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Feminite et Ministere

Feminite et Ministere

par Suzanne Tunc

Femmes et Hommes en Eglise
68, rue de Babylone, 75007 Paris. 1994
Republié sur notre website avec les permissions nécessaires.

Table des Matieres

INTRODUCTION

 

CHAPITRE I

 

Les dérives possibles de la "féminité".
Etude de quelques ouvrages récents

5

Georgette Blaquière.

6

La femme et la prophétie

9

Nicole Echivard

11

Janine Hourcade

13

Jo Croissant.

14

Chiara Lubich

15

CHAPITRE II

 

La féminité est-elle compatible avec
les ministères ordonnés ?

17

L'exemple de Jésus

19

La masculinité de Jésus

20

La peur des femmes

23

Féminiser les structures ecclésiales

24

CHAPITRE III

 

L'exemple des récentes ordinations
des Anglicanes

26

La situation des Anglicanes comme "diacres"

27

L'évolution de l'Eglise d'Angleterre

27

Quelques témoignages des Anglicanes

29

Le problème de l'autorité

31

La sélection des candidates à la prêtrise

31

CHAPITRE IV

 

Les femmes de l'Eglise catholique sont-elles prête
à exercer les ministères ?

33

Le désir des femmes d'être prêtres

34

Les femmes qui exercent en fait les fonctions de "diacres"

34

L'ancienneté du désir de prêtrise des femmes

36

CONCLUSION

37

INTRODUCTION

Le "mystère de la femme", son "destin", ou "sa mission", "sa vocation", n'ont cessé de faire l'objet de recherches, de commentaires, de débats, de controverses. On volt mal cependant en quoi il se distingue du "mystère masculin", c'est-à-dire du mystère de l'Homme, de sa création. Il y a en effet un "mystère" de la vie et de la sexualité, mais il est commun aux hommes et aux femmes. Parler uniquement en termes de "mystère de la femme", c'est en revenir aux siècles passés, à Thomas d'Aquin, pour lequel, on le salt, la femme était un "male manque". Pour le Docteur Angélique, l'homme masculin étant le paradigme humain, le "mystère" était de savoir pourquoi la semence masculine, considérée alors comme le seul agent de la fécondité, n'avait pas réussi à engendrer un mâle, mais seulement une femme, "déficiente et vile". Cependant, au centre du "mystère de la femme", on trouve aussi toujours celui de la vie donnée par elle, l'emerveillement, avec la peur: vie et mort ne sont-elles pas liées ?

Ceux et celles qui auront lu le petit ouvrage qu' Alice Gombault vient de consacrer à Féminisme et/ou partenariat sauront comment on a oscillé entre un mépris de "la femme", cause de tous les malheurs (Pandorre, Eve) et une surévaluation extrême de ses qualités, exaltées dans la Vierge-Mère-Epouse, dont Marie était, dans le christianisme, devenue le modèle. Deux attitudes opposées, mais toutes deux forgées par les hommes dans le cadre du patriarcat dominant jusqu'à ces dernières années, et aboutissant toutes deux à la soumission totale des femmes aux hommes, car porter au pinacle les femmes, les idéaliser, c'était leur offrir une surcompensation qui leur ferait oublier leur situation. Je ne reviendrai pas sur ce point. Il est suffisamment connu.

Je ne m'étendrai pas non plus sur la révolte des femmes contre cette situation d'infériorité et de soumission. Les "féministes", en particulier à la suite de Simone de Beauvoir (Le Deuxième Sexe, 1949) et de la catholique Yvonne Pellé-Douel (Etre Femme, 1967), ont réussi à renverser la tendance. Elles ont montré que les femmes n'étaient pas esclaves d'un "destin", de l'image idéale de "la Femme éternelle", (dont l'idée est païenne et vient de Gœthe) et des rôles que leur avaient attribués le système patriarcal (foyer-enfants), même si ce système avait pu être justifié autrefois par des circonstances socio-économiques différentes. Responsables de leur vie, personnes à part entière, les féministes d'alors allaient revendiquer peu à peu l'accès à toutes les professions et à toutes les possibilités, certaines niant toute "différence" entre homme et femme.

Cette période est révolue. On ne nie plus l'existence d'une différence entre homme et femme. Acceptée, reconnue, cette "insaisissable différence" (Luce Irigaray, Hommes et femmes, l'insaisissable différence, Colloque de mai 1992 organisé par l'Institut des Sciences de la Famille de l'Institut Catholique de Lyon; cf. également Sexe et parenté, éd.Minuit, 1987) est même revendiquée par les femmes comme leur légitime "identité". C'est pourquoi on a pu parler de "féminité retrouvée" (fr. Juan-Miguel Garrigues, post-face à Georgette Blaquière, La grâce d'être femme, Ed. Saint-Paul,1981). Encore faut-il s'entendre sur le sens de cette "féminité retrouvée"... et sur son utilisation.

Si l'on peut regretter certains excès du féminisme des années soixante-soixante-dix, on ne peut en revenir à cette "féminité" de "la femme éternelle", avec son cortège de vertus idéales, son exaltation, et surtout son "destin" - ou sa "vocation"- inscrite dans sa biologie. La "féminité" doit-elle séparer femmes et hommes comme par le passé, chacun ayant ses domaines bien délimités, ses rôles assignés et définitfs ? C'est à cette question que je voudrais réfléchir, en particulier en examinant avec attention certains ouvrages récents qui s'appuient sur la "féminité" pour justifier le partage des tâches. Dès lors, "féminité" ne peut rimer qu'avec "maternité" ou "virginité". Il nous semble au contraire que le partenariat, "l'alliance" entre femmes et hommes, est le véritable et seul avenir de l'humanité et, en particulier, de l'Eglise. Les nouvelles "féministes" catholiques "traditionnelles", comme Georgette Blaquière, Janine Hourcade, Nicole Echivard, Jo Croissant, Chiara Lubich (fondatrice des Focolari), pour ne citer qu'elles, reviennent en fait à ce qu'écrivaient après la guerre de 1914 une Gina Lombroso (L'âme de la femme, 2e éd., 1947) ou une Gertrud von Le Fort (La Femme éternelle , 1934,1957). Peut-on encore adhérer à leurs conclusions ?

Celles-cine sont plus compatibles avec ce que font aujourd'hui les femmes, non seulement dans société, mais aussi dans l'Eglise. La pratique dément la séparation des rôles qu'on veut maintenir, surtout dans notre Eglise, en écartant les femmes des fonctions ministérielles . La féminité est non seulement compatible avec les ministères, mais nous espérons montrer qu'aujourd'hui elle les exige. Les femmes, en assumant dès maintenant des responsabilités importantes dans le domaine ecclésial sont en fait toutes prêtes à entrer dans les structures officielles qu'on leur refuse encore.

Auparavant, nous devrons prendre sérieusement en considération le fait qu'actuellement l'Eglise anglicane appelle à la prêtrise quelque mille trois cents femmes. Ceci implique que l'Eglise d'Angleterre, non sans mûre réflexion, a estimé non seulement qu'il n'y avait pas d'obstacle théologique à l'ordination des femmes, mais que leur entrée dans les structures ecclésiales était au contraire profitable à la mission. L'action de ces nouvelles femmes-prêtres ne va-t-elle pas modifier l'opinion des catholiques, et montrer que, loin d'être "redoutables", elles sont utiles pour le Royaume de Dieu?

CHAPITRE I

Les dérives possibles de la "féminité".
Etude de quelques ouvrages récents.

Il ne s'agit pas ici des "dérives" du féminisme des années soixante-soixante dix, que j'ai condamnées plus haut. Mais, à leur tour, la "redécouverte" de la féminité et la reconnaissance des différences entre femmes et hommes, pour souhaitables qu'elles soient, ne sont pas sans dangers d'autres dérives. Certains ouvrages récents y sont tombés qui, sous le couvert de l'exaltation de la très grande dignité des femmes, en reviennent en fait à revendiquer pour les femmes les vertus rassurantes et la mission de "la femme éternelle".

