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Commentaire de la
Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi concernant la
Déclaration Inter Insigniores
Publié par la Documentation Catholique le 20 février 1977
et dans les Acta Apostolicae Sedis 69 (1977) 98-116
La
numérotation des paragraphes est de John Wijngaards
Certaines citations latines ont été traduites pour faciliter
la compréhension
Circonstances et origine de la Déclaration
1. La question de ladmission des femmes au sacerdoce
ministériel semble être née, dune façon
générale, vers 1958, après la décision prise en
septembre de cette année-là par lÉglise
luthérienne de Suède dadmettre des femmes au pastorat :
lévénement fit, en effet, sensation et donna lieu à
nombreux commentaires (1)
2. Cétait, même pour des communautés issues de
la Réforme du XVIe siècle, une innovation : quon se
rappelle, par exemple, avec quelle vigueur la Confessio fidei Scotiae de
1560 accusait lÉglise romaine de faire aux femmes des concessions
abusives en matière de ministère (2). Mais progressivement,
linitiative suédoise gagna du terrain chez les
réformés, notamment en France où divers Synodes nationaux
prirent des décisions dans le même sens.
3. À la vérité, ladmission des femmes au
pastorat ne paraissait pas soulever de problème proprement
théologique dans la mesure où ces communautés avaient
rejeté le sacrement de lordre en même temps quelles
sétaient séparées de lÉglise romaine.
4. Mais une situation nouvelle, beaucoup plus grave, a été
créée lorsque dans des communautés qui entendaient
conserver la succession apostolique de lordre (3) il a été
procédé à des ordinations de femmes: en 1971 et 1973,
lévêque anglican de Hong Kong a ordonné trois femmes
avec laccord de son Synode (4) ; en juillet 1974, à Philadelphie,
chez les épiscopaliens eut lieu lordination de onze femmes,
déclarée ensuite invalide par la Chambre des
évêques.
5.
En juin 1975 enfin, le Synode général de lÉglise
anglicane du Canada réuni à Québec approuvait le principe
de laccès des femmes au sacerdoce, suivi en cela, dès
juillet, par le Synode général de lÉglise anglicane
dAngleterre : le Dr Coggan, archevêque de Canterbury, informait
loyalement le Pape Paul VI que « lentement mais constamment se
répandait à lintérieur de la Communion anglicane la
conviction quil ny a pas dobjections fondamentales, au plan
des principes, à lordination sacerdotale des femmes (5) ».
6. Ce ne sont là que des orientations, mais elles risquent
dêtre rapidement suivies de la pratique, ce qui introduirait un
élément nouveau et grave dans le dialogue avec
lÉglise romaine sur la nature du ministère (6), et qui a
suscité une mise en garde dabord de larchevêque des
orthodoxes en Grande-Bretagne, Athénagoras de Thyatire (7), puis, plus
récemment, du Pape Paul VI lui-même, dans deux lettres à
larchevêque de Canterbury (8).
7. Les instances cuméniques ont porté
dailleurs le problème devant la conscience de toutes les
dénominations chrétiennes, les obligeant à examiner leurs
positions de principe, notamment lors de l Assemblée mondiale du
Conseil cuménique des Églises à Nairobi, en
décembre 1975 (9).
8. Un événement dun tout autre genre en a encore
accentué lactualité : cest lorganisation sous
les auspices de lONU de lAnnée internationale de la femme en
1975. Le Saint-Siège y a participé par un « Comité
pour lAnnée internationale de la femme » : celui-ci
comprenait quelques membres de la « Commission détude sur le
rôle de la femme dans la société et dans
lÉglise » qui avait déjà été
constituée en 1973.
9. Faire respecter et promouvoir les droits et les devoirs respectifs de
lhomme et de la femme entraîne à réfléchir sur
la participation des femmes à la vie sociale dune part, à
la vie et à la mission de lÉglise dautre part; or
Vatican II a davance fourni la consigne : « Comme de nos jours les
femmes ont une part de plus en plus active dans toute la vie de la
société, il est très important que grandisse aussi leur
participation dans les divers secteurs de lapostolat de
lÉglise (10) ». Jusquoù cette participation
peut-elle aller ?
10. On comprend que ces interrogations aient suscité, dans les
milieux catholiques eux-mêmes, des recherches intenses, voire
passionnées : thèses de doctorat, articles de revues, pamphlets
même, proposant ou réfutant tour à tour les données
bibliques, historiques, canoniques, faisant appel aux sciences humaines:
sociologie (11), psychologie, histoire des institutions et des murs.
11. Certaines personnalités célèbres nont pas
hésité à prendre parti hardiment, estimant quil
ny avait « aucune objection théologique fondamentale
à léventualité des femmes prêtres (12)
». Plusieurs groupements se sont créés en vue de soutenir
cette revendication, parfois de façon pressante, comme la
conférence qui sest tenue à Detroit (USA) en novembre 1975
sous le titre: Women In future : Priesthood Now, a call for action.
12. Il était donc nécessaire que le magistère
intervint, dans une question qui est posée de façon aussi vive
dans lÉglise catholique et qui a des incidences graves au point de
vue cuménique.
13. Déjà Mgr Bernardin, archevêque de Cincinnati et
président de la Conférence épiscopale des
États-Unis, déclarait, le 7 octobre dernier, quil se voyait
« obligé de réaffirmer la doctrine de lÉglise
selon laquelle les femmes ne doivent pas accéder au sacerdoce » :
« Il ne faut pas, disait-il, que les responsables de lÉglise
donnent limpression dencourager, ne serait-ce que par leur silence,
des espoirs et des attentes déraisonnables (13). »
14. Le Pape Paul VI lui-même a rappelé déjà
le même enseignement, dabord de façon occasionnelle,
notamment dans son allocution du 18 avril 1975 au Comité pour
lAnnée internationale de la femme : « Si les femmes ne
reçoivent pas lappel à lapostolat des Douze et donc
aux ministères ordonnés, elles sont cependant conviées
à suivre le Christ comme disciples et collaboratrices... Nous ne pouvons
pas changer le comportement de Notre Seigneur ni son appel aux femmes
(14).»
15. Il a dû ensuite se prononcer de façon expresse dans son
échange de lettres avec le Dr Coggan, archevêque de Canterbury :
« Votre Grâce est évidemment bien au courant de la position
de lÉglise catholique sur cette matière : elle soutient
quil nest pas admissible dordonner des femmes au sacerdoce,
et cela pour des raisons vraiment fondamentales (15).»
16. Cest sur son ordre que la Congrégation pour la Doctrine
de la foi a examiné lensemble de la question, rendue complexe
parce que dune part, bien des arguments présentés dans le
passé en faveur de la doctrine traditionnelle ne sont guère
soutenables aujourdhui et que, dautre part, il faut évaluer
les raisons nouvelles apportées par ceux qui demandent lordination
des femmes.
17. Pour éviter le caractère plutôt négatif
qui ressort nécessairement des conclusions dune telle
étude, on aurait pu concevoir quelle soit insérée
dans une présentation plus générale du problème de
la promotion de la femme : un tel exposé densemble serait
prématuré, à cause des recherches et travaux en cours de
toutes parts.
18. Or il était difficile de laisser plus longtemps sans
réponse une question précise, posée un peu partout, et qui
polarise lattention au détriment même defforts plus
urgents à promouvoir. En fait, par-delà le refus de
lordination des femmes, le document oriente vers des
éléments positifs, un approfondissement de la doctrine de
lÉglise et du sacerdoce ministériel, un appel au
progrès spirituel, une invitation à des tâches apostoliques
urgentes aujourdhui.
19. Cest aux évêques, premiers destinataires de la
Déclaration, quincombe la mission de lexpliquer à
leur peuple, avec leur sens pastoral et la connaissance quils ont du
milieu où sexerce leur charge.
20. La Déclaration commence par présenter la tradition de
lÉglise sur cette matière : cest en effet le point de
départ nécessaire, et lon verra plus loin avec quelle force
simpose la fidélité à la méthode
dutilisation des « lieux théologiques ».
