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par Suzanne
Tunc
de Des femmes aussi suivaient Jésus, Essai
d'interprétation de quelques versets des évangiles, Suzanne
Tunc, Descleé de Brouwer, 1998, pp.97-118. Republié sur notre
website avec les permissions nécessaires.
Dans
quelle mesure les femmes ont-elles pu continuer à « suivre »
Jésus après sa disparition ? Queue fut leur situation dans la
première communauté de Jérusalem? Ont-elles
été accueillies comme membres participantes par ceux qui font
dirigée? Leur qualité de « disciples » de
Jésus a-t-ells été reconnue ? Ces questions seront
abordées dans ce chapitre.
La
première communauté de Jérusalem
Il
nest pas certain que les femmes qui avaient suivi Jésus aient fait
partie de la communauté qui sest formée à
Jérusalem après la Pentecôte.
Nous
avons vu au chapitre précédent quil était
vraisemblable que tous les disciples, hommes et femmes, avaient regagné
la Galilée après la résurrection de Jésus. Les onze
étaient de nouveau à Jérusalem pour la Pentecôte,
indiquent les Actes, mais les femmes étaient-elles revenues avec eux?
Certes, les Actes mentionnent la présence des femmes au Cénacle,
priant en lattente de lEsprit promis. Après le récit
de la Pentecôte, ils rapportent le premier discours de Pierre à la
foule (Ac 2, 14 s). Pierre parle expressément de lEsprit «
répandu sur toute chair ». Il cite Joël, selon lequel «
les filles prophétiseront comme les fils ». Il y a là une
reconnaissance évidente de leffusion de lEsprit sur les
femmes. On pourrait en déduire quelles ont continué
à vivre avec le groupe des disciples et quelles étaient
présentes au moment de ce discours. Mais celui-ci est probablement une
recomposition de Luc, même si lessentiel de la pensée est
celle qua dû exprimer Pierre. Et surtout, comme il est plus
vraisemblable de situer lenvoi de lEsprit le soir de la
résurrection, selon Jean 20, 2122, on ne sait ce quil faut retenir
du texte de Luc dans les Actes, sinon le symbole du don de lEsprit par le
feu et le vent.
On ne
peut done sappuyer sur ces seuls faits pour savoir si les amies de
Jésus, même si elles se trouvaient à Jérusalem au
moment de la Pentecôte, ce qui nest pas certain, ont fait partie de
la communauté qui sest formée dans la Ville Sainte.
Quaucune delles ne soit citée dans les Actes après la
Pentecôte nest pas non plus décisif. On connaît le
silence habituel sur les femmes, et Luc, qui ne les a vraisemblablement pas
connues, a pu les oublier lorsquil écrit quelque trente ou
quarante années après les faits. Il parle cependant delles
dans les évangiles (dont nous supposons toujours quils sont du
même auteur). Dans les Actes, aucune mention de Jeanne, Suzanne,
Salomé, Marie de Magdala, ni même de la mère de
Jésus. Disparues !
Ceci
semble signifier que Luc na entendu parler delles que pour leur
rôle du vivant de Jésus et surtout au moment de sa
mort/résurrection, et non comme membres de léglise de
Jérusalem. Cependant, si lon pense, avec Xavier Léon-Dufour
(1), que les événements concernant Jésus ont
été rapportés au cours des célébrations
eucharistiques, les femmes ne devaient-elles pas y être présentes,
puisquelles étaient les principales, ou même les seules
témoins de la passion, de lensevelissement et des premières
apparitions? Mais elles ont pu rapporter ces événements aux douze
(ou onze) sans attendre les premières eucharisties : les onze les
auraient transmis à leur tour.
On ne
peut donc savoir si les femmes sont revenues à Jérusalem, ou si
elles sont restées en Galilée. Pourquoi en effet auraient-elles
continué de suivre Pierre et ses compagnons? Malgré
lattitude de Jésus à leur égard, qui ne les traitait
pas en inférieures mais les remettait debout et qui faisait fi de leur
prétendue « impureté »; malgré
lébauche dune « communauté de disciples
égaux » quil avait esquissée ; malgré aussi un
compagnonnage de plusieurs années des femmes avec les douze, ceux-ci
nétaient sans doute pas prêts à changer leur opinion
sur elles et à les considérer comme leurs égales. Leur
réponse à Jésus à propos de la répudiation
en est la preuve, comme leur refus daccepter leur témoignage
à leur retour du tombeau vide. Il faut du temps pour « porter
»toute la transformation que Jésus a opérée (Jn 16,
12).
Les conflits entre les femmes et les douze
Que
des tensions aient existé entre les douze et les femmes, surtout entre
Pierre et Marie de Magdala, apparait avec évidence dans les apocryphes.
Ces textes nont pas été retenus par ce qui est devenu
« la Grande Église », mais les allusions à ces
conflits y sont trop nombreuses pour quon ny prête pas
attention. Elles doivent contenir au moins une part de vérité. Il
ne serait pas surprenant que les disciples-hommes naient pas vu dun
bon oeil des femmes suivre Jésus avec eux, même si
cétait le désir du Maître quils
vénéraient.
Malgré la perte probable de la majorité des documents, ceux qui
restent sont éloquents. Citons la Pistis Sophia,
lÉvangile selon Philippe, lÉvangile selon
Marie Madeleine (ou selon Marie, Myriam de Magdala),
lÉvangile selon Thomas, en particulier (2). Dans la
Pistis Sophia, Pierre se plaindrait au Seigneur que « cette femme
(Marie de Magdala) parle constamment ». II sinquiète :
« La-t-il préférée à nous ? »
Jésus aurait répondu que « quiconque est inspiré par
lEsprit reçoit de Dieu compétence pour parler, quil
soit homme ou femme ». Dans lÉvangile selon Philippe,
Pierre déplore encore que Jésus aime Marie plus queux, les
disciples masculins. LÉvangile selon Marie Madeleine montre Pierre
jaloux que le Seigneur ait parlé en privé avec elle et non
directement avec eux, les douze. Marie a rapporté une vision où
Jésus (appelé lEnseigneur dans le texte) lui a fait des
révélations et Pierre sinquiète et
sétonne : « Est-il possible que lEnseigneur se soit
entretenu ainsi avec une femme sur des secrets que nous ignorons ? L
a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ?
