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Bibliographie
le nouveau testament et les ministeres feminine

Jean Vinatie, Effort Diaconal, Ordination des Femmes au Diaconat
Colloque de Paris 16-17.3.1974, pp. 58-66.

J’avais souhaité, il y a quelques mods (T.C. du 16 août 1973) que des études sérieuses soient menées par des exégètes compétents, sur ce que le Nouveau Testament nous découvre au sujet des ministères féminins. La dernière assemblée des évêques, à Lourdes, invite indirectement à la même recherche. «Nous voulons, affirme le cardinal Marty, le passage d’une Eglise remise trier entre les mains des clercs, à une Eglise qui soit prise en charge par tous les membres du peuple de Dieu ... Nous poursuivrons l‘effort de confier des responsabilités, de reconnaître des charismes, de confirmer des ministères, d’appeler à des services tous les baptisés». Ces paroles si nettes me paraissent faire écho à ce que vécurent les premières communautés chrétiennes ... Mais n’anticipons pas.

Deux livres récents nous apportent des éléments très élaborés de réponse. Celui de Jean Galot est tout entier consacré à la Mission et au ministère de la femme (1). Un groupe d’exégètes et de théologiens bien connus vient également de dire son sentiment sur les ministères féminins mais en les situant dans l‘ensemble des ministères, tels que nous les présente le Nouveau Testament, dans son entier: «Le Ministère et les Ministères, selon le Nouveau Testament». (2),

Prenons acte, tout d’abord, que l’accord de ces deux études est très net, quand il s’agit d’affirmer «l’égalité absolue entre l’homme et la femme, tant du point de vue de l’appel au Royaume annoncé par Jésus que de l’appartenance au Christ par le baptême ... L’homme nouveau dont la création a été réalisée dans le Christ ne supporte aucune discrimination» (2, page 506).

Par contre, alors que les exégètes du second ouvrage laissent à l’Eglise toutes les portes ouvertes, en ce qui constitue l‘institution de ministères féminins, y compris l‘ordination, Jean Galot croit devoir soigneusement fermer toutes les portes dans ce domaine. Il vaut la peine d’examiner de plus près ses raisons.

I - Jésus a-t-il «Réservé aux Hommes» le ministere apostolique?

Il me semble qu'on peut retenir du livre de Galot deux grandes affirmations:

l. Aussi bien les écrits authentiques de Paul que les textes évangéliques affirment sans ambiguité que, dans la Lumière de la Foi, la femme a la même place que l’homme, reçoit le même appel apostolique, accueille les même grâces, participe sans aucune restriction au même salut. Selon un mot de l’auteur, dans ce domaine, affirmant la parfaite réciprocité entre les sexes, «le Christ renverse l’échelle ds appréciations humaines» qui avaient cours en son temps.

2. La seconde affirmation apparaît, quand on la situe dans cette lumière, comme un paradoxe déconcertant. Il y a un seul point sur lequel le Christ aurait manifesté son accord avec l’antique discrimination: il aurait délibérément et définitivement écarté la femme du sacerdoce confié aux apôtres, puis à l’Eglise.

Analysons les textes de plus près.

· Le sens des changements de notre époque:

Dans la société, il y eu de tout temps des femmes qui ont occupé les premières places. Des régentes, des reines. Par example, depuis cent ans, bien que ces changements n’aient pas partout la même amplitude, on constate la présence et la compétence féminiques dans tous les domaines de la vie scientifique, culturelle, sociale, politique, etc... a niveau égal de compétence il est clair qu’il n’y a pas, entre homme ou femme exerçant une activité donnée, de différence essentielle.

Cela se vérifie également dans bien des domaines de la vie de l’église. Une femme peut être excellente exégète - et excellante enseignante. Une femme peut très bien diriger une mission ou des paroisses.

Cette expérience des 50 dernières années ne maifeste, pas seulement un changement sociologique. Pourquoi ne serait-il révélateur que l’heure est venue où il faut reconsidérer aussi la place de la femme dans le ministère?

· Sens et limites de la «Tradition»

C’est un fait que les églises catholiques ne semblent pas avoir ordonné des femmes au prsbytériat. Il semble bien établi par contre par J.Galot, à la suite la plupart des historiens, que des femmes ont reçu la diaconat - ou son parallèle féminin, par une véritable ordination.

