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La vie avec Jésus

la vie avec Jésus

par Suzanne Tunc

de Des femmes aussi suivaient Jésus, Essai d'interprétation de quelques versets des éevangiles, Suzanne Tunc, Desclée de Brouwer, 1998, pp. 47-67. Republié sur notre website avec les permissions nécessaires

Les évangiles ne précisent nulle part ce qu'ont pu faire ou voir les femmes-disciples. Ils donnent cependant ici ou là des indications suffisantes pour qu'on puisse tenter de reconstituer avec une grande probabilité leur vie avec le Maître, et réfléchir sur la signification de leur présence auprès de lui.

Que signifie « être avec Jésus »

Si les mots ont un sens, écrire que les femmes étaient avec Jésus et les douze, doit signifier qu'elles ont vécu avec eux depuis la Galilée jusqu'à Jérusalem, et la mort et la résurrection de Jésus. A la fin, elles étaient même seules, les douze ayant fui. Sauf mention contraire, qu'on ne trouve nulle part, on doit donc supposer qu'elles ont été présentes à tous les événements de la vie publique de Jésus. Elles se distinguent ainsi de « la foule » qui, occasionnellement, se rassemblait autour de Jésus.

Une phrase de l'« ange » s'adressant aux femmes qui trouvent le tombeau vide permet de le penser. Certes, Marc et Matthieu sont équivoques. Selon Marc, l'« ange » aurait déclaré : « Allez dire à ses disciples : "Il (Jésus) vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit" » (Mc 16, 7). Matthieu rapporte à peu près la même phrase : « Vite, allez dire à ses disciples. Il est ressuscité des morts, et voici qu'il vous précède en Galilée. C'est là que vous le verrez » (Mt 28, 8). On pourrait penser que le « vous » de Marc et de Matthieu concerne seulement les disciples-hommes. Mais le récit de Luc ne permet pas cette restriction : deux hommes se présentent aux femmes en vêtements éblouissants (langage théophanique) et leur dit : « Il est ressuscité. Rappelez-vous comment il vous a parlé quand il était encore en Galilée ; il disait : "II faut que le Fils de l'homme soit livré aux mains des hommes pécheurs, qu'il soit crucifié et que le troisième jour il ressuscite". Alors, elles se rappelèrent ses paroles » (Lc 24, 6-8). Ici, le doute n'est pas possible. Que les faits aient été tels que les évangélistes les rapportent ou qu'ils soient des reconstitutions symboliques importe peu. Il ressort de Luc, au-delà de l'incertitude dans laquelle laissent Marc et Matthieu, que l'on savait que les femmes avaient entendu elles mêmes les paroles de Jésus lorsqu'elles étaient avec lui en Galilée. L'enseignement de Jésus s'adressait à elles aussi bien qu'aux disciples-hommes. Elles ont donc été des « témoins », même si les conditions de l'époque n'ont pas permis qu'on prenne en compte leur témoignage.

La communauté des disciples

Par ailleurs, à plusieurs reprises, les évangiles rapportent que Jésus lui-même a souligné la présence des femmes à ses côtés, dans le cercle de ses disciples, auxquels par là même il les assimilait.

Lorsque sa mère et ses frères viennent le rechercher alors qu'il parlait dans « la maison » (celle de Pierre à Capharnaüm), parce que, disaient-ils, « il a perdu le sens » (Mc 3, 21) (BJ), ou « la tête » (TOB), Jésus répond : « Qui est ma mère et qui sont mes frères? » Puis, montrant d'un geste circulaire ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c'est lui mon frère, ma soeur, ma mère » (Mt 12, 46-49).

Le texte de Marc est assez semblable, bien qu'il mentionne « la foule » autour de Jésus au lieu des « disciples », mais la restriction aux disciples plus proches semble plus vraisemblable.

Si Luc ne parle pas des soeurs dans la réponse de Jésus (Lc 8, 21), il rapporte cet épisode quelques versets après avoir décrit ces femmes qui suivaient le Maître (8, 1-3). On voit mal pourquoi il les exclurait, alors qu'il vient de dire qu'elles étaient avec lui.

Or, la venue d'aucune « soeur » n'est signalée, alors que Jésus inclut les soeurs dans sa vraie famille, y introduisant ainsi les femmes-disciples.

On remarquera que cette « vraie famille » de Jésus ne comporte pas de père ! II ne semble pas que ce soit parce que Joseph était déjà mort. Il s'agit selon toute probabilité d'un silence volontaire. Ceci ne permet-il pas de penser que Jésus brise le modèle de la famille hiérarchique patriarcale et instaure une fratrie, où seuls subsistent les liens fraternels égaux, où les soeurs sont comptées avec les frères ? Sa mère peut en faire partie, parce que, dans la famille patriarcale, elle se trouvait en fait au même rang que les fils, sinon audessous d'eux. D'autres paroles de Jésus confirment cette opinion.

Ainsi, parlant à ses disciples des pharisiens, dont il blâme l'orgueil et l'esprit dominateur, Jésus leur recommande de ne pas les imiter : « Pour vous, n'appelez personne "Maître", car vous n'avez qu'un seul maître, et vous êtes tous frères. N'appelez personne sur terre "Père", car vous n'en avez qu'un seul, le Père céleste. Ne vous faites pas non plus appeler "Docteurs", car vous n'avez qu'un seul docteur, le Christ » (Mt 23, 8-10). Le dernier membre de phrase doit être un ajout de la communauté postpascale, car Jésus n'aurait pas parlé ainsi de lui-même, mais il reflète la même pensée que les deux précédents : Jésus abolit hiérarchies et privilèges.

