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par Suzanne
Tunc
de Des
femmes aussi suivaient Jésus,Essai d'interprétation de
quelques versets des Évangiles,Suzanne Tunc, Desclée de
Brouwer, 1998, pp 119-138. Republié sur notre website avec les
permissions nécessaires.
Lhistoire de lÉglise, depuis le premier siècle
apostolique jusquà ce jour, révèle un double et
constant mouvement: dune part, les tentatives des femmes pour participer
à la diffusion du message évangélique et, en sens
opposé, les efforts des hommes pour les en empêcher.
Il
nest pas possible ici de traiter à fond cette question,
essentielle aujourdhui où se pose de façon aiguë celle
des ministères, et des ministères féminins. Nous voudrions
pourtant dégager quelques grandes lignes et peut-être
suggérer quelques pistes à suivre plus attentivement.
Ce
qui apparaît dabord, cest lélimination
progressive des femmes des « ministères » en voie de
formation, dès la fin de la période post-apostolique. Peu
à peu, en effet, la « secte » juive nouvelle(1) a dû
se ranger aux moeurs de la société patriarcale dans laquelle elle
vivait. Il est toutefois important de noter que, si « la suite de
Jésus »par les femmes nest jamais prise en compte, «
le choix des douze » nest pas davantage invoqué à
lencontre des femmes, du moins avant le IIIe siècle, comme nous le
verrons plus loin. Cela nétait pas nécessaire,
puisquil allait de soi que les femmes ne pouvaient exercer des
rôles de direction qui appartenaient aux seuls hommes. Les exceptions que
nous aeons rencontrées, dues à linitiative des femmes dans
lévangélisation, nont été possibles que
grâce à la vision élargie de Paul. Elles devaient
disparaître. Des textes successifs vont donc rapidement se charger de
remettre les choses en ordre. Ils constituent ce quon a appelé les
« Codes de morale domestique », puis les Pastorales,
où napparaîtront plus que les « veuves » et les
« diacres ». Un peu plus tard cependant seront
créées, en Syrie, des « diaconesses », parce
quon aura besoin delles. Les prophétesses, au contraire, ne
subsisteront que dans quelques églises vite jugées «
hérétiques », et seront remplacées par des «
lecteurs »(masculine). Tout ceci est connu. Revoyons-le pourtant
brièvement.
Les Codes de morale domestique
Les
textes de cet ensemble, qui ne semble pas émaner de Paul, rappellent
à la femme quelle doit rester soumise à son mari, ce qui
revient à lui interdire doccuper une place
prépondérante. Ce sont, dans lordre chronologique
supposé aujourdhui : Colossiens 3, 18-19 (soumission de la femme
comme « dans le Seigneur ») ; Éphésiens 5, 21 s
(soumission de 1a femme comme « au » Seigneur, ce qui tend á
identifier le rapport mari/femme, étendu à homme/femme, à
celui du Christ/Église, sacralisé et devenu un «
Mystère », fixant les rapports humains dans létat
où ils se trouvaient au moment où la comparaison a
été établie) ; 1 Pierre 2, 13 (qui présente
lobéissance aux moeurs et la soumission de la femme comme une
condition de la conversion des maris non chrétiens) ; puis dans les
Pastorales : 1 Timothée 2, 3-5 (qui exige du mari pour être
nommé « épiscope » quil ait « bien su
gouverner sa famille », la soumission de la femme étant ainsi
sous-entendue) et 1 Timothée 2, 8-15, où les femmes sont
interdites de parole dans léglise (2).
Cette
interdiction de parler se trouve également dans une lettre authentique
de Paul : la première épître aux Corinthiens. Cest la
fameuse injonction : « Que les femmes se taisent » (1 Co 14,
34-35). Mais il est de plus en plus admis quil sagit d'une
interpolation datant de lépoque des Pastorales et qui
viserait à annuler ou au moins à réduire lexercice
de la prophétie par les femmes, reconnue par Paul quelques versets plus
haut (1 Co 11). Le fait que 1 Co 14, 34,5 soit une interpolation se
déduit du fait que ces versets coupent le raisonnement, quils sont
déplacés dans divers manuscrits, que leur vocabulaire n'est pas
celui de lapôtre et quils sont contraires à sa
dynamique. Ainsi font-ils appel à « la Loi », cequi nest pas
lhabitude de Paul.
Éliminées des fonctions lee plus importantes auxquelles elles
avaient pu accéder pendant la période apostolique, des femmes
sont cependant mentionnées dans la période dite post-apostolique,
celle des Pastorales et même plus tard, dans des fonctions
officielles, mais désormais secondaires.
Les Pastorales
Lopinion à peu près générale date les
Pastorales de la fin duIer siècle au plus tôt (3).
Probablement loeuvre dun disciple de Paul, qui reprend une partie
de sa pensée et de ses écrits, elles ont pour but «
larrangement de la discipline ecclésiale », selon les termes
du Canon de Muratori de 180 (qui fixe le canon des Écritures), du moins
telle que cette discipline se trouvait à cette époque,
cest-à-dire encore inachevée. Les femmes sont citées
dans les «fonctions » de « veuves » et de «
diacres ».
Les veuves
Dans
les Actes des apôtres, les veuves étaient mentionnées
à propos des distributions dont elles bénéficiaient, et
dont la répartition inégale fut à lorigine des Sept
(Ac 6, 1 s). Elles semblent donc être des personnes assistées.