La Tradition
21. Cest un fait indéniable, comme le constate la
Déclaration, que la tradition constante de lÉglise
catholique a exclu les femmes de lépiscopat et du
presbytérat, tellement constante quil na pas
été nécessaire de faire intervenir de décision
solennelle du magistère.
22. « La même tradition, souligne le document, a
été religieusement sauvegardée par les Églises
dOrient : leur unanimité sur ce point est dautant plus
remarquable que, dans bien dautres questions, leur discipline admet une
grande diversité ; et de nos jours, ces mêmes Églises
refusent de sassocier aux requêtes tendant à obtenir
laccès des femmes à lordination sacerdotale (16).
»
23. Ce nest que dans les sectes hérétiques des
premiers siècles, principalement gnostiques, quon a relevé
des tentatives pour faire exercer le ministère sacerdotal par des femmes
; encore faut-il noter que ce sont des faits très sporadiques,
mêlés dailleurs à des pratiques assez troubles.
24. Et nous ne les connaissons que par la réprobation
sévère avec laquelle les signalent saint Irénée
dans son Adversus Haereses (17), Tertullien dans le De praescriptione
haereticorum (18), Firmilien de Césarée dans une lettre
à saint Cyprien (19), Origène dans un commentaire de la
première épître aux Corinthiens (20) et surtout saint
Épiphane dans son Panarion (21).
25. Comment interpréter la pratique constante et universelle de
lÉglise ? Il est sûr pour le théologien que ce que
fait lÉglise, elle pouvait le faire, puisquelle a
lassistance du Saint-Esprit : cest un argument classique que
lon retrouve souvent chez saint Thomas à propos des sacrements
(22).
26. Mais ce que lÉglise na jamais fait
jusquà aujourdhui, est-ce une preuve quelle ne pourra
pas le faire par la suite ? Cette constatation négative est-elle
normative ?
27. Ou sexplique-t-elle par des circonstances historiques,
socioculturelles, cest-à-dire, dans le cas présent, par la
condition de la femme dans la société antique et
médiévale, par une certaine conception de la
supériorité masculine découlant de la culture ?
28. Cest à cause de cet élément culturel
caduc que certains arguments présentés sur ce sujet dans le
passé ne sont guère défendables aujourdhui. Le plus
célèbre est celui que résume saint Thomas dAquin :
« Quia mulier est in statu subjectionis (23). » Dans la
pensée du Docteur angélique, toutefois, une telle affirmation
nexprime pas uniquement une conception philosophique, car il
linterprète à la lumière des récits des
premiers chapitres de la Genèse et de lenseignement de la
première épître à Timothée (2, 12-14).
29. On trouvait déjà une formule semblable dans le
Décret de Gratien (24) ; mais Gratien, citant les Capitulaires
carolingiens et les fausses Décrétales, cherchait plutôt
à justifier par les prescriptions de lAncien Testament
linterdiction faite aux femmes et déjà formulée dans
lÉglise antique (25), dentrer dans le sanctuaire et de
servir à lautel.
30. La polémique de ces dernières années a souvent
rappelé et commenté les textes qui développent ces
arguments et sen est servie par ailleurs pour accuser de misogynie les
Pères, de lÉglise. Il est vrai quon trouve dans leurs
écrits linfluence indéniable de préjugés
défavorables à la femme. Mais ces lieux communs, il faut bien le
noter, nont eu guère dinfluence sur leur action pastorale et
encore moins sur leur direction spirituelle : il suffit de parcourir leur
correspondance quand elle est parvenue jusquà nous.
31. Surtout, ce serait une grave erreur de croire que des
considérations de ce genre fournissent les seules raisons ou les plus
décisives contre lordination des femmes dans la pensée des
Pères, des auteurs du Moyen-Âge ou des théologiens de
lépoque classique. Au milieu et par-delà les
spéculations est exprimée de plus en plus clairement la
conscience quavait lÉglise, en réservant aux hommes
lordination sacerdotale et le ministère, dobéir
à une tradition reçue des apôtres, et par laquelle elle se
sentait liée.
32. Cest déjà ce quexprimaient, sous la forme
dune littérature apocryphe, les documents antiques de la
discipline ecclésiastique, originaires de Syrie, comme la Didascalie
des apôtres (milieu du IIIe siècle) (26), et les
Constitutions apostoliques (fin du IVe siècle) (27), ou bien la
collection égyptienne des vingt canons pseudo-apostoliques,
passée dans la compilation du Synodos alexandrin et traduite dans
un grand nombre de langues (28).
33. Saint Jean Chrysostome, de son côté, comprenait bien,
en commentant le chapitre 21 de saint Jean, que ce nest pas sur une
incapacité naturelle de la femme que se fondait son exclusion du
pastorat confié à Pierre, puisque, remarquait-il, «
même la plupart des hommes ont été écartés
par Jésus de cette immense tâche » (29).
34. À partir du moment où sorganise
lenseignement des sacrements dans les écoles de théologie
et de droit canonique, les auteurs traitent désormais ex professo
de la nature et de la valeur de la tradition réservant aux hommes
laccès de lordination. Les canonistes sappuient sur le
principe formulé par Innocent III dans une lettre du 11 décembre
1210 aux évêques de Palencia et Burgos, insérée dans
la collection des décrétales : « Quoique la bienheureuse
Vierge Marie ait été dune dignité et dune
qualité au-dessus des apôtres, cest à eux, et non
à elle, que le Seigneur a confié les clés du Royaume des
cieux » (30) : ce texte est devenu pour les glossateurs un lieu commun
(31). Quant aux théologiens, voici quelques textes significatifs. De
saint Bonaventure: « Notre position est celle-ci : ce nest pas tant
une décision de lÉglise quun fait que le sacrement de
lOrdre nest pas pour elles. Dans ce sacrement, la personne
ordonnée est le signe du Christ médiateur » (32).
35. De Richard de Middleton (Richardus a Mediavilla), fransciscain de la
seconde moitié du XIIIe siècle: « La raison en est que le
pouvoir des sacrements vient de leur institution. Mais le Christ a
institué ce sacrement pour être conféré seulement
aux hommes, non aux femmes » (33).
36. De Jean Duns Scott : « On ne doit pas considérer que
cela a été déterminé par lÉglise, cela
vient du Christ : lÉglise ne doit pas être
soupçonnée de déposséder le sexe féminin,
sans aucune faute de sa part, dun acte qui pourrait licitement lui avoir
appartenu (34). » De Durand de Saint-Pourçain : « ... Le
sexe viril est nécessaire pour recevoir ce sacrement, la principale
cause étant que cela a été institué par le
Christ... : le Christ na ordonné que des hommes... même pas
sa Mère... Par conséquent, il faut tenir que les femmes ne
peuvent pas être ordonnées parce que cest une institution du
Christ (35). »
37. Cest pourquoi il ne faut pas sétonner que
jusquà lépoque moderne les théologiens et les
canonistes qui ont traité le problème aient été
quasi unanimes pour considérer que cette exclusion était absolue
et quelle avait une origine divine. Les notes théologiques dont
ils affectent cette affirmation vont de « théologiquement certain
» (theologice certa) à, parfois, « proche de la foi
» (de fide proxima) ou même « doctrine de foi »
(doctrina fidei) (36). Apparemment donc, aucun théologien ou
canoniste jusquà ces dernières décennies na
estimé quil sagissait là dune simple loi de
lÉglise.
38. Il y a eu cependant, chez quelques auteurs du Moyen Âge, une
hésitation que rapporte saint Bonaventure sans la prendre à son
compte (37) et qui est également signalée par Jean le Teutonique
dans sa glose de Caus. 27, q. 1, c. 23 (38) : elle est provoquée
par le souvenir de lexistence des diaconesses : était-ce une
véritable ordination sacramentelle ? Ce problème a
été réveillé assez récemment.
39. Il nétait certes pas ignoré des
théologiens du XVIIe et du XVIIIe siècle qui connaissaient
lhistoire liturgique de façon admirable. Cest en tout cas
une question qui doit être reprise de façon complète, sans
idée préconçue, mais avec une étude directe des
textes : aussi la Congrégation pour la Doctrine de la foi a-t-elle
estimé quil fallait la réserver encore et ne pas
laborder dans le présent document.