Un autre texte témoigne de la même tendance à l'égard de la société et de la famille. A une femme qui, émerveillée par sa parole, s'écriait : « Heureuse celle qui t'a porté et allaité », Jésus avait répondu : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l'observent » (Lc 11, 27-28). Ce n'était pas là rejeter sa propre mère qui avait observé la parole de Dieu, mais mettre fin à l'importance donnée à la maternité, puisque seule celle-ci permettait aux femmes juives de prendre place dans la famille patriarcale.

Les disciples masculins de Jésus n'ont cependant pas saisi le sens de la révolution sociale et religieuse que leur Maître apportait. Ils attendaient un Messie glorieux qui rétablirait le royaume d'Israël et ils étaient encore incapables de comprendre la nature du Royaume qu'annonçait Jésus, malgré ce qu'il leur en disait, à vrai dire le plus souvent en paraboles. Plusieurs épisodes des évangiles révèlent leur méprise. Ils se disputent pour savoir «qui est le plus grand » (Lc 22, 24-27), qui aura les meilleures places dans le Royaume que Jésus va instaurer (Mt 20, 20-27 ; Mc 10, 35-44) et, même après la résurrection, ils interrogent encore Jésus sur la date d'établissement de son royaume (Ac 1, 6). Le désir de « pouvoir » et de domination transparaît malgré eux - et malgré l'enseignement de Jésus.

Les femmes étaient protégées de ce souci ! Aussi ont-elles pu mieux que les hommes entrevoir le sens profond du message : leur amour désintéressé pour Jésus les rendait aptes à le saisir. Rien d'autre ne comptait pour elles. Elles étaient disponibles pour les révélations que Jésus ne fit pas aux hommes, qui n'étaient pas en état de les recevoir, mais à elles. Ainsi, après Marie sa mère, la Samaritaine, la Cananéenne, qui, sans recevoir de révélation proprement dite, a conscience de la « seigneurie » de Jésus et joue un rôle important dans le déroulement de sa mission ; ainsi Marthe, dont la profession de foi montre, mieux encore que celle de Pierre, la profondeur de sa compréhension du Maître ; ainsi surtout la première apparition de Jésus à Marie de Magdala. On sent entre Jésus et les femmes une sorte de connivence. En témoignaient aussi les onctions dont il a été question au chapitre précédent. Elles célébraient Jésus comme un Sauveur, ou comme un Roi, mais sans Royaume !

Marthe et Marie

Jésus effectue un autre renversement des traditions familiales au cours de sa visite chez Marthe et Marie qui, si elles ne suivaient pas Jésus depuis la Galilée, peuvent cependant être aussi considérées comme des disciples. L'épisode (Lc 10, 38-42) doit être rapproché d'autres, avec lesquels il forme un faisceau de lignes si convergentes qu'on peut y percevoir de la part de Jésus un dessein qu'il s'agit de dégager.

« Comme ils étaient en route, il entra dans un village et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison. Elle avait une soeur nommée Marie qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe s'affairait à un service compliqué. Elle survint et dit : "Seigneur; cela ne te fait rien que ma soeur me laisse seule à faire le service ? Dis lui donc de m'aider." Le Seigneur lui répondit : "Marthe, Marthe,tu t'inquiètes et t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part; elle ne lui sera pas ôtée." »

Explicitement, Jésus reconnaît là qu'une femme peut être un disciple, ce qui était contraire aux habitudes. Marie était en effet dans la même attitude que Paul aux pieds du grand rabbi Gamaliel (Ac 22, 3). La traditionnelle fonction de « maîtresse de maison » n'est pas la seule possible pour une femme. Jésus la déclare secondaire. Il met fin, non à la famille, mais à la rigidité des traditions et des attributions figées de « rôles ».

On peut même voir dans l'épisode de Marthe et Marie une portée plus large, au-delà des relations familiales. Georges Wierusz Kowalski a montré dans La route qui nous change(1) que ces femmes symbolisent en réalité des Églises. Ainsi, Marthe représenterait les églises domestiques, ayant souci d'accueillir, de régler les questions et les conflits internes, de réaliser l'unité des communautés, de présider sans doute aux réunions de prière, tandis que Marie serait le symbole des églises missionnaires, où les prophètes portaient la parole de Dieu, après l'avoir écoutée et méditée. Cette interprétation signifierait que, dès l'origine du christianisme, des femmes ont continué de « suivre Jésus » dans des rôles de première importance(2). La disparition prématurée de Georges Kowalski ne lui a pas permis de pousser plus avant sa recherche, mais il pensait déjà que des femmes avaient pu « représenter »des églises aux yeux des évangélistes. Cette reconnaissance est importante aujourd'hui pour la question des ministères (3).