Je commencerai par un ouvrage qui a actuellement un très grand succès. C'est sur lui que je m'étendrai principalement, car il est en quelque sorte le phare vers lequel se dirigent plus ou moins celles que j'appellerai les "féministes idéalistes". Il est écrit avec beaucoup de sensiblité et d'intelligence: c'est celui de Georgette Blaquière, La grâce d'être femme, préface Mgr.Simonneaux, éd. Saint-Paul, 1981.

Georgette Blaquière

"La grâce d'être femme" ? Le titre même ne cache-t-il pas un besoin de compensation à une situation difficile à vivre, et, en tout cas, le désir de revaloriser une situation qu'on estime sous-estimée ? On pourrait parler aussi de la grâce d'être handicapé et on aurait pu parler, il y a quelques années, de la grâce d'être esclave. La véritable "grâce", c'est d'être créé et aimé par Dieu : cela concerne-t-il davantage les femmes que les hommes ? Mais lisons G. Blaquière.

Son ouvrage analyse avec pertinence les épisodes des évangiles qui mettent en scène des femmes avec Jésus de Nazareth. Il conclut que Jésus a véritablement apporté la "libération" des femmes.

"Je veux simplement partager la contemplation du dessein d'amour de Dieu sur la femme, tel que Jésus l'a révélé... Il m'a semblé évident que, tout au long des Evangiles, transparaissait la volonté délibérée de Jésus de remettre la femme debout et libre devant son Dieu et devant les hommes ; message de libération de la femme en son être le plus profond, sans laquelle toutes les autres libérations sont vaines".

Comme je souscris à ces lignes, qui figurent à la fois dans l'Avant-Propos de l'ouvrage et sur la dernière page de sa couverture !

Mais me voici perplexe. Certes, nous appartenons à une communauté ecclésiale et, malgré notre participation personnelle au caractère "sacerdotal" de tout le Peuple de Dieu, nous ne pouvons dire n'importe quoi. La foi se vit en communauté. Il est cependant surprenant qu'après s'être déclarée "debout et libre devant son Dieu", l'auteur ait éprouvé le besoin, non seulement de demander l'Imprimatur, mais de faire préfacer son livre par Mgr Simonneaux, évêque de Versailles, et de le faire encore post-facer par un moine, frère Juan-Miguel Garrigues, qui lui a donné le Nihil obstat. "Debout" et "libre" devant son Dieu et devant les hommes, comme elle l'affirme, Georgette Blaquière avait-elle encore besoin d'une double "adhésion", et d'une "garantie" masculine et ecclésiale, comme le remarque le Post-Scriptum de Mgr Simoneaux dans sa Préface ? Deux mille ans après que le Christ nous ait remises "debout" et rendues "libres", faut-il encore que nous sollicitions des béquilles masculines - et ecclésiales - pour avancer ? "Lève-toi, prends ton grabat et marche", a pourtant dit Jésus, s'adressant à tous ceux qui croiront en lui, femmes et hommes.

C'est ici que se révèle l'équivoque de la position de Georgette Blaquière. "A vin nouveau, outres neuves", a dit Jésus. Les femmes ne peuvent prétendre être libérées si elles continuent de vivre dans des structures à dominance masculine, et de devoir se soumettre à leur approbation avant toute action ou toute parole. Nous avons été trop habituées à considérer le prêtre comme "l'homme du sacré", à respecter le "sacer-doce", pour être capables de nous en passer tant que nos structures elles-mêmes ne seront pas modifiées, en particulier, mais pas seulement, par l'entrée des femmes, qui signifierait déjà un changement de régime ecclésial. Nous n'avons pas encore suffisamment compris que depuis que le Christ s'est incarné, tout est "profane", tout est "sacré", ou plutôt, Dieu demeurant en nous, que tout le profane est sacré. Le prêtre n'est pas plus "l'homme du sacré" que le plus humble fidèle, le plus pauvre pécheur. Il peut être plus "saint" (encore que Dieu seul soit saint), il n'est pas plus "sacré". L'exclusion des femmes des ministères, - de l'autel lui-même, parce que leur impureté leur interdisait d'approcher du "sacré" -, le fait qu'elles aient été considérées comme devant soumission aux hommes, laisse des traces aujourd'hui encore, même si l'on croit être débarrassées des anciens "tabous", Il n'y a pas si longtemps que le Dictionnaire de droit canonique portait que les femmes, lorsqu'elles "prêtendaient"(sic) approcher de l'autel pour la communion, ne devaient le faire que sous certaines conditions ! C'était en 1954 (dix ans à peine avant Vatican II)...

Ce qui fausse aussi le raisonnement de Georgette Blaquière c'est qu'elle continue de l'axer sur "le péché des origines", la faute et "la chute". Pour elle, il y a eu "un couple primitif", Adam et Eve, bien qu'elle reconnaisse que Gn 2-3, le récit Yahviste, du temps de Salomon (environ Xe siècle av. J.-C.) transmet la création d'une façon plus "imagée" (?) que Gn 1 (environ Vle s. av.J.-C). Dans sa perspective, le "jardin d'Eden", l'arbre de vie, le serpent, la "chute" sont des faits, non des symboles. Et, parmi ces faits, l'auteur insiste sur "la convoitise" de la femme, que Yahvé aurait reprochée à Eve, et qui devait la conduire à être dominée par son mari... Cette lecture, qui s'apparente à une lecture fondamentaliste, nostalgique du paradis perdu, au lieu de voir en Gn 2-3 un essai d'interprétation théologique de la création, du mal,et de la situation inférieure de la femme au temps des Sages de Salomon, empêche G. Blaquière d'avoir un regard totalement clair sur la libération véritable apportée par Jésus: l'oppression des femmes au temps de Jésus ne venait pas de la "convoitise" d'Eve et de ses filles, mais des hommes, du système patriarcal, que Jésus, précisément, dénonce. Georgette Blaquière a peut-être l'intuition que les femmes doivent se libérer de l'oppression masculine, mais son analyse des "origines" lui fait rejeter sur Eve - sur "la femme" - la responsabilité de cette oppression. Dès lors, toutes les femmes se trouvent dévalorisées. Marie-Madeleine devient une prostituée (confusion fréquente), une victime de sa "convoitise". Elle n'est plus qu'une femme guérie par Jésus de ses "démons", alors qu'elle était une "disciple", et même particulièrement chère à Jésus. De plus, puisque, dans l'esprit de G. Blaquière, il faut que le "ministère" des femmes se distingue de celui des hommes, elle ne peut accepter l'idée que les femmes aient été "disciples" de Jésus avec les Douze et à l'égal d'eux (cf.cependant Le 8,1-3 et les Synoptiques citant "les femmes qui suivaient Jésus depuis la Galilée", verbe qui indique la qualité de disciples). L'auteur croit donc devoir écrire qu'elles étaient disciples : "au même titre d'une certaine manière" (je souligne)...tout en ne pouvant s'empêcher de reconnaître que les femmes qui suivaient Jésus exerçaient un "ministère de fait", "ordonné" à la personne de Jésus. On voit donc que sa pensée n'est pas très claire sur ce point.

La femme et la prophétie.

Pour Georgette Blaquière, la vocation de la femme c'est la "dimension prophétique de la vie féminine". Elle interprète dès lors toutes les révélations que Jésus fait aux femmes comme une vision "prophétique" des femmes. Ainsi, pour ne prendre qu'un exemple, la première apparition de Jésus à Marie-Madeleine, et la mission qui lui est confiée d'aller l'annoncer aux "frères", sont considérées comme "prophétiques". Qu'y a-t-il de "prophétique" à rapporter un "fait", même si ce "fait" est une "apparition" et à exécuter un ordre du Christ ? Si les femmes ont "laissé les apôtres prendre ensuite leurs responsabilités" (p.173), ce n'est pas parce qu'il y avait entre eux et elles une différence de mission, mais parce que, seuls, les hommes pouvaient porter au monde patriarcal la Bonne Nouvelle que les femmes n'avaient pas le droit d'annoncer à cette époque. Jésus pouvait traiter les femmes en égales, comme il l'a fait. Il ne pouvait changer le monde dans lequel elles vivaient et qui les rejetait. On l'a si souvent écrit qu'il devrait être inutile de le redire.