Lattitude du Christ
40. Aux yeux de la Tradition, il apparaît donc que le motif
essentiel qui anime lÉglise pour appeler uniquement des hommes
à lordination et au ministère proprement sacerdotal,
cest quelle entend demeurer fidèle au type de
ministère ordonné voulu par le Seigneur Jésus-Christ et
religieusement maintenu par les apôtres. Aussi ne faut-il pas
sétonner que dans la controverse soient passés au crible de
la critique les faits et les textes du Nouveau Testament dans lesquels la
Tradition a discerné un exemple normatif.
41. Et ceci conduit à une remarque préjudicielle : il ne
faut pas sattendre à ce que le Nouveau Testament permette à
lui seul de trancher dune manière évidente le
problème de léventuelle accession des femmes au
presbytérat, de même quil ne permet pas à lui seul de
rendre compte de certains sacrements et surtout de la structure du sacrement de
lordre.
42. Vouloir se limiter au seul texte sacré et aux
éléments de lhistoire des origines chrétiennes qui
peuvent se dégager de son analyse exclusive, cest retourner de
quatre siècles en arrière et se retrouver dans les controverses
de la Réforme. On ne peut faire léconomie de la Tradition :
cest lÉglise qui scrute la pensée du Seigneur en
lisant l Écriture et qui témoigne de la rectitude de son
interprétation.
43. Or, cest la Tradition qui a sans cesse proposé comme
expression dune volonté du Christ le fait quil nait
choisi que des hommes pour constituer le groupe des Douze. Cest
là, bien sûr, un fait indiscutable ; mais peut-on prouver avec une
certitude absolue quil sagit dune volonté
délibérée du Christ ?
44. On comprend que les partisans dun changement de discipline
fassent porter tous leurs efforts contre la valeur significative de ce fait.
Ils objectent, notamment, que si le Christ na pas fait entrer des femmes
dans le groupe des Douze, cest parce que les préjugés de
son temps ne le permettaient pas : une telle imprudence eût compromis
irrémédiablement son uvre.
45. Cependant, on doit reconnaître que Jésus na pas
hésité devant dautres « imprudences » qui, en
effet, lui ont valu lhostilité de ses concitoyens, notamment sa
liberté à légard des interprétations
rabbiniques du sabbat. À légard des femmes, son attitude a
été nettement novatrice : tous les commentateurs reconnaissent
quil a enfreint bien des préjugés à leur
égard, et les faits que lon relève forment un ensemble
saisissant.
46. Cest pourquoi on insisterait plutôt aujourdhui sur
une autre objection: si Jésus na choisi que des hommes pour
constituer le groupe des Douze, cest dans une intention symbolique : ils
devaient représenter les ancêtres des douze tribus
dIsraël (« Vous qui... mavez suivi, vous siégerez
sur douze trônes pour juger les douze tribus dIsraël »,
Mt, 19, 28 ; cf. Lc 22, 30) ; cette motivation particulière,
ajoute-t-on, nétait évidemment applicable quaux
Douze, et ne prouverait donc pas que le ministère apostolique devrait
dans la suite être toujours réservé à des hommes.
Une telle argumentation ne saurait convaincre.
47. Notons dabord la portée limitée de ce symbolisme
: ni Marc ni Jean ne le connaissent. Et dans Matthieu ou dans Luc, cette parole
de Jésus sur les douze tribus dIsraël ne se situe pas dans le
contexte de lappel des Douze (Mt 10, 1-4), mais à un moment
relativement tardif de la vie publique, quand les apôtres ont
déjà depuis longtemps reçu leur « statut
» : ils ont été appelés par Jésus, ils ont
travaillé avec lui et ont été envoyés en mission.
48. De plus, le symbolisme de Mt 19, 28 et Lc 22, 30, nest pas
aussi certain quon le dit : le chiffre douze pourrait aussi
désigner simplement lIsraël global. Enfin, il ne sagit
dans deux textes que dun aspect particulier de la mission des Douze :
Jésus leur promet quils prendront part au jugement eschatologique
(39). Le sens essentiel de leur choix nest donc pas à chercher
dans ce symbolisme, mais dans la totalité de la mission quils ont
reçue de Jésus : « Il en institua douze pour être
avec lui et les envoyer prêcher » (Mc 3, 14).
49. Comme Jésus avant eux (Mc 1, 14-15), les Douze devront
surtout prêcher lEvangile (Mc 3, 14 ; 6, 12). Et leur mission en
Galilée (Mc 6, 7-13) deviendra le modèle de la mission
universelle (Mc 13, 10 ; cf. Mt 28, 16-20). Dans le peuple messianique, les
Douze représentent Jésus. Cest la vraie raison pour
laquelle il convient que les apôtres soient des hommes : ils agissent au
nom du Christ et doivent continuer son uvre. On a lu plus haut comment le
Pape Innocent III voyait un témoignage des intentions du Christ dans le
fait que les pouvoirs quil a donnés aux apôtres, il ne les a
pas communiqués à sa mère malgré son
éminente dignité.
50. Cet argument est un des plus fréquemment
répétés par la Tradition : les Pères
présentent Marie comme lexemple de la volonté de
Jésus en ce domaine, et cela dès le troisième
siècle (40) ; il est particulièrement cher aux Orientaux
jusquaujourdhui. Cependant, il est vivement (33).
51. La maternité divine de Marie, la façon dont elle a
été associée à luvre rédemptrice
de son Fils la situent à une place totalement exceptionnelle et unique :
ce serait même, dit-on, ne pas lui rendre justice que de la comparer aux
apôtres et darguer du fait quelle na pas pris rang
parmi eux.
52. En réalité, ces remarques ont lavantage de nous
faire comprendre que dans lÉglise, il y a des fonctions
différentes : légalité des chrétiens
sharmonise dans la complémentarité des tâches ; le
ministère sacramentel nest pas le seul ordre de grandeur, ni
forcément le plus élevé: cest une forme de service
du Royaume. La Vierge na pas besoin du surcroît de «
dignité » que voulaient lui attribuer jadis les auteurs de ces
spéculations sur le sacerdoce de Marie, courant aberrant, vite
déconsidéré.
La pratique des apôtres
53. Le texte de la Déclaration souligne ce fait que Marie,
malgré la place privilégiée quelle occupe au
Cénacle après lAscension, na pas été
proposée pour entrer dans le Collège des Douze lors de
lélection de Mathias. Cest également le cas de
Marie-Madeleine et des autres femmes qui, pourtant, ont été les
premières à apporter la nouvelle de la Résurrection.
54. Il est vrai que la mentalité juive naccordait pas
grande valeur au témoignage des femmes, comme latteste le droit
juif. Il est remarquable cependant que le livre des Actes et des Epîtres
de saint Paul soulignent le rôle exercé par des femmes dans
lévangélisation et pour la formation individuelle des
convertis.
55. Or, les apôtres ont été amenés à
prendre une décision révolutionnaire lorsquils ont dû
dépasser le cercle dune communauté de Juifs et faire face
à lévangélisation des Gentils : rompre avec les
observances mosaïques na pas été sans provoquer des
déchirements. Paul ne sest pas fait scrupule de prendre un de ses
collaborateurs, Tite, parmi les convertis de la Gentilité (Ga 2, 3).
56. Sil faut chercher la formule la plus spectaculaire du
changement quimpose lEvangile aux mentalités des premiers
chrétiens, cest justement dans l Épître aux
Galates quon la trouvera : « Vous tous qui avez été
baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il ny
a donc plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme;
vous êtes tous un seul dans le Christ Jésus » (Ga 3, 27-28).
57. Cependant, les apôtres ne confient pas à des femmes le
ministère proprement apostolique, alors que la civilisation
hellénistique navait pas, à leur égard, les
mêmes préjugés que le judaïsme : cest donc que
le ministère est dun autre ordre, comme dailleurs le laisse
peut-être deviner le vocabulaire paulinien où semble
saffirmer la différence entre mes compagnons
(synergoi mou) et les compagnons de Dieu (Theou
synergoi) (41).