Ainsi, sans opérer une révolution spectaculaire, et sans pouvoir d'ailleurs modifier les coutumes établies ni les règles sociales, l'action de Jésus suggérait cependant une transformation qu'il appartiendrait à ses disciples de comprendre et de réaliser peu à peu, aussi bien dans la vie sociale que dans la vie ecclésiale. Seule compterait l'écoute de Dieu, qui crée les liens entre les êtres et la fraternité entre tous. Au surplus, les femmes étant à cette époque des « exclues », leur acceptation dans le cercle des disciples, la vraie famille du Christ, signifiait que son Royaume devrait inclure tous les exclus. D'utres gestes de Jésus peuvent être lus dans le même sens.

Sur la route avec Jésus

Tout au long de sa route, Jésus manifeste en effet son désir de libérer hommes et femmes de toute infériorité et de toute exclusion. Un de ses gestes les plus significatifs fut accompli au cours d'un culte à la synagogue.

« Jésus était en train d'enseigner dans une synagogue un jour de sabbat. Il y avait là une femme possédée d'un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était toute courbée et ne pouvait se redresser complètement. En la voyant, Jésus lui adressa la parole et lui dit : "Femme, te voilà libérée de ton infirmité." II lui imposa les mains ; aussitôt elle redevint droite et se mit à rendre gloire à Dieu » (Lc 13, 10-17).

Déjà, le fait que Jésus « redresse » cette femme courbée peut révéler le désir de Jésus de voir les femmes debout et droites. Mais la suite du texte va plus loin. Jésus relativise la Loi en donnant à la charité le pas sur l'observance du sabbat. Le chef de la synagogue, « indigné de ce que Jésus ait fait une guérison le jour du sabbat », mais n'osant pas sans doute s'adresser directement à lui, s'en était pris à la foule, pour lui rappeler qu'il « y a six jours pour travailler. C'est donc ces jours-là qu' il faut venir pour vous faire guérir, et pas le jour du sabbat » . « Esprits pervertis, répond Jésus, ne détachez vous pas votre âne ou votre boeuf pour les mener boire ? » II y avait sans doute un certain humour de la part de Jésus à prendre comme exemples de ceux qu'on secourt un jour de sabbat les deux animaux domestiques que le Deutéronome cite dans la Loi comme étant la propriété inviolable de leur maître au même titre que sa femme (Ex 20, 17 ; Dt 5, 21) 4. Jésus ajouta : « Et cette femme, fille d'Abraham », nest-ce pas le jour du sabbat qu'il fallait la délivrer de son infirmité?

En parlant de cette femme infirme comme d'une « fille d'Abraham », Jésus inaugurait un nouveau langage. On ne parlait jamais que des « fils » d'Abraham. Jésus met les filles au même rang qu'eux. Que Luc ait rapporté cet épisode, et en ces termes, semble indiquer qu'il avait compris que les femmes entraient dans l'Alliance avec Dieu sans passer par l'intermédiaire des hommes, puisqu'elles étaient elles-mêmes « filles d'Abraham », « héritières de la promesse ». Le baptême en Christ le réalisait déjà au temps de Luc. Son évangile étant postérieur à l'épître aux Galates de Paul, dont on pense qu' il avait été le compagnon, Luc ne devait pas ignorer la célèbre exclamation de l'épître aux Galates : « Il n'y a plus ni Juif, ni Grec ; il n'y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n'y a plus l'homme et la femme ; car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ » (Gal 3, 28). Cette incorporation de tous en Christ constituait la basileia, le Royaume de Dieu, que Jésus de Nazareth était venu prêcher, « rendre proche », et où il ne devait plus y avoir aucune exclusion, mais une totale « unité-égalité ». Le baptême en était un signe.

Cette égalité de tous, d'autres épisodes des évangiles montrent que Jésus la réalise déjà, et particulièrement à l'égard des femmes. Sans citer toutes celles que Jésus a rencontrées sur sa route, il faut s'arrêter à deux d'entre elles qui jouent un rôle important, bien qu'elles n'aient pas suivi Jésus : la Samaritaine (Jn 4, 1-34) et la Cananéenne (Mt 15, 21-28), qui cumulaient le double handicap de n'être pas juives et d'être femmes.

Bien que rien de tel n'ait été dit d'elle par l'évangéliste, la Samaritaine est souvent suspectée d'avoir été une prostituée, à cause des cinq maris qu'elle a eus. On ignore pour quelle raison elle a eu ces cinq maris. A-t-elle été veuve ? A-t-elle été répudiée pour stérilité, car on ne parle pas de ses enfants ? Mais cela n'intéresse pas Jésus, ni Jean. Sa réputation, d'ailleurs, ne devait pas être si mauvaise, puisque les villageois accueillent sa parole au point de se déranger pour aller vers Jésus! Jésus l'a chargée d'une mission, qu'elle exécute ponctuellement. Il fait d'elle - femme et Samaritaine - une missionnaire !

La dernière phrase des villageois pourrait mettre en doute ce dernier point : « Ce n'est plus seulement à cause de tes dires que nous croyons ; nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde » (Jn 4, 42). Ils étaient cependant venus « à cause des dires » de cette femme. Elle avait donc été, comme tous les missionnaires, à l'origine de leur conversion. D'autre part, Jean précise que les Samaritains avaient déjà cru « à cause de la parole de la femme » (Jn 4, 39). Cette expression se retrouve dans la « prière sacerdotale » de Jésus pour ses disciples: « Ce n'est pas pour ceux-ci seulement que je prie, mais pour tous ceux-là aussi qui grâce à leur parole croiront en moi » (Jn 17, 20). Associée à tous ceux qui transmettront le message du Christ, la Samaritaine a bien exercé une fonction missionnaire.

