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Les ordinations de protestation ne tiennent pas compte de la communauté

Les ordinations de protestation ne tiennent pas compte de la communauté

par Rosemary Ruether

Extrait du National Catholic Reporter, 2 mai 2003 ; extrait de l’annuaire de WAC.

Lors d’une récente conférence de Call to Action en Californie du Nord, on m’a demandé si je pensais que les ordinations de femmes allaient se faire. J’ai répondu avec ma plaisanterie habituelle disant que je ne voulais pas que des évêques m’imposent leurs mains laïques. Plus sérieusement, j’ai suggéré que le manque de prêtres et la qualité de ceux-ci dans l’Église Catholique signifiait qu’une part de plus en plus grande du ministère était exercée par des laïcs ayant reçu une formation théologique, surtout par des femmes. Beaucoup d’évêques voudraient bien ordonner ces femmes, mais en sont empêchés par la politique de l’Église. Mais je soupçonne que, au train où vont les choses, il va se produire une percée au sommet pour modifier l’exclusion actuelle. Ce changement, comme beaucoup de changements dans l’Église se fera de la base au sommet.

Après cette sortie, une amie m’exprima sa déception à propos de me réponse. Elle me dit qu’elle pensait que nous devrions simplement avancer et ordonner des femmes, suggérant que nous menions une action de protestation devant les cathédrales. J’ai exprimé mon ambivalence sur l’ordination dans cette forme de protestation publique. Cet échange me remit en mémoire un appel téléphonique que j’avais reçu au printemps dernier. Une autre amie, Catholique de longue date, me raconta que des évêques en Autriche étaient prêts à ordonner des femmes et qu’elle pensait se faire ordonner. Elle ajouta qu’elle serait vraisemblablement excommuniée. Quel était mon avis là dessus?

Je lui fis alors part de mon ambivalence à propos de cette démarche, mais je lui dis qu’elle devait se décider elle-même. Elle décida d’aller de l’avant et fut excommuniée en même temps que les autres femmes qui avaient participé à cette ordination faite dans un bateau sur le Danube le 29 juin 2002. Ce printemps-là, une de ces femmes, Ida Raming, une érudite en droit canon qui avait beaucoup écrit sur la problématique des femmes et de ministère dans l’Église Catholique a parcouru les Etats-Unis en parlant de son expérience.

Que pensons-nous de cette ordination ?

Ces événements m’ont poussée à clarifier ma pensée au sujet de ces ordinations faites irrégulièrement comme protestations publiques. Mon ambivalence à ce sujet n’existe pas principalement à cause de leur inutilité comme stratégie pour faire avancer la cause de l’ordination des femmes, mais s’enracine plutôt dans ma perception de la théologie de l’ordination. Pour moi, l’ordination est un acte de promesse au sein d’une communauté Chrétienne, acte par lequel le peuple de Dieu confirme une personne comme prêtre et pasteur de la communauté et la personne ordonnée jure de servir la communauté comme prêtre et pasteur.

Historiquement, les Catholiques ont dévolu cet acte d’ordination aux évêques qui représentaient à la fois l’église locale et la communion des églises locales au sein de l’église universelle. Les autres Chrétiens, comme les Baptistes, envisagent l’ordination comme un acte de congrégation. L’église locale en tant que congrégation ordonne pour le service de telle ou telle communauté. Les autres pasteurs et les chefs d’église locales peuvent être invités à ‘imposer les mains’ sur l’ordinant. Moi-même, j’ai, par deux fois, été invitée à ‘imposer les mains’ sur des personnes qui étaient ordonnées dans une église Baptiste. L’un d’entre eux était un ami qui était ordonné à un ministère social à Washington C.C.. L’autre était la première femme à être ordonnée par l’Église Baptiste du Nicaragua. Je pense que ces deux manières d’approcher l’ordination, épiscopale et ‘congrégationelle’, sont valides et s’enracinent dans les mêmes présupposés à savoir que l’ordination est un acte contractuel au sein de l’Église.

Je n’ai aucune objection à faire valoir contre les évêques qui sont les personnes qui ordonnent s’il est bien entendu qu’ils représentent l’Église locale aussi bien que l’Église universelle. Je pense que la validité de leur acte s’enracine dans cette relation à l’Église. Cela ne découle pas littéralement de la succession apostolique qui imagine que le pouvoir d’ordonner est comme un coup de baguette magique et passe d’un évêque à un évêque depuis deux millénaires. Dans le même temps, l’Église en tant que peuple de Dieu a le droit de reprendre le pouvoir d’ordonner et de le faire elle-même lorsqu’un évêque néglige d’agir en sorte qu’il y ait suffisamment de prêtres, et de prêtres de qualité, pour la servir. C’est le cas dans l’Église Catholique, me semble-t-il.

L’Église Catholique s’est entêtée à maintenir des prêtres mâles et célibataires et cela ne fonctionne plus. Elle ne fournit plus de prêtres de qualité aux églises locales non pluset ils ne sont pas assez nombreux. D’énormes sommes d’argent qui devraient servir au ministère et aux missions sociales de l’Église sont gaspillées pour défendre ce système qui fonctionne mal. Pendant ce temps, des femmes bien qualifiées et des hommes mariés attendent sur la touche d’être acceptés ou exercent le ministère sans y être complètement autorisés. Il est sans doute temps que le peuple de Dieu reprenne le pouvoir d’ordonner.

Mais de telles ordinations ne devraient pas avoir lieu dans des réunions de protestation devant des cathédrales ou sur des bateaux naviguant sur le Danube. Elles devraient avoir lieu dans des réunions du peuple de Dieu dans lesquelles des communautés, collectivement, peut-être représentées par des personnes désignées, ordonneraient quelqu’un pour être leur ministre. C’est à cause du manque d’évêques ou d’autres chefs représentant l’Eglise Universelle que ces ordinations peuvent être entreprises localement, c’est-à-dire pour servir une communauté particulière. This is not a protest act.Ce n’est pas un acte de protestation. C’est une expression sérieuse et solennelle de relation de confiance et de service entre une communauté et la personne appelée à en devenir son ministre.

Que dirons-nous donc au sujet de la validité des ordinations sur le bateau du Danube en juin 2002 ? Je pense que ces femmes sont courageuses. Elles ont risqué leur identité en tant que Catholiques et encouru un rejet brutal. Je n’accepte pas cette excommunication, mais j’ai également quelques réserves à propos d’ordinations qui ne tiennent pas sans une communauté qui les aurait demandées.

Quand nous écoutons Ida Raming et les autres de ce groupe nous parlant dans différentes réunions aux Etats-Unis, nous devrions peut-être les entourer, leur imposer les mains et leur dire qu’elles sont appelées pour servir le peuple de Dieu. De cette manière, nous pourrions compenser les défauts de cette ordination sur le bateau du Danube et peut-être faire avancer la discussion de telle manière que les évêques et même le pape pourrait finalement entendre.

Traduction: Françoise Bourguignon.


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