58. Il faut le redire, les textes du Nouveau Testament ne donnent pas
toujours, même sur des points aussi importants que les sacrements, toute
la lumière que lon désirerait y trouver. A moins
dadmettre la valeur des traditions non écrites, il est parfois
difficile de retrouver dans lEcriture des indications tout à fait
explicites des volontés du Christ. Mais, devant lattitude de
Jésus et la pratique des apôtres telles quon les discerne
dans les Évangiles, les Actes et les Épîtres,
lÉglise ne sest pas crue autorisée à admettre
des femmes à lordination sacerdotale.
Valeur permanente de cette pratique
59. Cest sur le caractère permanent de ce refus que
portent, bien entendu, les objections de ceux qui voudraient faire admettre la
légitimité de lordination des femmes. Ces objections
relèvent darguments très variés.
60. Les plus classiques de ces objections veulent sappuyer sur les
circonstances historiques. On a vu plus haut ce quil fallait penser de
lopinion selon laquelle lattitude de Jésus se serait
inspirée seulement de la prudence : il naurait pas voulu risquer
de compromettre son uvre en allant à lencontre des
préjugés sociaux. La même prudence se serait, dit-on,
imposée aux apôtres.
61. Là encore il apparaît daprès
lhistoire de lépoque apostolique que lexplication
manque de fondement. Cependant, pour les apôtres, ne devrait-on pas tenir
compte de la façon dont eux-mêmes partageaient ces
préjugés ? Cest ainsi que lon a accusé saint
Paul de misogynie et quon trouve dans les Épîtres des textes
sur linfériorité de la femme qui font aujourdhui
question pour les exégètes et pour les théologiens.
62. Deux des plus célèbres textes pauliniens sur la femme
sont-ils authentiques ou bien faut-il y voir une interpolation, peut-être
même relativement tardive ? Cest dabord 1 Co 14, 34-35 :
« Que les femmes se taisent dans lAssemblée, car il ne leur
est pas permis de prendre la parole : quelles se tiennent dans la
soumission comme la loi elle-même le dit. » Ces deux versets, qui
manquent dans dimportants manuscrits et ne sont pas cités avant la
fin du second siècle, présentent des particularités de
style étrangères à Paul. Cest aussi 1 Tm 2, 11-14 :
« Je ne permets pas à la femme denseigner et de gouverner
lhomme », dont lauthenticité paulinienne est souvent
contestée, quoique les arguments soient de moindre valeur.
63. Peu importe dailleurs que ces textes soient ou non
authentiques : ils ont été abondamment utilisés par les
théologiens pour expliquer que la femme ne peut recevoir ni pouvoir de
magistère ni pouvoir de juridiction ; cest surtout le texte de la
Première à Timothée qui fournit à saint Thomas la
preuve que la femme est dans un état de soumission ou de service, parce
que (lexplication est dans le texte) la femme a été
créée après lhomme et quelle est la
première responsable du péché originel.
64. Mais il y a de Paul dautres textes, ceux-là dune
authenticité indiscutée, qui affirment que « le chef de la
femme, cest lhomme » (1 Co 11, 3; cf 11, 8-12 ; Ep 5, 22,
24). Cette anthropologie, en continuité avec les livres de lAncien
Testament, nest-elle pas à lorigine de la conviction de Paul
et de la tradition de lÉglise que les femmes ne peuvent recevoir
le ministère ?
65. Or il y a là une vue que la société moderne
récuse absolument et que beaucoup de théologiens
daujourdhui hésiteraient à adopter sans nuances.
Remarquons cependant que Paul ne se place pas à un niveau philosophique,
mais au plan de lhistoire biblique : et quand il décrit, à
propos du mariage, le symbolisme de lamour, il ne voit pas la
supériorité de lhomme comme une domination, mais comme un
don exigeant le sacrifice, à limage du Christ.
66. Il y a dautre part chez Paul des prescriptions dont la
caducité est admise aujourdhui unanimement comme lobligation
quil faisait aux femmes de port un voile sur la tête (1 Co 11,
2-16). Cest vrai quil sagit sans doute de pratiques
disciplinaires de peu dimportance, peut-être inspirées par
les usages du temps. Mais alors sélève la question plus
fondamentale : puisque des prescriptions contenues dans le Nouveau Testament
ont pu, par la suite, être abandonnées par lÉglise,
pourquoi nen serait-il pas de même de lexclusion des femmes
de lordination ?
67. Ici nous retrouvons le principe essentiel : cest
lÉglise elle-même qui, dans les divers domaines de sa vie,
assure le discernement entre ce qui peut changer et ce qui doit demeurer
immuable. Comme le précise la Déclaration, « quand elle
estime ne pouvoir accepter certains changements, cest quelle se
sait liée par la conduite du Christ : son attitude, malgré les
apparences, nest pas alors de larchaïsme, mais de la
fidélité : elle ne peut se comprendre vraiment quà
cette seule lumière. LÉglise se prononce en vertu de la
promesse du Seigneur et de la présence de lEsprit-Saint, en vue de
mieux proclamer le mystère du Christ, den sauvegarder et den
manifester intégralement la richesse ».
68. Cest à la lumière de ce principe quil faut
envisager un bon nombre de questions posées à
lÉglise dans les nombreux plaidoyers qui ont été
prononcés en faveur de lordination des femmes. Par exemple celle
quenvisage la Déclaration : pourquoi lÉglise e
changerait-elle pas sa discipline puisquelle a conscience de
posséder sur les sacrements, bien quinstitués par le
Christ, un certain pouvoir, soit pour préciser le signe, soit pour fixer
les conditions dadministration ? Or cette faculté demeure
limitée, comme le rappelait Pie XII, à la suite du Concile de
Trente : lÉglise na aucun pouvoir sur la substance
même des sacrements (42). Mais cest elle-même qui doit
discerner ce qui fait partie de la « substance des sacrements » et
ce quelle peut éventuellement préciser ou modifier.
69. Il y a dailleurs, sur ce point, à rappeler, comme le
fait la Déclaration, que les sacrements et lÉglise
elle-même sont liés étroitement à lhistoire,
parce que le christianisme est né dun événement : la
venue du Fils de Dieu dans le temps et dans un pays, sa mort sur la Croix sous
Ponce Pilate à lextérieur des portes de Jérusalem.
Les sacrements sont un mémorial des faits salutaires et cest
pourquoi leurs signes sont liés à ces événements
mêmes, ils sont relatifs à une civilisation, à une culture,
bien que destinés à être reproduits partout
jusquà la fin des temps.
70. Il y a donc eu des choix historiques qui lient lÉglise,
même si, dans labsolu et au plan spéculatif, on pourrait en
imaginer dautres : cest le cas, par exemple, du pain et du vin
comme matière de lEucharistie, car la messe nest pas
simplement un repas fraternel, mais le renouvellement de la Cène du
Seigneur et le mémorial de sa Passion, donc liée à un
geste historique (43).
71. On fait remarquer également que, dans le cours des temps,
lÉglise a accepté de confier à des femmes des
fonctions vraiment ministérielles que lAntiquité leur
refusait au nom même de lexemple la volonté du Christ ; il
sagit surtout de ladministration du baptême, de
lenseignement et de certaines formes de juridiction
ecclésiastique.
72. Pour ce qui est du baptême, cependant, même les
diaconesses de lOrient syrien nétaient pas admises à
le donner ; et son administration solennelle est toujours un acte
hiérarchique réservé à lévêque,
au prêtre et, accessoirement, au diacre. Cest le baptême
durgence qui peut être conféré, non pas seulement par
des chrétiennes, mais même par des non baptisés, hommes ou
femmes.
73. Sa validité ne requiert donc pas le caractère
baptismal, ni à plus forte raison, celui de lordination.
Cest un point qui est affirmé par la pratique et par les
théologiens : voilà un exemple de ce nécessaire
discernement, qui nest garanti que par lÉglise
elle-même, dans son enseignement ou sa pratique.