Dans la première épître à Timothée, elles
apparaissent encore ainsi, mais elles forment désormais le «
groupe des veuves » (1 Tm 5, 3 s). Peuvent y être inscrites celles
qui ont plus de soixante ans, si elles sont de « vraies veuves,
consacrant leur vie à la prière, ayant pratiqué la
charité toute leur vie en lavant les pieds des saints » (ce
quon interprète comme signifiant quelles leur sont venues en
aide). Les jeunes veuves sont au contraire engagées à
soccuper de leurs enfants, petits-enfants et parents, ou à se
remarier, pour ne pas être à la charge de la communauté.
Lépître à Tite pane des « aînées
» (presbutidas, féminin de presbytre) (Tt 2, 3-5).
Sagit-il des veuves? Peut-être, mais ce nest pas dit. Ces
« aînées » ont un rôle plus actif. Elles doivent
enseigner aux jeunes femmes à « aimer leur mari et leurs enfants,
être réservées, chastes, femmes dintérieur,
bonnes, soumises à leur mari... ». Ces recommandations semblent
davantage ïnspirées par des considérations sociales que
directement par lévangile, même si elles ne sont pas
contraires à la doctrine chrétienne ! La vie de ces femmes
apparaît comme une sorte de prélude à un «
état de vie » qui aboutira plus tard à la vie religieuse.
En tout cas, ces « aînées » ne sont pas «
presbytres » au sens exact. Les presbytres étaient alors
chargés du ministère de la parole, et les femmes étaient
déjà priées de se taire !
Nous
retrouvons les veuves au III e siècle, dans La Tradition
apostolique, que lon date de 218, et qui est attribuée
à Hippolyte de Rome (4). Le texte semble à la fois un «
aboutissement de la constitution progressive d'une hiérarchie à
trois degrés » et « le point de départ dun
systéme dinstitutions ecclésiastiques » (5).
Entre-temps, en effet, était intervenue une «
hiérarchisation » des ministères, qui avait
séparé le « clergé » du peuple, le «
laos » (doù vient le terme de « laïcs (6)»,
et que nous examinerons plus loin. Si les « veuves »forment un
« ordre », elles ne semblent pas faire partie du «
clergé ». Il est bien spécifié quelles ne sont
pas «ordonnées » par une « chirotonie », ce rite
de limposition des mains qui se répandait pour les clercs, «
parce quelles noffrent pas loblation », mais elles sont
« instituées » (établies par une «
chirotésie ») pour la prière, «lot commun de tous
» (TA 10).
Un
peu plus tard, mais encore au llle siècle, la Didascalie (vers
230, et originaire de Syrie), contient de nouveaux développements sur
les veuves, principalement, semble-t-il, pour limiter leur action. Il est
interdit à la veuve, si elle est interrogée, de répondre,
« si ce nest sur les rudiments de la foi » mais elle doit
renvoyer au « président », car « elle risquerait, au
lieu de favoriser la diffusion de lÉvangile, dy faire
plutôt obstacle à cause de son incompétence et surtout
parce que les incroyants se moqueront de ce qui leur est dit par une femme
» (Did III, 5, 2-3), Cest là largument décisif
Mais la Didascalie doit en sentir la fragilité, car elle
éprouve la nécessité dajouter que les femmes
nont pas été établies pour enseigner, mais pour
prier. Et, pour la première fois, on fait appel à
«lexemple de Jésus » : « Car le Seigneur,
Jésus Christ, notre Maitre, nous a envoyés, nous, les douze...
» (et non les femmes). Cest justifier par lagir de
Jésus ce qui a précisément déterminé cet
agir, à savoir limpossibilité pour les hommes de croire les
femmes, ce que la Didascalie constate elle-même.
Il
est cependant bien injuste de reprocher aux femmes de parler de leur foi, car
on reconnaît que cest largement grâce à elles et
à leurs « bavardages » dans leurs maisons que la foi
chrétienne sest répandue. Si elles nétaient
pas de grandes théologiennes (qui létait alors?), la faute
en revenait aux hommes qui refusaient de les instruire !
La
Didascalie interdit aussi aux femmes, mais de manière moins
absolue, de baptiser : « Nous ne conseillons ni à une femme de
baptiser, ni de se laisser baptiser par une femme, parce que cest une
transgression du commandement (lequel ?) et un grand danger pour celui qui est
baptisé et pour celle qui baptise. Sil était licite
dêtre baptisé par une femme, notre Seigneur et Maître
aurait été baptisé par Marie, sa mère, alors
quil a été baptisé par Jean... » (Did III, 9,
1-3). Le texte fait une confusion à la fois historique et
théologique entre le baptême chrétien, qui ne pouvait
encore exister du temps de Marie, et celui de Jean ! En revanche, il est
reproché aux veuves de ne pas suffisamment visiter les malades, leur
imposer les mains et les guérir, ce quelles ne doivent faire
dailleurs que « sur ordre de lévêque ou du
diacre » (Did III, 8, 1, 3). Mais ces fonctions sont assez
surprenantes...
A
travers ces différents textes on imagine ces pieuses femmes allant
allègrement de maison en maison porter la Nouvelle qui les emplissait de
joie et quelles désiraient partager avec les autres. Par leur
âge, leur expérience et leur place dans la communauté,
elles devaient se croire autorisées à agir au nom de leur
baptême et selon leur charisme personnel. Mais leur indépendance
et leurs initiatives ne pouvaient plaire à lévêque !
On suppose que celui-ci a souhaité un ministère féminin
plus souple et plus soumis (7). Ce serait une des raisons pour lesquelles il
créa, en Syrie du moins, des « diaconesses ».
Auparavant, existaient des femmes « diacres ».
