¿FEMMES PRêTRES? OUI!header

Responsive image

ENTRéE

SEPT RAISONS

DéFIER LE PAPE?

RéSUMéS

MENU

Nederlands/Vlaams Deutsch Francais English language Spanish language Portuguese language Catalan Chinese Czech Malayalam Finnish Igbo
Japanese Korean Romanian Malay language Norwegian Swedish Polish Swahili Chichewa Tagalog Urdu
------------------------------------------------------------------------------------
L’exclusion des femmes du sacerdoce

L’exclusion des femmes du sacerdoce selon Thomas d’Aquin

by Umberto Eco

Le célèbre écrivain Umberto Eco interroge un “prince” de l’Eglise, le cardinal Carlo Maria Martini, évêque de Milan, dans un petit livret “Croire en quoi ?” (Rivages Poche/Petite bibliothèque, 1998) et cite Thomas d’Aquin sur son propre questionnement du sacerdoce réservé exclusivement au sexe masculin.

Je n’ai pas encore réussi à trouver, dans la doctrine, de raisons convaincantes qui justifient que les femmes soient exclues du sacerdoce (...). Je n’ai trouvé aucune raison scriptuaire (...). L’argument symbolique ne me satisfait pas. Pas plus que ne me satisfait l’argument archalque selon lequel la femme, à certains moments de sa vie, génère de l’impureté (...) Quand je me sens égaré dans des questions doctrinales, je recours à l’unique personne en qui j’ai confiance, j’ai nommé Thomas d’Aquin. Or Thomas, qui avant d’être le docteur évangélique était un homme d’un extraordinaire bon sens, a dû affronter à plusieurs reprises la question de savoir si le sacerdoce est une prérogative exclusivement masculine. Pour nous limiter à la Summa Theologiae, il se le demande en II, 11, 2, et il se trouve face à l’affirmation paulienne (même les saints ne vent pas parfaits) selon laquelle, dans l’assemblée ecclésiale, les femmes doivent se faire et ne peuvent enseigner. Mais Thomas trouve dans les Proverbes que “Unigenitus fui coram matrem meam, ea docebat me”. Comment s’en sort-il ? En acceptant l’anthropologie de son temps (pouvait-il faire autrement ?): le sexe féminin doit être soumis au sexe masculin, et les femmes ne vent pas parfaites en sagesse.

En III, 31, 4, Thomas se demande si la matière du corps du Christ pouvait être prise par un corps féminin (vous savez que circulaient des théories gnostiques selon lesquelles le Christ était passé à travers le corps de Marie comme l’eau par un tuyau, comme par un véhicule fortuit, sans être touché par lui, sans être souillé par aucune immunditia liée à la physiologie de l’accouchement). Thomas rappelle que le Christ devait être un être humain convenientissimum tamen fuit’ ut de foemina carnem acceperet parce que, saint Augustin l’atteste, “la libération de l’homme doit apparaitre chez les deux sexes”. Et pourtant il ne parvient pas à s’affranchir de l’anthropologie de son temps, et il continue à admettre que le Christ devait être homme parce que le sexe masculin est le plus noble.

Mais Thomas sait dépasser l’inévitable anthropologie de son époque. II ne peut nier que les mâles soient supérieurs et plus aptes à la sagesse que les femmes, mais il s’évertue plusieurs fois à comprendre pourquoi, en ce cas, on a accordé aux femmes le droit de prophétie, et aux abbesses la direction d’âmes ainsi que l’enseignement, et il s’en tire grâce à des arguties élégantes et sensées. II semble cependant peu convaincu, et, avec son astuce habituelle, il répond indirectement, en feignant d’oublier qu’il avait déjà répondu, en I, 99, 2: si le sexe masculin est le meilleur, pourquoi dans l’état primitif, avant le péché originel, Dieu a-t-il permis que naissent des femmes ? Parce que, dit-il, il était juste que dans l’état primitif apparaissent et des hommes et des femmes. Non pour garantir la continuité de l’espèce, puisque, les hommes étant immortels, il était inutile d’introduire la bisexualité comme condition de survie de l’espèce. C’est parce que (cf. Supplementum 39,1, le texte n’est pas de sa main mais il recourt ailleurs à cette opinion) “le sexe n’est pas dans l’âme”; en effet, pour Thomas, le sexe était un accident survenant à un stade avancé de la gestation. Il était nécessaire et juste de créer deux sexes, car (cela est clarifié en III, 4, respondeo)il y a une acombinatoire exemplaire dans la génération des humains: le premier homme fut conçu sans mâle ni femelle, Eve nait du mâle sans l’apport de la femelle, le Christ nait d’une femelle sans l’apport du mâle, mais tous les autres hommes naissent d’un mâle et d’une femelle. Et, sauf ces trois admirables exceptions, telle est la règle et tel est le plan divin.