74. Pour ce qui est de lenseignement, une distinction classique
simpose, et cela dès les épîtres pauliennes. Il y a
des formes denseignement ou dédification accessibles aux
laïcs, et dans ce cas saint Paul désigne expressément les
femmes : ce sont les charismes de « prophétie » (1 Cor 11,
15).
75. En ce sens, rien ne sopposait à donner le titre de
docteur à Thérèse dAvila et Catherine de Sienne,
comme on le donne à des professeurs, par exemple à saint Albert
le Grand ou saint Laurent de Brindes. Autre chose est la fonction officielle et
hiérarchique denseignement du message révélé,
qui suppose la mission reçue du Christ par les apôtres, transmise
par eux à leurs successeurs.
76. Dune participation des femmes à la juridiction
ecclésiastique, le Moyen Âge a fourni des exemples : quelques
abbesses (et non pas les abbesses en général comme on le dit
parfois dans les articles de vulgarisation) ont accompli des actes
réservés normalement aux évêques, comme la
nomination de curés ou de confesseurs. Ces usages ont été,
plus ou moins, réprouvés par le Saint-Siège à
diverses époques : la lettre dInnocent II citée plus haut
visait à blâmer labbesse de Las Huelgas.
77. Mais il ne faut pas oublier que des seigneurs sarrogeaient des
droits semblables ; les canonistes aussi admettaient que la juridiction
pût être séparée de lOrdre. Le IIe Concile du
Vatican a cherché à mieux situer le rapport entre lun et
lautre, dans une vue doctrinale qui fera sans doute sentir ses effets sur
la discipline.
78. Dune façon plus générale, surtout dans
langlicanisme, on cherche à élargir le débat de la
manière suivante. LÉglise est-elle liée à
lÉcriture et la tradition comme à un absolu, alors
quelle est un peuple en pèlerinage et quelle doit
écouter ce que dit lEsprit ? Ou bien on distingue entre les points
essentiels sur lesquels il importe dêtre unanimes et des questions
de discipline qui admettent la diversité: on considérerait
dès lors que lordination des femmes, ressortissant à ces
aspects secondaires, ne nuirait pas au progrès de lUnion des
Églises.
79. Là encore, cest lÉglise qui, par sa
pratique et son magistère détermine ce qui exige unanimité
et la distingue du pluralisme acceptable ou souhaitable. Or, le problème
de lordination des femmes touche de trop près à la nature
du sacerdoce ministériel pour quon puisse accepter quil soit
résolu dans le cadre dun légitime pluralisme entre
Églises. Cest tout le sens de la lettre de Paul VI à
larchevêque de Cantorbery.
Le sacerdoce ministériel à la lumière du mystère
du Christ
80. On relèvera la division très nette que marque la
déclaration entre laffirmation du donné,
lenseignement proposé avec autorité dans les paragraphes
précédents et la réflexion théologique qui suit,
par laquelle la congrégation de la foi cherche à «
éclairer cette règle en montrant la profonde convenance »
qui se laisse découvrir « entre la nature propre du sacrement de
lOrdre, avec sa référence spécifique au
mystère du Christ, et le fait que seuls des hommes ont été
appelés à recevoir lordination sacerdotale ».
81. De soi une telle recherche ne va pas sans risque : elle
nengage pas le magistère ; on sait que, dans lenseignement
solennel, linfaillibilité porte sur laffirmation doctrinale,
non sur les arguments par lesquels on veut lexpliquer ; cest ainsi
que, dans les chapitres doctrinaux du Concile de Trente, certains
procédés de raisonnement paraissent aujourdhui caducs.
82. Ce risque na pourtant jamais arrêté le
magistère, qui recherche toujours à éclairer la doctrine
par les analogies de la foi. Aujourdhui surtout, plus que jamais, il est
impossible de se contenter daffirmer, de faire appel à la
docilité intellectuelle des chrétiens : la foi recherche
lintelligence, essaie de discerner le bien-fondé, la
cohérence de ce qui lui est enseigné.
83. Nous avons déjà écarté un bon nombre
dexplications fournies par les théologiens du Moyen Âge. Le
vice commun de ces explications tient à ce quelles
prétendaient trouver leur fondement dans une infériorité
de la femme par rapport à lhomme ; elles déduisirent de
lenseignement de lÉcriture que la femme était «
dans un état de soumission », dassujettissement, et
quelle était incapable dexercer des fonctions de
gouvernement.
84. Or il est très éclairant de constater que les
communautés issues de la réforme qui nont
éprouvé aucune difficulté à ouvrir aux femmes
laccès du pastorat sont avant tout celles qui, ayant rejeté
la doctrine catholique du sacrement de lOrdre, professaient que le
pasteur nest quun baptisé au milieu des autres, même
si sa charge a fait lobjet dune consécration.
85. Cest donc dans une analyse de la nature de lOrdre et de
son caractère que la déclaration invite à trouver
lexplication de lappel exclusif dhommes au presbytérat
et à lépiscopat. Cette analyse peut se schématiser
en trois propositions :
- Le prêtre, dans lexercice des sacrements qui exigent le
caractère de lordination, agit non pas en son nom propre, en son
propre nom (in persona propria), mais en la personne du Christ (in
persona Christi);
- Cette formule, telle que la comprise la tradition, implique
que le prêtre est signe, au sens où lon entend ce terme dans
la théologie sacramentelle. Cette formule, telle que la comprise
la tradition, implique que le prêtre est signe, au sens où
lon entend ce terme dans la théologie sacramentelle;
- Cest parce quil est signe du Christ-Sauveur quil
doit être un homme et ne peut être une femme.
86. Que le prêtre accomplisse leucharistie et
réconcilie les pécheurs au nom et à la place du Christ,
cest laffirmation répétée du magistère
et lenseignement constant des Pères et des théologiens : il
semble inutile de multiplier les citations pour lillustrer. A vrai dire,
dailleurs, cest globalement lensemble du ministère
sacerdotal qui est dit exercé à la place du Christ par saint Paul
: « Nous sommes en ambassade pour le Christ, cest comme si Dieu
exhortait par nous » - en fait, ce texte de la deuxième lettre aux
Corinthiens vise le ministère de réconciliation (5, 18-20) -
« Vous mavez accueilli comme un ange de Dieu, comme le Christ
Jésus » (Ga 4, 14).
87. Et de même saint Cyprien faisant écho à saint
Paul: « Le prêtre agit réellement à la place du
Christ » (44). Mais la réflexion théologique et la vie de
lÉglise ont été conduites à distinguer dans
lexercice du ministère, le lien plus ou moins étroit
quont ses divers actes avec le caractère de lordination, et
à préciser quels sont ceux qui requièrent ce
caractère pour la validité.
88. Dire « au nom et à la place du Christ » ne suffit
pourtant pas pour exprimer complètement la nature du lien entre le
ministre et le Christ, tel que la tradition la compris. La formule in
persona Christi suggère en effet une signification qui la rapproche
de lexpression grecque mimêma Christou (45) ; persona
cest, dans le théâtre antique, le rôle qui est
identifié par son masque. Le prêtre joue le rôle du Christ,
lui prêtant sa voix et ses gestes.
89. Saint Thomas précise ce concept: « Le prêtre est
limage du Christ, par la personne et au nom duquel il prononce les
paroles de la consécration » (46). Le prêtre est donc
vraiment signe, au sens sacramentel du mot : ce serait une conception
étroitement scolaire des sacrements que de réserver la notion de
signe à des éléments matériels.
90. Chacun des sacrements la vérifie de façon
différente. Le texte cité plus haut de saint Bonaventure
affirmait très nettement : « La personne ordonnée est le
signe du Christ médiateur» (47).
91. Saint Thomas, qui donnait par ailleurs de lexclusion des
femmes le motif si discuté de létat de sujétion
(status subiectionis), partait cependant du principe que « les
signes sacramentels représentent ce quils signifient par une
ressemblance naturelle » (48), cest-à-dire de la
nécessité de cette « ressemblance naturelle » entre
le Christ et celui qui en est le signe. Et, toujours à propos du
même problème, saint Thomas rappelle: « Puisque le sacrement
est un signe, ce qui est accompli dans le sacrement requiert non seulement la
réalité mais aussi un signe de cette réalité
» (49).