Les femmes diacres
La
première épître à Timothée signale
lexistence de femmes « diacres ». Elles sont citées
après les hommes-diacres (1 Tm 3, 8-11). Le texte ne parlant que «
des femmes », on sest demandé sil sagissait des
femmes de diacres ou de femmes elles-mêmes diacres. Si lauteur
avait visé les premières, il aurait écrit « leurs
femmes ». A défaut de ladjectif possessif, on conclut
quil sagit de femmes « diacres ».
Les
fonctions des diacres ne sont pas décrites dans
lépître et il est très difficile de savoir en quoi
elles consistaient. Le terme de diacre, diakonos, serviteur, est
imprécis dans tout le Nouveau Testament, parce que les « services
» (les « ministères ») nétaient pas
encore nettement distingués. Paul désigne Jésus par ce
terme, puisquil est venu pour « servir » (Rm 15, 8). Il se
désigne ainsi lui-même plusieurs fois (1 Co 3, 5 ; 2 Co 3, 6 ; 6,
4 ; également Éph 3, 7, ou encore Col 1, 23-25). Dans tous ces
cas, le terme peut être traduit par « ministre » ou «
serviteur », comme nous lavons fait pour Phoebé (Rm 16, 1)
8.
Paul,
dans lépître aux Philippiens (de date incertaine)
sadresse à léglise « avec leurs
épiscopes et leurs diacres » (Phil 1, 1). On pense que ces diacres
devaient aider lépiscope dans le service de 1a charité,
rôle attribué dans les Actes aux « Sept »,
chargés du service des tables, donc de lentraide (Ac 6). On voit
cependant Étienne, lun des Sept, exercer en fait un «
ministère » plus important, celui de la parole, au risque de sa
vie (Ac 7), et Philippe évangéliser la Samarie (Ac 8, 5). La
fonction de « diacre » pouvait donc emporter dimportantes
responsabilités.
Dans
les Pastorales, les diacres semblent encore assister l«
épiscope », dans ses divers rôles : charité,
surveillance de la communauté, enseignement et communication avec les
autres communautés. Mais à lépoque de
Timothée on distinguait mal les « épiscopes » des
« presbytres ». Bien que le terme de « presbytre » soit
un «titre », désignant lAncien, et que celui
d« épiscope » indique une « fonction »,
celle de « sur-veiller », les mêmes personnes pouvaient se
voir attribuer les deux termes. Ceci rend difficile de définir les
fonctions des diacres, hommes ou femmes. Les tâches seront plus claires
à partir de la Tradition dHippolyte et de la
Didascatie, où, après Ignace dAntioche, seront
distingués et « hiérarchisés », les «
ministères ». Voyons donc maintenant le processus de la
hiérarchisation ecclésiale.
La
hiérarchisation des « ministères »
La
structure ecclésiale hiérarchique tripartite :
évêque/ prêtre/diacre na commencé à se
mettre en place quavec Ignace dAntioche (martyr sous Trajan, en
107). Elle opérera une séparation définitive entre les
clercs et le peuple (les laïcs). Elle sera donc défavorable
à ces derniers, et surtout aux femmes, car elle mettra fin aux fonctions
« charismatiques » et spontanées, oeuvres de lEsprit,
qui inspire qui il veut, donc aussi les femmes. A partir dIgnace,
à peu près tous les rôles seront attribués aux
membres stables qui gouverneront les communautés, et qui seront
hiérarchisés, formant un « cursus ecclésiastique
», où lon pourra monter dun échelon à un
autre, dun degré « moindre » à un degré
« supérieur ».
La
Didachè avait montré linconvénient des
prophètes charismatiques, itinérants et irréguliers. Les
communautés souhaitaient des presbytres stables qui rempliraient les
fonctions des prophètes. Mais il nétait pas encore question
déliminer ceux-ci, ni de les empêcher de « rendre
grâce ».
Ignace dAntioche effectuera la transformation. Leucharistie, dont
aucun texte officiel ne décrivait jusqualors le
déroulement, ni ne précisait le « ministre », sera
réservée par Ignace à celui qui devient l«
évêque », à peu près au sens actuel du terme,
et qui acquiert un caractère monarchique (9): « Que personne ne
fasse en dehors de lévêque rien de ce qui regarde
lÉglise. Que cette eucharistie seule soit regardée comme
légitime qui se fait sous la présidence de
lévêque ou de celui quil en aura chargé
»... « Il nest pas permis, en dehors de
lévêque, ni de baptiser, ni de faire lagape, mais tout
ce quil approuve, cela aussi est agréable à Dieu »
(Lettre aux Éphésiens, III, VIII). La lettre ajoute que
« celui qui fait quelque chose à linsu de
lévêque sert le diable » (IX).
Cette
dernière phrase laisse supposer que certains faisaient encore «
quelque chose à linsu de lévêque »,
probablement dans les communautés qui seront taxées
d« hérésie », dautant plus que seuls
seront admis à exercer des actes liturgiques ceux qui auront reçu
l« imposition des mains » (chirotonie), à laquelle
nous avons fait allusion.
Une
« imposition des mains » est mentionnée dès la
première épître à Timothée mais elle y est
encore mal définie. Elle reste limposition rabbinique,
transmettant seulement la dignité d« Ancien 10 ».
Cest pourquoi en 1 Tm 5, 22, elle ne concerne que le « presbytre
». Le contexte nest pas cultuel. Limposition des mains est
liée à un « charisme » reconnu, à un don de
lEsprit, celui de la Sagesse, de l« enseignement »,
selon le sens du Deutéronome (Dt 34, 9). En tout cas, il était
évident que les femmes étaient exclues de ce rite, qui deviendra
l« ordination ». Elles naccéderont, plus tard,
quau dernier échelon, le diaconat, lorsque seront
créées les diaconesses.