» Et Lévi répond : « Il la vraiment
aimée et préférée (3) . » Pierre est encore
plus brutal dans lÉvangile selon Thomas : « Que Marie sorte
de parmi nous ! parce que les femmes ne sont pas dignes de la vie ! » Ces
réflexions désobligeantes pour les femmes, et surtout pour Marie
de Magdala, semblent bien refléter une atmosphère de tension.
On
peut être surpris que Jésus, si des discordes se sont produites
devant lui, ny ait pas mis fin. Quil ait assisté à
certains conflits est possible, puisquon le voit répondre dans
la Pistis Sophia. Mais est-ce authentique ? Aucun évangile ne
fait mention de ces querelles. Il faut surtout remarquer quon ne voit pas
Jésus prendre parti dans les relations humaines. Il ne juge jamais (cf.
Mt 7, 1 s). Lorsquune discussion éclate entre les douze sur leur
primauté, il leur donne seulement un enfant en exemple (Mt 18, 1-5 ; Mc
9, 33-37 ; Lc 9, 46-48). Lorsquon lui demande dintervenir dans une
question dhéritage, Jésus répond : « Mon ami,
qui ma établi pour être votre juge ou régler vos
partages ? » (Lc 12, 13). II laisse à chacun ses
responsabilités, ne donnant jamais que des conseils dordre
général.
Si
les apocryphes rapportaient des tensions postérieures à la mort
de Jésus, il faudrait évidemment conclure que les femmes ont
continué de suivre les onze à Jérusalem. La réponse
est donc tout à fait incertaine, comme lest celle de savoir si les
épouses des apôtres les ont suivis. On croit savoir que Pierre se
faisait accompagner par sa femme (qui nest pas citée parmi les
compagnes de Jésus) pour ses missions (1 Co 9, 5), mais
cétait plus tard. On ignore à peu près tout des
situations familiales des disciples (4).
En
essayant de nous replacer dans le contexte de cette époque, tentative
toujours périlleuse, il a paru plus vraisemblable que les femmes soient
restées en Galilée. Que pouvaient-elles faire à
Jérusalem ? Elles y étaient inconnues et leur témoignage
ny aurait pas été reçu. Elles pouvaient sans doute
davantage oeuvrer en Galilée.
Les « maisons-églises »
Nous
savons en effet que des femmes ont été à lorigine
déglises locales, en réunissant chez elles des croyants.
Les
Actes racontent comment Lydie fut la première convertie par Paul,
à Philippes. Elle se fit baptiser avec toute sa famille et elle
accueillit Paul chez elle. Elle fonda ainsi la première
communauté dEurope (Ac 16, 11 s). Luc rapporte que Paul,
après une arrestation, retrouva « les frères » chez
Lydie (Ac 16, 40) (5).
A
Éphèse, et sans doute avant à Rome, Prisca, avec son mari
Aquilas (ou Aquila), réunissait la communauté locale, et elle
semble avoir joué le premier rôle dans le couple.
A
Jérusalem même, des croyants, mais des hellénistes
semble-t-il, se réunissaient dans la maison de Marie, mère de
Jean-Marc (Marc, auteur présumé du deuxième
évangile) (6) . Ailleurs, on voit se réunir les chrétiens
chez les uns ou les autres, chez un couple, comme Prisca et Aquilas, ou une
femme, comme Nympha à Laodicée (Col 4, 15).
En
labsence dindication précise sur les Galiléennes
amies de Jésus, il est plausible de penser quen Galilée
elles ont pu fonder de ces « maisons-églises », car elles y
étaient connues. On ne devait pas avoir oublié quelles
avaient suivi Jésus et quelles avaient été
témoins de sa mort et de sa résurrection : elles étaient
donc plus crédibles quà Jérusalem, malgré
leur handicap de femmes. Si les Actes mentionnent en 9, 31 que «
lÉglise sur toute létendue de la Judée, de la
Galilée et de la Samarie, vivait en paix »(Ac 9, 31), comment ne
pas soupçonner ces femmes dêtre à lorigine de
cette Église galiléenne ?
Un
élément vient étayer cette hypothèse. Nous avons
rapporté lopinion du P. Féret, que ses travaux avaient
conduit à la conviction que Luc avait dû enquêter en
Galilée lorsque Paul se trouvait prisonnier à
Césarée. Que Luc soit seul à citer ensemble, comme
étant celles qui suivaient Jésus, Marie de Magdala, Jeanne, femme
de Chouza, et Suzanne, toutes trois originaires de Galilée (Lc 8, 1-3),
permet de penser que ces trois femmes se trouvaient encore dans le pays
dorigine de Jésus lorsque Luc y est allé, quelque
vingt-trente années plus tard, et quelles étaient assez
connues pour quil ait été conduit vers elles afin de les
rencontrer. Elles devaient donc être des personnalités importantes
de cette Église de Galilée, que Luc prend soin de mentionner dans
les Actes.
Que
ceux-ci ne précisent pas davantage une « église de Dieu
» à Bethsaïde, Capharnaüm, Cana ou Magdala, ne saurait
surprendre. Aucune naura sans doute jamais pu être très
importante. La Galilée était dailleurs à cette
époque en révolte contre les Romains et, bien que les Actes
disent que lÉglise y vivait « en paix » comme en
Judée et en Samarie, il était peut-être difficile de
sy réunir tranquillement en tant que croyants au Christ (7).