92. Or, il ne serait pas conforme à la « ressemblance
naturelle », à cette « signification » obvie, que le
mémorial de la Cène soit accompli par une femme : car il
sagit non du simple récit, mais dune action, comportant les
gestes et les paroles du Christ et le signe est efficace puisque le Christ est
présent dans le ministre qui consacre leucharistie, comme
lenseigne le Concile Vatican II à la suite de lEncyclique
Mediator Dei (50).
93. On comprend que, dans les plaidoyers en faveur de lordination
des femmes, on ait cherché par divers moyens à récuser la
valeur de cette argumentation. Il était évidemment impossible et
même inutile que la Déclaration envisage dans le détail
toutes les difficultés qui ont pu être soulevées à
son égard ; certaines pourtant ont lintérêt de
susciter un approfondissement théologique des principes traditionnels.
94. Passons sur lobjection formulée parfois que cest
lordination, le caractère, et non pas la masculinité, qui
fait du prêtre le représentant du Christ : il est évident
que cest le caractère reçu par lordination qui
habilite le prêtre à consacrer leucharistie et
réconcilier les pénitents ; mais le caractère est
spirituel, invisible (res et sacramentum) ; il faut, au plan du signe
(sacramentum tantum), à la fois que le prêtre ait
reçu limposition des mains et quil joue le rôle du
Christ, et cest là que saint Thomas et saint Bonaventure exigent
du signe quil ait une signification naturelle.
95. Dans diverses publications assez récentes, on a plutôt
cherché à réduire la portée de in persona
Christi en insistant sur in persona Ecclesiae. Car cest aussi
un grand principe de la théologie sacramentaire et liturgique que le
prêtre préside la liturgie au nom de lÉglise,
quil ait lintention de « faire ce que fait
lÉglise ».
96. Est-ce que le prêtre ne représenterait pas le Christ
parce que dabord il représente lÉglise du fait de son
ordination ? A cette objection, la Déclaration répond que, tout
au contraire, il représente lÉglise parce que dabord
il représente le Christ lui-même, qui est le Chef et le Pasteur de
lÉglise et elle indique plusieurs textes du IIe Concile du Vatican
qui expriment clairement cette doctrine.
97. Et peut-être, en effet, est-ce là un des nuds de
la question, un des aspects importants de la théologie de
lÉglise et du sacerdoce qui sont sous-jacents au débat sur
lordination des femmes. Si le prêtre préside
lassemblée, ce nest pas elle qui la élu ou
désigné pour ce rôle, car lÉglise nest
pas un rassemblement spontané : elle est, comme lindique son nom
decclesia, celle qui est convoquée, cest le Christ
qui rassemble, il est la tête de lÉglise, et le prêtre
préside « en la personne du Christ, la tête » (in
persona Christi capitis).
98. Cest pourquoi la Déclaration conclut justement «
que les controverses élevées de nos jours sur lordination
de la femme sont pour tous les chrétiens une pressante invitation
à approfondir le sens de lépiscopat et du
presbytérat, à redécouvrir la situation originale du
prêtre dans la communauté des baptisés, dont il fait certes
partie, mais dont il se distingue parce que, dans les actions qui exigent le
caractère de lordination, il est pour elle - avec toute
lefficacité que comporte le sacrement - limage, le symbole
du Christ lui-même qui appelle, pardonne, accomplit le sacrifice de
lAlliance ».
99. Cependant, on insiste : il serait, en effet, important que le Christ
soit représenté par un homme si la condition masculine du Christ
lui-même jouait un rôle essentiel dans léconomie du
salut. Or il est, dit-on, impossible de donner une place
privilégiée au sexe dans lunion hypostatique ;
lessentiel cest la nature humaine tout court, assumée par le
Verbe, et non les différences accessoires telles que le sexe ou
même la race. Si lÉglise admet que des hommes de toute race
puissent représenter valablement le Christ, pourquoi refuserait-elle aux
femmes cette capacité de le représenter ?
100. Il faut dabord répondre, avec la Déclaration,
« que les différences ethniques natteignent pas la personne
humaine aussi intimement que la différence des sexes », en quoi
lenseignement biblique est en accord avec la psychologie moderne : effet
dune volonté primordiale de Dieu selon le récit de la
Genèse (que cite dailleurs lÉvangile), la
différence des sexes est ordonnée tant à la communion des
personnes quà la génération des hommes. Mais il faut
surtout affirmer que le fait que le Christ est un homme et non une femme
nest pas accidentel ni négligeable par rapport à
léconomie du salut.
101. En quel sens ? Non pas certes au sens matériel que lon
a parfois évoqué dans la polémique pour le
déconsidérer, mais parce que toute léconomie du
salut nous révélée par des symboles essentiels dont elle
est inséparable, sans lesquels le dessein de Dieu nous serait
inintelligible. Le Christ est le nouvel Adam ; lalliance de Dieu avec les
hommes est présentée dans lAncien Testament comme
mystère nuptial dont la réalité définitive est le
sacrifice du Christ sur la Croix.
102. La Déclaration propose brièvement les jalons qui ont
marqué le développement progressif de ce thème biblique,
objet de nombreux travaux exégétiques et théologiques. Le
Christ est lÉpoux de lÉglise quil sest
acquise par son sang ; le salut quil apporte est la nouvelle Alliance;
utilisant ce langage, la Révélation dévoile pourquoi
lIncarnation sest réalisée selon le sexe masculin, et
empêche que lon fasse abstraction de ce fait historique. Pour cette
raison, seul un homme peut jouer le rôle du Christ, être signe de
sa présence, en un mot le «représenter » -
cest-à-dire être signe efficace de sa présence- dans
les actes essentiels de lAlliance.
103. Pourrait-on se passer de ce symbole biblique dans la transmission
du message, dans la contemplation du mystère et dans la vie liturgique ?
Poser cette question, comme on a pu le lire dans des études
récentes, cest mettre en cause tout le statut de la
Révélation, cest rejeter la valeur de
lÉcriture : on dira, par exemple, que « à chaque
époque la communauté ecclésiale fait appel à
lautorité quelle a reçue de son fondateur pour
choisir les images qui lui permettent de recevoir la révélation
de Dieu ». Cest peut-être encore plus profondément
méconnaître la valeur humaine de ce thème nuptial dans la
révélation de lamour de Dieu.
Le sacerdoce ministériel dans le mystère de
lÉglise
104. Il est frappant aussi de voir à quel point les questions
soulevées dans la controverse de lordination des femmes sont
liées à une théologie de lÉglise. Ne nous
arrêtons pas, bien sûr; aux formules excessives que lon peut
lire parfois, cependant, dans des revues théologiques, comme par exemple
la supposition que lÉglise primitive reposait sur les charismes,
possédés tant par les femmes que par les hommes (51), ou
laffirmation que « les évangiles montraient des femmes
ministres de lonction » (52). Nous avons, dautre part;
déjà rencontré plus haut la question du pluralisme
admissible dans lunité et de ses limites.
105. Lorsquon propose laccès des femmes au sacerdoce
parce quaujourdhui elles ont acquis le « leadership »
dans bien des domaines de la vie moderne, on semble oublier que
lÉglise nest pas une société comme les autres
et quen elle lautorité, le pouvoir est dune nature
très différente, puisquelle est normalement liée au
sacrement, comme le souligne la Déclaration. Cest
assurément une tentation qui a menacé à toutes les
époques la recherche ecclésiologique : toutes les fois quon
essaie de résoudre ses problèmes par la comparaison avec ceux des
États, ou lorsquon essaie de définir la structure de
lÉglise avec les catégories politiques, on aboutit
nécessairement à des impasses.
106. La Déclaration signale aussi le défaut de
largument qui fonderait la revendication du sacerdoce en faveur des
femmes à partir du texte de lÉpître aux Galates (3,
28), daprès lequel il ny a plus, dans le Christ, de
distinction entre lhomme et la femme. Pour saint Paul, cest
là leffet du baptême, et la catéchèse
baptismale des Pères y a souvent insisté. Mais autre chose est
légalité absolue dans la vie baptismale, autre chose est la
structure du ministère ordonné, qui est lobjet dune
vocation dans lÉglise et non un droit inhérent à la
personne.
