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Ce qu'Écrivent nos Lecteurs
le nouveau testament et les ministeres feminine

Effort Diaconal, Ordination des Femmes au Diaconat
Colloque de Paris 16-17.3.1974, pp. 71-75.

Une Femme ne peut-elle signifier le Christ Prêtre

M.F.G. écrit dans le courrier des lecteurs (No. 31 ) d’Effort diaconal):

«Ce qui est impossible c’est que des femmes aussi engagées et signifiantes de l’Eglise qu’il soit possible, puissent être des signes immédiatement lisibles pour les membres du Peuple de Dieu du plus frustre au plus évolué intellectuellement de l’homme historique Jésus ... c’est ce qui rend impossible à mon sens la sacrementalisation de la personne féminine et son ordination à signifier Jésus de Nazareth, non dans ses activités, mais dans sa personne, située dans une histoire concrète. L’économie de l‘incarnation historique et celle de son accomplissement sacramental pour toute la durée de l’histoire, exigent une cohérence entre ce qui est signifié: l’homme Jésus - et ce qui signifie: la personne humaine. La cohérence me paraît impliquer l’identité de sexe, sans lequel une personne humaine n’est pas achevée ..».

Cet argument selon lequel une femme ne peut pas être ordonnée prêtre parce qu’elle ne peut pas signifier, du fait de son sexe, l’homme Jésus représenté dans la personne physique du prêtre (tout particulièrement dans la présidence de l’Eucharistie et la consécration du pain et du vin) ne me paraît pas du tout convaincant.

Certes, la cohérence entre le signifiant et le signifié est une exigence légitime, mais si on la comprend d’une manière étroite et formaliste on arrive vite à des absurdités: par exemple, l’homme Jésus de Nazareth ayant été de race blanche et dans la force de l’âge au moment de sa vie publique jusqu’à sa mort, il devrait être impensable, dans cette perspective, qu’un noir ou un jaune de cinquante ou de soixante dix ens puisse le représenter au milieu du peuple de Dieu !

On objectera que le sexe est plus constitutif de la personne humaine que l’âge ou la couleur de la peau, mais est-ce que le Christ n’a pas montré, tant par son enseignement que par sa conduite, qu’il appelait l’humanité à dépasser les catégories d’âges, de classes, de nationalités, de races et de sexes, pour vivre selon l‘Esprit? Le Christ s’est incarné dans la masculinité, mais c’est la nature humaine qu’il a assumée, en naissant homme, d’une femme.

Serait-il plus difficile aux «membres du peuple de Dieu, du plus frustre au plus évolué intellectuellement,» de lire dans la personne d’un prêtre femme le signe de la présence de Jésus, que de le lire, pour des blancs, dans la personne d’un prêtre jaune ou noir?

C’est le regard de la foi et non celui de la rationalité qui voit le Christ dans le prêtre. Les chrétiens africains de cette paroisse dont il est question dans la lettre de M.T.B. parue, (comme l'extrait de la lettre de M F.G. à laquelle je réponds ici) dans le No. 31 d’ «Effort diaconal», ne paraissent pas le moins du monde avoir des difficultés à reconnaître dans une femme le signe de la présence du Christ parmi eux. Leurs difficultés seraient plutôt de comprendre le motif de l‘amputation des fonctions «sacerdotales» de leur responsable qui ne peut ni consacrer le pain et le vin, ni absoudre, ni donner l’onction des malades, alors qu’elle est pour eux vraiment leur prêtre quand elle baptise, est témoin des mariages, fait la catéchèse, préside les assemblées de chrétiens et porte la communion. Cette responsable de paroisse signale que les fidèles ressentent le besoin de voir complétées par l’offrande du sacrifice les célébrations liturgiques qu’elle dirige et que «les demandes de confession sont très fréquentes et plus nombreuses de la part d’hommes».

Ne serait-ce pas précisément les fidèles «les plus évolués intellectuellement» qui iraient chercher des raffinements théologiques pour refuser une évolution qui les choque, et justifier ce qui n’est qu’une mesure canonique et disciplinaire de la tradition ecclésiastique?