Surtout, aucune de ces églises navait apparemment un «
apôtre » de lenvergure de Paul pour parler delles. Or,
on ne connaît guère que les communautés qui se rapportent
à la mission de Paul, ou celles auxquelles sont adressées ses
Lettres. Jacques est censé écrire « aux douze tribus vivant
dans la dispersion » (Jc 1, 1) ; Pierre (ou son successeur), « aux
élus qui vivent en étrangers dans la dispersion, dans le Pont, la
Galatie, la Cappadoce, lAsie et la Bithynie » (1 P, 1) ou «
à ceux qui ont reçu, par la justice de notre Dieu et Sauveur
Jésus-Christ, une foi de même prix que la nôtre » (2
P, 1). La première épître supposée de Jean est une
sorte de lettre pastorale destinée probablement à des
églises dAsie menacées dhérésie, mais
non personnalisées ; sa deuxième épître
nidentifie pas « la dame élue et ses enfants »
à laquelle elle est adressée, sans doute aussi une église
dAsie; et sa troisième, qui est envoyée à un certain
Gaïus, ne précise pas davantage à quelle église
celuici appartenait. Les autres communautés ne sont pas connues.
Cest par hasard que lon apprend de Pline-le-Jeune lexistence
en Bithynie, vers 110, d'une communauté chrétienne,
dirigée par deux esclaves-femmes. Pline écrit en effet à
Trajan pour lui dire quil a, selon son ordre, soumis à la torture
ces deux femmes, « ministres » (diakonoi) de cette «
secte » pour senquérir sur elle(8). Lexcellent
helléniste quétait Marcel Durry traduit leur titre par
« diaconesses », mais les diaconesses nexistaient pas encore
en tant que telles. Il semble quelles ne sont nées que plus lard,
en Syrie, probablement au II e siècle (9). Le terme diakonos
désigne un ministre d'une communauté chrétienne.
Cest le terme que Paul sapplique à lui-même (1 Co 3, 5
; 2 Co 3, 6 et s ; 4, 1 ; 5, 18 ; 6, 4 ; etc.) et même au
Christ-serviteur (Rm 15, 8). La Lettre de Pline confirme donc que des femmes
ont occupé des fonctions importantes, et même de direction.
En
dehors de toute question de direction, il apparaît certain que les femmes
ont joué un grand rôle à lintérieur de leurs
maisons, en transmettant leur foi de proche en proche, par lenseignement
auprès de leur famille, sans doute aussi auprès des gens de
passage (colporteurs, voyageurs, etc.). Ainsi, cest à Loïs et
Eunice, respectivement grand-mère et mère de Timothée, que
celui-ci doit sa vocation (2 Tm 1, 5). Le christianisme ne se serait sans doute
pas répandu aussi rapidement dans le bassin méditerranéen
sans les femmes. Mais revenons à Jérusalem.
Léglise idéale de Luc (Ac 4, 33-35)
Cette
communauté idéale est la première communauté de
Jérusalem. Nous la disons idéale, parce quil semble que Luc
veut avant tout donner le modèle que devrait reproduire
lÉglise du Christ. II nest pas certain que sa description
corresponde à la réalité.
Relisons le texte des Actes (2, 42)
« Its étaient assidus à lenseignement des
apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du
pain et aux prières. Tous ceux qui étaient devenus croyants
étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs
propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous,
selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour
assidûment au Temple; ils rompaient le pain à domicile, prenant
leur nourriture dans lallégresse et la simplicité du
coeur... »
Le
fait que les croyants se rendent « assidûment » au Temple est
le signe quils se considéraient toujours comme des Juifs, tout en
ajoutant lassistance à lenseignement des apôtres qui
rappelaient celui de Jésus de Nazareth, et le partage du pain comme le
Seigneur leur avait recommandé de le faire lors de son dernier repas.
Les
Actes ne décrivent pas la manière dont la communauté
sest formée. Il est probable quau début elle fut
assez informelle, et quelle ne se structura que peu à peu à
mesure que le nombre de ses membres augmentait. Linfluence des douze, en
particulier de Pierre, dut être dabord primordiale, puisque
cest Pierre qui sadresse à la foule (Ac 2, 14 s ; 3, 12 s)
ou qui, accompagné de Jean, guérit les malades (Ac 3, 1 s).
Cest aux pieds des apôtres que les croyants apportent leurs dons
(Ac 4, 35 ; 5, 2). Puis le conflit à propos des veuves des
Hellénistes qui étaient lésées dans le partage des
tables changea la communauté, dabord par le choix des Sept,
destinés à soccuper des tables, puis leur départ
pour échapper à la persécution (par les Juifs,
probablement), et la création par eux de nouvelles communautés.
Ceci obligea les douze, et surtout Pierre, à « se déplacer
continuellement » (Ac 9, 32), afin de vérifier la
conformité des nouvelles églises avec lenseignement de
Jésus. Les douze devinrent des missionnaires. Cest sans doute la
raison pour laquelle la communauté fut dirigée, non par Pierre,
mais par Jacques, frère du Seigneur, dont on sait quil
navait pas été disciple de Jésus. On voit alors que
la communauté de Jérusalem a prix une forme synagogale, avec des
« anciens » (presbytres), ou « notables », comme la
synagogue du temps de Jésus. Il est évident que les femmes ne
pouvaient faire partie des « notables » !
La
communauté comptait cependant des femmes, mais, nous lavons dit,
probablement pas celles qui avaient suivi Jésus. Le fait que Jacques en
soit devenu le président (mais à quel moment?) les aurait sans
doute dissuadées den faire partie, car Jacques, nayant pas
connu lenseignement de Jésus, était resté
très judaïsant, et ne devait guère être favorable aux
femmes, mais nous avons dit pourquoi nous pensons quelles
nétaient même pas entrées dens la premiére
communauté de Jérusalem.
On ne
sait quelle fut la situation des femmes de cette première «
église ». Elles pouvaient probablement participer à la
prédication des apôtres et aux prières du Templé.
Rien ne les empêchait de se tenir « sous le portique de Salomon
», comme les Actes disent que le faisaient les « croyants »
(Ac 5, 12)10 . Le portique était ouvert à tous, et les Actes
signalent que « des multitudes de plus en plus nombreuses dhommes
et de femmes se ralliaient, par la foi, au Seigneur » (Ac 5, 14). Mais
ces femmes ne pouvaient quécouter.