107. Une vocation dans lÉglise ne consiste pas uniquement,
ni dabord, en ce fait que lon est volontaire pour une mission ou
que lon ressent une impulsion intérieure. Même si cette
démarche spontanée a lieu et si lon a cru entendre comme un
appel au fond de lâme, la vocation nest authentique
quà partir du moment où lappel extérieur de
lÉglise vient lauthentifier, comme le rappela, en 1912, le
Saint-Office dans sa lettre à lévêque dAire
pour mettre fin à la controverse Lahitton (53). Le Christ a choisi
« ceux quil voulait » (Mc 3, 13).
108. Parce quil fait lobjet dune vocation expresse et
gratuite de la part du Seigneur, le sacerdoce ministériel ne peut
être revendiqué comme un droit, pas même par les hommes.
Comme lexprimait judicieusement Mgr Bernardin dans sa déclaration
doctobre 1975, « ce serait une erreur de réduire la question
de lordination des femmes, comme on le fait parfois, à une
question dinjustice. Un tel point de vue ne se justifierait que si
lordination était un droit accordé par Dieu à toute
personne, et si les potentialités humaines de quelquun ne
pouvaient se réaliser totalement que par elle. Mais en
réalité, personne, homme ou femme ne peut se prévaloir
dun droit à lordination. Et étant donné que la
charge épiscopale et sacerdotale est fondamentalement un
ministère de service, lordination ne complète en aucune
façon lhumanité de quelquun » (54).
109. La Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de
la foi se termine par lindication, discrète dun double
effort à promouvoir, dont peut-être cette controverse sur
lordination des femmes tendrait, si elle se prolongeait, à
distraire les pasteurs et les fidèles de lÉglise.
110. Lun est dordre doctrinal et spirituel : la prise de
conscience de la diversité des rôles dans lÉglise,
où légalité nest pas identité, devrait
aboutir, comme nous y exhorte saint Paul, à envier le seul charisme qui
peut et doit lêtre : lAmour (1 Co 12, 13). « Les plus
grands dans le royaume des cieux, ce ne sont pas les ministres, mais les saints
», dit la Déclaration en une formule qui mérite
dêtre comme une devise.
111. Lautre effort est dordre apostolique et social. On est
loin davoir pris conscience de la grandeur de la mission de la femme dans
lÉglise et dans la société, tant « pour le
renouvellement et lhumanisation de la société, que pour la
redécouverte, parmi les croyants, du vrai visage de lÉglise
». Et on est loin encore, hélas! davoir combattu toutes les
inégalités dont les femmes demeurent victimes, non seulement dans
le domaine de la vie publique, professionnelle ou intellectuelle, mais
même à lintérieur de la cellule familiale.
NOTES
Note 1. Signalons principalement : J.E. HAVEL. La question du
pastorat féminin en Suède, dans Archives de sociologie des
religions, 4, 1959, p. 207-249 ; F.-R. REFOULÉ, Le
problème des femmes-prêtres en Suède, dans
Lumière et Vie, 43 (1959), p. 65-99.
Note 2. N° 22. (W. NISEL, Bekenntnisschriften und
Kirchenordnung..., Munich 1939, p. 111) : « Quod... foeminis quae
Spiritus Sanctus ne docere quidem in Ecclesia patitur, illi [papistae]
permittunt ut etiam Baptismum administrarent... »
Note 3. Sur ce point, la position de lÉglise catholique a
été précisée par Léon XIII, Epist.
Apostolicae Curae, 13 sept. 1896, dans Leonis XIII acta, t. 16
(1897), p. 258-275.
Note 4. Déjà en 1944, son prédécesseur
lévêque Hall avait appelé une femme au sacerdoce,
mais celle-ci dut renoncer à exercer le ministère sur
lintervention énergique des archevêques dYork et de
Canterbury qui, pour des motifs cuméniques,
désavouèrent lévêque de Hong Kong.
Note 5. Lettre du 9 juillet 1975 au Pape, dans lOsservatore
Romano, 21 août 1976.
Note 6. Comme la déclaré le cardinal Willebrands
à des évêques épiscopaliens des États-Unis en
septembre 1974, selon le compte rendu publié dans Origins Documentary
Service du 9 octobre 1975.
Note 7. Traduction italienne publiée dans lOsservatore
Romano, 16-17 juin 1975.
Note 8. Lettre de Paul VI au Dr Coggan, 30 novembre 1975 et 10
février 1976.
Note 9. Le Département de « Foi et Constitution »,
à lAssemblée du COE de La Nouvelle-Delhi en 1961, fut
prié de préparer, en collaboration avec le Département de
« Coopération entre Hommes et Femmes dans lÉglise, la
Famille et la Société », une étude sur les questions
théologiques soulevées par le problème de
lordination des femmes (cf Nouvelle-Delhi 1961, Neuchâtel,
1962, p. 166, 169). Sur la discussion du problème à
lAssemblée de Nairobi, cf. E. LANNE, Points chauds de la Ve
Assemblée mondiale du Conseilcuménique des Églises
à Nairobi..., dans Revue Théologique de Louvain, 7,
1976, p. 197-199 : Les femmes dans lÉglise.
Note 10. Concile cuménique Vatican II, Décret
Apostolicam actuositatem n° 9.
Note 11. Cest peut-être cette intrusion de la sociologie
dans lherméneutique et la théologie qui est un des
éléments les plus considérables de cette controverse,
comme le souligne justement B. Lambert, LÉglise
catholique peut-elle admettre des femme à lordination sacerdotale
? Dans Documentation catholique, t. 73 (1976), p. 774 : « ...
en corrigeant dans linterprétation de la Tradition et de
lÉcriture ce qui était lié à des formes
socioculturelles, historiquement nécessaires et conditionnées,
mais aujourdhui dépassées, à la lumière de
lévolution de la société et de
lÉglise... ».
Note 12. Cest la formule même, rapportée dans Le
Monde des 19-20 septembre 1965, que J. DANIÉLOU a prononcée
pendant le Concile, à une réunion de lAlliance
internationale Jeanne dArc : il revint sur ce sujet, avec peut-être
plus de nuances, dans linterview donnée au moment de sa promotion
cardinalice, LExpress, n° 936, 16-22 juin 1969, p. 122, 124 :
« Il faudrait examiner où sont les vraies raisons qui font que
lÉglise na jamais envisagé le sacerdoce des femmes.
»
Note 13. Dans Origins Documentary Service, 16 octobre 1975 :
« Honesty and concern for the catholic community... require that Church
leaders not seem to encourage unreasonable hopes and expectations, even by
their silence. Therefore, I am obliged to restate the Churchs teaching
that women are not to be ordained to the priesthood. »
Note 14. AAS 67 (1975), p. 265.
Note 15. Lettre du 30 novembre 1975, cf. AAS 68 (1976), p. 599.
Note 16. Cf. par exemple, Conversations théologiques entre
catholiques et Russes orthodoxes tenues à Trente, du 23 au 28 juin 1975,
dans lOsservatore Romano, 7-8 juillet 1975 ; Documentation
catholique, t. 71, 1975, p. 707.
Note 17. 1, 13, 2 : PG 7, col. 580-581 ; Ed. Harvey 1, 114-122.
Note 18. 41, 5 : CCL 1, p. 221.
Note 19. Dans S. CYPRIEN, Lettre 75 : CSEL 3, p. 817-818.
Note 20. Fragments publiés dans Journal of theological
studies 10 (1909), p. 41-42 (n° 74).
Note 21. Panarion 49, 2-3 : GCS 31 p. 243-244 ; 78, 23 et 79, 2-4
: GCS 37, p. 473, 477-479.
Note 22. S. THOMAS, Summa theol., 2a 2ac, q. 10, A. 12 ; 3a pars,
q. 66, a. 10 ; q. 72, a. 4 et a. 12 ; q. 73, a. 4 ; q.78, a. 3 et a. 6 ; q. 80,
a. 12 ; q. 82, a. 2 ; q. 83, a. 3 et a. 5. Cf. In IV Sent. Dist.