La transformation que Jésus a opérée en cette femme la hausse également au rang des mystiques. Comme l'ecrit Maurice Zundel, avant de rencontrer Jésus, elle situait Dieu « dans un sanctuaire extérieur à elle-même. Après, elle le découvre comme une source qui jaillit en vie éternelle au plus profond d'elle-même... dans une rencontre silencieuse qui fera d' elle une adoratrice en esprit et en vérité(5) ».

Quant à la Cananéenne, son rôle est surprenant (Mt 15, 2128; Mc 7 24-31). Jésus, qui vient d'expliquer ce qui est « pur » et « impur » (Mt 15, 10 s.; Mc 7, 14 s.), entre en territoire païen (du moins selon Marc, car en Matthieu, la femme est « sortie » de sa terre païenne). Selon la Loi, tout contact avec les païens rendait impur. Jésus ne s'en soucie pas. A la demande que la femme adresse à Jésus de venir guérir sa fille en proie à un « démon », Jésus répond, selon Matthieu (15, 23), qu'il nest venu « que pour 1es brebis perdues d'Israël », phrase dans la droite ligne de la pensée juive. Et, comme la Cananéenne insiste, il emploie à son égard une expression humiliante : « Il n'est pas bon de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ! » (car on jouait sur le terme de « Cananéens » pour les traiter de « chiens »). La femme ne se laisse pas démonter. Elle accepte sa position subalterne. « C'est vrai, Seigneur. Mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Alors, Jésus est vaincu : « Femme, ta foi est grande ! Qu'il t'arrive comme tu le veux ! » Sa fille fut guérie à l' instant même.

Cette femme semble avoir été pour Jésus en quelque sorte le déclencheur - le « révélateur » - qui lui a fait comprendre que sa parole pouvait retomber en miettes sur les païens, qui s'en saisiraient. Marc fait dire à Jésus : « Laisse d'abord les enfants se rassasier » (7, 27). La femme respecte l'ordre domestique, où les enfants mangent avant « les petits chiens », mais, sous la table et presque simultanément, ceux-ci profitent des miettes que les enfants laissent tomber.

Cet épisode a une suite. L'évangile en effet se poursuit en terre paienne.(6) Répétant ce qu'il a fait du côté juif de la mer de Galilée, Jésus gravit une montagne et guérit tous ceux qui viennent à lui (Mt 15, 29 s). II va également effectuer une multiplication des pains, après laquelle on ramassera sept corbeilles, chiffre symbole des païens, comme on avait ramassé douze corbeilles, chiffre symbole des Juifs, lors de la première multiplication(7).

Peut-on cependant penser qu'une femme ait pu modifier la mission de Jésus? Celle-ci n'était-elle pas immuablement tracée par le Père, sans que Jésus puisse rien y changer? Nous touchons là un grand mystère, qui a suscité bien des réflexions théologiques. Mais Jésus, homme tout en étant Fils de Dieu, pouvait-il être moins libre que nous(8) ?

Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, une femme a sans doute permis à Jésus de comprendre l'universalité de sa mission, même si « le salut vient des Juifs » (Jn,4 4, 32). Marie n'a-t-elle pas aussi hâté à Cana la manifestation de Jésus à ses disciples (Jn 2, 1-12)?

La profession de foi de Marthe

C'est Jean qui rapporte la profession de foi de Marthe, que Jésus lui-même a provoquée (Jn 11, 17-27).

« Jésus venait d'arriver à Béthanie après la mort de Lazare, déjà au tombeau depuis quatre jours.(9) Comme Béthanie est distante d'environ quatre stades,(10) beaucoup de Juifs étaient venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de leur frère. Lorsque Marthe apprit que Jésus arrivait, elle alla au-devant de lui, tandis que Marie était assise dans la maison. Marthe dit à Jésus : "Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout ce qui tu demanderas à Dieu, Dieu te le donnera." Jésus lui dit : "Ton frère ressuscitera." - "Je sais, répondit elle, qu'il ressuscitera au dernier jour." - Jésus lui dit : "Je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" - "Oui, Seigneur, répondit-elle, je crois que tu es le Christ, je crois que tu es le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde." »

Cette profession de foi mérite qu'on s'y arrête.

Pierre avait reconnu Jésus comme « le Christ, le Fils du Dieu vivant », selon Matthieu (16, 13-16) ; seulement comme « le Christ », selon Marc (8, 27-30) ; comme « le Christ de Dieu » , selon Luc (9, 21). Mais quel sens avait pour eux le mot « Christ »?

Nous l'avons déjà souligné, il semble bien que les douze, et Pierre parmi eux, pensaient à un Messie glorieux, qui rétablirait le royaume terrestre d'Israël, après avoir chassé les Romains. Matthieu fait certes préciser par Pierre qu'il s'agit du « Fils du Dieu vivant », mais c'est probablement un ajout postpascal, car le fait que l'apôtre demande encore à Jésus après la résurrection quand il va rétablir le royaume semble montrer qu'il n'en avait pas encore compris la nature.