Elles
participaient à la fraction du pain, puisque celle-ci se faisait dans
les maisons. Il n'est fait nulle part allusion à la manière dont
se déroulait ce quon appela le Repas du Seigneur, mais on pense
quon peut voir dans les récits des multiplications des pains une
symbolisation des premières « eucharisties » (Mt 14, 19 ; Mc
6, 42 ; Lc 9, 16) 11 . Nous rechercherons plus loin si les femmes ont pu jouer
un rôle dens ces eucharisties.
Mais
cest surtout dans les communautés pauliniennes que les femmes
purent travailler à porter le message évangélique.
Les femmes dens les communautés pauliniennes
Paul,
en effet, a permis aux femmes de travailler à loeuvre
évangélique, bien quil ait souvent été
taxé de misogynie à cause de ce voile quil exigeait que les
femmes portent pour prophétiser. Il y a longtemps qu'on ne traduit plus
l'exigence de ce volie comme un geste de ''soumision'' au mari (12), mais il
est vrai que les explications que Paul donne au début de 1 Co 11, sur la
hiérarchie Père/Christ/homme, en parallèle à
Christ/homme/femme, a servi d'argument à ceux qui voulaient jusitfier
théologiquement l'inférioité féminine. Nous n'y
reviendrons pas.
Il
semble plus important de reconnaître laction positive de Paul
envers les femmes. II admet quelles « servent »et «
collaborent » avec lui et ses autres collaborateurs pour répandre
la bonne nouvelle du salut apporté par le Christ (13). Rappelons
quil cite de nombreuses femmes dans lépître aux
Romains (16, 1 s), des femmes qui ont «peiné » pour
lévangile; Junie, qui a été « apôtre
» (quel sens donner ici à ce terme ?) ; ses « collaborateurs
en Jésus » que sont Prisca et Aquilas, couple où nous
savons que Prisca jouait le rôle principal ; des femmes
considérées comme des missionnaires: Tryphène, Tryphose et
Persis, et surtout Phoebé diakonos. Nous avons
précisé le sens de ce terme à propos des
esclaves-ministres de Pline. Sagissant de Phoebé, la TOB
elle-même avait dabord traduit par « diaconesse », mais
elle a corrigé par « ministre » dans sa seconde
édition. Le terme de prostatis de lÉglise de
Cenchrées, qui est également attribué à
Phoebé, exprime aussi une position de présidence. Ailleurs,
lapôtre cite Évodie et Syntiche (Phil 4, 2), qui oeuvraient
à Philippes, cette communauté fondée par Lydie, et qui lui
était particulièrement chère (Phil 1, 3-5). Nous savons
déjà que lépître aux Colossiens mentionne
aussi Nympha, qui réunissait les croyants à Laodicée (Col
4, 15).
De
nombreuses femmes, pour la plupart sans doute de nouvelles croyantes, ont donc
pu reprendre une « suite de Jésus », en excerçant des
fonctions importantes, qui pourraient être qualifiées de «
ministérielles », cest-à-dire au service des
communautés.
La
structuration des différentes communautés
Cest un fait à souligner : aucune communauté na
invoqué « lexemple de Jésus » pour se
structurer, ni celle de Jérusalem, ni celle dAntioche, ni les
diverses communautés dont parle Paul.
« Si linstitution est divine en sa substance, ses modes de
réalisation sont historiques, et ils ont été divers
», écrit Y.-M. Congar(14). De son côté, Jean Delorme
estime que « le fait, cest lexpansion de
lÉglise, par suite dinitiatives de personnes, de groupes, de
communautés, sans plan préétabli, sans autre coordination
que celle de la foi et de laccord entre apôtres. La
diversité des églises nées de ce mouvement se traduit,
entre autres, par la manière dont prennent forme les services
nécessaires à leur vie ou à leur rayonnement (15) ».
Bernard Sesboüé appelle lÉglise une «
communauté historique (16)», ce qui indique bien que les diverses
communautés nont pas obéi à un modèle que
Jésus leur aurait laissé.
Il
serait dailleurs difficile de prétendre que la première
communauté de Jérusalem, formée sur le modèle
synagogal, répond aux désirs de Jésus, qui na
cessé de blâmer lambition et lorgueil des notables,
scribes et pharisiens, qui sest opposé à eux, et qui a
finalement été mis à mort par leur complot! Jésus
condamnait rigoureusement toutes les situations de hiérarchie et de
préséance, et il a manifesté tout au cours de sa vie
quil souhaitait une communauté fraternelle : nous lavons
constaté dans cette étude. Cest sans doute Jacques,
puisquil navait pas suivi Jésus, qui a dû orienter la
nouvelle église vers la forme quil connaissait et à
laquelle il était attaché.
A
Antioche, la communauté sorganisa différemment. «
Ceux quavait dispersés la tourmente survenue à propos
dÉtienne », après être passés en
Phénicie, puis à Chypre, sont venus annoncer la Bonne Nouvelle
aux Juifs dAntioche, sans quils aient apparemment adopté
aucune structure. Lorsque des Grecs se joignirent à eux, aucune
organisation nest encore spécifiée (Ac 11, 19). Pas
davantage quand léglise de Jérusalem délègue
Barnabas à Antioche : celui-ci ne vient que pour vérifier la
conformité de la prédication qui y est donnée avec la foi
au Seigneur, non sa structure (Ac 11, 23). Puis Barnabas sadjoint Paul.
La communauté se donnera des dirigeants selon ses besoins. Ils seront
très différents de ceux de Jérusalem : ce seront des
prophètes et des docteurs (cest-à-dire des charismatiques
et des enseignants) (Ac 13, 1 s).
Limposition des mains quils font sur Paul et Barnabas nest
quune forme de bénédiction, dappel à
lEsprit pour la tâche qui est confiée à ces derniers.
Ce nest pas une « ordination », qui nexistera que plus
tard, au moment où le renouvellement des dirigeants se posera et
quun signe sera nécessaire pour les distinguer. On reprendra alors
lordination rabbinique, mais avec un sens différent (17).
Maurice Vidal remarque combien il est peu fait mention de l«
ordination » dans le Nouveau Testament, au regard de la place
quelle a prise aujourdhui. Ceci est dautant plus significatif
que, écrit-il, « sil est peu question dordination, il
est souvent question de ministres, dont plusieurs seraient, ou pourraient
être aujourdhui, des ministres ordonnés (18). Tel serait
probablement le cas de Phoebé, de Lydie, et de nombreuses de ces femmes
qui pouvaient oeuvrer librement au temps de Paul.