20, q. 1, a. 4, q. A 1 s. ; Dist. 23, q. 1, a. 4, qa 1, etc.
Note 23. S. THOMAS, In IV Sent. Dist. 19, q. 1, a. 1, qa 3 ad 4um
; Dist. 25, q. 2, a. 1, qa 1 ; cf. q. 2, a. 2, qa 1, ad 4.
Summa theol., 2a 2ac, q. 177, a. 2.
Note 24. Dictum Gratiani in Caus. 34, q. 5, c. 11, Ed. Friedberg,
t. 1, col. 1254, cf. R. METZ, La femme en droit canonique
médiéval, dans Recueil de la société Jean
Bodin 12, 1962, p. 59-113.
Note 25. Canon 44 de la collection dite Concile de Laodicée : H.
T. BRUNS, Canones apostolorum et conciliorum..., t. 1, Berolini, 1839,
p. 78 ; S. GÉLASE, Epist. 14, ad universos episcopos per Lucaniam.
Brutios et Siciliam constitutos, 11 mars 494, n° 26 ; A. THIEL,
Epistolae Romanorum pontificum..., t. 1, Brunsbergae, 1868, p. 376.
Note 26. Chap. 15 : Ed. R. H. Connolly, p. 133 et 142.
Note 27. Lib. 3, c. 6, n. 1-2 ; c. 9, n. 3-4 : Ed. F. X. Funk p. 191,
201.
Note 28. Can. 24-28 Texte grec dans F. X. Funk, Doctrina
duodecim apostolorum, Tübingen, 1887, p. 71 ; T. SCHERMANN, Die
allgemeine Kirchenordnung..., t. 1, Paderborn, 1914, p. 31-33. Texte
syriaque, dans Octateuque de Clément, Lib. 3, c. 19-20.
Texte latin dans le ms. de Vérone, Bibl. capit. LV, Ed. E. Tidner,
Didascaliae apostolorum, canonum ecclesiasticorum, traditionis apostolicae
versiones latinae, Berlin, 1965 (TU 75), p. 111-113. Les traductions
copte, éthiopienne et arabe du Synodos ont été
publiées et traduites principalement par G. HORNER, The statutes of
the Apostles or Canones ecclesiastici, Oxford, University Press, 1915 (=
1904).
Note 29. De sacerdotio, 2, 2 : PG 48, 633.
Note 30. Decretal. Lib. V, tit. 38, De paenit., can. 10
Nova : A. FRIEDBERG, t. 2, col. 886-887.
Note 31. Par ex. Glossa in Decretal. Lib. I, tit. 33, c. 12,
Dilecta, Ve Iurisdictioni.
Note 32. In IV Sent. Dist. 25, art. 2, q. 1 ; Ed. Quaracchi, t.4.
p.649.
Note 33. In IV Sent. Dist. 25, a. 4, n° 1 ; ed. Bocatelli,
Venetiis, 1499 (Pellechet-Polain, 10132/9920, fo 177r.
Note 34. In IV Sent. Dist. 25, Opus Oxonense, Ed. Vivès,
t. 19, p. 140 ; cf. Reportata Parisiensia, Ed. Vivès, t. 24, p.
369-371.
Note 35. In IV Sent. Dist. 25, q. 2 : Ed. Venetiis, 1571, fo
364v.
Note 36. On trouvera le détail de ces notes théologiques
dans E. DORONZO, Tractatus dogmaticus de ordine, t. 3, Milwaukee, Bruce,
1962, p. 395-396. Cf. aussi F. HALLIER, De sacris electionibus,
1636, repoduit dans J.-P. MIGNE, Theologicae cursus completus, t. 24,
col. 821-854, où se trouvent déjà prévues de
façon étonnante bien des objections actuelles, et qui va
jusquà traiter de periculosa in fide lopinion qui
admettrait de façon générale les ordinations
féminines et haeretica sil sagit du
presbytérat, col. 824 ; H. TOURNELY, Praelectiones theologicae de
sacramento ordinis, Parisiis, 1729, p. 185, qualifie de error contra
fidem lassertion à propos de lépiscopat, du
presbytérat et du diaconat. Chez les canonistes : X. WERNZ,
Ius decret., t. 2, Romae, 1906, p. 124 : iure divino (il cite
plusieurs auteurs) ; P. GASPARRI, Tractatus canonicus de sacra
ordinatione, t. 1, Parisiis, 1893, p. 75 : « Et quidem prohibentur
sub poena nullitatis : ita enim traditio et communis doctorum catholicorum
doctrina interpretata est legem Apostolici : et ideo Patres inter haereses
recensent doctrinam qua sacerdotalis dignitas et officium mulierbus
tribuitur. »
Note 37. S. BONAVENTURE, In IV Sent. Dist. 25, art. 2, q. 1, Ed.
Quaracchi, t. 4, p. 650 : « Omnes consentiunt quod promoveri non
debent, sed utrum possint, dubium est » (le doute vient du cas des
diaconesses), puis il conclut : « Secundum saniorem opinionem et
prudentiorum doctorum non solum non debent vel non possunt de iure, verum etiam
non possunt de facto. »
Note 38. Ce canon traite des diaconesses. Au mot ordinari,
Jean le Teutonique affirme: «Respondeo quod mulieres non recipiunt
characterem, impediente sexu et constitutione Ecclesiae : unde nec officium
ordinum exercere possunt... nec ordinatur haec : sed fundebatur super eam forte
aliqua benedictio, ex qua consequebatur aliquod officium speciale, forte
legendi homilias vel evangelium. ad matutinas quod non licebat alii. Alii
dicunt quod si monialis ordinetur, bene recipit characterem, quia ordinari
facti est et post baptismum quilibet potest ordinare. »
Note 39. Cf. J. DUPONT, le Logion des douze trônes, dans
Biblica 45, 1964, p. 355-392.
Note 40. C est le cas des documents mentionnés supra, notes
26-28. Il faut signaler aussi le curieux Mariale, uvre dun
pseudo-Albert le Grand, quaest. 42 ; Ed. Borgnet, t. 37, p. 80-81.
Note 41. I. De La POTTERIE, Titres missionnaires du chrétien
dans le Nouveau Testament. (Rapports de la XXXIe Semaine de missiologie,
Louvain, 1966, Paris, Desclée De Brouwer, 1966, p. 29-46 ; cf. p.
44-45.)
Note 42. Concile de Trente, sess. 21, c. 2 et Pie XII, Constitution
Sacramentum ordinis du 30 novembre 1947, cités dans la
Déclaration.
Note 43. Cf. Ph.DELHAYE, Rétrospective et prospective des
ministères féminins dans lÉglise, dans
Revue théologique de Louvain 3, 1972, p. 74-75.
Note 44. Epist. 63, 14 : Ed. Hartel, CSEL, t. 3, p. 713.
Note 45. S. THÉODORE STUDITE, Adversus iconomachos, cap. 4
; PG 99, 593 ; Epist. Lib. 1, 11 : PG 99, 945.
Note 46. Summ. theol., IIIa pars, q. 83, a. 1, ad 3um.
Note 47. Supra, note 32.
Note 48. In IV Sent. Dist. 25, q. 2, a. 2, qa 1, ad 4um.
Note 49. Ibid. in corp. quaestiunculae.
Note 50. IIe Concile du Vatican, Constitution Sacrosanctum
Concilium sur la liturgie, n° 7 ; PIE XII, encyclique Mediator Dei,
20 nov. 1947, (n° 20), AAS 39 (1947), p. 528.
Note 51. Cf. Concilium 111, 1976, La femme dans
lÉglise, Ed. française, p. 19, 20, surtout 23 :
«Au temps de Paul, les fonctions de direction étaient
réparties et reposaient sur lautorité charismatique.
»
Note 52. Theological studies 36 (1975), p. 667.
Note 53. AAS 4 (1912), p. 485.
Note 54. Dans Origins Documentary Service, 16 octobre 1975.


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