Alors "femme prophète, homme prêtre", selon le vœu de G. Blaquière, est-ce possible, est-ce souhaitable, est-ce vivable ? Sans doute a-t-elle elle-même un charisme très spécial de communication et peut-elle être acceptée et même "désirée" en tant que femme par des prêtres ou des religieux auxquels elle apporte cet élément de "féminité" qui leur manque, mais combien sont-elles dans son cas ? Surtout, ce "ministère" répond-il aux "besoins" de l'Eglise, à ceux des foules sans berger, qui doivent être le souci constant des chrétiens ?

Enfin, de toutes façons, que la femme soit prophète plus que l'homme (ce qui n'est nullement établi), ce ne serait pas une raison pour maintenir son exclusion des autres fonctions ministérielles. Au contraire, semble-t-il.

Quant aux propos de frère Juan-Miguel Garrigues, dans la Post-face de l'ouvrage, on reste perplexe lorsqu'il écrit qu'il "espère que (ce livre) donnera aux femmes de notre temps d'entonner le Magnificat de leur féminité retrouvée". Car cette "féminité retrouvée", "secret inapparent", "virginal", de la femme, vient pour lui de sa "consécration" pour "accueillir l'Alliance dans son être même". Et c'est à cause de cette "capacité d'épouser la présence sacrée de Dieu dans ses initiatives d'Alliance, que la femme se voit exclue par la Bible, Ancien et Nouveau Testament, du ministère sacerdotal". J'avoue que je n'ai rien vu de tel ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testament, mais seulement le fait que "la fonction de chef de famille, la fonction royale" sont depuis l'Ancien Testament les prérogatives du masculin, comme le reconnaît d'ailleurs J.-M. Garrigues. Les hommes ne sont-ils pas capables d'accueillir aussi l'Alliance dans leur être même? Les prophètes de l'Ancien Testament n'en sont-ils pas la preuve éclatante ? Je me demande surtout si les femmes accepteront de se reconnaître dans ce qu'écrit frère Garrigues lorsqu'il affirme que, "comme le montre le récit (?) des origines", la femme est plus sujette que l'homme à la séduction de l'esprit subtil, et qu'elle est "devenue comme un temple profané et hanté dont l'espace sacré a besoin d'être exorcisé dans ses dernières profondeurs"... ? Sommes-nous revenues au temps des sorcières ? Il croit cependant pouvoir reconnaître - mais ceci n'est-il pas contradictoire avec cela ? - que "le charisme de la femme c'est le prophétisme de la sainteté, la capacité d'enfanter les autres à la sainteté", mais en ajoutant que "c'est seulement par le ministère de l'homme que la femme garde sa pure disponibilité au Seigneur..." "Pour que la femme soit le cœur de l'homme, il faut qu'elle l'accepte comme sa tête"... Là se trouve le nœud du problème. Si les femmes doivent être prophètes, elles ne pourront l'être que sous la houlette des hommes. Or, pour vivre la féminité, il faut qu'il soit socialement évident que féminité ne rime pas avec infériorité, ni virilité avec supériorité {M.Hébrard, Féminité dans un nouvel âge de l'humanité. Féminin et masculin. L'âge de l'Alliance, Droguet et Ardant, 1993, p.131). Il ne semble pas que ce soit le vœu de frère Garrigues ! Le projet de Georgette Blaquière, suscitera peut-être des vocations de contemplatives, ce qui est, certes, important, mais au point de vue ecclesiologique, il apparaît comme une impasse, une voie de garage.

Nicole Echivard.

Il est souvent difficile de suivre les envolées un peu exaltées de Nicole Echivard, dans son livre "Femme, qui es-tu ?", préface du Cardinal Decourtray, Criterion, 1985. Elle se réjouit, certes, de l'avancée des femmes et de la place élargie qui leur revient dans la cité, mais elle attaque le "féminisme" qui n'est pas "féminin", c'est-à-dire celui qui "copie" seulement le monde des hommes et leurs valeurs "viriles". La femme, pour elle, est "la muse", la "bien-aimée de Dieu". La différence entre l'homme et la femme ne serait pas seulement d'ordre corporel, mais spirituel : "le sexe de la femme est tellement spirituel avant d'être biologique, que c'est dans la virginité biologique d'une femme (et non pas d'un homme) que Dieu a pu déployer jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à la maternité biologique, la fécondité et la puissance des noces spirituelles entre un être humain et Lui !" Dès lors, pour elle, comme pour G. Blaquière, les évangiles manifestent pour les femmes un "sacerdoce mystique et prophétique", qui se distingue du "sacerdoce ministériel".

Ce "sacerdoce mystique" est assez subtil chez N.Echivard : "Dans le secret virginal et nuptial du cœur de la femme, l'Esprit s'écrie vers le Christ-Epoux : "Viens"... à travers le ministère d'amour du prêtre, qui a reçu le Sacrement de l'Ordre pour donner à l'Epouse... la présence sacramentelle de Jésus"... Le prêtre est "le serviteur des Noces de l'Agneau", et la femme, "l'épouse aux Noces de l'Agneau", tous deux s'accueillant "d'un accueil et d'un don réciproques, issus du plus vrai de nos mystères respectifs, de mieux en mieux révélés et assumés grâce à cet échange". "La femme attend du prêtre qu'il soit le serviteur des Noces de l'Agneau, transparent à son Ami ; elle attend qu'il la nourrisse de Jésus, qu'il la "lave" dans son Sang, et qu'il jette en elle la "semence" de la parole de Dieu... Cette nourriture et cette semence divines que la femme attend du prêtre comme serviteur de son mystère d'Epouse, elle aspire à les rendre spirituellement, dans cet échange intime où il devient le "fils", celui qui la "reçoit, et où elle peut lui communiquer à son tour, comme Epouse, un peu du mystère de l'Agneau, et de l'Eglise, et de Marie... Elle est alors la "mère", dans le dessein de Dieu". Dans cette perspective mystique - et bien compliquée, et qui voile sans doute une sérieuse "surcompensation" ! - les femmes ne peuvent être prêtres, parce que la "part" qui leur est laissée, celle "qui est confiée au sacerdoce virginal et maternel de la femme", ne peut leur être ôtée... Elle est bien plus précieuse que le "sacerdoce ministériel"... Il existe cependant, aux yeux de N. Echivard, un lien très particulier entre la femme, "par qui le prêtre entre le plus profondément dans le mystère de l'humilité" et l'évêque, celui par la grâce sacerdotale duquel la femme est sans cesse purifiée dans sa maternité spirituelle"... Les "noces de l'Agneau" se passent donc entre l'évêque et la femme, Vierge et Mère... Je ne suis pas sûre que le modèle soit très longtemps viable dans notre Eglise...

Janine Hourcade.

Dans sa thèse, La Femme dans l'Eglise. Etude anthropologique et théologique des ministères féminins, Tequi, 1986, Janine Hourcade parle aussi du "mystère de la femme". "Parce que la femme a été créée à l'image de Dieu, parce que la source de son mystère se trouve en Dieu, l'attrait qu'elle exerce est d'essence mystérieuse" (p.32). Reprenant ce que j'ai dit àpropos de G.Blaquière, je ne vois guère en quoi l'attrait de la femme, créée à l'image de Dieu, est plus "mystérieux" que celui de l'homme. Je n'y insiste donc pas. Après avoir cité le P. Daniélou, qui reconnut dès 1965 qu'il n'y a "aucune objection théologique fondamentale à l'éventualité des femmes-prêtres", J. Hourcade s'attache à démontrer que la différence entre hommes et femmes viendrait de ce que l'homme "représente" et que la femme "est". Je suis peut-être allergique à ce genre de discours, mais je vois mal ce que cela veut dire.