Or, on considère habituellement - et à mon avis à juste titre - que le diaconat, donne accès à ce qu’on appelle la «hiérarchie» - ce que je préfère appeler la responsabilité apostolique du peuple de Dieu.

Faisons ici une remarque: la Tradition authentique, qui est une lumière pour les églises, comporte deux lignes très différentes en valeur.

Lorsque les chrétiens et l'Eglise ont affirmé, à la suite des temps, dans des circonstances fort diverges, une Foi positive (Jésus est vrai Dieu et vrai homme par exemple) il est certain que c'est pour nous d'un poids déterminant.

Mais lorsque c'est négativement seulement que l'on trouve une continuité - (il n'y a pas de femmes ordonnées prêtres) on ne peut pas en tirer les mêmes conséquences.

Car, toute l'histoire de l'Eglise nous apprend que ce qu'il n'y avait pas eu trier pourra très bien être demain si l'Esprit et l'Eglise ont jugé que c'est un bien pour le peuple de Dieu.

II n'y avait pas eu de diacres du vivant du Christ: il y en a eu après.

La distinction prêtres-évêques ne s’est faite que peu à peu.

II n'y avait pas eu de théologie systématique de sept sacraments: elle s'est faite un jour, etc ...

Concluons donc sagement avec J. Galot - et malgré certaines de ses affirmations: «L'argument» on a toujours pensé et agi ainsi dans l'Eglise ne suffit pas. Il faut chercher les véritables motifs de cette attitude et vérifier notamment si cette prise de position se fonde sur la vérité révélée» (p. 9)

· Faiblesses des arguments patristiques contre l’ordination des femmes

Avant d'en arriver à l'essentiel - quelle est la pensée de Jésus? - il est bon, comme le fait l'auteur, d'interroger ceux qui au cours de l’époque patristique se sont opposés, lorsque la question s'est présentée, à l'ordination de la femme.

En gros, J. Galot nous dit - mais il faudrait suivre ses observations cas par cas - «Les raisons que donnent les Pères sont le plus souvent entachées des idées fausses que se faisait la société de leur époque sur la femme. Souvent ils ont interprété la Bible dans le sens de ces idées. Cependant, en affirmant que l'ordination des femmes ne devait pas se faire, ils voulaient être conformes à la pensée de Jésus».

Ce raisonnement ne peut pas être accepté tel quel. D'abord prenons acte que l'auteur repousse toutes les argumentations erronées avancées par la plupart des écrits de l'âge patristique. Citons seulement quelques cas.

a) P. 90-92. A propos d'une parole attribuée à Jésus: «ce qui est faible sera sauvé par ce qui est fort». De cette parole on concluait que les femmes (sexe faible) ne pouvaient sauver les hommes (sexe fort) et donc ne pouvaient recevoir un ministère proprement dit. «Ici, dit J. Galot, la volonté du Christ est présentée sous des traits singuliers qui ne s'accordent pas avec l'Evangile» «La parole citée ... est détournée de son sens».

b) P. 93-94. La position de St Epiphane —contre le sacerdoce féminin -est longuement appuyée par une interprétation de Genèse II et III. La femme c'est Eve. Or c'est elle qui a introduit le péché dans le monde... «la race des femmes est prompte à la chute, versatile, de bas étage dans ses pensées ... Allons donc, serviteurs de Dieu, revêtons-nous donc des pensées viriles ...» On comprend que, devant de pareils arguments J.Galot ajoute: «le moins qu'on puisse dire est que cette attitude, décidément misogyne, ne s'accorde pas avec l'Evangile».

c) P. 104-106: Les positions de St Jean Chrysostome:

Ce grand évêque qui a su reconnaître le dévouement de beaucoup de chrétiennes, partage les préjugés de son temps pour les écarter de l'autel. «Lorsqu'il faut gouverner l'Eglise que tout le sexe féminin soit écarté... » Pourquoi ? Parce qu'il est bavard! Il ne faut pas que les «chefs» soient menés par les «sujets» - et la femme est de quelque manière plus faible et elle est versatile, légère».

Ce n'est évidemment pas sur de tels arguments qu'on peut, anjourd’hui faire fond.

Il est vrai, accorde J.Galot, mais tous les Pères même si leurs arguments sont marqués par des «préjugés défavorables à la femme» ne manquent pas de donner comme argument décisif que c’est la volonté du Christ qu'ils traduisent en dernier ressort.

