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par Marie-Thérèse Van Lunen
Chenu
Concilium, revue internationale de théologie, 1999, 168 pp
Enfin, sur ce sujet trop souvent laissé aux femmes , enfin, sur
ce sujet qui a donné lieu à tant de soupçons envers les
féministes et puis à des débats stériles à
coup darguties déjà formalisées dans le cadre
dune théologie dogmatique étroite, enfin une recherche
dexigence écclésiale «au coeur même de
lintégrité de lEglise et de la
théologie»
On remarquera les paramètres ecclésiologiques
formalisés de façon nouvelle et très soigneusement
élaborés. Central, celui de la compréhension de
lEglise. par elle-mime; dans une démonstration aussi
argumentée quimpitoyable Bernard Häring montre comment cette
auto-compréhension senferme sur elle-même en une logique
cohérente:«le regard quils portent sur lêtre
humain, leur image de la femme, leur interprétation du message
chrétien et leur vision dune Eglise bien ordonnée, tout
cela se rejoint en un seul et unique paradigme. Lidéal
dEglise qui sen dégage, cest une Eglise centrée
autour des sacrements, à structure hiérarchique et ordre
monocratique, administrée par des hommes au nom du Christ».
Ordination sacrée, pouvoir sacré, sacerdoce comme une
participation sacramentelle au mystère du Christ, transmission
ininterrompue de personne à personne, depuis linvention par le
Christ , consacrent le caractère inattaquable et inébranlable
de la tryade:enseigner, sanctifier et gouverner» «La
représentatio du Christ, écrit Häring»,
«lagir au nom du Christ en personne» joue un rôle
central et inamovible dans la vision du prêtre
. Représenter
le Christ devient la plénitude maximum de sens dune vie humaine.
que peut-il échoir aux hommes de pus élevé et de
plus empli de sens que la tâche de réaliser en leur personne
lamour bienveillant de Dieu envers les hommes, sa bonté et sa
tendresse, son amour de justice et de paix, sa présence qui sest
faite homme!Cette vision de lêtre humain
confère
à de nombreux documents pontificaux une sollicitude et une chaleur
sympathique. Mais dès lors quil sagit de la relation
homme-femme, on assiste à un renversement dégrisant, à un
aveuglement mâle élitiste, à une opposition résolue.
Car cest précisément parce quelle est si proche
dune anthropologie réconciliée et englobante, mais
quelle faillit au point décisif, que lanthropologie papale
est si décevante et scandalise tant.». Daprès cette
théologie, ajoute-t-il, les prêtres, «doivent être de
sexe masculin non parce quil se trouve que Jésus était un
homme, mais parce que le Rédempteur de lhumanité ne
pouvait au fond quêtre un homme
.Cette
symbolique liée au sexe représente, à mon avis, le
scandale décisif de la conception romaine sur le
ministère
.».
Pour Leonardo Boff , le refus de
lordination des femmes vient stigmatiser la contradiction que le Concile
na pas réussi à résoudre entre une conception et une
praxis de lEkklesia en tant que société
hiérarchisée de pouvoir sacré,
cléricale,
pyramidale, centralisatrice et le peuple de Dieu , communauté de
personnes, de dons et de services qui, loin dexclure la
hiérarchie, lintègre dans lEglise
En cela
réside lessence et le sens du sacerdoce ministériel, aux
divers niveaux de la hiérarchie: coordonner les charismes, les organiser
en vue dun projet communautaire, savoir découvrir les charismes
existants mais non reconnus, mettre certains en garde
»«Cette
opposition correspond à deux traditions historiques qui, après
avoir divisé les pères conciliaires, continuent aujourdhui
encore diviser les esprits et les curs sans quon entrevoit de
perspective de synthèse féconde»«.Le premier type
didéologie représente lidéologie de ceux
qui détiennent le pouvoir dans lEglise. Elle est trop
contradictoire pour créer la communion et la participation de tous les
fidèles. Elle légitime de manière perverse la
marginalisation des laïcs et lexclusion des femmes. Elle
représente un stade pathologique
.. Dans une
ecclésiologie dEglise-société hiérarchique,
il ny a aucune possibilité dintégration pour les
femmes en termes de services et de dons communautaires. Elles seront toujours
marginalisées, si ce nest exclues»
.Une fois de plus, Concilium nous offre un numéro
excellent, profond, dense,courageux; à lire absolument.