De même, je reste très sceptique lorsque l'auteur nous affirme qu'il y a une "vocation spécifique" de la femme, qui se réduit en fait à une plus grande tendresse que les hommes (p.80). La Déclaration Inter Insigniores de 1976, qui a refusé le presbytérat aux femmes, a également affirmé que la femme avait joué dans l'Eglise un rôle important grâce à sa vocation "spécifique". Mais, en fait de spécificité, la Déclaration n'a pu trouver que le fait de bien élever ses enfants (ce qu'un homme peut et même doit faire avec elle), de fonder des ordres religieux, écrire des ouvrages, etc... Rien (sauf la maternité biologique, qui n'est pas en cause ici), n'est interdit à l'homme. Au contraire, il existe des fonctions "spécifiques" aux hommes qui sont interdites aux femmes : ce sont les ministères. Il y a donc là, quoi qu'on en dise, une discrimination évidente, contraire à Gandhium et Spes (29, 2).

Après avoir envisagé la possibilité du diaconat féminin, Janine Hourcade montre sa préférence pour la virginité consacrée. Certes, la consécration virginale est une belle vocation, mais le problème de "la femme dans l'Eglise" ne sera pas résolu si toutes les femmes entrent au Carmel... L'étude de Janine Hourcade, en raison même de son sérieux, montre qu'on ne peut aboutir qu'à des considérations mystiques, qui ne font pas avancer les choses dans l'Eglise, tant qu'on reste dans le système actuel, et dans le registre de la "sublimation" de "la femme".

Jo Croissant.

Jo Croissant, épouse du fondateur de la communauté charismatique du Lion de Juda, estime, dans La femme sacerdotale, éd. Lion de Juda, 1992, que "notre génération s'est tellement insurgée contre la société patriarcale et l'autoritarisme des pères, qu'elle a accompli ce que Freud a appelé "le meurtre du père", qui était aussi le meurtre de Dieu. En rejetant le maternalisme elle s'est coupée de la paternité (...) restant ainsi une éternelle adolescente" (citée par M. Hébrard, op.cit, p.l 10). Cette affirmation assimile des faits récents - l'émancipation des femmes - au mythe que Freud avait jugé nécessaire à sa théorie psychanalytique, mais qui n'est qu'un mythe, peu accepté d'ailleurs par les autres psychanalystes. En outre, elle se réfère bien davantage à la vision des "féministes" extrêmes des années soixante qu'à celle des chrétiennes d'aujourd'hui.

Chiara Lubich

Selon Chiara Lubich, la femme n'a pas à être prêtre parce que, pour elle aussi, sa vocation est d'affirmer, comme elle seule peut le faire, le primat de l'amour sur tout autre trésor (L'aventure de l'unité, Nouv.Cité, 1991). Elle est convaincue "qu'une femme nouvelle, pleinement réalisée dans son être féminin, est en train de naître au sein de l'Eglise". Mais, dans son optique, la séparation des rôles, le modèle hiérarchique de l'Eglise ne sont pas entamés, pas plus qu'avec les précédents auteurs qui viennent d'être examinés.

La vision de Jean-Paul II.

Malheureusement, malgré le langage nouveau que nous entendons tenir par Jean-Paul II dans Mulieris dignitatem, le pape reste marqué par la vision traditionnelle de "la femme", dont le "mystère", ternie qu'il reprend lui-même, est "d'être vierge, mère, épouse" (n· 22), tandis que l'humanité masculine transcende son sexe et, comme l'écrit Alice Gombault (op.cit., p.27), n'a pas une "prédisposition innée à la vocation d'époux, de vierge ou de père". La réciprocité du partenariat, qu'il préconise par ailleurs, reste donc lettre morte.

Le désir des laïcs.

Cependant, dès maintenant, un certain nombre d'hommes, théologiens, sociologues ou laïcs,s'inquiètent de l'absence du féminin dans notre société. Même si certains ne remettent pas encore en cause les structures actuelles, ils appellent de leurs vœux la présence de nouvelles valeurs, pensant que c'est dans "l'éternel féminin" (Berdaïev) que la femme sera "le salut du monde" (Evdokimov). Mais pour d'autres, de plus en plus nombreux, ce "féminin", pour sauver le monde, et même pour être seulement entendu, devra avoir réussi à briser les structures qui l'entravent encore. C'est ce qu'espéré un Roger Garaudy : "Le mouvement des femmes n'a plus à s'intégrer aux hiérarchies, aux valeurs de domination du système ancien, mais il doit les briser et instaurer son système propre de rapports humains et de valeurs nouvelles... Sans féminisation de la société, l'humanité tout entière ne peut escompter aucun avenir" (cité par M.Hébrard, op.cit, p.80).

C'est à ce changement de société, et surtout à celui de la société ecclésiale, que nous allons maintenant réfléchir.

CHAPITRE II

La féminité est-elle compatible avec les ministères ordonnés ?

Nous venons de dire qu'un nombre de plus en plus grand de théologiens et de sociologues appelaient de leurs vœux une "féminisation" de la société et de l'Eglise. Certes, la société ecclésiale, comme la société civile, seraient changées par la seule entrée des femmes dans leurs structures ! Ce serait un premier pas vers le "partenariat", seule voie d'humanisation. Il ne s'agirait pas de transformer une domination masculine par une domination féminine, ce qui ne serait que le renversement d'un modèle, non sa modification nécessaire. Il ne s'agirait pas non plus de "masculiniser" les femmes et de leur faire simplement remplir les rôles, actuellement vacants, des prêtres-hommes. Une femme-prêtre restera toujours une femme. Mais les valeurs féminines pourraient davantage s'exprimer et commencer, espérons-le, d'imprimer les mœurs.

Je voudrais ici faire part d'une expérience. Un de nos amis Slovaque, méthodiste, venait de perdre sa femme. Il avait appris que les obsèques allaient être célébrées par une femme-pasteur et il en était désolé. Nous l'avons revu quelque temps après. Il nous confiait combien la cérémonie avait été belle : "Jamais un homme, reconnaissait-il, n'aurait pu parler avec tant de chaleur, de douceur, de tendresse, et célébrer avec autant de ferveur..." Il est certain qu'exerçant les mêmes rôles, femmes et hommes laissent transparaître leurs valeurs propres, leurs "différences".

Les propositions d'ordination des femmes ne sont cependant pas, nous le savons, sans soulever de vives objections. Les esprits, en France du moins, ne semblent pas prêts à en envisager l'éventualité. Le sujet étant "tabou", il ne peut être pris en considération par les chrétiens de la base. Et pourtant... De tous côtés, des théologiens affirment qu'il n'y a aucun obstacle théologique au presbytérat des femmes. On ne peut ici approfondir la question (v. quelques aspects in S. Tunc, Brève histoire des femmes chrétiennes, Cerf, 1987 ou Les femmes au pouvoir. Deux abbesses de Fontevraud aux Xlle et XVIIe siècles, Cerf, 1993, ainsi que de nombreux articles du P. Hervé Legrand, parmi lesquels "L'ordination des femmes au ministère presbytéral. Réflexions théologiques du point de vue catholique", Documents Episcopat n· 7, avril 1976 ou "Traditio Perpétue Servata. La non-ordination des femmes : tradition ou simple fait historique ?" Rituels. Mélanges offerts à Pierre - Marie Gy, o.p., Cerf, 1990).

Rappelons seulement que, depuis la déclaration du P. Daniélou (1965), qui a été citée, la réflexion a beaucoup avancé. La Commission Biblique Pontificale elle-même, chargée par Paul VI d'examiner la place qui pouvait être accordée aux femmes dans l'Eglise, avait conclu à l'unanimité que le Nouveau Testament ne permet pas de décider de la question d'une manière certaine, mais à douze voix contre cinq (donc à une forte majorité), elle se demandait si la hiérarchie ecclésiale, "qui a autorité sur l'économie sacramentelle, ne pourrait pas confier les ministères de l'eucharistie et de la réconciliation à des femmes, dans la lumière des circonstances, sans aller contre les intentions originaires du Christ". Ce rapport a été publié par le National Catholic Documentary Service des Etats-Unis du 1er juillet 1976. Cependant, peu de temps après, sans en tenir compte, la Déclaration Inter Insigniores de la Congrégation pour la Doctrine de la foi refusait le presbytérat aux femmes, en invoquant "l'exemple de Jésus", repris par la Tradition : "l'Eglise, par fidélité à l'exemple de son Seigneur, ne se considère pas autorisée à admettre les femmes à l'ordination sacerdotale" (Doc.Cath. 1977, n· 1714). Cette Déclaration, qui n'émane que d'une Congrégation, n'est nullement irréformable. Elle est cependant aujourd'hui la règle pour les femmes.