Les
épîtres de Paul ne signalent guère non plus le mode de
formation des communautés dites « pauliniennes ». Les
chrétiens de Corinthe et de Thessalonique auxquels Paul écrit
quils doivent se « soumettre à ceux qui se sont
rangés deux-mêmes au service des saints » (1 Co 16, 15
s.), ou davoir « de la considération pour ceux qui se
donnent de la peine au milieu de vous, qui sont à votre tête et
qui vous dirigent » (1 Th 5, 12 s), ne semblent pas appartenir à
des églises bien structurées, mais à des
communautés dont les ministres locaux, qui ont pris
deux-mêmes la charge de leurs frères, sont simplement
« en relation de communion et de subordination avec Paul (19) ».
L« église » de Corinthe semble cependant «
pleinement constituée et équipée de ministères (20)
», éventuellement occupés par des femmes, et «
ouverte à dautres formes de répartition des
ministères (21) ». On voit que ces « églises »,
où les hiérarchies semblent réduites au minimum, sont bien
différentes de l« église » de Jerusalem (22).
La
structuration actuelle nest donc ni loeuvre de Jésus, ni
même celle des premiers apôtres, mais seulement lorganisation
des chrétiens répondant aux nécessités de leurs
communautés.
Si
des « presbytres » ou « épiscopes », qui
doivent, selon 1 Tm 3, 1 s, avoir été mariés et avoir bien
su gouverner leur maison, apparaissent dans les Pastorales et la Didachè
(fin l- siècle-début II e siècle), ce n est qu
à partir d Ignace d Antioche, vers 150, que se dessinera la
hiérarchie tripartite (le « cursus ») : évêque,
prêtre, diacre, qui gagnera peu à peu toute la
chrétienté jusquà ce que le diacre sen
sépare récemment. On est loin de la période apostolique,
et surtout de ce que Jésus semble avoir souhaité !
Les femmes et le Repas du Seigneur
Il
est bien difficile de savoir si les femmes ont pu, dans les diverses
communautés où elles oeuvraient, présider une eucharistie.
Plusieurs éléments de réponse sopposent. Its nous
obligeront à revenir sur certains points déjà
exposés.
Il
semble assuré que leucharistie sest développée
« en symbiose » avec le repas juif (23), qui avait
été celui du dernier repas de Jésus. Cest le
père de famille qui le présidait, ou un hôte masculin de
passage. Les « bénédictions » reprennent pratiquement
celles de ces repas (24). A Jérusalem, il est à peu près
hors de doute que, dans la communauté de forme synagogale, les femmes
ont été écartées de toute fonction, et surtout de
la présidence du repas.
Nous
savons que le Repas du Seigneur ne fait lobjet daucune description
dans les Actes (25). Un seul texte y fait allusion. Cest lorsque Paul,
après un trop long discours, qui entraima la chute dun auditeur
endormi, « a rompu le pain et mangé » (Ac 20, 11). Il
nest pas dit sil la distribué, ou si chacun sest
servi. La première épître aux Corinthiens décrit un
Repas du Seigneur confus et sans ordre, où lon ne voit pas de
président, et où chacun semble manger ce quil veut quand il
veut, sans souci de charité, ce qui est lobjet des reproches de
Paul (1 Co 11, 17s.), dautant plus que le repas chrétien se
présente aussi comme un « service dentraide (26). Mais on
estime que la façon solennelle dont Paul rappelle la tradition qui lui a
été transmise rend impensable que leucharistie ait
été confiée à nimporte qui (27).
Mais
à qui était-elle confiée? Si leucharistie ne se
conçoit pas sans un président de table (28), quel était ce
président? Lorsquun apôtre était présent, il y
a tout lieu de penser que la présidence du Mémorial du Seigneur
lui revenait. En son absence, nous navons aucun élément de
certitude.
Une
étude très poussée dHervé Legrand a cependant
établi que les eucharisties étaient toujours
présidées par le président de lassemblée.
Cest une règle absolue quil a vérifiée,
à vrai dire à partir seulement de la fin du 1er siècle (la
Didachè), jusquau IIIe siècle (29).
Dun autre côté, la Didachè, dans son paragraphe 10,
7, indique que le président de lassemblée est un
prophète ou un docteur (les deux fonctions, malgré leur
différence théorique, étant souvent indistinctes et
variant dune communauté à lautre). « Manger et
boire à la table du Seigneur, cest proclamer sa mort
jusquà son retour »(I Co 11, 26). On a donc pu conclure que
« la compétence pour célébrer les sacrements semble
impliquée dans celle de communiquer la Parole" ». Cest bien
ce qui se dégage du paragraphe de la Didachè que nous avons
citée : celui qui « proclamait la Parole », et qui, à
cette époque, était un prophète (ou un docteur),
présidait leucharistie. Ce nest quun peu plus tard que
la présidence passera aux épiscopes et diacres. Le changement est
perceptible au paragraphe 15 de la Didachè, postérieur au
paragraphe 10 précité : « Choisissez-vous des
épiscopes et diacres dignes du Seigneur, hommes doux,
désintéressés, véridiques et sûrs, car ils
remplissent, eux aussi, loffice des prophètes et docteurs. Ne les
prenez pas de haut : ils comptent parmi vos notables, avec les prophètes
et les docteurs. »
Au
début, épiscopes (ou « presbytres ») nont donc
exercé quune fonction de suppléance des prophètes et
docteurs. Cest litinérance et
lirrégularité de ceux-ci qui ont montré la
nécessité de dirigeants stables.
Or
nous savons que les femmes étaient habilitées à
prophétiser dans les communautés pauliniennes (1 Co 11).
Envisageons donc le cas dune femme prophète présidant
à lassemblée réunie chez elle. Nest-il pas logique
de penser quelle a pu, en cette qualité, présider à
laction de grâces eucharistique du Repas du Seigneur, malgré
son handicap de femme, et bien quaucun document nen porte trace?