J'avoue que cela ne me convainc nullement. Car, quel est le chrétien qu' ne veut pas appliquer et vivre la volonté du Christ?

Mais comment ne pas voir que c'est avec le même regard, si peu favorable humainement au sexe féminin, que ces Pères lisent aussi l'Evangile? Et comment ne pas être au minimum méfiant sur leurs conclusions lorsqu'on a vu sur quels arguments ils les appuient?

Avouons que l'on ne peut rien conclure de décisif sur une telle «tradition».

Un dernier mot sur l'époque des Pères. A diverges reprises les écrits de cette période prennent comme exemple - et comme argument -le cas de Marie, mère de Jésus. «Si Jésus avait voulu que des femmes baptisent, il aurait été baptisé par Marie ... S'il avait voulu qu'elles soient prêtres, il aurait commencé par sa mère»... Je suds étonné que ces arguments concernant Marie paraissent frapper l'auteur. On continue à penser que Marie synthétise toute la pensée évangélique sur le monde féminin. Manifestement il n'en rest rien. Marie a une mission unique: ne se suffit-elle pas?

· La pensée de St Paul

Il faut donc en venir à l'Ecriture.

D'abord la lecture des textes de Paul (p. 113-143). Sur ce long passage du livre, je dis tout simplement mon accord à peu près total. Et je renvoie les lecteurs à ces pages excellentes et qui devraient définitivement clore le débat sur la pensée paulinienne.

Je ne cite que quelques phrases clés:
«La différence entre homme et femme ne comporte aucun privilège religieux pour l'homme aux dépens de la femme. Aux yeux de Dieu l'égalité est parfaite» (p. 116).
«On ne pourrait réserver le sacerdoce aux hommes en invoquant une supériorité masculine, un privilège qui serait attaché à la nature du sexe».
«Rien n'est plus contraire à cette présentation (de la Création: 1Cor.11, 3-19) que de réserver à 1'homme seul la qualité d'image de Dieu». «Paul respecte les structures sociales de l'époque tout en refusant de reconnaître dans un privilège social un titre de faveur auprès de Dieu». «Le Christ tout en étant homme, représente l'humanité entière, masculine et féminine».

L'auteur restitue les textes pseudo-pauliniens :1. Tim. 2 (11-14),1Cor. 14, 33-35.
Retenons aussi cette phrase: «Dans cette structure hiérarchique (de l'Eglise primitive) il ne serait pas venu à l'idée de Paul ni de ses contemporains, d'introduire des femmes. Pareil problème ne semblait pas se poser». Il y aurait bien des nuances à mettre dans la première phrase (cf. les travaux d'A. Jaubert). Retenons la seconde. Afin de ne pas demander à une époque des réponses à des problèmes qu'elle ne s'est pas posée.

· La pensée de Jésus dans les textes des quatre Evangiles

A - «Jésus a opéré une révolution dans la manière de concevoir et de vivre le sacerdoce ainsi que dans la façon de regarder la femme».

La majeure partie des pages consacrées par J. Galot à l'attitude du Christ est excellente. Son analyse confirme et complète celle des meilleurs exégètes.

Ici encore je voudrais simplement citer quelques phrases-clés, en renvoyant à la lecture complète de cette partie de l'ouvrage (p. 145 à 194). «Jésus (Mat. 19,3 et sq) rétablit admirablement 1'équilibre ... Jésus veut supprimer tout ce qui serait signe d'une infériorité de la femme ...Il n'hésite pas à édicter une nouvelle loi et il ne craint pas de heurter ses interlocuteurs par des règles plus favorables à la femme» (p. 153 et sq). «Jésus (en ce qui concerne l'hémoroisse) s’il s’est laissé consciemment toucher par la malade, c'est que ce contact n'entraine aucune impureté: son attitude fait préssentir que le régime des tabous sexuels est dépassé. La libération qu'il apporte ainsi à la femme est une libération morale, plus importante que la guérison corporelle» (p. 160).
«Le meilleur indice de la volontë de Jésus d'être aussi proche des femmes que des hommes réside dans le groupe de femmes qui lui font com pagnie » (p. 166 ).
«Jésus veut faire comprendre que même en ayant une nature (? ) masculine, il assure la présence d'un Dieu dont les dispositions intimes ressemblent aussi bien à celles d'une femme que d'un homme» (p. 171). (Sur ce dernier point, j'avais longuement insisté dans le livre «La Femme»). «Il n'y a pas d'épisode évangélique (la Samaritaine) qui atteste plus clairement la volonté de Jésus de recourir à la femme pour la diffusion de son message, et l'aptitude de la femme à répandre la foi qui l'anime»(p. 188).