L'exemple de Jésus

Cet "exemple de Jésus", quel est-il ?

C'est uniquement le fait qu'il ait choisi douze hommes pour annoncer la Bonne Nouvelle aux nations. Il faut insister sur le fait que les Douze n'ont pas été "ordonnés" prêtres, comme on le dit et le croit souvent. Dans le Nouveau Testament, les "presbytres", d'où vient le mot "prêtre" n'étaient que les "notables" du Sanhédrin, qui, précisément, ont condamné Jésus à mort. La structure hiérarchique que nous connaissons aujourd'hui ne s'est mise en place que lentement, surtout au Ile siècle, sous l'influence d'Ignace d'Antioche. Les premières communautés se sont organisées librement, sans jamais invoquer "l'exemple de Jésus", car Jésus n'avait formé aucune "église". Les Douze n'en ont même pas été les chefs. A Jérusalem, c'est Jacques, frère du Seigneur, qui n'avait pas été disciple, qui a dirigé la communauté, même si, évidemment, Pierre et les Onze n'étaient pas sans influence. Les "Douze" étaient en fait des missionnaires, se déplaçant continuellement (cf Ac 9,32). Ils étaient la référence pour tout ce qui concernait la vie et l'enseignement de Jésus, ce que les femmes, dont le témoignage n'était pas reçu, ne pouvaient faire, mais ils n'étaient pas prêtres, comme nous l'entendons aujourd'hui. Et dans les communautés pauliniennes, nous voyons de nombreuses femmes œuvrer dans des positions de premier plan (cf Rm 16, par exemple, et les autres épitres de Paul). "L'exemple de Jésus" est donc sans aucun poids dans la discussion actuelle, pas plus que la "Tradition", puisqu'elle est fondée sur une interprétation inexacte de "l'exemple de Jésus".

La masculinité de Jésus.

Le fait que Jésus ait été un homme et non une femme est-il davantage un obstacle à l'ordination des femmes ?

Que Jésus ait été homme et non femme, juif (et même galiléen) et non grec ou arabe, celte ou indien, blanc et non noir ou jaune, constitue ce qu'on appelle "le scandale de sa particularité". Mais grec, arabe, celte ou indien, noir ou jaune, sont tout autant appelés à la foi, et au service de l'Eglise ministérielle, qu'un juif ou un galiléen... (devenus plus rares aujourd'hui dans le christianisme). "Il n'y a plus ni Juif, ni Grec ; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre; il n'y a plus l'homme et la femme; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus-Christ" (Gai 3,28).

Il faut d'autre part souligner que dans la célébration eucharistique, le prêtre ne "représente" pas le Christ comme dans une pièce de théâtre. La formule "in persona Christi" signifie seulement que ce n'est pas en son nom propre que le prêtre agit, mais au nom du Christ, car tout don de grâce, tout sacrement, ne vient pas du prêtre, mais du Christ, C'est, selon nos règles ecclésiologiques, l'ordination qui donne au célébrant la possibilité de transmettre cette grâce. Une femme "ordonnée" agirait donc aussi bien "in persona Christi" qu'un homme.

Enfin, comme l'écrit la théologienne américaine Elizabeth Johnson ("La masculinité du Christ", Concilium 238 (191), p.148-151 : cf. La Croix, 23 mars 1994), "fixer l'attention sur la sexualité à l'exclusion des autres éléments tout aussi constitutifs, c'est comme si, pour observer ce facteur clef de la vie humaine, on se servait d'un microscope, alors que c'est d'un télescope que l'on a besoin pour se plonger dans les galaxies de lariche différence humaine"... Ailleurs, elle note que "L'histoire évangélique de Jésus résiste à une utilisation justifiant la domination patriarcale, sous quelque forme que ce soit. Sa prédication et sa façon de vivre exprimaient et inspiraient le contraire, lançant un défi qui attira sur sa tête la colère des autorités religieuses et civiles"... "Si une femme avait prêché l'amour miséricordieux et exercé un style d'autorité-service, elle eût été accueillie par un colossal haussement d'épaules... Mais, partant de la position sociale du privilège masculin, Jésus prêcha et agit de cette manière, et là réside le motif de sa comparution" (et de sa crucifixion). La masculinité du Christ n'est donc pas non plus un élément qui puisse être pris en compte pour exclure les femmes du ministère. L'archevêque de Cantorbéry, Mgr Carey, va plus loin. Pour lui, "l'idée que seul un homme peut représenter le Christ devant l'autel est une hérésie... et une hérésie grave" (cf. La Croix, du 8 avril 1994)

Le symbole nuptial.

On invoque encore contre le presbytérat des femmes le symbole nuptial. Est-ce justifié ?

Ce symbole, qui vient d'Osée, tente de faire comprendre l'amour infini de Dieu pour sa créature, comme un époux pour son épouse malgré ses infidélités, l'amour humain étant le symbole le plus adéquat pour signifier l'Amour de Dieu. En Ephésiens 5,22 s., l'auteur (qui n'est pas Paul, mais un de ses successeurs, écrivant à une époque où se ressent un besoin de resserrer la doctrine morale), compare à son tour l'amour du Christ pour son Eglise à celui des époux. Dans le contexte social de l'époque, la femme était soumise au mari, comme l'Eglise est soumise au Christ. Le symbole utilisé jouait donc à plein. Mais il avait l'inconvénient, comme tout symbole, de "fixer" des attitudes et des rôles à une époque donnée. Le texte d'Ephésiens laissait donc la femme "soumise" à son mari, même si ce très beau texte compensait cette soumission par l'amour du mari pour sa femme (élément sociologique nouveau), amour qui devait être "comme" celui du Christ pour son Eglise, et dans une soumission "les uns aux autres".

Jean-Paul II, dans sa Méditation sur la dignité de la femme, Mulieris dignitatem, donne une interprétation nouvelle intéressante du texte d'Ephésiens, II reconnaît que "tandis que dans la relation Christ-Eglise, la seule soumission est celle de l'Eglise, dans la relation mari-femme, la soumission n'est pas unilatérale, mais bien réciproque" (n· 24). "L'homme et la femme existent en relation l'un avec l'autre, comme Dieu lui-même est relation d'amour trinitaire" (n'7). Il y a donc réciprocité. Ce langage nouveau devrait aboutir à une reconnaissance du partenariat auquel le pape lui-même se dit favorable.

Cependant, après que tous les arguments contre le presbytérat des femmes aient été éliminés, que Jean-Paul II ait reconnu qu'il n'y avait ni impureté ni infériorité des femmes, mais une "parité absolue" entre hommes et femmes, qu'il ait même reconnu la nécessité du partenariat entre hommes et femmes, il ne peut se décider encore à l'établir dans l'Eglise en admettant les femmes aux ministères. Il fait à nouveau intervenir le symbole nuptial, dernier motif sans doute qu'il pense pouvoir utiliser contre l'ordination des femmes. Dans sa même Méditation Mulïeris dignitatem, Jean-Paul II estime donc que, lorsqu'il s'agit de la célébration eucharistique, l'Eglise, dont il reconnaît cependant qu'elle est composée d'hommes et de femmes, redevient "féminine" pour être l'Epouse du Christ masculin. Ce retournement semble bien fragile... d'autant plus que, dans la célébration eucharistique, le Christ ressuscité, deuxième personne de la Trinité, ne peut être sexué. Il est "l'Epoux" de l'humanité, des hommes comme des femmes (cf. les très belles méditations de Jean de la Croix). Mais l'argument est défendu par la volonté pontificale, qui n'hésite pas à dire aux femmes qui aspirent à l'ordination qu'elles portent atteinte "à la vraie dignité" de la femme...

La peur des femmes.

