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Sens de la Diaconie, Aujourd’hui

Effort Diaconal, Ordination des Femmes au Diaconat
Colloque de Paris 16-17.3.1974, pp. 41-45.

A partir du témoignage de trois engagements diaconaux:
· Marie-Françoise Giraud, aspirant au diaconat,
· Bernard Lemettre, diacre permanent,
· Sœur Evangéline, diaconesse protestante
les membres du Colloque ont mieux pris conscience de l’urgence
d’une présence diaconale, sans cesse renouvelée,
au service des hommes.

Aspirant au Diaconat

J’ai demandé l’accès au diaconat à mon archevêque, il y a trois ans. Je n’ai jamais eu de réponse ... En fait, ma maison veut être une expérience, totalement et radicalement de service dans la vérité de l’Evangile. Par exemple, être accueilli signifie qu’aussitôt on accueille, celà est essentiel. Dans bien des cas, pour certains très vite, celà est une véritable conversion, et pour d’autres, le début d’une mutation psychologique heureuse. Mais, se mettre en service se traduit moins par «faire» que par susciter d’autres engagements de service - ce qui entraîne un effacement actif, le plus rapidement possible. Cet effîîacement est un but délibérément choisi et le signe que la diaconie a été réalisée. Son autorité lui vient précisément de cette absence totale de pouvoir et de ce dynamisme interne.

Cela est particulièrement vécu à «CANA», depuis 1963, (Apinost, 69210 l’Arbresle) à l‘occasion de nombreux mariages qui s’y sont célébrés. Les fiancés sont invités à créer leur célébration sacramentelle et à la fêter, précisément en attitude diaconale à l’égard de leurs families et amis. Un ministère diaconal est alors nettement perçu par tous: quelques uns - là les fiancés — sont ministres d’une communauté, toute entière diaconale et celà a marqué les nouveaux époux, fortement.

L’été, 125 enfants sont accueillis en vacances (4 à 7 ens). L’équipe d’accueil est invitée à des comportements non autoritaires (au sens de domination) à l’égard des enfants, dont certains ont des situations familiales très dures, mais au service de la créativité des enfants. Un climat évangélique s’établit, bien qu’aucune annonce de la Foi ne soit possible, ces séjours n’étant pas à référence confessionnelle.

Toute l’année, de nombreux groupes de femmes, d’adultes, du troisième âge viennent en sessions, week-end ... à «Cana». Le sens de la diaconie de l’Eglise - qui est souvent une découverte pour beaucoup - épanouit tout le monde, qui reconnaît là l‘Esprit de Jésus-Christ. Pourtant, dans ce milieu rural du Beaujolais demeure incroyablement tenace une mentalité féodale. On attendait tout du «château»ý: travail, animation locale, avantages, démarches, etc ... depuis près de cent ans. Les communautés des villages voisins étant tellement persuadées que c’était l’ordre normal des choses, que la vie chrétienne finissait par être très formaliste bien qu’à haute «pratique religieuse». Nous avons aidé à y voir clair - et provoqué une réflexion assez générale - lorsque le «château»» (dont nous sommes locataires, mais à l’égard de qui nous avons pris distance) a décidé de nous expulser dans des conditions dramatiques. Cela a provoqué une remarquable maturation de la mentalité locale. Mais nous avons refusé toute exploitation politique afin de garder la réflexion au niveau évangélique.

Marie-Françoise Giraud

Diacre Permanent, Marié

Maçon dans les travaux publics, syndicaliste, je travaille dans une entreprise de 1200 ouvriers, à majorité migrante. II n’y existe pas de comité d’entreprise.

J’ai beaucoup d’espoir que tout cela naisse un jour. Cette espérance j’essaie de la vivre le moins mal possible, en apportant ma part de travail, en luttant contre mes lenteurs, mes imperfections, mon égoisme, en luttant aussi contre toute récupération, utilisation, marchandage des autres.