Lorsque les femmes ont été les premières converties, elles
ont été aussi les premières à transmettre le
Mémorial du Seigneur. Pourquoi ne lauraient-elles pas
présidé (en labsence de Paul), même si des
frères joignirent plus tard la communauté ? Les «
ministères » nexistaient pas encore et prononcer
laction de grâce (l« eucharistie ») devait
apparaître naturel à ces nouvelles converties, surtout dans les
communautés helléniques formées de «païens
» et non de juifs, où la « symbiose » avec le repas
juif nétait pas évidente - même si Paul avait pu
introduire les bénédictions juives, que la Didachè reprend
(en XI, par exemple), mais à la fin du 1er siècle (31).
On ne
pourrait objecter qu« il ne pouvait y avoir deucharistie
authentique sans lien avec le ministère apostolique (32)», car il
est bien évident que les femmes qui ont fondé et, très
probablement, dirigé les « maisons-églises », comme,
rappelons-le, Lydie à Philippes (Ac 15, 15 et 40), Prisca à
Ephèse (son mari, Aquilas étant secondaire dans la
démarche apostolique : Rm 16), ou Nympha à Laodicée (Col
4, 15), et sans doute un grand nombre des femmes saluées par Paul dans
la finale de lépître aux Romains, avaient été
acceptées et même encouragées par un apôtre, le plus
souvent Paul. Elles étaient donc bien « en lien » avec lui.
Il ne
semble donc pas impensable que des femmes aient pu, dans lÉglise
naissante, prononcer les actions de grâces eucharistiques.
Pierre
Vallin, dans un cours au Centre Sèvres (33), estime que, dans le
judaïsme intertestamentaire, cest-à-dire la période
à peu près contemporaine de Jésus, puis de la
rédaction des évangiles (34), « la marginalisation de la
position sacerdotale pointait vers la possibilité...
daccueillir des femmes parmi les docteurs » (rabbis). Cette
possibilité ne se réalisa pas. Probablement, pense Vallin,
à cause « du processus qui a conduit les docteurs
à prendre la place dun sacerdoce de fait quand le sacerdoce de
droit eut cessé de pouvoir exercer (35)». Par la suite,
continue-t-il, «cette disposition pratique a reçu une
justification théorique ou ideologique selon laquelle il y aurait une
disqualification fondamentale de la femme, qui doit être à l
écoute de lhomme dans la familial. Ce qui allait de soi dans la
tradition biblique devient maintenant l objet d'une justification, que
lon cherche en particulier dans les premiers chapitres de la
Genèse. Cet héritage de pensée a été
recueilli par le Nouveau Testament », et principalement, peut-on ajouter,
dans la pratique ecclésiale.
Cest ce qui expliquerait les contradictions entre lexercice par les
femmes de ministères importants et les mises en garde ou les
interdictions que lon trouve dans les Codes de morale domestique.
Déjà Paul, tout en reconnaissant aux femmes le droit de
prophétiser (1 Co 11), avait cru nécessaire de rappeler
1interprétation rabbinique de la Genèse qui soumet la femme
à son mari, révélant ainsi sa propre hésitation
entre ce quil énonce du principe égalitaire de tous en
Christ par le baptême (Gal 3, 27-28) et ses difficultés
dapplication en raison des habitudes sociales qui restreignaient la
liberté des femmes.
Linterprétation rabbinique sera malheureusement reprise par les
successeurs de Paul et les Pères de lÉglise et sera
constamment invoquée à lencontre des femmes
jusquà nos jours (36).
Ainsi, si les femmes ont pu, dans une première période,
accéder aux fonctions ministérielles que nous avons
relevées (et peut-être même aux actions de grâces
eucharistiques, en tant que prophètes), elles furent ensuite
lobjet dinterdic- tions successives qui samplifieront
jusquà aboutir à leur élimination à peu
près complète de toute fonction ecclésiale.
On
retrouve une autre période dans lhistoire de lÉglise
oú les femmes auraient pu espérer accéder au moins au
ministère de la parole. Cest au XIIIe siècle, quand la
création des ordres mendiants entraîna la reconnaissance d'une
mission ecclésiale qui nétait pas issue de «
lordre ». La prédication, en effet, se trouva
dissociée de la mission du prêtre, cest-à-dire du
« sacerdoce », comme on lappelait désormais. Or
lon sait que la «sacerdotalisation », la reconnaissance du
« sacré » dune fonction, entraîne
nécessairement la disqualification des femmes. Malheureusement,
malgré la présence dabbesses remarquables, le Xllle
siècle vit encore les femmes exclues de cette nouvelle mission (37). Les
temps nétaient pas mûrs.
Lélimination des femmes ne sarrêta pas... Ce processus
sera examiné dans le chapitre suivant.
Notes
1.
Xavier LEON-DUFOUR, Lecture de lÉvangile selon Jean, IV,
op. cit., p. 14.
2.
Sur les apocryphes (les textes qui nont pas été retenus par
le canon des Écritures), voir, entre autres, Élaine PAGELS,
Les évangiles secrets, Paris, Gabalda, 1983 ; France
QUÉRÉ, Évangiles apocryphes, Paris, Seuil, 1983.
Lévangile selon Thomas est édité par
Alexandre Kasser, Genève, Delachaux et Niestlé, 1961 ;
Lévangile de Marie. Myriam de Magdala lest par JeanYves
LELOUP, op. cit. Voir également The Apocryphal New
Testament, ed. J.K. Elliot, Clarendon Press, Oxford, et Écrits
gnostiques, Codex de Berlin, Cerf, 1984. Si les apocryphes ne sont pas
retenus par le Canon, cest pourtant surtout sur eux quon
sappuie pour dire que Pierre est allé à Rome! Aucun autre
texte ne le mentionne.
3.
Jean-Yves LELOUP, LÉvangile de Marie, op. cit.
4.