Jésus conduit Marthe sur un autre plan, le plan spirituel, et non pas seulement eschatologique, mais celui d'aujourd'hui. « Je suis la Résurrection et la Vie. » Et Marthe répond : « Je le crois. » C'est le sens de la venue de Jésus : donner la Vie, dès maintenant, qui est confessé par Marthe, en même temps que l'identité même de Jésus : «Je suis la Vie. » Il ne s'agit plus de royaume terrestre, mais de bien davantage, du Royaume de Dieu devenu proche, accessible à tous, parce qu'il s'agit de la Vie du Christ en nous, comme le précisera Jésus dans son discours d'adieu (Jn 17). Et, en disant « Je suis » , Jésus révèle sa nature divine, comme on le découvrira plus tard, peu à peu, dans la réflexion que feront ses disciples après la résurrection.

Ce n'est pas à l'un des douze, cependant présents, que Jésus fait cette révélation et cette demande de témoignage, mais à une femme, plus apte à saisir le sens de ce qu'il voulait révéler. Peut-être même Jésus a-t-il provoqué de la part de Marthe une profession publique. Le texte de Jean indique que Marthe est allée à la rencontre de Jésus à l'entrée du village, en laissant à la maison, avec Marie, les « consolateurs » venus les voir, mais il est possible que certains d'entre eux l'aient accompagnée ou soient arrivés - à moins que Jésus ait désiré ne se révéler qu'à Marthe seule. Ceci reste secondaire. Le plus significatif est que Jésus ait fait lui-même à Marthe la révélation essentielle de son identité et du sens de sa venue, et que Marthe lui ait répondu par un témoignage de foi.

Relativisation des lois de pureté

L'action de Jésus dans un autre domaine est aussi révolutionnaire. Selon la Loi du Lévitique, l'impureté était alors ce qui séparait le plus les hommes, non seulement les hommes et les femmes, mais aussi les hommes entre eux.

La loi de sainteté était l'expression d'une nation humiliée et inquiète. Après avoir été vaincue et avoir connu l'exil (vie siècle av. J.-C.), elle craignait de perdre l'alliance avec Yahvé, et d'être de nouveau frappée. Tout ce qui apparaissait susceptible de déplaire à Dieu était considéré comme impur. La Loi en était ainsi arrivée à exclure ce qui semblait méprisable : les faibles, les pauvres, les malades, et les femmes dans leur sexualité. Elle exaltait au contraire les forts et les « purs ». Jésus renverse cette hiérarchie, fondée non sur la faute, mais sur de simples situations. II donne à l'impureté son véritable sens : une signification morale.

Ainsi, lorsqu'il guérit une femme atteinte d'une perte de sang qui la rendait « impure » et lui interdisait tout contact avec quiconque. Selon Marc (Mc 5, 21-42 ; cf. Mt 9, 18-25 ; Lc 8, 40-56), alors qu'une foule nombreuse suivait Jésus, « une femme, qui souffrait d'hémorragies depuis douze ans..., vint par-derrière dans la foule. Elle se disait : "Si j'arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée." A l'instant, sa perte de sang s'arrêta et elle ressentit en son corps qu'elle était guérie de son mal. Aussitôt, Jésus s'aperçut qu'une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et il disait : "Qui a touché mes vêtements ? " Ses disciples lui disaient : "Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : Qui m'a touché ? " Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. Alors, la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Mais il lui dit : "Ma fille, ta foi t'a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal." »

Certes, on pourrait voir dans la « foi » de cette femme qui veut « toucher les vêtements de Jésus » une simple superstition. Mais que pouvait-elle faire d'autre, puisqu'elle était « impure » et ne pouvait l'approcher lui-même? Son action est audacieuse : elle enfreint la Loi, et elle le fait clandestinement, par-derrière, pour ne pas être vue. C'est pourquoi, lorsqu'elle est dévoilée, la voilà tremblante, craignant sans aucun doute le courroux des «observants », sinon celui de Jésus. Mais Jésus l'exauce à la fois en raison de sa confiance en lui et aussi parce qu'elle est une pauvre. Jésus ne la blâme pas de l'avoir « touché ». Il ne se sent pas rendu «impur » et lui parle avec bonté !

Par là même, n'abolit-il pas les interdits qui frappaient les femmes pour leur « impureté »? Celles qui le suivaient ont elles su voir la portée de son action ?

Jésus insiste à plusieurs reprises sur la fausse interprétation de l'impureté. Après avoir guéri cette femme, il opère une autre guérison en touchant la fille de Jaïre, « morte à l'instant » , selon Matthieu (9, 18), « sur le point de mourir » , selon Marc, qui ajoute qu'avant que Jésus ne parte, on vient dire à Jaïre que la fillette est morte (Mc 5, 23 et 35). C'est aussi la version de Luc (Lc 8, 42 et 48). Or, toucher un mort rendait « impur » . Est-ce pour «se justifier » en quelque sorte aux yeux de la foule que Jésus affirme que l'enfant dort seulement? En tout cas, il entre sans hésiter dans la chambre de la fillette pour la « ressusciter » (ou la guérir), emmenant avec lui son père et sa mère. Le père seul était venu le trouver : Jésus met le père et la mère à égalité devant la vie et la mort de leur fille. Jésus prend celle-ci par la main et l'appelle : « Mon enfant, réveille-toi. » « Son esprit revint » , dit Luc. « Elle se leva et se mit à marcher » , rapporte Marc. « Elle se réveilla », écrit Matthieu.11 Ici encore, Jésus fait fi de la crainte et du tabou de l' impureté.