Je crois très fort qu’avant que je n’arrive quelque part, sur les chantiers ou ailleurs, les hommes de race, religion, culture, nationalité différentes connaissent autant que moi ce qu’est l‘amour qui comporte justice, liberté, égalité ... Les mouvements d’ensemble, comme par exemple une section syndicale d’entreprise, ne sont rien que dans la mesure où des hommes mettent en commun ce qu’ils ressentent de meilleur, ce qu’ils ont toujours au fond du cœur et qu’iÍls découvrent eux-mêmes, enfoui au milieu d’un tase de choses. La perle rare, enfouie dans un champ, celui qui l’a trouvée l’acquiert en vendant tout ce qu’il possède. Que de paroles, de bêtises, «cochonneries», faut-il parfois qu’un homme exprime avant de dire, même maladroitement, ce qu’il vit ou désire vivre de bon et d’important.

Je pense avoir, en disant cela, exprimé un peu ce qu’est la diaconie aujourd’hui: don de soi-même, pour discerner et accueillir chez «l’autre> ce qu’il y a de bon. Ces discernements et accueils demandent pauvreté et souffrance—à ne pas confondre avec dolorisme—. En effet, compter sur les autres, croire à leur liberté, c’est accepter qu’ils échappent à notre façon de penser, à ce que nous avions prévu trop facilement pour eux, c’est accepter les lenteurs, les retours en arrière, les imperfections mais aussi les nombreux conflits qui naissent obligatoirement quand l’autre grandit, s’affermit (par exemple le Tiers monde qui prend un petit peu plus sa place).

Vivre la diaconie me paraît impossible sans qu’elle soit don de Dieu. C’est une contradiction dépassant les limites humaines que de croire que le rassemblement des hommes se fait et se fera dans l’éparpillement, car il s’agit bien d’éparpillement quand ce qui est proposé aux autres c’estlamour qui libère.

Confirmer les chrétiens et chrétiennes dans cette manière de servir à l‘image du Christ, me paraît être la charge du diacre. Je n’hésite pas à dire que le diaconat est ministère du conflit. On parle du diacre comme l’œil de l’évêque, cela veut dire, pour moi, veiller à ce qu’entre les chrétiens rassemblement ne soit ni récupération, ni endoctrinement, ni dirigisme pour permettre aux chrétiens de se découvrir eux-mêmes armés et responsables et faire de même dans ce monde d’aujourd’hui.

Etant en relation avec beaucoup d’immigrés, qui sont—et pas les seuls —des êtres vulnérables, fragiles, limités, je comprends mieux ce que veut dire: «les pauvres ont entendu la Bonne Nouvelle»: ceux qui sont le plus facilement récupérables ont eu chaud au cœur et sont devenus libres.

C’est être fidèle au Christ aujourd’hui que de promouvoir un diaconat dans le désir d’être plus attentif ensemble à la diaconie et non pas en fonction des tâches à accomplir ce qui très rapidement marginaliserait les diacres, et par le fait même, deviendrait un obstacle à la construction du Peuple de Dieu. En faisant le don du diaconat à l’Eglise, le Seigneur l’appelle à vivre comme il a vécu Lui-même, et de celà aussi Il nous fait don.

Pour ce qui est de la recherche particulière de ce Colloque je partirai d’un mot employé hier. Un participant disait que l’ordination des femmes au diaconat serait une complémentarité. Celà pourrait vouloir dire que là où l’homme ne réussit pas on enverrait des femmes, comme si un ministère ça servirait à faire passer quelque chose, une merchandise que l’on voudrait vendre. ça me fait penser à certains qui envisagent le diaconat pour «là où le prêtre ne peut aller» et d’ajouter «ensuite le prêtre pourrait y aller». Marcher dans ce sens serait se servir d’un diacre femme pour mieux récupérer les autres femmes. Ça me paraît important de découvrir ce qu’est vraiment le ministère ordonné, alors on pourrait voir que rien ne s’oppose à l‘ordination des femmes.

Dans quelques jours nous fêterons l’Annonciation, je ne peux m’empêcher de méditer au «OUI» de Marie. Son «OUI» l’a engagée dans une voie toute nouvelle et bien contraire à son attente religieuse, culturelle et politique de femme juive.

L’Eglise sera-t-elle capable aujourd’hui de se dégager de tout un «à priori», d’un lourd poids du passé pour s’ouvrir à une recherche qui me paraît être bien autre chose qu’une simple revendication féminine?