Ces citations suffisent. Elles sont nettes.

B—Quelles conclusions va entirer l'auteur?

C'est ici que l'on est déconcerté. Car toutes les affirmations ci-dessus sont d'une telle netteté que l'on voit mal pourquoi, sur un seul point, la femme ne pourrait pas, ne devrait pas, participer aux mêmes responsabilités apostoliques que l'homme.

C'est cependant la pensée de J.Galot et il faut en prendre acte.
—Si Jésus n'a choisi que des hommes pour être apôtres «c'est en vertu d'une volonté bien arrêtée» (p. 148).
—«L'exclusion des femmes - du ministère—provenait donc de l'intention ferme de Jésus» (p. 149).

«Tout concourt ... à nous montrer que l'attribution exclusive du ministère sacerdotal aux hommes résulte d'une volonté délibérée de Jésus, soustraite à l'influence des préjugés environnants, une volonté définitive qui se manifeste de façon constante jusqu'après la résurrection».

*

Voilà donc la thèse de l'auteur.
Je dis bien thèse: car il avoue honnêtement que Jésus n’a pas donné de raison à cette exclusion (p. 196).

Face à cette thèse nous pouvons répondre loyalement par une série de réflexions convergentes:

a) nulle part Jésus n'indique que ce qu'il donne aux apôtres comme Mission, il le réserve aux hommes. Si sa volonté avait été aussi délibérée Jésus ne se serait pas privé de le faire savoir. Il l'a fait par exemple pour libérer la femme en affirmant la parfaite réciprocité des sexes.

Ne peut-on pas dire ce qu'on a dit pour St Paul—et à fortiori: - Le Problème ne se posait pas, à ce moment là. Lorsque l'heure viendrait où il se poserait, Jésus le résoudrait par son Eglise mue par son Esprit.

Il a choisi des hommes comme apôtres, c'est un fait. Ne lui faisons pas dire plus et ne parlons pas d'exclusion là où elle n'est pas positivement affirmée. C'est une loi évidente de bonne exégèse.

b) Il est faux que Jésus n'ait pas donné de Mission aux femmes. L'auteur l'accorde du reste pour la Samaritaine et pour les femmes après la Résurrection. Mais cette Mission apostolique évidente n'est pas retenue comme probante, alors que leur témoignage a été capital.

c) Les exégètes sont très loin d'être d'accord sur l'absence de femmes àcertains moments. Les 72 disciples? C'est le silence sur ce point. L'envoi en Mission avant l'Ascension ? Les textes se complètent et, comme pour la Résurrection, il semble bien qu'il y ait eu présence de femmes. Il est par contre tout à fait certain que des femmes étaient présentes au moment de la Pentecote —qui n'est pas un épisode secondaire mais essentiel dans la Mission Apostolique.

d) Les raisons—que ne donne pas Jésus— mais qui sont données par l'auteur sont les plus contestables et les plus contestées par toute la sociologie et la psychologie actuelles.

«Cette décision (d'exclusion) s'accorde avec la capacité plus grande de l'homme pour les tâches de gouverment, capacité qui se vérifie dans la vie sociale» (p. 198). «En réservant aux hommes le ministère sacerdotal, Jésus n'a pas voulu diminuer la femme, il a voulu promouvoir davantage une direction plus conforme à ses qualités».

Quelles qualités? Ce «a voulu» est un postulat: aucune preuve scripturaire n'est donnée, et pour cause.

e) Enfin dans ses réflexions finales, que propose l'auteur qui veut sauvegarder cette claire affirmation de Jésus: «il faut libérer la femme de toute infériorité dans l'Eglise».

Ce qu'il propose, c'est une reconnaissance juridique de cette égalité. Mais, en réalité, cette reconnaissance existe déjà. Ce n'est pas juridiquement, c'est réellement qu'il faut accomplir cette libération. Or, dans l'Eglise la Mission apostolique est l'acte suprême qui doit manifester la présence salvatrice du Christ, non pas seulement dans les fonctions mais dans l'ordre de l'Amour. Cela a besoin de se traduire là où se prennent les décisions qu’engagent l’Eglise.