Nous ne citons pas Philippe qui, après avoir
évangélisé la Samarie, sinstalla à
Césarée où ses quatre filles prophétisaient (Ac 21,
8-9). Il ne sagit vraisemblement pas de lapôtre de ce nom,
mais de lun des Sept qui, Grec, avait dú fuir Jérusalem au
moment de leur persécution, probablement par des Juifs. On peut
sinterroger sur linfluence de la Samaritaine (Jn 4) dans la
conversion de la Samarie. Philippe aurait-il réussi à implanter
la foi en Jésus si le terrain navait été
préparé par cette femme et son entretien avec Jésus?
5. Le
fait que les Actes indiquent que Paul (et Silas) vont trouver Lydie, et que
cest chez elle quils rencontrent «les frères »
indique bien que Lydie est considérée comme le chef de cette
jeune communauté. Lépître de Paul aux Philippiens ne
mentionne plus Lydie mais, bien que la date de cette épître ne
soit pas assurée, il est probable quelle est postérieure
dune dizaine dannées à la rencontre de Lydie et Paul
décrite dans les Actes. Entre-temps, les choses ont dû changer.
Dautres femmes semblent jouer à leur tour un rôle
éminent dans cette même église : Évodie et Syntiche
(Phil 4, 2-3).
6. La
servante qui ouvre à Pierre, miraculeusement sorti de prison, la porte
de la maison de Marie, est Rhodé, dont le nom est grec. Dautre
part, Pierre demande quon aille prévenir « Jacques et les
frères », ce qui semble indiquer que la communauté qui se
réunissait chez Marie nétait pas celle de Jacques, la
première communauté de Jérusalem, mais une autre,
formée probablement de Grecs convertis.
7. La
situation politique est décrite par Flavius Josèphe dans La
guerre des Juifs.
8.
Lettres de Pline le Jeune à Trajan, t. IV, livre X, lettre 96,
Marcel Durry, éd., Belles-Lettres, 1947.
9.
Sur les diaconesses, voir Roger GRYSON, Le Ministère des femmes dans
lÉglise ancienne, op. cit., et AiméGeorges
MARTIMORT, Les diaconesses. Essai historique, op. cit. Cf. infra, p. 129
s.
10.
On pense que le « tous » de ce passage des Actes ne désigne
pas seule- ment les apôtres, qui se seraient tenus sous le portique de
Salomon, mais tous les croyants : cf note h de la BJ sous Ac 5, 12.
11.
On remarquera quen Luc Jésus dit la bénédiction
« sur les pains » - ce qui entrainera à les «
consacrer » - tandis quen Matthieu et Marc, Jésus «dit
la bénédiction », cest-à-dire « faction
de grâces » à Dieu. Jean écrit également que
Jésus « rendit grâces » (Jn 6, 11), ce qui est le sens
de l« eucharistie ». Sur cette différence entre les
deux expressions, voir, en particulier, Eucharisties dOrient et
dOccident, 2 vol., Paris, Cerf, 1970. Voir aussi T.-J. Talley,
« De la berakah à leucharistie. Une question
à réexaminer », La Maison-Dieu 125, 1976, p. I 1-38
et « Structures des anaphores anciennes et modernes », LMD
191, 1992, p. 15-43. Cf également Leucharistie de
Jésus our chrétiens daujourdhui, ouvrage
collectif, Droguet et Ardent, 1991, préface P. MOTTE et, en particulier
le chapitre III de Louis-Marie CHAUVET « Histoire de la liturgie
eucharistique ». Cf encore Louis BOUYER, Eucharistie. Théologie
et spiritualité de la prière eucharistique, Desclée
(Bibl. de théologie), 1966 et 1990.
12.
Sur le voile des femmes, voir Annie JAUBBRT, « Les femmes dans
lÉcriture », Suppl. Vie chrétienne, mars 1978,
p. 46 et NTS 18 (1971-1972), p. 419-430 ; A. FEUILLET, « Le signe de
puissance sur la tête de la femme », Nouv. Rev. Théol.
96 (1973), p. 945-954. La TOB a corrigé sa traduction dans sa
2 édition.
13.
La Déclaration Inter insigniores, qui refuse le
presbytérat aux femmes, croit pouvoir noter une différence entre
deux formules de Paul. Il écrirait indistinctement « mes
collaborateurs » (Rm 16, 3 ; Ph 4, 2-3) à propos des hommes et des
femmes qui laident dans son apostolat, mais il réserverait le
titre de « coopérateurs de Dieu » (1 Co 3, 9 ; cf. 1 Thess
3, 2) à Appolos, Timothée et lui-même, parce que ceux-ci
seraient directement voués au ministère apostolique, à la
prédication de la Parole de Dieu. Cette distinction ne semble pas
exacte. Il faut relire le contexte dans lequel lapôtre parle des
« coopérateurs de Dieu ». En 1 Co 3, 9, il veut mettre fin
aux divisions des Corinthiens qui se réclament les uns dAppolos,
les autres de Paul ou de Pierre et leur faire comprendre que tous collaborent
à la même oeuvre, celle de Dieu. La TOB traduit plus exactement :
« Car nous travaillons ensemble à loeuvre de Dieu. »
Dans lépïtre aux Thessaloniciens, Paul oppose
Timothée, qui accomplit loeuvre de Dieu, aux Juifs, qui font
obstacle à cette oeuvre. Dans les deux cas, le complément «
de Dieu » caractérise «loeuvre », non les
ouvriers. Ailleurs, Timothée est appelé simplement «
collaborateur ».
14.
Cardinal Y.-M. CONGAR, Encyclopaedia Universalis, art. «
Papauté », p. 1003.
15.
Jean DELORME, « Diversité et unité des ministères
daprès le Nouveau Testament », in Le Ministère et
les ministères selon le Nouveau Testament, op. cit., p. 296.
16.
Bernard SESBOÜÉ, « Ministères et structure de
lÉglise », in Le Ministère..., op. cit., p.
347-417, p. 350.
17.
Sur lordination, rite repris de lordination rabbinique, avec un
autre sens, pour transmettre une fonction, mais après la première
génération, voir notamment André LEMAIRE, « Les
ministères dans lÉglise », in Le
Ministère..., op. cit., p. 104-105.
18.
Maurice VIDAL, « Ministère et ordination », in Le
Ministère..., op. cit.,
19.
