cause de l’attitude « définitive » du Vatican qui pousse à une telle démarche. Quant à la menace d’excommunication que le Cardinal Ratzinger faisait connaître aux futures ordonnées par une lettre du 10 juillet, elle a déjà reçu leur réponse dans un communiqué public : « Ce ne sont pas nous, les femmes, qui générons le scandale… N’est-ce pas un scandale fondamental que l’église ne parvienne pas, malgré des appels réitérés depuis longtemps, à considérer la femme comme un être d’égale valeur et devant jouir des mêmes droits que l’homme ?

Ce serait évidemment un scandale de voir prononcées des excommunications : déni de raison et déni de jugement pour qui devrait savoir que deux récents sondages parus au Canada à l’occasion des Journées Mondiales de la Jeunesse indiquent que plus de 80 % des jeunes sont favorables à l’ordination de femmes.*

La discrimination fondée sur le sexe est désormais assimilée à une violence moralement prohibée et légalement combattue ; la réciprocité paritaire entre hommes et femmes s’impose comme une valeur éthique aussi incontournable que pleine de promesses.

Au-delà des questions de validité, procédure et déclarations,  FHE invite à réfléchir à des points importants:

Nous avons nous-mêmes travaillé jusqu’ici pour que l’ordination des femmes résulteplutôt d’un travail en profondeur et à long terme au sein des communautés ecclésiales, par le moyen de pratiques de co-responsabilité où les femmes sont partie-prenante d’un partenariat incluant les prises de décision à tous les niveaux. Une pastorale moderne de l’appel aux ministères ordonnés privilégie les ordinations en vue de communautés précises où les ministres, femmes ou hommes, sont inséré/e/s et choisi/e/s. Le temps n’est plus des ordinations « absolues » (sans lien avec une mission ou communauté), même si la pratique est encore largement répandue, notamment à la Curie.

Mais nous nous refusons à porter un jugement hâtif sur la stratégie différente et plus percutante de nos sœurs. Militantes depuis trente ou quarante ans sur un terrain où rien ne semble bouger, elles savent que la plupart des avancées vers la parité sont d’abord perçues comme « sauvages » ou violentes par les partisans du statu quo, avant d’être reconnues comme légitimes et bonnes. Alors elles décident de franchir un seuil, sans attendre que l’ensemble de la planète catholique soit prête à la démarche. « L’unité n’est pas l’uniformité », dit Vatican II ; à chaque pays ou chaque continent son rythme d’évolution. Ainsi donnent-elles la preuve que l’ordination des femmes catholiques est dès maintenant possible, au même titre que celle des anglicanes, même si la « licéité » requise est absente.

Les nouvelles ordonnées vont se mettre au service de communautés d’élection à la recherche d’une harmonie entre la vision humaine et la vision chrétienne de l’existence. Dans ce sens, nous nous réjouissons de l’initiative de nos sœurs, et nous les accompagnons de notre prière. Que leur geste suscite un retournement de l’Institution ecclésiale !

* Hélas ! Le 5 août 2002, l’excommunication a été prononcée selon le Canon 1.331 (NDLR).


Sur la question des femmes et de l'Eglise catholique,  d'autres liens et articles

- Le site Internet de Femmes et hommes en Eglise

- Le site Internet québécois L'autre parole

- Un site de discussion sur L'ordination des femmes dans l'Eglise catholique 

- La conférence de Dublin sur l'ordination des femmes dans l'Eglise catholique (2001)

- Le témoignage de Ludmila Javorova, femme prêtre de l'Eglise catholique clandestine dans la Tchécoslovaquie communiste, ignorée par le Vatican après la chute du mur de Berlin

Ordinations du 29 juin Femmes catholiques appelées au sacerdoce Avis de théologiens sur
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