De la même façon, Jésus guérit les lépreux. Les trois textes des synoptiques qui rapportent la guérison d'un lépreux (Mt 8, 1-14; Mc 1, 40-45; Lc 5, 12-16) signalent expressément que Jésus le « toucha » . Marc ajoute qu'« il ne pouvait plus entrer "ouvertement" dans une ville ». On le considérait comme devenu impur, bien que lui-même n'en ait eu cure.

Jésus est tout à fait explicite sur cette question dans une autre circonstance. Des pharisiens lui reprochent de ne pas observer les règles de pureté relatives aux repas. Il leur explique que « ce n'est pas ce qui entre dans la bouche qui rend impur, mais ce qui en sort ». Et, à ses disciples qui ne comprennent pas ce qu'il veut dire, Jésus se fait plus clair

« Ce qui sort de la bouche provient du coeur, et c'est cela qui rend l'homme impur. Du coeur en effet proviennent intentions mauvaises, meurtres, adultères, inconduites, vols, faux témoignages, injures. C'est là ce qui rend l'homme impur; mais manger sans s'être lavé les mains ne rend pas l'homme impur » (Mt 15, 11.18 s.; Mc 7, 15 s.). C'est évident pour nous, chrétiens, mais le dire à cette époque !

On remarquera que Jésus énumère sept causes d'« impuretés » morales, on pourrait dire « sept péchés capitaux », qui évoquent les « sept démons » dont a été guérie Marie de Magdala(12) ...

Si, en principe, les exclusions pour impureté n'existent plus dans l'Église catholique, il n'y a pas longtemps qu'elles ont disparu, et elles subsistent dans quelques consciences. La cérémonie des « relevailles », dont Pier Jakez Hélias donne une si belle description(13), restait, dans l'esprit de nombreux chrétiens, une « purification », comme au temps de Marie, bien qu'elle ait désormais consisté en une liturgie d'action de grâces. Marie, qui venait de donner au monde le Fils de Dieu, avait dû se purifier! L'Église orthodoxe continue, du moins en certains lieux, à tenir pour impures les femmes enceintes ou celles qui ont leurs règles, et elle maintient la liturgie des relevailles.

C'est sans doute aussi une réminiscence de cette exclusion pour impureté qui a fait écrire au chanoine Naz, dans l'édition de 1954 de son Dictionnaire de droit canonique (dix ans à peine avant Vatican II !), que les femmes sont frappées d'un certain nombre d'incapacités ou infériorités, et que le Code « détermine les éléments essentiels de leur tenue... surtout lorsqu'elles "prétendent" (sic) s'approcher de la sainte table (14)» .... Le message libérateur du Christ a bien du mal à changer les moeurs et les subconsciences !

L'égalité hommes/femmes dans le mariage

Les femmes qui suivaient Jésus ont certainement assisté à une scène qui leur a révélé de façon éloquente les sentiments de domination des hommes, y compris des douze ! Il s'agissait du mariage et de la répudiation (Mt 19, 3-11; Mc 10, 212 ; Lc 16-18).

Des pharisiens interrogeaient Jésus pour lui tendre un piège : « Est-il permis de répudier sa femme pour n'importe quel motif? » Il y avait à cette époque une grande discussion entre les écoles rabbiniques à ce sujet. Certains rabbis allaient jusqu'à dire que si une femme laissait brûler un plat, ou simplement si elle ne plaisait plus, son mari pouvait la renvoyer.(15) Jésus répondit : « N'avez-vous pas lu que le créateur au commencement les fit mâle et femelle et qu'il a dit "C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme et les deux ne feront qu'une seule chair"? Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » Les pharisiens ne s'en tinrent pas là et insistèrent pour mettre Jésus en contradiction avec la Loi : «Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de délivrer un certificat de répudiation quand on renvoie sa femme? » Jésus leur dit alors : « C'est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes; mais au commencement, il n'en était pas ainsi. Je vous le dis : Si quelqu'un répudie sa femme - sauf en cas d'union illégale - et en épouse une autre, il est adultère » (Mt 19, 1-9 ; Mc 10, 1-12)16. Luc rapporte seulement une phrase de Jésus : « Tout homme qui répudie sa femme et en épouse une autre est adultère, et celui qui épouse une femme répudiée par son mari est adultère » (Lc 16, 18), Marc tente de rétablir l'équilibre entre les époux. Selon lui, Jésus aurait ajouté : « Et si la femme répudie son mari et en épouse un autre, elle est adultère. » C'est de toute évidence un ajout, car à l'époque de Jésus, le mari seul possédait le droit de répudiation. Mais Marc écrit probablement à Rome (on pense parfois à l'année 68), et le divorce était devenu un droit pour la femme comme pour l'homme. Jésus, lui, visait seulement le mari. Le terme grec employé par Matthieu comme par Marc est anthropos, mais il ressort du contexte que Jésus entendait mettre fin au privilége exclusif de l'homme (vir), qui laissait la femme à la merci du bon plaisir de son mari. Il supprimait ainsi un aspect important de la domination masculine (17).