*

Je voudrais, en terminant, faire trots remarques:

1. «Il y a deux manières de vivre une vie humaine, en qualité d'homme et en qualité de femme» (p. 200). Je pense qu'il peut très bien y avoir deux manières de vivre la responsabilité apostolique du sacerdoce: une manière masculine et une manière féminine.

2. Page 146— J. Galot fait trois hypothèses sur l'attitude de Jésus. Elles vent concevables (encore que la 3ème me paraît bien improbable en climat évangélique). Mais il n'y a pas que ces trois hypothèses: et, puisque Jésus n'a pas donné ses raisons, n’est-il pas plus légitime de s'attacher à une autre voie:
Jésus n'enjambe pas sur le temps—c'est une des conséquences de son Incarnation—. Il ne résoud pas un problème qui ne se pose pas: Il introduit les germes évangéliques qui permettront de le résoudre. Introduisant le sens de la vraie libération féminine, il le laisse se développer. Fondant son Eglise, il lui confie la responsabilité de résoudre les problèmes concrets au fûr et à mesure des besoins spirituals évidents du Peuple de Dieu et des impulsions de son Esprit.

Ainsi, il me semble que c’est à l’Eglise qu’il a confié la possibilité de répondre, au jour voulu, aux questions réelles et importantes qui se posèrent.

3. Dans tout cet exposé j'ai parlé du sacerdoce en général. Je n'ai pas voulu aborder ici les problèmes particuliers qui se poseraient concrètement si l'Eglise accueille la requête qui lui est faite par nombre de femmes.

J'ai dit ailleurs que, pour des raisons multiples, il vaudrait sans doute mieux accorder d'abord l'accès au diaconat. Mais, dans ce domaine, qui est celui des convenances et des opportunités, il est normal que des dialogues s'engagent loyalement.

*

* *

II—Quelles «Voies» Peuvent être Ouvertes aux Ministeres Feminins?

Les conclusions si radicales de J.Galot ne viendraient-elles pas du fait qu'il a réalisé seul une recherche si complexe et délicate ?

Toute autre est la démarche des auteurs qui ont publié «Le ministère les ministères selon le Nouveau Testament». Quatorze exégètes et théologiens bien connus pour leur compétence se sont réunis pour une cherche commune, J. Delorme, A.Georges, H.Denis, P. Grelot, A.Jubert; X.L.Dufour ... (il-faudrait tous les citer) ont harmonisé leurs cherches, confronté leurs conclusions. Leurs éclairages multiples permettent des approches complémentaires du même problème. Nous nous trouvons en terrain sûr.

Si le thème qui nous occupe «la participation des femmes au ministre» n'est traité directement que dans quelques pages du ch. XVII (p.505 à 511) c'est continuellement, au cours de 1'ouvrage que des aspects suggestifs se découvernt à nous et enrichissent notre recherche. Citons en quelques uns:
- L'importance des foyers et des maîtresses de maison: Prisca, Nymphas Apphia ... pour l'accueil des premières communautés chrétiennes (p.20-21) et pour animer une petite église locale (p.503).
- Le nombre des femmes qui se livrent à un labeur missionnaire intense - Marie, Triphène, Persis ... - est considérable: voir la finale de l'épître aux Romains.
- La place des «charismes», spécialement ceux ayant trait aux ministères qui concernent autant les femmes que les hommes. Ils sont toujours donnés «pour la croissance de l'Eglise (p.58) ou «pour le bien de tous» (p.60 et p.116-117).
- Le rôle des «prophétismes» dans les assemblées liturgiques rôle clairent attesté par St Paul. Or c'est un des trois grands ministères: apôtres, Prophètes, Docteurs (p.69).
- Il y a des femmes, - diacres, comme Phoebé, qui sont, semble-t-il disponibles pour des tâches très diverses, spécialement les «missions de liaison» (p.114).
- Les femmes, «après la défaillance des disciples» au moment de la Passion, les remplacent pour témoigner, et sont présentes «quand l'essentiel de l'Evangile se réalise: la mort, la sépulture et la révélation de la Résurrection de Jésus» (p. 176).
- Enfin, combien suggestif est le chapitre sur «les ministères dans l'Evangile de Luc», qui se termine par les perspectives ouvertes sur «les ministères à venir». «Luc montre que les divers ministères de l'Eglise ne sont apparus que peu à peu, à partir de celui des apôtres, suivant les lieux et les nécessités de l’Eglise»... «Il montre Jésus accompagné des douze et de quelques femmes... la présence des femmes dans le groupe missionnaire est un fait extraordinaire en Palestine» (p.236-238).