En réalité, on peut se demander si la "peur des femmes" n'est pas ce qui demeure enraciné au plus profond des consciences ecclésiales. Les clercs peuvent exalter Marie : elle leur apporte la féminité sans la sexualité, qui leur fait peur. Marie est lointaine, inaccessible. Marie est mère, non partenaire (M.Hébrard, op.cit.). Mais il y a peut-être aussi pour les prêtres une crainte de voir les femmes prendre leur place. Dans une récente émission de R.T.L. à propos de l'ordination des Anglicanes, le P. Derousseaux, membre de la Commission épiscopale pour l'unité des chrétiens, tout en reconnaissant qu' "il n'y a aucun argument théologique contre le presbytérat des femmes" (point important à relever) a, par deux fois, évoqué la "concurrence" que réaliserait pour les prêtres de l'Eglise catholique l'entrée des femmes dans les ministères.

Comment est-il possible de parler de "concurrence" lorsqu'il s'agit de travailler côte à côte pour le Royaume de Dieu ? La défense de leurs "privilèges" aveuglerait-elle les prêtres au point qu'ils ne verraient dans le désir des femmes au presbytérat qu'une menace de "concurrence" ? On n'ose le croire.

En dehors de cette crainte de la "concurrence" des femmes, le seul argument du P. Derousseaux, qui semble bien exprimer la position officielle de l'Eglise catholique, est la tradition de deux mille ans... Dans une interview au journal La Croix (12 mars 1994), il reconnaît qu'il n'y a "jamais eu de décisions dogmatiques sur ce sujet", mais, après beaucoup de points d'interrogation, qui semblent dénoter une certaine hésitation de sa part, il conclut que "pour l'instant", l'Eglise ne voit pas comment elle pourrait changer cette tradition.

Féminiser les structures ecclésiales.

Il est pourtant urgent de changer les structures ecclésiales. Telles qu'elles sont aujourd'hui, elles ne sont plus acceptables. Elles établissent un régime de domination hiérarchique masculine, où les femmes n'ont aucune voix de décision, et où il n'est fait appel à elles que pour les services qu'on veut bien leur demander et qu'elles rendent d'ailleurs de bon cœur, tout en gardant un sentiment d'exclusion et de discrimination injustifiées. L'Eglise n'est plus crédible pour les femmes ni pour les jeunes. Elle n'est plus adaptée à la vie actuelle. Il est grand temps d'instaurer ce partenariat égal entre femmes et hommes dont Jean-Paul II parle lui-même, mais sans encore le mettre en pratique. "L'image de Dieu est structurée dans (le) face à face originel de l'homme et de la femme, à la fois unité possible et dualité irréductible... L'humain n'existe que dans ce face à face", écrit Bruno Chenu (La trace d'un visage, Centurion, 1992). L'humain, mais aussi l'Eglise, a besoin qu'un peu de "féminité" arrondise les angles de sa vie et de ses certitudes, que les femmes introduisent en fait les Béatitudes, qui sont, si l'on y réfléchit bien, les "vertus" qu'on se plaît à leur reconnaître.

Un écrivain allemand, Franz Alt, remarque que Jésus, "le premier homme nouveau", "au lieu de refouler sa composante féminine,..l'a intégrée et développée" : ce qui s'exprime dans sa tendresse, sa compassion, son désir de service, sa soumission totale à Dieu. Cette réflexion rejoint ainsi celle d'Elizabeth Johnson, qui a été citée plus haut. L'homme et la femme ont en effet en eux les composants des deux sexes, mais à des degrés variés. Sans avoir un monde "unisexe", il faut que chaque être sache intégrer en lui, et respecter en l'autre, la composante sexuelle qui n'est pas la dominante chez lui (ou elle). Si Dieu a créé l'homme et la femme, c'est pour que les deux apportent au service de la vie sociale, et de l'Eglise, leurs vertus propres dans le partenariat. Une Eglise uniquement masculine ne montre qu'une face de l'humain - et une seule face de Dieu. Ce n'est pas parce que les femmes ont été écartées jusqu'ici du service ministériel officiel et que cette "Tradition" est bi-millénaire qu'elle est justifiée. Les théologiens le disent : on ne peut invoquer une tradition que lorsqu'elle est justifiée. Celle qui invoque "l'exemple de Jésus" parce qu'il a choisi douze hommes ne l'est pas. Elle fossilise une nécessité sociologique de l'époque. Elle est nuisible à l'équilibre et au développement de l'Eglise. Elle est un obstacle au Royaume. Faut-il la garder au seul titre de son ancienneté?

CHAPITRE III

L'exempte des récentes ordinations des Anglicanes.

Cette "tradition", l'Eglise anglicane d'Angleterre a su la surmonter, après les autres Eglises anglicanes de Chine, des Etats-Unis, du Canada ou de Nouvelle-Zélande, ainsi que la plupart des Eglises réformées (mais pour celles-ci on peut contester la similarité du ministère avec celui de notre Eglise). Quelque mille trois cents anglicanes commencent à être ordonnées en Angleterre, ou le seront dans les prochains jours. Quel sera l'impact de ces ordinations, non seulement sur l'Eglise d'Angleterre, après les oppositions actuelles, mais aussi sur les Eglises-sœurs, en particulier sur l'Eglise catholique ?

Jean Mercier a consacré un ouvrage, écrit avant les premières ordinations, à expliquer comment l'Eglise anglicane d'Angleterre était arrivée à cette décision (Des femmes pour le Royaume de Dieu, Albin Michel, 1994). Il a aussi interviewé un certain nombre des candidates (dont certaines sont aujourd'hui déjà ordonnées). Suivons-le dans son étude.

La situation des Anglicanes comme diacres.

Remarquons d'abord que les candidates actuelles étaient déjà ordonnées diacres depuis 1987. Il ne faut pas confondre les "diacres" avec les "diaconesses", qui sont des laïques, dans l'anglicanisme comme dans les Eglises réformées, et qui ont des tâches caritatives. Les "diacres" anglicanes œuvraient en pastorale, baptisaient, célébraient les mariages, les funérailles, aidaient le prêtre responsable de la paroisse en qualité de vicaire. Lorsque le prêtre était âgé ou souvent absent, ce sont elles qui avaient en fait la charge de la paroisse. Elles étaient donc souvent déjà bien intégrées dans les diverses communautés, même si un assez petit nombre de paroisses avaient refusé de les recevoir. Dans leurs missions diverses, elles avaient parfaitement réussi. Nous savons que la situation n'est pas la même en France, où il n'y a pas de femmes-diacres, mais nous aurons à réfléchir sur ce point.

L'évolution de l'Eglise d'Angleterre.

En ce qui concerne l'Eglise anglicane, il est tout à fait instructif de suivre son évolution jusqu'au vote décisif du 11 novembre 1992.

La première femme ordonnée prêtre a été Li Tim Oi, une chinoise. C'était pendant la guerre, à Macao. Hong Kong, diocèse dont dépendait Macao, était occupé par les Japonais, et il n'y avait plus de prêtre à Macao, enclave portugaise encerclée par les Japonais. Li Tim Oi était déjà diacre, car, en Chine, les esprits sont tout à fait disposés à voir les femmes exercer les fonctions que les Occidentaux réservent aux hommes. De plus, dans la langue cantonaise, le nom de Dieu est neutre... L'évêque de Hong Kong, Robert Hall, réfugié dans une région "libre" de Chine, voyant la situation difficile de Macao sans prêtre, après de ferventes prières et de nombreuses consultations avec ses collèges évêques du Sud-Est asiatique, conclut que Dieu parle à travers les événements, et que, devant l'urgence pastorale, il lui dicte le devoir d'ordonner cette femme. Ce qu'il fit en 1944. Li Tim Oi fut une femme-prêtre remarquable. "Elle s'est trouvée là au moment où l'on avait besoin d'elle pour répondre à l'appel de Dieu". Mais, à la fin de la guerre, Hall fut désavoué par ses pairs d'Angleterre. Li Tim Oi fut "rétro-gradée" au rang de diacre... où elle continua de servir avec la même foi et la même humilité.

Une brèche avait pourtant été ouverte. Le successeur de l'évêque Hall à Hong Kong, Gilbert Baker, se sentit à son tour - après également mûres délibérations, consultations, prières et réflexions -dans l'obligation morale d'ordonner, en 197l, deux femmes présentant toutes les qualités pour être prêtres. Elles étaient nécessaires pour assurer le pastorat dans la ville de Hong Kong en accroissement constant :...