Les diaconesses
Les
diaconesses apparaissent en Orient, en Syrie sans doute, avons-nous dit, pour
donner à lévêque des aides plus soumises que les
veuves, comme le conseille la Didascalie.
« Cest pourquoi, ô évêque, fais-toi des
travailleurs de justice, des aides qui conduisent ton peuple vers la vie. Tu
choisiras et établiras diacres ceux qui te plairont de tout le peuple,
un homme pour lexécution des nombreuses choses qui sont
nécessaires, une femme pour le service des femmes. Car il y a des
maisons où tu ne peux envoyer un diacre auprès des femmes,
à cause des païens, mais tu peux envoyer une diaconesse. Et aussi
parce quen beaucoup dautres choses, loffice dune femme
diacre est nécessaire. En premier lieu, quand les femmes descendent dans
leau, celles qui descendent doivent être ointes avec lhuile
donction par une diaconesse... il nest pas convenable que des
femmes soient vues par des hommes... » (Did III, 12, 1-3).
Les
diaconesses avaient donc pour mission daider lévêque
pour le baptême des femmes et daller instruire les femmes dans les
gynécées où les hommes ne pouvaient
pénétrer.
Même si ce ne fut quen donnant aux femmes des pouvoirs
limités, lÉglise dOrient a su répondre aux
besoins de ses fidèles en créant un nouveau ministère qui,
tout en nétant destiné quau service des femmes, est
présenté en parallèle avec le diaconat masculin. La
Didascalie éprouve néanmoins le besoin de justifier son
innovation en rappelant que « notre Dieu et Sauveur était
également servi par des femmes diacres, Marie Madeleine, etc. ».
On baptise ainsi « diacres » les femmes qui suivaient Jésus,
bien que leur rôle nait rien de commun avec les diaconesses du III
e siècle! Mais cest la seule fois où lÉglise a
su utiliser positivement lexemple des femmes qui accompagnaient
Jésus de Nazareth !
Les
diaconesses recevaient une véritable « ordination" ». Elles
faisaient partie du clerge (12). Malgré cela, elles ne pouvaient
accomplir aucun acte « sacramentel » : elles assistaient
lévêque (ou le prêtre délégué)
pour les onctions du baptême, mais, selon la Didascalie (12, 1-3),
il fallait « que ce soit un homme » qui prononce
«linvocation de la divinité dans leau » (formule
qui semble conserver un relent païen). Car ce qui touchait de près
ou même de loin au « sacré » dont on avait
revêtu les actes liturgiques était interdit aux femmes. Il faudra
approfondir cette importante notion du « sacre (13) ».
Les
diaconesses subsistèrent en Orient jusquà ce que le
baptême des jeunes enfants les rendent inutiles, autour du VI e-VIII e
siècle. Le 2e concile dOrléans interdit en 533
lordination des diaconesses, à cause de la «
fragilité du sexe » (canon 18). Elles deviendront alors «
higoumènes », cest-àdire « supérieures
» de monastères de veuves ou de vierges les futures «
abbesses ».
La
disparition des prophètes
Le
régime hiérarchisé et « ordonné » qui
sest établi à partir dIgnace dAntioche ne
pouvait laisser subsister les fonctions charismatiques, surtout celles des
prophètes. « Lespace de liberté de lEsprit
», selon une expression dAlexandre Faivre (14), se limita peu
à peu aux dons de guérison, de science ou de langue (15). Ceux-ci
seront simplement « reconnus » et « honorés ».
Les
prophètes vont donc disparaître. Leurs fonctions, qui consistaient
en particulier à lire et à commenter la lecture, passeront aux
mains des presbytres ou de leveque(16). Cest lépoque
de la « sacerdotalisation » du culte. On cherche dans le
passé lorigine et le modéle du ministère des
presbytres, et on croit les trouver dans les grands prêtres de
lAncien Testament. Tout va passer dans les mains du presbytre ou de
lévêque. Ceci sera important pour la
célébration méme de la Cène. « La Cène
est de moins en moins comprise comme le repas communautaire du peuple
sacerdotal tout entier et de plus en plus comme une sorte de nouveau sacrifice
offert par les chefs (17). » Dans ce contexte, où trouver la place
des prophètes ? Comme dans la synagogue existait un lecteur, on va
compenser leur absence en créant un nouvel auxiliaire : le lecteur. Il
fera partie du clergé, mais sous la dépendance de la
hiérarchie tripartite, au dernier échelon. Cependant, comme il
sagit désormais dun «cursus », cest
-à-dire dun système où lon peut passer
dun rang inférieur à un rang plus élevé, il
pourra espérer une meilleure place sil exerce bien ses fonctions !