Mais les douze eux-mêmes ne furent pas d'accord. Rentrés à la maison, Pierre dit avec véhémence : « Si telle est la condition de l'homme envers sa femme, il n'y a pas intérêt à se marier! » Pierre, cependant déjà marié, ne pouvait concevoir qu'un homme ne puisse répudier sa femme! On déduit cependant de la première épître aux Corinthiens (9, 5) que Pierre, bien loin de répudier sa femme, se fit plus tard accompagner par elle lors de ses missions !

Un autre épisode montre que Jésus réprouvait l'injustice faite aux femmes par la société de son époque. C'est Jean qui le rapporte (Jn 8, 2-11). Alors que Jésus enseignait au Temple, des pharisiens et des scribes amenèrent une femme prise en flagrant délit d'adultère. Rappelant à Jésus que la Loi de Moïse prescrit de lapider « ces femmes-là » - et quel mépris ils ont dû mettre dans ces mots ! -, ils lui demandèrent ce qu'il en disait. C'était encore lui tendre un piège. Jésus allait-il, par pitié et miséricorde, pour sauver cette femme d'un acte de barbarie, se mettre en contradiction avec la Loi ? Jésus ne répondit rien. II se pencha et écrivit sur le sol. Ce ne furent sans doute que des traits : il ne pouvait communiquer avec les accusateurs. « Coup de tonnerre », écrit France Quere,(18) Jésus lance un ordre d'exécution! « Que celui qui n'a jamais péché lui lance la première pierre »... Mais il n'y a pas d'exécution. Le groupe se disperse, à commencer, dit Jean, par les plus âgés, les plus chargés de péchés ! La femme est sauvée. « Jésus se redressa, continue Jean, et lui dit : "Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée?" Elle répondit : "Personne, Seigneur." Et Jésus lui dit : "Moi non plus, je ne te condamne pas ; va, et désormais ne pèche plus." » Sans l'accuser, il lui montre la voie droite. Pourra-t-elle oublier et sa miséricorde et son commandement discret?

Jésus n'a pas demandé où était son complice. Les pharisiens ne s'étaient pas souciés de lui. L'homme adultère, d'ailleurs, n'était poursuivi que si la femme était mariée, car c'était alors une atteinte au droit de propriété du mari (Dt 5, 21).

C'est dans ce contexte, et pour répondre à l'objection de Pierre, qui se plaignait du poids du mariage, que Jésus parla du célibat, comme d'un appel spécial de Dieu. Cette phrase n'est rapportée que par Matthieu (Mt 19, 10 s.). C'est pourtant sur elle, qui ne présente le célibat que comme un charisme particulier,(19) que s'appuie l'obligation du célibat des prêtres, instituée au XIIe siècle (concile du Latran de 1139). Cette mesure, qui avait pour seul fondement le sentiment, répandu peu à peu par les encratites, puis le monachisme, que les relations sexuelles, même entre époux, entraînaient une « souillure » (Augustin ne disait-il pas que toute relation sexuelle est un péché, au moins véniel ?) contribua certainement à jeter un discrédit sur les femmes, considérées comme des obstacles à la chasteté des prêtres, et donc de dangereuses séductrices. Chacun sait que ce sentiment n'a pas totalement disparu aujourd'hui.

Par ailleurs, il faut rappeler que ces textes ne se rapportent pas au divorce, qui n'existait pas alors (sauf, plus tard à Rome), mais seulement à la répudiation unilatérale par « l'homme ». N'en fait-on pas un usage abusif lorsqu'on les étend à un mariage qui, faute d'amour réciproque, a cessé d'exister? C'est aujourd'hui autour de cette question que s'opposent les moralistes.(20) L'interdiction du divorce revient, dans bien des cas, à conforter la position dominante des hommes, si l'on en juge par le nombre plus important des demandes de divorce présentées par les femmes que par les hommes, ce qui semble indiquer que les femmes souffrent davantage que ceux-ci de leur situation dans le mariage.

Un dernier point important doit être examiné concernant le rôle des femmes qui suivaient Jésus: cela de leur éventuelle participation aux repas communautaires du groupe des disciples.

Notes

1. Georges Wierusz KOWALSKI, La route qui nous change, Cana, 1982, p. 190 s.

2. Cf. infra, chap. VI. Raymond E. BROWN (La communauté du disciple bien-aimé, op. cit.) estime que la communauté johannique, assez longtemps séparée de celle qu'on appelait « la Grande Église », n'avait établi aucun organe de direction ou d'enseignement. Chacun, homme ou femme, était inspiré par l'Esprit, sur lequel l'évangile de Jean insiste souvent.

3. L'eucharistie est exercée non seulement in persona Christi, mais aussi in persona Ecclesiae. Il est unanimement reconnu que l'eucharistie est célébrée par l'assemblée entière. Pour pouvoir la présider, il faut donc une personne susceptible de représenter la communauté, c'est-à-dire capable et acceptée par elle. G. Wierusz KOWALSKI n'hésite pas à penser qu'une femme peut remplir ces conditions. On reviendra (infra, p. 162-163) sur ce point.