"Si l'humanité doit être représentée complètement devant Dieu dans la prêtrise, déclara-t-il, il est logique de supposer que le ministère, qui n'est pas limité à des gens d'un clan ou d'une race, ne doit pas être limité à un seul sexe"..."L'ordination dans l'Eglise... est un don précieux du Saint-Esprit qui commence lorsque Dieu implante dans le cœur d'hommes et de femmes le désir de le servir. Il se continue lorsque leurs frères et sœurs dans le Christ, c'est-à-dire l'Eglise, pensent qu'ils sont capables d'être formés et mis à part pour cette tâche..."

Après 1971 se multiplient les ordinations dans les diverses églises anglicanes, aux Etats-Unis, au Canada, en Nouvelle-Zélande. Mais des réticences continuent de se faire sentir en Angleterre. Nous ne les retracerons pas. Les médias s'en sont fait l'écho. Je voudrais seulement citer une déclaration d'un évêque à propos de l'incarnation de Dieu en "homme plutôt qu'en femme", question que nous avons déjà évoquée. "En devenant homme, remarque-t-il, il a revêtu la nature humaine, qui comprend le masculin et le féminin (...). Le ministère ordonné représente le peuple entier de Dieu, hommes et femmes. Il représente aussi le Christ qui est le Dieu qui a assumé la nature humaine (...). Le masculin et le féminin constituant, en complémentarité, la nature humaine, exclure l'un ou l'autre du ministère ordonné serait comprendre de travers la vérité"... C'est ce que disent aussi en France de nombreux théologiens, et c'est, nous l'avons vu, l'avis très ferme de l'archevêque de Canterbury, Mgr Carey.

Mais il faut surtout relever des témoignages, à la fois émouvants et édifiants, du cheminement de quelques-unes des femmes déjà ordonnées, ou qui vont l'être.

Quelques témoignages des Anglicanes

Il est frappant de lire que presque toutes ont commencé par résister à ce désir d'être prêtre qu'elles sentaient grandir en elles. C'était si inattendu, si improbable ! Certaines disent même encore qu'elles veulent bien être ordonnées prêtres "s'il y a besoin, si cela sert à quelque chose" (Juliett Woollcombe, p.158). C'est tout l'inverse d'une prétendue "revendication"... C'est un appel auquel, finalement, on ne peut résister lorsqu'il est confirmé par les communautés elles-mêmes.

Ces femmes ont d'abord travaillé dans des tâches caritatives ou pastorales, le plus souvent dans des pays sous-développés ou des paroisses défavorisées, comme aides de prêtres, avant même que ne leur soit accordée l'ordination comme "diacres". Cette ordination les fit membres du clergé, portant ce qu'on appelle en Angleterre le "collier de chien" (col romain), obligatoire pour tout clerc.

La plupart ont alors senti l'absurdité d'être à la tête de paroisses, assumant en fait les fonctions de "curé", sans avoir la possibilité de présider une eucharistie. L'une d'elles, en l'absence du prêtre malade, dont elle était le vicaire, a dû donner des dizaines de coups de fil pour trouver un prêtre disponible pour célébrer l'eucharistie du lendemain... Certaines racontent de savoureuses histoires. Par exemple, après un office célébré (sans eucharistie) par une femme diacre, on a demandé au prêtre curé de la paroisse des nouvelles de son "épouse", car il allait de soi qu'une femme ne pouvait être que la servante de son mari, et que, si elle avait officié, c'était à sa place! Le curé a dû faire comprendre qu'il était célibataire, et que la jeune femme était une diacre (à ce moment). Mais il aurait pu être marié, car on sait que l'Eglise anglicane admet les prêtres mariés.

Un certain nombre des nouvelles femmes-prêtres sont donc mariées, et même mères (ou grand-mères...). Deux des futures ordonnées sont actuellement enceintes, l'une d'elles pour la deuxième fois. Elle rapporte avec humour la célébration de Noël qui précédait de peu la naissance de son premier enfant. En qualité de diacre, c'est elle qui a été priée de lire l'évangile... Il y avait, dit-elle, "unlien étroit entre son apparence physique et le récit du texte".. Deux femmes dans l'assistance ont réagi très différemment. L'une d'elles est venue lui dire combien elle avait ressenti ce lien puissant entre l'évangile du jour et son état, rendant plus actuelle l'Incarnation... L'autre a pleuré pendant la messe, choquée de voir une femme, et de surcroît enceinte, tout près de l'autel. Elle est cependant revenue à l'église, signe qu'elle avait accepté... et peut-être compris que les femmes n'ont pas à être exclues du "sacré" à cause de leur sexualité.

Le problème de l'autorité.

Etant passées dans un "séminaire" avant leur ordination comme diacres, un grand nombre de ces femmes ont pris, conscience du danger que représentait la possession d'une "autorité", d'un "pouvoir". C'est à travers l'attitude des jeunes gens qui allaient être ordonnés dès leur sortie du séminaire. On sentait que certains étaient fiers de l'autorité qu'ils allaient désormais détenir. Les femmes craignent "que les femmes ne soient attirées et aspirées dans le système du pouvoir". Elles désirent veiller à ne pas y tomber (Clare Nicholson, p.239). Elles pensent aussi que leur présence changera la mentalité des fidèles qui ont le sentiment qu'ils "possèdent" "leur" prêtre. Beaucoup espèrent que la présence des femmes dans l'institution va renouveler celle-ci.

En parlant de leur future prêtrise, elles insistent sur l'accompagnement des paroissiens, le désir d'être proches d'eux, de partager leurs expériences et surtout leurs peines et leurs souffrances, en sachant qu'elles devront prendre garde à ne pas céder à l'affectivité et à l'émotivité. Etre le "sénateur souffrant" d'Isaïe, dit l'une d'elles, montrera que le presbytérat n'a rien à voir avec la force, la puissance, le pouvoir. Avoir été confrontées elles-mêmes avec le rejet des femmes leur permettra, espèrent-elles, d'être plus humbles, plus compatissantes, d'être plus proches de l'homme de la rue.

La sélection des candidates à la prêtrise.

Dans les entretiens de sélection des futures candidates à la prêtrise, grand soin est apporté à connaître leurs motivations, leurs engagements antérieurs, leur action dans l'Eglise, à dépister éventuellement une influence familiale ("réaliser le rêve de leurs parents"), à voir si la personne est capable d'avoir un ascendant sur ceux qu'elle côtoiera, si elle a un charisme naturel pour cela. Il est demandé aux candidates si elles ne peuvent pas servir tout aussi bien l'Eglise en restant laïques, ceci afin de vérifier que leur demande n'est pas un caprice. C'est leur maturité affective et leur mode relationnel qui sont avant tout pris en considération. On ne peut donc pas prétendre que l'ordination des femmes dans l'Eglise anglicane n'est pas faite avec un sérieux qu'on souhaiterait peut-être ailleurs.

C'est certes à leurs actes qu'on les jugera, même si, déjà, elles ont fait leurs preuves en tant que diacres. Leur rôle sera peu modifié, comme elles le reconnaissent elles-mêmes. Le plus grand changement, mais il est d'importance, est qu'elles pourront désormais transmettre les sacrements et la vie de Dieu.

Notre plus grand souhait est qu'elles montrent à ceux qui restent hostiles au presbytérat des femmes, que ce soit dans l'Eglise anglicane, ou chez les catholiques ou les orthodoxes, que les femmes-prêtres peuvent faire avancer "le Royaume de Dieu".

CHAPITRE IV

Les femmes de l'Eglise catholique sont-elles prêtes à exercer les ministères ?

Il n'y a pas de femmes diacres en France. On ne voit donc pas comme en Angleterre depuis 1987 des femmes en aube à l'église, en col romain dans la rue, et déjà semblables par leur costume extérieur aux prêtres anglicans. L'assimilation entre "diacres" et prêtres se faisait donc parfois en Angleterre dans les esprits peu au courant des différences hiérarchiques. En France, la transition paraîtrait sans doute plus brutale. Et le "tabou" qui plane sur le mot même "d'ordination" pour les femmes empêche encore aujourd'hui toute discussion au grand jour.