Ce
cursus hiérarchique - « sacerdotalisé » -
détient ainsi en lui le danger de désirer « monter »
dans léchelle hiérarchique, et donc de faire naître
lambition personnelle, en même temps que lesprit de
domination, toujours à craindre, et contre lesquels Jésus
sest élevé avec tant de force. De plus, sacerdotalisation
dit masculinisation. Les hommes seuls vont détenir le pouvoir de
décider, non seulement de « lavancement », mais aussi
des conditions dadmission dans leurs rangs. Les femmes,
dépouillées dès le début de la seule fonction qui
pouvait leur rester accessible, la prophétie, ne pourront rattraper le
départ manqué. La porte sest refermée sur elles. On
trouvera toujours des raisons pour les empêcher de la rouvrir. Dans le
cursus hiérarchique, pas de femme, donc même pas de
«lectrice» (18). Les femmes prophètes vont disparaître
de « la Grande Église ». Il faudra des conditions
exceptionnelles pour que leur voix sélève (une Brigitte de
Suède, une Catherine de Sienne, une Thérèse
dAvila...). La prophétie des femmes ne subsistera que dans
certaines communautés, quon considérera comme des «
sectes » hérétiques, ainsi dans le montanisme, dont il sera
question plus loin
La
résistance des femmes
Lhistoire de lÉglise montre que les femmes nont pas
accepté sans résistance leur élimination. Les
interdictions lancées contre elles, en particulier celles de baptiser ou
de parler dans les assemblées, deront être
répétées longtemps. Les femmes devaient estimer pouvoir et
devoir participer pleinement, en vertu de leur baptême, au service de
lévangile, puisquen Christ, elles étaient « un
» avec les hommes (19).
Les
apocryphes sont de bons témoins de cette résistance (20). Ces
textes, qui datent surtout du II e siècle, signalent limportante
activité des femmes dans certaines églises. Il est fâcheux
quils aient été rapidement suspects et oubliés ou
supprimés, précisément en grande partie parce quils
émanaient de communautés qui pratiquaient
légalité entre hommes et femmes, mais aussi parce que
certaines de ces communautés furent considérées par
« la Grande Église » comme des « sectes » de
tendance « gnostique (21) ».
Une
femme cependant, dont seuls parlent les apocryphes, a été
longtemps vénérée et même considérée
comme sainte jusquau Moyen Age : cest Thècle. De nombreuses
églises lui furent dédiées. Probablement amie de Paul, qui
pourtant ne la mentionne jamais, son histoire est rapportée dans les
Actes de Paul et Thecle (22). Cest sans doute le trop grand nombre
déléments merveilleux quils contiennent qui ont
jeté le discrédit sur Thècle, dont le culte
prolongé indique quelle a dû être une très
forte personnalité.
Une
recherche récente (23) montre que cest surtout dans les deux
mouvements du jeune christianisme, la prophétie et la gnose, que le
rôle des femmes fut important. Lauteur de cette recherche voit
« deux dimensions de la femme religieuse » dalors : la
prophétesse et la « didascale », ou enseignante. Les deux
termes ne sont guère distingués, car dans les deux cas la femme
prend la parole en public, sans respecter linjonction qui lui impose de
se taire.
Cest principalement dans le montanisme quon voit les femmes exercer
la prophétie après sa disparition dans « la Grande
Église ».
Ce
mouvement est né en Phrygie (Asie Mineure), dans la deuxième
moitié du lle siècle (24) . Montan semble en avoir
été le fondateur, mais les deux prophétesses Prisca
(quil ne faut pas confondre avec la femme dAquila du Nouveau
Testament) et Maximilla sont aussi célèbres que lui. Le
mouvement, égalitaire, professait que lEsprit est donné aux
femmes comme aux hommes. Les femmes pouvaient donc exercer les fonctions
denseignement et de liturgie (baptême, eucharistie). Il fut
très important et sétendit à dautres
régions que la Phrygie, et même à Rome, mais « la
Grande Eglise », qui se considérait comme « orthodoxe
» (cest-à -dire dans la vérité - la droite
voie) le considéra rapidement comme « hérétique
». Il dura cependant jusquau VIe siècle, où la
législation sévère de Justinien le fit disparaître.
Grâce aux attaques dÉpiphane dans le Panarion, nous
connaissons quelques oracles de Prisca, Maximilla et Montan (25).
L« hérésie » ny apparaît pas avec
évidence. Tertullien III e siècle), qui appartint au montanisme,
donne à Prisca la même autorité quà Paul et
estime que ses oracles constituent une proclamation évangélique
(26). De son côté, P de Labriolle, qui a examine soigneusement ce
qui reste des textes montanistes, estime quil ny a en eux «
point de nouveauté doctrinale, point de théories
hasardées, mais une acceptation sans équivoque du
dépôt (27) ».
Un
autre exemple de prophétie est donné par une « didascale
» romaine du IIe siècle, Philoumène (28). Dabord
disciple de Marcion (29), elle le quitta pour fonder une secte «
gnostique ». Tenue pour « prophétesse », elle eut de
nombreux adeptes, dont le plus connu est Apelle, qui fixa par écrit ses
Phaneroseis, quon traduit par «révélations
». Louvrage a été perdu, mais nous le connaissons par
sa refutation par Épiphane, dans le Panarion.
Il
ny a dailleurs pas que dans les sectes jugées
hérétiques que les femmes ont agi souvent contrairement aux
consignes officielles, qui leur assignaient le silence.
Que
Tertullien, bien quil aIt rallié plus tard le montanisme,
sélève violemment contre les femmes qui baptisent (30),
semble indiquer que des femmes continuaient de baptiser au III e siècle.
Sil en reconnaît le droit à tout chrétien («
tous le reçoivent au même degré ; tous peuvent le donner
», écrit-il), pour lui, misogyne, cela ne peut concerner que les
hommes. De même pour leucharistie. Il soutient quen raison de
son baptême, un laïc est habilité à présider
une Eucharistie (31), mais il ne songe certainement pas à une «
laïque ». A cette époque, dailleurs, le terme de
« laic » ne visait probablement que les hommes qui, seuls,
faisaient partie du « laos » (peuple de Dieu) en acquittant la
dîme pour lÉglise (32).