4. Ex. 20, 17 : « Tu n'auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n'auras pas de visées sur la femme de ton prochain, sur son serviteur, sa servante, son boeuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain. »Dt 5, 21 : « Tu n'auras pas de visées sur la femme de ton prochain. Tu ne convoiteras ni la maison de ton prochain, ni ses champs, ni son serviteur, sa servante, son boeuf ou son âne, ni rien qui appartienne à ton prochain. »

5. Maurice ZUNDEL, Quel homme et quel Dieu ? éd. Saint-Augustin (Suisse), 1995, p. 176.

6. Bien que Matthieu ne le dise pas, il situe l'épisode en terre païenne, puisque le chiffre des corbeilles ramassées après que la foule eut mangé est sept, celui des païens.

7. Les miracles, autrefois considérés comme des preuves de la divinité de Jésus, sont aujourd'hui souvent un obstacle à la foi. « Otez les miracles de l'Evangile et toute la terre est aux pieds de Jésus », écrivait déjà Jean-Jacques ROUSSEAU, cité par Bernard SESBOÜÉ, Jésus-Christ à l'image des hommes, op. cit., p. 47. Sur ce point, on peut consulter également l'ouvrage collectif dirigé par Xavier LÉON-DUFOUR, Les miracles de Jésus, Seuil, 1977, « Parole de Dieu », et aussi Joseph MOINGT, L'homme qui venait de Dieu, op. cit., en particulier p. 37-38. II est évident, en tout cas, que la divinité de Jésus ne peut être « prouvée » par des miracles. Elle se révèle lorsqu'on considère la proximité, puis l'identification que Jésus révèle entre lui et son Père, et dans son message d'amour total, confirmé par sa mort et sa résurrection. Maurice Zundel écrit que « le miracle (authentique) n'est pas en discordance avec les "lois" de la nature... Il réalise, au contraire, la vocation la plus fondamentale de l'univers qui est d'exprimer Dieu, en laissant transparaître "la lumière de son visage" et en suggérant, par là même, "un ordre cosmique où l'on passerait de quelque chose à quelqu'un" » (op. cit., p. 192).

9. Les Juifs pensaient que le principe de vie (la nephesh) ne quittait définitivement le corps qu'au quatrième jour. C'est pourquoi Jésus ne pouvait rester au tombeau que trois jours (« Dieu n'a pas laissé son Saint connaître la corruption » (Ac 2, 27). Cf. Pierre MOURLON BEERNAERT, Marthe, Marie et les autres..., op. cit., p. 161, note 20.

10. Un peu moins de trois kilomètres.

11. Le verbe « réveiller » (egero) qui se trouve dans les trois versions de Matthieu, Marc et Luc (ou ana-stasis aussi chez Marc) signifie à la fois se réveiller et ressusciter. Il n'est donc pas possible de dire si Jésus a opéré une simple guérison ou une résurrection, symbole anticipé de la sienne. Nous ne prenons ici en compte que la seine question de l'impureté lévitique.

12. Cf . supra, chap. 2, p. 36.

13. Pier JAKEZ HÉLIAS, Le Cheval d'orgueil, Plon, coll. « Terre humaine », 1975.

14. Chanoine NAZ, Dictionnaire de droit canonique, v° « Femmes ». Le Traité de droit canonique du mëme auteur (2' éd., 1954) portait que « tous les chrétiens ne sont pas égaux, ni dans l'usage de leurs droits, ni à l'égard de leurs devoirs. Ces diversités de situation résultent du sexe, de la maladie, etc. ». La Lettre apostolique Mulieris dignitatem proclamant désormais la « parité absolue » de l'homme et de la femme, il faut modifier le Traité et rechercher une autre raison à la situation inégale des hommes et des femmes face à leurs droits et à leurs devoirs. C'est désormais « le choix des douze » qui en tient lieu. Le travail entrepris ici espère montrer que cette nouvelle raison n'est pas plus convaincante que l'ancienne.

15. Dt. 24, 1-4 : « Lorsqu'un homme prend une femme et l'épouse, puis, trouvant en elle quelque chose qui lui fait honte, cesse de la regarder avec faveur, [il] rédige pour elle un acte de répudiation et le lui remet en la renvoyant de chez lui... »

16. Cette exception, dite « exception matthéenne » a donné lieu à de nombreux commentaires. La traduction exacte serait sans doute « impudicité », ce qui est bien vague. On pense parfois à une référence au Lévitique qui, dans son chapitre 18, énumère les cas où le mariage est impossible; pour des raisons de parenté, de différence de religion, etc. Mais la traduction la plus fréquente est « adultère » (ou : « union illégale »).

17. Laure AYNARD (La Bible au féminin. De l'ancienne Tradition à un Christianisme hellénisé, Cerf, 1990, p. 45) cite cependant un texte de l'Exode, qui autorise la première femme à quitter son mari si celui-ci épouse une autre femme et ne lui accorde plus la nourriture, les vêtements, ou n'accomplit pas les droits conjugaux (Ex 21, 7).

18. France QUERE, Les femmes de l'Évangile, Seuil, 1982.

19. Et aussi sur la recommandation de Paul relative à la prière (c£ 1 Co 7, 1-7). Rappelons cependant que la constitution Presbyterorum ordinis de Vatican II estime que le célibat « n'est pas exigé par la nature du sacerdoce, comme le montrent la pratique de l'Église primitive et la tradition des Églises orthodoxes » (P O. 16).

20. Voir en particulier Michel LEGRAIN, Les divorcés remariés, Le Centurion, 1987, ainsi que ses autres ouvrages.

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