En III, 67, 4, Thomas se demande si la femme peut baptiser, et il liquide facilement les objections que la tradition lui offre: celui qui baptise, c’est le Christ, mais puisque “in Christo non est macsulus neque foemina” (Thomas s’inspire de Paul Aux Colossiens 3, 11, mais cela est dit plus clairement dans Aux Galates 3, 28), si un homme peut baptiser, alors une femme peut baptiser.

Ensuite (puissance de [‘opinion commune !), il concède que, si des hommes vent présents, la femme ne doit pas baptiser, puisque “caput mulieris est vir”. Cependant, en ad primum, il établit une nette distinction entre ce qui “n’est pas permis” (en terme d’habitude) à une femme et ce qu’elle “petit” faire (en terme de droit). Et, en ad tertium, il précise que, s’il est vrai que, dans l’ordre du charnel, la femme est principe passif et seul l’homme est principe actif, dans l’ordre spirituel en revanche, puisque l’homme comme la femme agissent par la vertu du Christ, cette distinction hiérarchique n’est plus valable.

Toutefois, dans Supplementum 39, 1 (mais je rappelle qu’il n’est pas de sa main), se posant la question de savoir si la femme peut recevoir les ordres sacerdotaux, il répond en recourant encore à l’argument symbolique: le sacrement est aussi un signe et, pour qu’il soit valable, la seule “chose” ne suffit pas, il faut également “le signe de la chose”, et comme, dans le sexe féminin, aucune éminence n’est jamais signifiée, puisque la femme vit en état de sujétion, on ne peut done conférer les ordres à une femme.

II est vrai que, dans une question dont je ne me souviens pas Thomas emploie aussi l’argument propter libidinem: en d’autres termes, si le prêtre était une femme, les fidèles (hommes !) s’exciteraient en la voyant. Mais comme les fidèles vent aussi des femmes, que dire des jeunes filles qui risqueraient de s’émouvoir à la vue d’un “beau prêtre” je vous rappelle les pages de Stendhal dans la Chartreuse sur les phénomènes d’incontinence passionnelle suscités par les prêches de Fabrice del Dongo) ? L’histoire de l’université de Bologne évoque une certaine Novella d’Andrea, titulaire d’une chaire au XlVeme siècle, obligée d’enseigner derrière un voile pour ne pas distraire les étudiants par sa beauté. Permettez-moi de penser que Novella n’était pas d’une insoutenable vénusté, mais plutôt que les jeunes gens étaient enclins à une certaine indiscipline estudiantine. Donc, il s’agissait d’éduquer les étudiants, ou il s’agit d’éduquer les femmes de la gratia sermonis.

En somme, j’ai l’impression que saint Thomas lui-même ne savait pas dire avec exactitude pourquoi le sacerdoce devait être une prérogative masculine, sauf à admettre (comme il le faisait, et ne pouvait manquer de le faire, selon les idées de son temps) que les hommes étaient supérieurs en intelligence et en dignité. Mais telle n’est pas, que je sache, la position actuelle de l’Eglise. Cela ressemble plutôt à la position de la société chinoise qui, nous l’avons appris avec horreur récemment, tend à éliminer les bébés filles et à garder en vie les bébés garçons.

Voilà mes perplexités. Quelles vent les raisons doctrinales d’interdire le sacerdoce aux femmes ? S’il s’agit de simples motifs historiques, d’opportunité symbolique, parce que les fidèles vent encore habitués à l’image d’un prêtre homme, il n’y a aucune raison de bousculer l’Eglise, qui a tout son temps (cela dit, j’aimerais bien connaitre une date, malgré tout, avant la Résurrection de la Chair).

Bien sûr ce n’est pas mon problème. Je ne suis qu’un curieux. Mais l’autre moitié du Ciel (comme disent les Chinois) est peut-être plus impatiente de savoir.

Umberto ECO


This website is maintained by the John Wijngaards Catholic Research Centre.

John Wijngaards Catholic Research

since 11 Jan 2014 . . .

John Wijngaards Catholic Research

"Lorsque vous citez ce document,
veuillez signaler S.V.P qu'il est publié par www.womenpriests.org !"