Létonnante discussion des Canons ecclésiastiques des
apôtres que nous avons rencontrée (33), et qui montre
lhésitation qui subsistait au IV e siècle sur la place
quil convenait dattribuer aux femmes, laisse aussi penser que des
femmes continuaient dexercer des actes liturgiques qui leur
étaient interdits. Effectivement, des textes, rares il est vrai,
signalent des cas oú des femmes ont exercé des fonctions
sacramentelles, même présidé des eucharisties.
Ainsi, lévêque de Césarée, Firmilien, signale
à Cyprien, vers 235, quune femme de Cappadoce
célèbre leucharistie... en respectant scrupuleusement
toutes les rubriques du rituel! Cétait pendant une période
de persécution. Cette femme avait eu le courage de rassembler des
chrétiens et de célébrer pour eux. Mais Firmilien
manifeste un étonnement scandalisé (34) . Épiphane,
« chasseur dhérésies », comme lappelle
Henri-Irénée Marrou, la mentionne aussi (35). II signale en outre
les pratiques de la « secte » des Collyridiennes (36), qui avait
des femmes presbytres, et même évêques.
Jean-Marie Aubert cite également la correspondance du pape Gelase I"
(492-496) condamnant la pratique dévêques dItalie
méridionale, et probablement aussi dailleurs, qui
conféraient lordination « sacerdotale » à des
femmes. La solennité et le nombre des destinataires de la Lettre, ajoute
J-M. Aubert, montre quil ne sagissait pas de cas isolés,
mais dun phénomène assez général (37) ne
datait que du concile de Laodicée (lie siècle), alors
quauparavant les femmes auraient exercé toutes les fonctions
« sacerdotales »(gouverner, prêcher, enseigner) (38). Mais
cette réponse est vraisemblablement erronée.
Les difficultés de lélaboration des ministères
Tous
ces textes et pratiques contradictoires semblent indiquer que
lélaboration des ministères est restée longtemps
floue, souvent incohérente, différente dune église
à lautre, et sans plan préconçu. II ne pouvait en
être autrement, puisque Jésus navait rien
décidé. La structuration dIgnace au IIe siècle ne
gagna que lentement toute « la Grande Église ». Si les trois
premiers « grades », évêque/prêtre/diacre,
apparaissent relativement stables, un certain flottement règne pour les
autres, en ce qui concerne leur rang dans la hiérarchie et la
nécessité ou non dune ordination (39) . Encore
apparaît-il aujourdhui que le « bloc »
hiérarchisé du clergé (évêque/prêtre/
diacre) n'est devenu irréversible quà partir du Pontifical
romano-germanique, compilé vers 950 par un moine de Mayence (40).
On
comprend alors que lon ait cherché à justifier
linterdiction faite aux femmes de participer à la liturgie par des
exemples tirés des évangiles. Mais, ceux que nous aeons
rencontrés, comme ceux des Canons ecclésiastiques des
apôtres, que nous aeons cités, ne peuvent plus être pris au
sérieux (41). En revanche, ce que les Canons dévoilent,
cest la difficulté dexclure les femmes dun rôle
actif dans la célébration du Mémorial de la Cène,
alors que la Tradition reconnaissait quelles avaient assisté au
dernier Repas de Jésus.
De
même, pour interdire aux femmes denseigner, lappel aux
évangiles nest pas plus convaincant, car si lon invoque
l« envoi des douze », cest seulement après avoir
montré limpossibilité pour les femmes dêtre
écoutées par les hommes, apportant par là même la
raison du « choix des douze (42) ». Enfin, pour interdire aux
femmes de baptiser, on invoque lexemple de Marie, qui na pas
baptisé son Fils, argument anachronique et sans valeur
théologique.
Le
« choix des douze » était si peu considéré
comme un argument pour la formation de la structure ecclésiale
quIgnace lui-même ne considère jamais les
évêques, prêtres et diacres, quil vient de mettre en
place comme remontant aux douze. « Jamais il nemploie le terme de
successeurs » pour eux (43).
Cependant, lexclusion des femmes se poursuivra. Mais au nom de quoi ?
Notes
1. Cf. henri CAZELLES, Naissance de l'Église. Secte
juive rejeteé? Cerf, «Lire la Bible» 16, 1968.
2.
Sur lorigine patriarcale de cette obligation des femmes au silence, voir
en particulier Élisabeth SCHLÜSSLER-FIORENZA: « Briser le
silence. Devenir visibles » ìn Concilium n° 202, sur
Les Femmes invisibles dans la théologie et dans
lÉglise p. 15-31. Un récent ouvrage estime que
lépître aux Colosamns émanerait de Paul. Elle
présente cependant de si grandes ressemblances de doctrine et de style
avec lépïtre aux Éphésiens quelle fait
douter de son authenticité (cf Étienne TROCME Lenfance
du christianisme, Noésis, 1997, p. 171 s.).
3.Cf
Pierre DORMER, Les épîtres pastorales, Paris, Gabalda,
1969; C SP1CQ Les épîtres pastorales, Paris, et, dans
louvrage collectif déjà cité Le Ministère
et les ministères selon le Nouveau Testament, les opinions de P
DORNIER, p. 93-101; B. SESBOUE, p. 380 (celui-ci parle à leur sujet de
« deuxième moment ») ; A. LEMAIRE (p. 102-103), qui ne met
pas en doute que les Pastorales sont loeuvre dun disciple de Paul,
mais ne leur donne pas de date.