Aussi pose-t-on souvent cette question: voyez-vous des femmes qui souhaitent être prêtres ?

Il faut poser la question autrement. Voyez-vous la possibilité pour les femmes de déclarer ouvertement qu'elles souhaitent être prêtres, sans être taxées de "féministes" d'utopistes ou de "revendicatrices" ?

Le désir des femmes d'être prêtres.

Pourtant, qui ne connaît des femmes - au moins quelques femmes - qui, dans le fond de leur conscience, ou même en le révélant à leurs risques et périls, souhaitent servir l'Eglise dans le pastorat ? Il y a quelques années existait en France un groupe VIE (Vivante Interrogation à l'Eglise) dont les membres, précisément, désiraient l'ordination. Malgré le temps passé, beaucoup n'ont pas changé d'avis. Peut-être l'ordination des Anglicanes leur redonnera-t-elle quelque espoir et leur permettra-t-elle de commencer à faire entendre leur voix..

Les femmes qui exercent en fait les fonctions de "diacres".

Il y a surtout de nombreuses femmes qui œuvrent dans les paroisses à peu près de la même façon que le faisaient les diacres anglicanes, au titre près. Elles se sont mises au travail sans attendre une officialisation qui paraissait peu probable à brève échéance. Des chrétiennes sont ainsi en charge de paroisses, soit seules, soit en communautés (le plus souvent religieuses). Elles exercent alors toutes les fonctions de "curé", sans avoir le droit de présider une eucharistie, de donner l'absolution ou de bénir l'assemblée. Dans les pays de mission, il arrive qu'une religieuse soit chargée d'organiser, voire de créer une communauté, par exemple dans une région en développement. Elle en est responsable. Aux yeux de cette communauté, elle apparaît comme le"représentant" du Christ. Le dimanche, elle appelle les paroissiens pour le Repas du Seigneur... mais il n'y a pas de repas du Seigneur, parce qu'elle est une femme! Elle doit se contenter de distribuer des hosties consacrées par un prêtre de passage au cours d'une eucharistie plus ou moins lointaine. Les hosties ainsi consacrées -par un acte qui peut apparaître "magique", surtout dans certains pays - sont conservées dans des frigidaires... avec des produits anti-moisissures! Voici à quelles aberrations on en arrive en refusant aux femmes de remplir les fonctions qui devraient leur revenir, si l'ecclésiologie s'adaptait aux besoins actuels (cf. sur ce point l'article de Bernard Sesbouë dans les Etudes, sept.1992, sur la distortion entre la théorie et la pratique dans notre Eglise).

La situation est à peu près la même dans les A.D.A.P. {Assemblées Dominicales en l'Absence de Prêtre). On sait que dans les paroisses qui n'ont plus de prêtre résident, ou qui partagent avec plusieurs paroisses un prêtre surchargé, venant célébrer rarement l'eucharistie, des laïcs, hommes et femmes, ont organisé des réunions dominicales, dont le schéma se rapproche plus ou moins de la messe, mais où il n'y a pas de consécration, puisqu'il n'y a pas de prêtre. Là aussi, des hosties sont consacrées à l'avance par un prêtre pour être distribuées lors de ces célébrations. Les paroissiens sont ainsi en fait privés d'une véritable "eucharistie''sommet" de la vie chrétienne. Or, parmi les organisateurs de ces A.D.A.P., certains ou plutôt certaines, car les femmes sont plus nombreuses que les hommes, présentent les conditions de foi, de stabilité, de préparation (ou les acquerraient rapidement) si la voie était ouverte à l'ordination. Et l'on verrait certainement se lever des vocations qui, aujourd'hui, conscientes de ne pas être prises en considération, n'osent pas se manifester.

Et que dire des obstacles que le manque d'ordination des femmes apporte à toutes celles qui sont, non seulement catéchistes (90% des catéchistes, soit environ 200 000), mais surtout aux aumôniers de lycée, d'université, et encore bien davantage à celles qui sont aumôniers de prison ou d'hôpital ! Elles ne peuvent ni célébrer l'eucharistie, ni donner l'absolution à ceux et celles qui, après leur avoir fait confiance, la leur demandent. L'obligation d'appeler un prêtre inconnu (qui, parfois, arrive trop tard) revient ici encore à donner au prêtre un visage de "distributeur de sacrement" et non de véritable pasteur : ce sont les femmes qui sont les véritables pasteurs

L'ancienneté du désir de prêtrise des femmes.

On prétend parfois que la demande d'ordination des femmes n'est qu'une conséquence du "féminisme" des années soixante. Mais l'historien Claude Langlois, auteur de la passionnante étude qu'il a consacrée aux femmes qui ont créé les congrégations féminines du XIXe siècle, (Le catholicisme au féminin, Cerf, 1984), propose cette année un séminaire sur les expressions voilées du désir de prêtrise que l'on découvre dans les écrits de femmes de ce même XIXe siècle. Ces vocations sont restées des souhaits inavoués et refoulés, des appels de Dieu sans réponse, parce qu'il était impensable qu'elles soient considérées avec sérieux. Ainsi chez une Thérèse de Lisieux, par exemple. On ne peut donc pas prétendre que c'est le mouvement "féministe" qui a donné aux femmes l'idée de "revendiquer" le presbytérat. Les femmes ne "revendiquent" d'ailleurs rien, car elles savent que toute fonction vient de Dieu à travers les communautés, mais aujourd'hui, elles osent davantage exprimer leur désir de servir en pastorale, et elles l'oseraient davantage si elles avaient l'espoir d'être écoutées...

CONCLUSION

Il ne faut pas se tromper de sens sur la "féminité". "Etre femme", comme le soulignait Yvonne Pellé-Douel, ne signifie pas qu'on est liée à un "destin", programmée par la biologie, qui exigerait que l'on ne soit que "vierge, épouse et mère" (ce qui n'est pas donné à toutes, ni tout à la fois). La "nature" biologique n'est qu'une donnée de la personnalité. Celle-ci va bien au-delà, comme le remarquent finalement, malgré leurs analyses compliquées, les "chrétiennes idéalistes" dont j'ai examiné les textes. Mais celles-ci s'égarent dans des considérations mystiques, qui n'ont aucun support théologique ni scripturaire, et ne sont que des consolations et des échappatoires, des compensations inconscientes à la situation d'infériorité qui reste la leur dans l'Eglise, des sublimations. A mon sens, elles révèlent seulement l'impossibilité de se consoler d'un manque en le niant et en prétendant qu'elles ont beaucoup mieux... Combien de nos enfants n'ont-ils pas la même attitude dans les mêmes cas !.

Ce n'est pas ainsi que les femmes serviront l'Eglise.

Il faut regarder les choses en face. Que notre Eglise nous refuse encore l'accès aux ministères est un mal - un "péché", ont reconnu les évêques américains, ou une "hérésie", comme l'affirme Mgr Carey. Il faut le dénoncer et penser que ce refus n'est nullement définitf. Si nous croyons que le Christ nous a vraiment "rendues libres" et remises "debout", qu'il n'a pas refusé aux femmes de porter son message, dans la mesure où elles le pouvaient à son époque, ayons confiance en l'Esprit, qui fait déjà avancer les choses en bien des endroits. Même dans notre Eglise, il n'est plus possible aujourd'hui, malgré l'interdiction d'en parler ouvertement, de passer entièrement sous silence la question de la place des femmes. Celles-ci sont trop présentes partout, elles occupent trop de postes-clés qui exigent une reconnaissance officielle. Il faudra bien le reconnaître un jour, si l'Eglise ne veut pas dépérir totalement. On a besoin des "femmes pour le Royaume de Dieu", c'est un fait indéniable aujourd'hui. Il ne sert de rien de les laisser faire le travail sans leur donner les possibilités de l'accomplir en entier. C'est une situation, non seulement injuste, mais non viable.

Les villes n'ont pas encore suffisamment pris conscience du problème, parce que les prêtres y sont encore assez nombreux et que les femmes restent à leur place traditionnelle, mais les communautés rurales ne peuvent plus vivre sans les femmes. Il faudra bien se mettre un jour devant la réalité. Il faudra bien un jour ordonner les femmes...


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