Le moment semble peu propice à Gregory Baum pour présenter
des réflexions théologiques sur le pouvoir dans
lEglise: «Leffort actuel du Vatican pour faire de
lEglise une monarchie ecclésiastique aux pouvoirs dictatoriaux est
inconvenant et engendre des frustrations à tous les niveaux de la
communauté ecclésiale». Selon lui celles-ci ne font sue
susciter une option anarchiste qui ne convainc pas plus quelle ne
convient. «Le pouvoir dans lEglise est à la fois une
nécessité et une dimension de lappel de Dieu à la
communauté des croyants. Mais ce pouvoir a ses limites quon est
tenté de transgresser. Il est regrettable que ce sujet important
nait pas reçu lattention quil mérite dans la
tradition théologique catholique».
De Mary Condren, un travail sur la théologie du sacrifice.
Ce nest certes pas entièrement nouveau mais elle loppose
utilement à la théologie de la miséricorde et,
surtout léclaire au regard de la non-ordinationt des femmes. Un
des rôles du acrifice est de séparer le pur de limpur, le
profane du sacré, nous le savions
mais tenons-nous suffisamment
compte de létendue cyclique du phénomène car
«une part vitale de lacte sacrificiel est la politique
post-sacrificielle dinterprétation»?
Oui, sa politique est de définir lautre
mais le plus
menaçant restant cette «ifférence qui expose la
précarité de lidentité
différence
effrayante
celle qui est assez proche de la norme pour en menacer
lêtre même
Quil suffise de dire que lAutre
représente habituellement une part de nous-même quil nous
faut répudier, avilir et rejeter comme condition de la conscience
même». Voilà qui, sans nul doute, viendra raviver ce que
nombreuses femmes connaissentdexpérience: Dêtre si
proches de lhomme- mais si différentes, les voilà par
excellence les premières victimes de lordre sacrificiel:
rejetéees, méprisées, ségrégées
davoir été et de demeurer malgré tout - trop
nécessaires, enviables et recherchées.
Une troisième partie offre comme ressources positives trois
exposé sur linsertion, les capacités, la
créativité des femmes dans lEglise actuelle, cest
à dire post-moderne.
Hedwig Meyer-Wilmes estime que celle-ci est heureusement marquée
par des valeurs quelle partage avec la
société:«Eglise fondée sur une vision
égalitaire des structures, sur une multiplicité dimages
ecclésiologiques ainsi que sur la concrétisation de lEglise
au travers délaboration diverse de ministères».
Quant à ceux et celles qui continuent à sinterroger
parfois passionnément sur la situation actuelle des femmes dans ou en
face de lEglise, ainsi que sur les stratégies à adopter,
ils auront tout profit à suivre les réflexions et suggestions que
Melanie Maytirent dune très bonne connaissance de la situation
générale dans des confessions aussi diverses que la catholique
romaine et dautres, chrétiennes qui ont accepté
lordination des femmes. Partout, Partout, mime dans des espaces soit
disant élargis, mêmes obstacles à surmonter
même
difficultés mêmes ambivalences; non seulement, «les femmes
continuent de rencontrer de la résistance à leurs
responsabilités religieuses» mais elles restent en butte au
harcèlement sexuel et aux outrages de leurs collègues
masculins
» Dès lors, on comprend limportance
prometteuse des pratiques de transformation: nous risquerons notre
pouvoir, nous les femmes, à résister à «ce qui
est», si nous navons pas en même temps laudace
dexprimer ce sui sera, nos lespérons, et dagir pour
que cela soit; si nous ne pratiquons pas aussi et ne proclamons pas la
transformation
.en son centre, une redistribution radicale du pouvoir et
des privilèges, des rôles et des ressources». Comme
pratique de la présence ces espaces créés par les
femmes depuis trente ans et dont lauteur estime quils ne sont plus
aussi marginaux par rapport aux institutions classiques:»les femmes vont
et viennent dans ces espaces aux configurations diverses, assemblant des
éléments de foi et de vie avec assez de vigueur pour soutenir