4. La
Tradition apostolique est datée généralement de
218. Elle est traduite par Dom BOTTE, SC 11 bis. Sur la
Tradition, voir en particulier Alexandre FAIVRE, Naissance d'une
hiérarchie. Les premières étapes du cursus
clérical, Beauchesne, 1977, « Théol. hist. », p.
47 s. Sur les veuves (et les diaconesses, dont il sera question plus loin),
voir Roger GRYSON, Le Ministère des,femmes dans lÉglise
ancienne, op. cit., ainsi que, mais plus spécialement sur les
diaconesses, Aimé-Georges MARTIMORT, Les diaconesses. Essai
historique, op. cit. Cf également A. FAIVRE, Naissance d'une
hiérarchie, op. cit., et Les laics aux origines de
lÉglise, Centurion, 1984. -Il ne faut pas confondre les
diaconesses avec les chanoinesses. A lorigine, ces dernières sont
celles qui sont inscrites sur la liste - le canon ou « matricule »
- des personnes assistées par une église, en dehors de
lordre des veuves, du moins en Orient. En Occident, de pieuses femmes se
constituèrent en petits groupes indépendants, sans rang officiel,
qui rendaient des services à léglise et recevaient
probablement en échange quelques subsides. Elles
désirèrent par la suite pratiquer les « canons » de
lÉglise à lexemple des chanoines, prêtres
séculiers de lentourage épiscopal (lorigine de leur
appellation est donc différente en Orient et en Occident). Elles
assistaient aux offices, chantaient loffice divin à la
cathédrale. On voulut les obliger à suivre la règle
bénédictine, mais la plupart refusèrent et leurs groupes
vivaient selon la règle augustinienne. Elles eurent parfois une grande
influence (cf un cas particulier : « Remiremont, labbaye et la vine
»,Actes
des Journées vosgiennes, 1980, et Particle de Michel PERROT, ''
Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont. Réflexions sur
léchec dune réforme '', p. 95-127).
5. A.
FAIVRE, Naissance dune hiérarchie, op. cit., p. 47.
6.
Sur cette question, voir A. FAIVRE, Les laïcs aux origines de
lÉglise, op. cit
7. Cf. A. FAIVRE, Naissance dune
hiérarchie, op. cit., p. 135.
8. Supra, p. 109. - Cf. également p. 107.
9.
Sur la naissance des épiscopes (évêques) et Ignace
dAntioche, probablement à leur origine, voir Ignace d Antioche,
Polycarpe de Smyrne, Lettres,
Paris, Cerf, SC 10, 3 éd., par Th. CAMELOT. On sait que
lauthenticité de certaines des lettres dIgnace est
contestée. Sur cette question, voir Bernard Dupuy, « Aux origines
de lépiscopat. Le corpus des Lettres dAntioche
et le ministère dunité », Istina 27, 1982, p.
269-277. Alexandre FAIVRE, Naissance dune hiérarchie. Les
premières étapes du cursus clérical, op. cit., ne
commence son étude quavec la Tradition apostolique (218).
10.
Cf. A. LEMAIRE, in Le Ministère et les ministères..., op.
cit., p. 104-105.
11.
Cette ordination est prévue dans les Constitutions apostoliques
(CA 8, 24, 2). Des rituels dordination des diaconesses sont reproduits
dans A.-G. MARTIMORT, Les diaconesses, op. cit., p. 145 s. ; et aussi p.
64-65.
12.
MARTIMORT a tendance à contester cette appartenance de la diaconesse au
clergé (Les diaconesses, op. cit., p. 64 s.). Le rite
dordination qui la concerne ly assimile pourtant. Martimort
reconnaît par ailleurs que Les Constitutions apostoliques ont «
multiplié les signes qui rapprochent lordination de la diaconesse
de celle du diacre, la séparant des ministres inférieurs »
(ibid., p. 71 et 147 s.), ce qui semble contredire sa première
opinion. R. GRYSON estime que les diaconesses sont membres du clergé
(Le ministère des femmes dans lÉglise ancienne,
op. cit., p. 29).
13.
Infra, p. 45 s.
14.
A. FAIVRE, Naissance dune hiérarchie, op. cit., p. 1 17.
15.
Ibid., p. l 13-114.
16. Ibid., p. 58 s. Lévêque et le presbytre se feront
aussi assister dun « lecteur », comme on va le voir plus bas.
17. Ibid., p. 60. Sur
cette erreur théologique, voir Joseph MOINGT, « Prêtre selon
le Nouveau Testament », Rech. Sc. Rel. (RSR) oct-déc. 1981,
p. 573-598, et infra, chap. VIII, p. 148.
18.
Cela va de soi, puisquelle est interdite de parole et quelle ne
peut enseigner...
19.
Gal 3, 27-28 pouvait le leur faire croire.
20.
Sur les apocryphes, voir supra, chap. VI, note 1.
21.
On range sous lappellation de « gnostiques » des sectes
diverses. La « gnose », ou connaissance, était pour eux le
moyen de salut. La plupart, sinterrogeant sur lexistence du mal,
considéraient que la création avait consisté en une
« chute » de lesprit dans la matière, doù
la nécessité de retrouver lunion avec lesprit et une
tendance au manichéisme opposant le Bien et le Mal, la matière et
lesprit. Yahvé était alors considéré comme un
dieu méchant, puisque la création est mauvaise : il ne pouvait
être le dieu bon de Jésus.
22.