N’est-ce pas matérialiser à l’excès le caractère représentatif du prêtre que d’insister à ce point sur l‘importance de son physique? D’autre part, on peut croire à la réalité de l‘incarnation sans tomber dans le culte de l’historicité de Jésus: la messe ne cherche pas à être la reproduction archéologiquement fidèle du repas pascal juif pris par le Christ avec ses apôtres; le prêtre n’est pas essentiellement le souvenir vivant d’un personnage historique: il est ordonné à signifier Jésus Fils de Dieu mort sous Ponce Pilate, mais ressuscité et contemporain de toute l’histoire humaine.

D’autre part, il semble bien artificiel de distinguer la personne physique du Christ de ses activités en affirmant impossible «la sacramentalisation de la personne féminine et son ordination à signifier Jésus de Nazareth, non dans ses activités, mais dans sa personne située dans une histoire concrète ».

Comment petit-on enfin évoquer la perspective d’une «désexualisation» ou d’une «homosexualisation» des membres du peuple de Dieu, à propos du sacerdoce accordé aux femmes, alors que c’est justement le caractère exclusivement masculin de la fonction presbytérale et de la hiérarchie catholique qui peut donner l‘impression que l’Eglise ne reconnaît pas vraiment la richesse de la sexualité humaine, à la fois masculine et féminine

Si «la structure couplée de l’humain est le lieu privilégié de la révélation de la vie de Dieu», celle-ci se manifeste bien peu dans l’Eglise qui est, du point de vue de son organisation institutionnelle, une assemblée d’hommes célibataires, c’est à dire excluant les femmes et comme conjointes (1) et comme partenaires dans l'exercice des responsabilités ecclésiales.

C'est bien parce que «dans le Christ, l’homme ne va pas sans la femme, ni la femme sans l’homme» qu'un sacerdoce uniquement masculin apparaît comme mutilé. La reconnaissance effective de l’équivalence entre les hommes et les femmes dans l'Eglise passe par l'abandon définitif d'une discrimination fondée uniquement sur le sexe et injustifiable du point de vue théologique et spiritual.

Notes

1. Les hôtes ecclésiastiques du Primat de l’Eglise d’Angleterre invités en France il y a quelques mois, au moment de la semaine de l’Unité, se sont-ils souvenus que l’Archevêque de Cantorbery a une épouse?

M.B.


D’une Femme sur Ouverture des Fonctions Sacerdotales aus Femmes

On objecte Saint Paul. Il est dur pour les femmes. Il avait sans doute des raisons de se méfier d'elles. La suspicion qu’il affecte, confinant au mépris, traduit un état de l'opinion et des mœurs propre à un moment donné de l'histoire et spécialement localisé dans le bassin méditerranéen.

Il faut d'ailleurs observer que, quand Saint Paul enjoins aux femmes de se taire, il le fait en son nom personnel, sans aucune référence à la pensée de son maître. Si Saint Paul avait à écrire aujourd'hui aux chrétiens d'Amsterdam, de Calcutta ou de New York, il paraît peu probable qu'il dirait la même chose.


- Laissons là la polémique pour tenter d'argumenter. A vrai dire, il ne semble pas qu’on puisse trouver, dans le Nouveau Testament, d'indication en faveur du sacerdoce des femmes, mais la prohibition ne s'y trouve pas davantage. Méditons alors sur la nature des choses.

Quand le prêtre agit en prêtre, exerce des fonctions spécifiquement sacerdotales, telles la célébration de la messe, l'administration des sacrements, est-ce lui qui agit ou le Christ qui agit par lui? Si l'efficacité de son action sacerdotale provenait de lui-même, cela supposerait chez l'homme, des qualités propres qui pourraient ne pas exister chez la femme. Mais si le prêtre, dans l'exercice de son ministère, n'est que l'instrument de Dieu, il lui suffit d'une certaine intelligence pour se rendre compte de ce qu'il fait et le vouloir, d'une bouche pour prononcer certaines paroles et de mains pour faire certains gestes, paroles cites et gestes accomplis au nom et pour le compte du Dieu-Trinité et parfois, comme à la consécration, au nom et pour le compte du Christ. Les aptitudes exigées du prêtre se retrouvent identiquement chez la femme comme chez l’homme. Au demeurant, la Vierge Marie n’a-t-elle pas été le premier prêtre?