Je pense avoir assez dit pour montrer queues perspectives libératrices sont suggérées par une étude attentive des textes du Nouveau Testament.

A cette lumière, le petit chapitre sur «la participation des femmes aux ministères» signé H. Denis et J. Delorme, prend une valeur exemplaire. A la place des postulate de J. Galot, on pèse loyalement le pour et le contre pour conclure modestement: «De multiples ministères sont aujourd'hui remplis par des femmes et reconnus, sinon institués».
«Les femmes devraient, dès maintenant assumer des charges réelles et exercer en plénitude leur responsabilité de laïcs, spécialement au niveau du pouvoir de décision». (C'est le point que je soulignais également à la fin de mon étude sur «la Femme, parole de Dieu» (cf «Effort diaconal» No.30, p.68).

«Il est permis de penser que l'Eglise n'a pas encore saisi toutes les possibilités offertes pour la nouveauté de l'Evangile du Christ ressuscité ... Il faut nous préparer à saisir les possibilités offertes pour une manifestation plus vraie de l'égalité foncière de l'homme et de la femme du point de vue de la grâce et de la participation à l'œuvre du Christ ressuscité en ce monde».
«Nous pouvons escompter un renouvellement de toutes les formes de ministères. Dès lors un avenir s'ouvrira pour les ministères des femmes. Cet avenir, il appartient à l’Eglise de le faire» (p.506-511).

Je voudrais souligner doublement cette dernière phrase. Je crois, à la lumière de ces études sur le Nouveau Testament, que ces livres ne nous donnent pas de solution toute faite en ce qui concerne les ministères féminins. Ils font mieux: ils éclairent les divers chemins possibles. Ils nous rendent attentifs aux besoins spirituals du peuple de Dieu et à ses appels.

Le grand mouvement qui mûrit, dans le monde, pour une véritable promotion de la femme, n'est pas sans liens avec ces besoins et avec ces appels. Il y a des grâces qui demandent à être délivrées.

II appartient donc à l'Eglise de faire les discernements pastoraux nécessaires et d'être docile aux appels du peuple de Dieu, afin de libérer l'Esprit.

Notes

1. «Mission et ministère de la femme» (Lethielleux),Paris 1973.

2. Aux éditions «Le Seuil».



Des Femmes Prêtres?

par P.Gallay, éditions Bordas

La parution aux éditions Bordas dans une collection à grand tirage d'un livre posant clairement dans son titre la question du sacerdoce féminin : «Des femmes prêtres?» (le point d'interrogation laisse le débat ouvert), est à sa manière un petit événement, car l'idée d'un tel ouvrage eut été impensable il y a quelques années, et en outre l'auteur, P.Gallay, est un prêtre qui n'est pas le moins du monde marginal dans l'Eglise, et fait partie de l'équipe des journalistes du quotidien catholique «La Croix».

Mais si cette étude doit réjouir tous ceux qui, dans l'Eglise, se préoccupent du renouveau des ministères et de la participation des femmes aux tâches ecclésiales, il n'en est pas moins sujet à quelques critiques sur certains points.

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Ce petit livre, maniable et clairement présenté est de l'excellente vulgarisation de par son plan simple, ses illustrations bien choisies, la présence d'un index commode pour le grand public, et d'une bibliographie essentielle. Sa documentation précise et à jour, permettant de faire le point de la situation actuelle, en fait le Vade mecum du féminisme dans l'Eglise. Il faut aussi y reconnaître un effort d'objectivité qui n'est pas sans mérite de la part d'un clerc à qui la tradition catholique ne fournit aucun argument, au contraire, en faveur de l'accès des femmes au sacerdoce.

L'auteur fait le tour de la question et dégage l'essentiel du débat que nous nous contenterons de rappeler en quelques points :

- importance de l'élément historique et sociologique dans la discrimination à l'égard des femmes en ce qui concerne le sacerdoce ministériel.

- le sentiment de plus en plus répandu - et pas seulement chez les femmes - qu'il s'agit là d'une injustice et d'une infériorisation inacceptable du sexe féminin.