On trouve les Actes de Paul et Thècle dans Gerard WALTER,
éd., Le Mémorial des siècles. 1er siècle. Les
hommes. « Saint Paul », par Édouard DHORME, Paris, Albin
Michel, 1965, p. 186-200 et dans le Dictionnaire
darchéologie et de liturgie (DACL) de Cabrol, sous la
direction de Marrou, col. 2225 s. Voir aussi Jean DANIÉLOU, « Le
ministère des femmes dans lÉglise ancienne », La
Maison-Dieu (LMD) 61, 1960, p. 71-72. Voir encore Anne JENSEN, Thekla,
die apostolin. Ein Apokrypher Text neu entdeckt, Fribourg, Basel, Vienne,
1995.
23.
Anne JENSEN, Les femmes et lautorité charismatique, op.
cit. (non traduit) et « Les femmes et lautorité
charismatique : les prophétesses », communication à un
colloque des « European Research Conferences », «Women in the
Christian Tradition », Mont Sainte-Odile, 6-11 oct. 1995. Rappelons que
la prophétie existait également dans la « Grande
Église », non seulement dans les communautés de Paul, mais
ailleurs, comme en témoigne le cas des quatre filles de Philippe,
lun des Sept. Selon les Actes, elles prophétisaient à
Césarée. On ne sait en quoi consistait cette prophétie,
mais comme elle est rapportée par Luc, compagnon de Paul, on peut
supposer quil sagit de celle qui était pratiquée dans
les communautés pauliniennes. Ces quatre filles prophètes ont
été très longtemps vénérées.
24.
Sur Montan, voir P de LABRIOLLE, La crise montaniste, Paris, Leroux,
1913, et la rubrique « Montanisme » du Dictionnaire de
théologie Catholique, t. X, col. 2355-2370. Voir également A.
JENSEN, op. cit.
25.
Voir P. de LABRIOLLE, La crise montaniste, op. cit., et A. JENSEN,
op. cit., (communication au Mont SainteOdile), p. 6.
26.
Cité par A. JENSEN, Les femmes et lautorité
charismatique, op. cit., p. 5.
27. P
de LABRIOLLE, La crise montaniste, op. cit., p. 107.
28.
Citée par A. JENSEn, Les femmes et lautorité
charismatique, op. cit., p. 2.
29.
Marcion (85-160 environ) rejetait entièrement lAncien Testament.
En raison de ses tendances gnostiques, il ne pouvait admettre que son dieu
cruel fût le Dieu bon de Jésus (voir en particulier le recent
ouvrage dÉtienne TROCMÉ cité supra, note 2,
p. 208).
30.
Tertullien sélèva en particulier contre Thècle,
lamie de Paul, qui aurait « osé baptiser » (cf.
GRYSON, op. cit., p. 42). Les imprecations de Tertullien contre le
ministère des femmes se trouvent en particulier dans Le voile des
vierges, 9, 2-3. et Sur le baptême, 17, 4. Cf. Roger GRYSON, Le
ministère des femmes dans lÉglise ancienne, op. cit.,
(p. 42, pour le cas de Thècle) et Aimé-Georges MARTIMORT, Les
diaconesses..., op. cit.
31.
Tertullien, lorsquil était montaniste, estimait que les laïcs
possédaient la même dignité que les clercs, en particulier
la dignité sacerdotale. « Même laïcs, ne sommes-nous
pas prêtres? Il [le Christ] a fait de nous un royaume de prêtres
pour Dieu son Pére » (Apoc 1, 6). Et il dit ailleurs : «
Là ou ne siège pas lordre ecclésiastique, toi, laïc,
tu offres et tu baptises, tu es toi-même ton propre prêtre,
autrement dit, là où ils sont trois, il y a lÉglise,
même si ce sont des laïcs » (« Exhortation à la
chasteté », 7-8, cité par A. FAIVRE, Les laics à
lorigine de lÉglise, op. cit. p. 67).
32.
Alexandre FAIVRE, Les laïcs à lorigine de
lÉglise, op. cit., p. 131.
33.
Supra, chap. IV, p. 75 s.
34.
Citée par M.J. BÉRÈRE, Le jeu de la Tradition dans la
pratique masculine du ministère apostolique, op. cit., p. 20 et par
Anne JENSEN, Les femmes et lautorité charismatique, op.
cit., p. 9. On ne peut sempêcher de penser aux cas similaires
qui se sont produits en Tchécoslovaquie pendant la période
stalinienne. Des femmes, comme des hommes mariés, ont été
ordonnés pour que lÉglise continue à vivre. Its ont
été désavoués ensuite par la hiérarchie,
alors quils - et elles -avaient risqué leur vie ou, à tout
le moins, lemprisonnement ou la déportation!
35.
Épiphane, Pan, 75.
36. Cf. M.J.BÈRÈRE, Le jeu de la
tradition...., op cit., p. 21
37.
Jean-Marie AUBERT, Léveil féminin, Antiféminisme
et christianisme, Cerf, 1988, p. 229 s. Le concile de Nîmes, à
la fin du IV e siècle, sinquiéterait même du nombre
dordinations de femmes au ministère presbytéral :
Histoire des conciles Héfélé-Leclercq, 2, 1re
partie, p. 93, cité par M.-J. BÉRÈRE, op. cit., p.
23-24.
38.
J.-M. AUBERT, Eod. loc.
39.
A. FAIVRE, op. cit., passim et, en particulier, p. 114.
40.
A. FAIVRE, op. cit., p. 352.
41.
Supra, chap. I V, p. 75 s.
42.
Supra, p. 126.
43.
Cf. H. LEGRAND, « Traditio perpetuo servata? La non-ordination des femmes
: Tradition ou simple fait historique ? » , in Rituels.
Mélanges offerts au P. Gy, Cerf, 1990, p. 399.


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