B. SESBOÜÉ, « Ministère et structures de
lÉglise », op. cit., p. 377.
20.
Jean DELORME, « Diversité et unité des ministères
daprès le Nouveau Testament », in Le Ministère...,
op. cit., p. 309.
21.
J. DELORME, Eod. loc.
22.
Ajoutons que les communautés « pauliniennes » se sont
formées dans des milieux grecs où existaient des associations
très variées, parmi lesquelles les « thiases »,
souvent à but religieux. Ces associations étaient plus libres que
les synagogues, et les femmes y étaient admises et pouvaient jouer un
rôle, Les « modèles » quelles avaient sous les
yeux étaient donc bien différents de celui des communautés
palestiniennes. Voir notamment FESTUGIÈRE, Histoire
générale des religions, 11, Paris, Guillet, 1914, p. 139-140,
et S. TUNC, Brève Histoire des Femmes chrétiennes, op.
cit., p. 79-80.
23.
Hervé LEGRAND, « La présidence de lEucharistie selon
la tradition ancienne », Spiritus 69, 1977, p. 409-411.
24.
Cf. T.-J. TALLEY, cité supra, note 8 et les autres
références.
25.
Pierre Grelot invoque le silence du Nouveau Testament sur une présidence
de leucharistie par une femme pour refuser aujourdhui
lordination des femmes. Mais le Nouveau Testament est aussi muet sur la
présidence par les hommes. Il ne parle que d'une seule eucharistie,
où Paul intervient, mais où on ne le voit même pas
«présider » : P. GRELOT La tradition apostolique.
Règle de foi et de vie pour lEglise, Cerf, 1995. Cf. le compte
rendu quen fait Pierre VALLIN in RSR 85, janv-mars 1997, p.
138-140.
26.
Charles PERROT, Jésus et lHistoire, Desclée, 1979,
coll. « Jésus et Jésus-Christ », p. 296.
27.
H. LEGRAND, « La présidence de lEucharistie », op.
cit.
28.
J. DELORME, « Diversité et unité des ministères
daprès le Nouveau Testament », in Le Ministère...,
op. cit., p. 309.
29.
H. LEGRAND, « La présidence... », op. cit.
30.
J. DELORME, « Diversité et unité des ministères...
», op. cit.
31.
Il y a déjà longtemps que Joan Morris, dans son livre The Lady
was a Bishop (publié en Angleterre sous le titre Against Nature
and God, Mowbray, 1972), avait signalé lexistence
dinscriptions funéraires relatives à des femmes «
presbytres » ou « épiscopes », en particulier celle
dune certaine « Theodora episcopa » dans la chapelle
Saint-Zeno de léglise Sainte-Praxède de Rome. Supposant
impossible quune femme ait pu être elle-même «
épiscope », on avait conclu quil ne pouvait sagir que
de la femme dun « épiscope ». Cependant, une
mosaïque de la même église montre cette Theodora (avec Marie,
sainte Praxède et sainte Pudentienne) entourée dun
carré indiquant quelle est encore en vie au moment où la
mosaïque fut exécutée, et portant un voile, signe
quelle nest pas mariée. Elle ne pouvait donc être la
femme dun « évêque ». Dautres pierres
tombales portent linscription (hono)rabilis feminia episcopa, qui
semble claire. Dautre part, une fresque des catacombes de Sainte
Priscille, malgré des objections, paraît bien représenter
une eucharistie présidée et célébrée par des
femmes, peut-être à loccasion dun repas
funéraire. - V. Wilpert JOSEF, Die Malereien der Katabomben Roms,
3 vol., Freiburg, Herder, 1903 ; Jean-Baptiste FREY, Corpus Inscriptionum
ludaicarum. Recueil des inscriptions juives qui vont du IIIe
siècle avant Jésus-Christ au VIIe siècle de notre
ère, 2 vol., Vatican, Institut pontifical darchéologie
chrétienne, 1936, 1952 (bien que ce dernier auteur Pierre Vallin, estime
que des fonctions de leadership ne pouvaient appartenir aux femmes). Ces
inscriptions et peintures murales ont été soigneusement
étudiées par Dorothy IRVING, docteur en théologie de
Tübingen, spécialiste darchéologie biblique (cf.
Biblishes Reallexikon, et International Standard Biblical
Encyclopedia). Dorothy Irvin a également contribué à
lOxford Encyclopedia of Archeology in the Near East, à
paraître. - Sur le même sujet, voir encore l'article publié
par Giorgio Ottranto, professeur dhistoire du christianisme, dans Vera
Christianum, Notes sur le sacerdoce des femmes dans lAntiquité
en marge dun témoignage de Gelase 1er, repris dans son ouvrage
Italie méridionale et Pouilles paléo-chrétiennes
(Essais historiques, éd. Edipulia, Bari), et dans le Journal of
Feminist Studies in Religion, Harvard Divinity School, Cambridge Mass. -
Tout ceci conduit à réfléchir et peut modifier des
opinions que semblaient bien établies.
32.
B. SESBOÜÉ, « Minsitères et structures de
lÉglise », op. cit., p. 411.
33.
Pïerre VALLIN, Hommes et femmes dans lÉglise (polyc.),
Centre Sèvres, 1979, p. 37.
34.
Cf. André PAUL, « Intertestament », Cahiers
Évangile 14.
35.
Il sagit ici du « sacerdoce » de lAncien Testament.
36. Rappelons par exemple que Thomas dAquin refuse
ainsi lordination aux femmes : « Le sexe féminin ne peut
signifier quelque supériorité de rang, parce que la femme est en
état de sujétion » (Suppl. q. 39 ; 1, c.).
37.
V. PEUCHMAURD, « Le prêtre ministre de la parole dans la
théologie médiévale (canonistes, moines et chanoines)
», Recherches de théologie ancienne et médiévale
(RATM) 9, 1962, p. 52-76, et « Mission canonique et
prédication. Le prêtre ministre de la parole dans la querelle
entre mendiants et séculiers au XIIIe siècle », RATM
30, 1963, p. 122-144 et 251-276.


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