- les contradictions internes et externes de l'Eglise catholique, c'est à dire, le retard qu'elle ne cesse de prendre, dans son évolution, par rapport aux sociétés humaines, et les écarts existant entre sa législation canonique et sa pratique.

- l'argumentation habituellement utilisée pour ou contre l'ordination des femmes et portant sur la manière dont il faut comprendre l'incarnation du Christ dans la masculinité, le choix par le Christ d'un collège apostolique uniquement masculin, les notions de pur et d'impur, la situation de la femme par rapport à la sexualité, l'interférence de la mariologie avec le concept d'éternel féminin et le statut des femmes dans l'Eglise.


— Mais l'auteur ne se contente pas de faire le point de la situation actuelle, il a su encore donner à son étude un caractère prospectif dont la valeur tient à l'équilibre qu'il sait garder entre la totale utopie et le refus des remises en cause.

Il est ainsi amené à soulever les questions de l'accès des femmes au diaconat, de l'ordination d'hommes mariés, de la réintroduction dans l'Eglise institutionnelle des prêtres mariés, de l'ordination des femmes, religieuses, laïques, célibataires ou mariées, et même du couple sacerdotal. Toutes ces éventualités sont envisagées dans la perspective globale d'un renouveau des ministères mais aussi d'une conception approfondie et rénovée de l'Eglise vis à vis de «ceux du dedans», les fidèles, et de «ceux du dehors», la société civile et les incroyants.

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— Cependant, on attend vainement ici ou là des développements nécessaires à une juste compréhension des faits invoqués.

· par exemple, dans le paragraphe intitulé «La femme dans une ère nouvelle avec le Christ» (p. 55-56), il me semble important de dégager la signification théologique et spirituelle du comportement pratique du Christ vis à vis des femmes et particulièrement de la mère : Il pardonne à la femme adultère et renvoie ses accusateurs devant leur propre conscience. Il se laisse toucher par la femme qu'un flux de sang rendait rituellement impure et la guérit, et dans le correctif qu'il apporte à l'éloge qu'une femme fait de Marie : «Heureux le ventre qui t'a porté et les seins qui t'ont allaité».

«Dis plutôt», reprit Jésus, «Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent», Il définit ce qui fait la véritable grandeur de sa mère: non pas la maternité charnelle mais le libre don de sa volonté à l'amour de Dieu.

· D'une manière générale on souhaiterait qu'à travers l'ouvrage soit posée la question sous-jacente à celle du diaconat et de l'accès des femmes au sacerdoce : l'Eglise est-elle soumise à un impératif de fidélité exclusive à un donné définitif reçu de son fondateur (elle ne peut que refaire et prolonger les actions du Christ), ou a-t-elle la possibilité d'être à son tour créatrice sous l'inspiration de l'Esprit Saint? (le diaconat n'a pas été institué par le Christ lui-même. Dans cette perspective, près de deux mille ans de tradition n'interdiraient pas d'innover en ordonnant des femmes au sacerdoce).

· Enfin l'auteur n'insiste pas suffisamment, à mon avis, sur la notion d'autorité dans l'Eglise. Les prises de position, pour ou contre le sacerdoce des femmes prouvent pourtant à l'évidence que c'est sur ce point-clé que se heurtent partisans et adversaires. L'autorité dans l'Église est-elle comparable à celle que détient le pouvoir civil? La coresponsabilité peut-elle s'exercer dans une Eglise hiérarchique et centralisatrice? La dimension communautaire ne reste-t-elle pas essentielle? Que pourrait alors signifier le partage des ministères sans exclusive avec des femmes.


— Ce ne sont pas seulement des insuffisances ou des lacunes que l'on peut regretter dans ce livre, mais encore des perspectives gauchies ou faussées.

·Par exemple, dans le chapitre 5 sur l'ambiguité de la Bible, l'auteur consacre un paragraphe au caractère asexué de Yahweh, affirmant que “le Dieu de la Bible n'a pas de sexe”, alors qu'en fait, Dieu n'est ni sexué ni asexué, mais transcendant au sexe, ce qui est tout différent : si l'être humain, qui est homme et femme, a été créé à l'image de Dieu, c'est parce que Dieu intègre les deux sexes mais en les dépassant. La présentation exclusivement masculine de Dieu est le fait des institutions religieuses, qui sont entre les mains des hommes, mais le Dieu de la Bible s'exprimant à travers les prophètes, se compare, l'auteur le reconnait, aussi bien à une mère qu'à un père.