Bernard Lemettre

Diaconesse Protestante

Les Communautés de Diaconesses existent, dans les Eglises de la Réforme, depuis la seconde moitié du XlXe siècle. Mais le lieu - même où s’exerce, aujourd’hui, mon ministère est bien le signe que le visage de la diaconie s’est modifié. Si la diaconie se veut toujours ce qu’elle fut aux premiers temps de l’Eglise: ce lieu vivant et agissant entre l’Eglise et les plus pauvres, il est clair qu’elle doit faire preuve d’une grande vigilance pour discerner les expressions nouvelles de la souffrance et du service.

La diaconie classique, caritative, n’est pas devenue caduque, gardons nous de le croire. Mais, à côté de nos institutions hospitalières ou éducatives, nous voyons se multiplier ces «haltes spirituelles» - dont fait partie la maison dans laquelle je travaille à Versailles - où se présentent des jeunes et des adultes qui sont à la recherche de leur propre identité à la recherche d’une parole vraie, d’une relation à Dieu qui soit dilatante et non infantilisante. Or cette diaconie - là, loin d’entrer en compétition avec l’autre, en souligne au contraire le dénominateur commun: une diaconie du SENS. Une diaconie dont les «ministres» se définissent essentiellement et d’abord par leur capacité, à signifier. L’action ne pourra sortir que de cette qualité de présence. La question est done, lorsqu’on cherche à s’engager sur la vole du diaconat: «quel visage du Christ estce que je vais signifier, quel aspect du mystère de Dieu ? »—«Queue expérience de Dieu vais-je pouvoir transmettre, dans quel langage, à des hommes et des femmes qui cherchent cette trace perdue? »

La diaconie est apparue aussi à notre Communauté depuis plusieurs années, comme une complémentarité du ministère pastoral. Je parle ici d’une diaconie communautaire, qui peut, certes, être vécue par des religieuses, sans que ceci soit exclusif, ni automatique (il faudrait étudier dans le détail ce que seraient des fraternités de diacres d’une part, et d’autre part les découvertes qui restent à faire dans le domaine d’une collaboration profonde entre communautés religieuses et ministère pastoral ou presbytéral). Dans les Eglises de la Réforme comme dans l’Eglise catholique, la vie paroissiale est devenue un problème de première importance. Cependant la réalité paroissiale n’est pas morte et il n’est même pas sûr qu’elle ne réapparaisse pas, sous des formes tout autres, dans les groupes innombrables qui surgissent aujourd’hui. Il y aura toujours un ministère presbytéral à étayer. Il y aura touj ours des hommes et des femmes qu’une communauté de vie et de prière pourra entraîner dans la découverte spirituelle relayant le pasteur et lui renvoyant ceux desquels il demeure, pour la marche quotidienne, le premier responsable.

Il s’agit donc bien toujours de service, mais pas de service subalterne. Le langage du Dieu Trinité que nous confessors est un langage de participation et non de possessivité, d’effacement, et non d’écrasement: chacune des personnel s’efface pour que l’autre existe, en une dense ininterrompue puisque chacune est sans cesse nécessaire à l’autre. Chercher une reconnaissance du diaconat, cela ne saurait s’exprimer en termes de pouvoir. On ne demande pas l’exercice d’un pouvoir mais la permission d’un service et la grâce de l’accomplir au cœur de l’Eglise.

La charte du diacre est tout entière contenue dans les Béatitudes. Dans ce texte qu’on a souvent mal lu, le Christ nous fait diacres du bonheur des hommes. Il nous charge de ce message «heureux»»... et Il sait bien ce qu’Il fait. Il nous demande de rendre au monde et au corps de l’Eglise tout entier, le service du bonheur, le service de l’espérance. Un service qui s’incarne. Où il est question de s’engager pour la justice, de travailler pour la paix, de poser des actes de pardon; où il est aussi question de pauvreté spirituelle, de douceur, de pureté de cœur. Un service fait d’action et d’engagement, mais aussi de perpétuelle conversion intérieure. Avec, derrière ces deux mouvements et comme la toile de fond des Béatitudes, cette mystérieuse capacité à souffrir, à porter la douleur, à la transfigurer: la silhouette du serviteur souffrant. Tel est le visage du Christ que le diacre est appelé à refléter, par la grâce de l‘Esprit. Et queue affinité Olivier Clément ne souligne-t-il pas, sans y penser, entre le diacre et l‘Esprit lorsqu’il parle de ce dernier comme du «Dieu qui s’efface pour que l’homme existe»!

Sœur Evangeline

Diaconesse de Reuilly

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