—Sur le terrain pratique, que petit-on penser de l’opportunité du sacerdoce des femmes ? Je me bornerai à rapporter ici des faits.

Pendant vingt cinq ans, en tant que conseil juridique, j’ai reçu de nombreuses confidences d’hommes et de femmes, aux prises avec toutes sortes de problèmes ou lourds de responsabilités.

Quand je les savais chrétiens, il m’arrivait de les inviter à aller trouver un pretre pour lui confesser, le cas échéant, ce qu’ils venaient de me dire, en vue d’obtenir l‘absolution. Je m’entendais alors répondre par les hommes: cela est impossible, jamais je ne pourrais dire à un homme ce que je viens de vous dire à vous!

Sans doute, cette réponse manifeste une incompréhension de ce qu’est le prêtre, mais cette inhibition masculine est un fait avec lequel il faudrait peut-être compter.

—Je n’ai pas manqué de constater que quelques évêques, au dernier synode, s’étaient montrés acquis à l’idée du sacerdoce confié aux femmes.

L’Eglise a le temps devant elle pour expliciter, selon les besoins de cheque époque, toutes les potentialités.

Il n’est pas impossible qu’un jour ou l’autre, pour ce qui est du sacerdoce des femmes, quidquid latet apparebit.

J.V. Paris


Sur le Terme de «Hiérarchie» ...

J’ai lu avec intérêt, quoiqu’un peu tardivement, l‘article de Donna Singles sur «Les théologies de la femme» (effort diaconal No. 30, p. 20).

Un de mes travaux se trouvant cité au fil d’une analyse qui en masque et en trahit même le sees, je souhaiterais préciser positivement les deux points suivants:
1.) J’ai développé l’analogie entre la théologie orientale, où la Trinité est une «monarchie», dont le Père est le Monarque, et la théologie qui fait également de la famille une monarchic où l’homme est le chef de la femme. Cette théologie monarchique n’entend aucunement altérer l’égalité personnelle du Père et du Fils. C’est en ce sens que je parle de hiérarchie fonctionelle. Et j’en conclus, fondamentalement, que le meilleur de la théologie paulinienne et patristique affirme l’égalité homme-femme et, en dépit d’expressions très marquées par la culture et la situation sociologique de l’époque, demande à être compris dans le sens d’une différenciation d’ordre fonctionnel.

2.) Depuis la date où j'ai écrit l'article cité (1967), j'ai repris 1'étude du terme de hiérarchie. Il est étranger à l'Ecriture. Il a été introduit dans l'Eglise assez tardivement, à partir du pseudo Denys, sur la base des modèles sociologiques paiens (notamment la hiérarchie impériale), mais repensés par appel au concept hiérarchique de l'Ancien Testament: royauté, sacerdoce. Cette notion de hiérarchie (à ne pas confondre avec la notion biblique d’exousia, autorité), étrangère à la Révélation du Nouveau Testament, qui renverse précisément la hiérarchie des pouvoirs de ce monde (Lc 22, 25; Jn 13, 4-15) a progressivement envahi tous les secteurs de la vie de l'Eglise et de la doctrine même. On a hiérarchisé, non seulement les ministères, qui n'avaient pas un tel caractère dans l'Eglise primitive, mais la sainteté, ou même la doctirne. A ce point que le Concile sacrifie à ce vocabulaire dans un passage par ailleurs extrêmement intéressant et stimulant quant au fond: celui qui parle de la «hiérarchie des vérités!» (Unitatis Redintegratio, No. 11).

Cette notion s'est souvent substituée à celles tout à fait fondamentales, de charité, d'Eucharistie, pour restructurer l'Eglise fondée par le Christ, jusqu'à obnubiler les valeurs de communion dont le Concile Vatican II a dû repartir pour définir 1'Eglise.

Je vous serais reconnaissant de publier amicalement cette mise au point qui me semble nécessaire pour qu'on ne se méprenne pas sur ce que j'ai réellement dit, et, que l'on situe mon évolution ultérieure sur la notion de hiérarchie, telle que je l'ai exposée notamment dans la plaquette Mary in the Communion of Saints, Londres, Ecumenical Society, 1973.

René Laurentin