Mais surtout, une utilisation abusivement littérale et partielle des comparaisons entre Dieu et un homme d'une part, et l'humanité et une fiancée ou une épousée d'autre part, a conduit à justifier l'interdiction faite aux femmes de remplir des fonctions ministérielles ou cultuelles, et l'auteur s'étonne à tort de ce qui lui apparait comme un illogisme : «comment se fait-il que, dans le peuple d'Israël si souvent représenté comme l'épouse de Dieu, les femmes aient été exclues du culte ? Elles ne peuvent participer qu'aux cérémonies extérieures ... mais elles ne peuvent accéder à l'autel. La seule fonction de type ministériel qui leur ait été possible (et rarement) est celui de prophétesse.» Mais en réalité, il n'y a là rien d'étonnant ; car si le divin est représenté sous la forme masculine, c'est la femme qui représente l'humain et plus précisément, Israël en face de son Dieu. Il est, à ce moment là, dans la logique de l'image de confier les fonctions considérées comme sacrées aux hommes, et d'en exclure les femmes — par contre, on est tout à fait à l'aise pour montrer le peuple élu infidèle sous les traits d'une prostituée.

· Dans le chapitre 8 consacré à une éventuelle restauration du diaconat féminin, des propositions neuves n'empêchent pas de retomber dans les vieilles ornières de vocation spécifique, ce qui implique la persistance de stéréotypes se rapportant à une «nature féminine» mal définie. «L'éventail d'activités d'une diaconesse comprendrait évidemment celui de l'homme, mais pourrait atteindre des secteurs où, traditionnellement, la féminité réussit mieux, car au fond il s'agit moins de singer l'homme que d'agir suivant des harmoniques nouvelles».

Si la féminité (et non pas les femmes - le vocabulaire lui-même est déjà ici révélateur) réussit mieux dans certains domaines d'activités, n'est-ce pas parce que, l'adverbe est là pour le dire, la seule tradition l'a voulu et l'a affirmé ainsi, et pourquoi les hommes ne sauraient-ils pas, eux aussi, aider, soigner, catéchiser, consoler. Il ne s'agit pas d'en faire plus ou moins que les hommes, de se voir cantonné dans un champ d'action spécialisé ou d'ajouter à l'éventail des activités du diacre des services qui seraient proprement féminins, mais de permettre au diaconat d'être un témoignage total, et non pas mutilé, d'être vécu au féminin comme au masculin. Ce ne sont pas des diaconesses qu'il faut instituer, mais des diacres qui peuvent être aussi bien des femmes que des hommes, vivant un même esprit de service dans des activités aussi diversifiées que possible mais qui ne soient pas liées au sexe.

Il ne faudrait pas, pour éviter de singer l'homme, ce qui n'est évidemment pas souhaitable, concevoir une diaconie qui serait féminine de nature. C'est l'unité et la totalité du diaconat qui sont en jeu ici.

Quand l'auteur écrit qu' «il existe de nombreuses vocations diaconales féminines qui pourraient recevoir sans difficulté une investiture officielle des communautés chrétiennes, en tant qu'enseignantes, assistantes paroissiales, préposées et gardiennes des lieux de culte, etc...» on ne peut s'empêcher d'être inquiet devant le risque d'une institutionnalisation de fonctions laïques se passant facilement de la bénédiction officielle des autorités religieuses, qui ferait oublier la raison d'être essentielle du diaconat : être le signe vivant de la diaconie de tout le peuple chrétien ; que les sacristines ou les gardiennes d'églises soient ou non des diaconesses ne changerait pas grand chose à la situation actuelle.

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— On perçoit donc jusque dans ce petit livre si ouvert à la cause du sacerdoce des femmes et si sympathique, des traces encore assez bien marquées de visions traditionnelles de la féminité dont il faudrait arriver à se détacher si l'on veut œuvrer pour un réel renouveau des ministères.

Le titre même de l'ouvrage n'est pas sans ambiguité : est-ce pour qu'il y ait des femmes-prêtres comme il y a des femmes avocats et des femmes médecins, que nous devons lutter, ou pour qu'il y ait des prêtres qui puissent être aussi bien des femmes que des hommes, c'est à dire pour un sacerdoce total, pleinement humain, intégrant la féminité et la masculinité comme deux dimensions essentielles et inséparables de l'humanité?

Michèle Bauduin

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