notre lutte pour une réalité nouvelle. Espaces, dit-elle encore
centrés autourdes rituels religieux des femmes; elles y fortifient leur
propres pensées et y connaissent «une pleine participation de
créatrices dimages, de rites, de discours reflétant notre
propre image comme image divine». Mais, ajoute-t-elle, les femmes ne
pratiquent pas seulement la présence dans des espaces
créés par elles et pour, leur présence dans les espaces
publics de lautorité religieuse conteste la fracture
séculaire entre sexualité et spiritualité entre corps et
esprit. Elle est si incongrue cette présence qui réhabilite le
corps des femmes, et les femmes comme des êtres sexuels, que cède
aussi le mythe du soit-disant ministère asexué des prêtres,
rabbins et pasteurs! Nous sommes en présence de laffirmation
courageuse «dune réalité nouvelle aussi
radicale théologiquement quanthropologiquement.Cette
présence révèle les racines les plus profonde dune
fragmentation culturelle et religieuse occidentale dans le -faux- Dieu
asexué et spirituel du monothéisme. Cette
révélation libère les femmes, et les hommes, leur donnant
de vivre et de sépanouir dans une réalité nouvelle.
Elle libère Dieu, le Dieu vivant à limage de qui nous
sommes vraiment créés pour être cocréateurs.
Nul ne peut direcomment et dans quelle mesure les femmes changeront le
christianisme et le judaïsme
. frontières encore plus
floues
, murs plus perméables
apparaîtont et
sactualiseront plusieurs voies pour avancer dans a plénitude
à la fois humaine et divine.»
En affirmant:«Nous les femmes, sommes Eglise», Mry Hunt
(cofondatrice de Water) montre comment «des catholiques romaines
forment des ministères et des théologies».Sa perspective
est, dit-elle, nettement colorée par le contexte des USA mais
marquée aussi par une interaction significative avec des
collègues dautres partis du monde. Plusieurs contributions de
femmes y insistent du reste: toutes les religions et tous les pays sont
traversés actuellement par les soupçons, les questionnements, et
par la réalités nouvelle dune présence alternative
des femmes. Bien sûr, pour les catholiques, la question de
lordination des femmes reste-pour le moment en suspens
tandis
quen profondeur, le concept, et la pratique, de communauté de
disciples égaux (2) a déjà ébranlé les
modèles de lEglise «kyriarcale» ( les
féministes stigmatisent ainsi une Eglise des pères, des
maîtres et seigneurs
). Il faut rendre justice à Mary Hunt et
au projet dEkklesia mis en avant par de nombreux groupes
féministes américains : se nommer
délibérément «WomenChurch» ne signifie pas que
lon rêve dune Eglise de femmes, mais que, en tant que femmes,
on affirme: «nous les femmes, sommes Eglise» et quon
sengage en cette communauté véritable du partage des dons
et pouvoirs . Soit que lon sefforce de vivre dans une paroisse ou
une congrégation religieuse progressiste et de garder lien avec
«la kyriarchie», soit que lon ait choisi de
célébrer , en tant que catholiques hors des consignes et
permissions romaines, il faut sattendre encore à bien des luttes.3
Elles ne peuvent que révéler combien le paradigme dune
tradition que lon croyait monolithique sest déjà
transformé».
Le cahier nous réserve encore un autre document précieux:
une information très documentée, notamment grâce à
de nombreuses notes inédites, sur la préparation
théologique et pastorale sérieuse qui a donné sens
à lordination de quelques femmes , par un évêque
clandestin pendant le régime communiste en Tchécoslovaquie. On ne
saurait balayer dun revers, les arguments exposés avec soin par
cet lévêque Davidek.
Fortement étayés par un travail de lexégète
Jan Peters (3)ils ne négligeaient ni laspect
culturel-anthropoloigque , ni les nécessités parfois locales et
exceptionnelles, de servir le Kairos, ce temps «de la visite où
Dieu vient avec un nouveau signe que lhomme reconnaît comme appel
à créer une réalité nouvelle».


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