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Des femmes aussi suivaient Jésus - Introduction

Des femmes aussi suivaient Jésus - Introduction

de Des femmes aussi suivaient Jésus, Essai d'interprétation de quelques vesets des évangiles, Suzanne Tunc, Desclée de Brouwer, 1998, pp 13-19. Republié sur notre website avec les permissions nécessaires.

REMERCIEMENTS

Je remercie tout particulièrement Marie-Thérèse Van Lunen-Chenu et Bernard Feillet, qui ont l'un et l'autre bien voulu relire une partie de mon manuscrit en cours d'élaboration et me donner de précieux conseils. Je n'oublie pas non plus la bienveillante amitié d'Hervé Legrand et de Jean-Pierre Jossua, qui m'a toujours été d'un grand secours, ni l'apport de tous mes enseignants, au premier rang desquels je placerai Joseph Moingt, Bernard Plongeron et Georges Kowalski, dont je garde la mémoire.

Introduction

« Jésus faisait route à travers villes et villages : il proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu. Les douze étaient avec lui, et aussi des femmes qui avaient été guéries d'esprits mauvais et de maladies : Marie, dite de Magdala, dont étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d'Hérode, Suzanne et beaucoup d'autres, qui l'aidaient de leurs biens. »

Tel est le texte de Luc, le plus clair sur ces femmes qui « suivaient Jésus » (Lc 8, 1-3).

Combien de chrétiens le connaissent? On ne le lit jamais, comme s'il était tout à fait secondaire. Il est vrai que, dans les évangiles même, le silence se fait ensuite sur ces femmes, quitte à ce que d'autres surgissent de manière exceptionnelle. Celles qui suivaient Jésus ne sont plus nommées avant sa passion (Mt 27, 55-56 ; Mc 15, 40-41; Lc 23, 49). A ce moment, un des disciples-hommes l'ayant trahi, un autre l'ayant renié, tous ayant fui (à l'exception de Jean qui, cependant, semble n'arriver qu'au moment de la mort de Jésus), elles seules sont là. Elles seront les seules témoins. Plus surprenant encore : c'est à elles avant tous les autres qu'apparait le Ressuscité. Il aurait pu, comme pour Pierre et Jean (qui « crut » cependant : Jn 20, 3-10), les laisser devant le tombeau vide. En leur apparaissant, Jésus leur fait jouer le rôle essentiel. Ce rôle n'a pu être occulté.

Que sait-on cependant de l'aventure de ces femmes aux côtés de Jésus, alors que ce compagnonnage a duré tout le temps de la vie publique du Maître, deux ou trois années ? On s'en est peu soucié.

Les douze jettent une ombre sur les femmes. Jusqu'à la passion de Jésus, on ne parle que d'eux. Faut-il voir dans ce silence des textes sur les femmes l'intention de Jésus, ou même sa « volonté », de les écarter de sa mission et de les exclure des ministères qu'il aurait « institués » par le « choix des douze »?

Cette exclusion, presque deux fois millénaire, reste officiellement soutenue. Sa légitimité commence cependant d'être mise en doute.

Au nom de quoi ?

Tout simplement au nom de la fidélité à l'Évangile, dont le caractère révolutionnaire, que chantaient Marie et Élisabeth (Lc 1, 46-55), ne semble pas encore complètement reconnu. Il transcende trop les habitudes des hommes, leurs préjugés et leurs institutions, pour ne pas demander du temps avant d'être accepté. L'heure semble cependant venue de retrouver les traces de ce que Jésus a permis aux femmes de faire « avec lui », et la nouveauté qu'il leur apportait.

Dans l'Israël antique, malgré la présence de quelques-unes qui ont marqué l'histoire, les femmes ont pendant des siècles été tenues pour négligeables, sauf dans le domaine domestique, où elles étaient reines. Il en était ainsi d'ailleurs dans l'ensemble du monde, sauf exceptions. Les évangélistes eux-mêmes, quand ils évaluent une foule, ajoutent : « sans compter les femmes et les enfants » (Mt 14, 21).

Cette insignifiance des femmes, qui avait sans doute pour origine leur relative faiblesse physique, disparaît depuis peu dans les sociétés civiles, malgré le poids des habitudes. La force est de plus en plus compensée par la technique et les progrès de la médecine ont libéré les femmes d'une grande partie des contraintes de la maternité. On a compris qu'il était juste et, au surplus, de l'intérêt de tous, que femmes et hommes soient partenaires sur un plan d'égalité. Or, si on lit les évangiles sans préjugé, on constate que cette conception est celle même du Christ. Celui-ci rejette toute discrimination, quelle qu'en soit l'origine, entre les enfants d'un même père. Le Royaume de Dieu qu'il annonce, et qui commence ici-bas, ne peut se réaliser que si les femmes, comme les esclaves et tous les exclus, y sont admises.

Le Christ, dit-on, a « choisi » les douze (on ne sait même pas bien qui, d'ailleurs). Mais avait-il le « choix » des ouvriers pour annoncer sa Bonne Nouvelle ? Il ne pouvait envoyer des femmes sur les routes, espérer qu'elles puissent parler dans les synagogues, ni même être écoutées par les hommes : leur parole et leur témoignage étaient refusés. Malgré cela, le Christ n'a pas seulement manifesté aux femmes, de manière constante, respect et affection, il les a appelées à la mission et au témoignage chaque fois que les conditions sociologiques font permis : la Samaritaine, malgré ses cinq maris, est envoyée dans son village ; Marthe témoigne, publiquement, semble-til, de sa foi. Et peut-on oublier que c'est à des femmes; qu'après s'être montré en premier, il a confié la charge d'annoncer sa résurrection aux « apôtres » , seuls capables, à cette époque, de transmettre officiellement la nouvelle ?

A l'accession des femmes aux ministères, on objecte aussi la tradition. Est-ce bien légitime ?

Les Actes des Apôtres mentionnent déjà la participation des femmes à l'évangélisation : l'accueil de Marie dans sa maison à Jérusalem (Ac 11, 13), l'apostolat de Lydie à Philippes (Ac 16, 14-15), surtout celui de Prisca, prépondérante dans le couple Prisca-Aquilas (Ac 18, 18 et 20). Mais c'est principalement dans les épîtres de Paul qu'apparaît l'importance des fonctions exercées par les femmes dans ces communautés dites « pauliniennes » . Or, on s'aperçoit aujourd'hui que ces fonctions correspondaient en fait à des « ministères » actuels, avant que les contraintes sociologiques ne reprennent leur empire... Faut-il donc prêter aux coutumes humaines, même anciennes, plus d'importance qu'au message évangélique et aux besoins de l'Église?

Prenons un exemple qui peut paraître mince, tant il est ridicule, mais qui est révélateur de la tendance conservatrice des esprits : des évêques, à l'apparition de la bicyclette au tournant du siècle, ont interdit à leur clergé d'utiliser cet engin nouveau, jugé incompatible avec la dignité d'un ecclésiastique ! L'image du prêtre, que les siècles avaient « sacralisée », se serait trouvée atteinte ! Cette « sacralisation » n'était d'ailleurs que la projection sur la simple humanité du serviteur du caractère « sacré » du Maître...

La mise à l'écart des femmes relève du même esprit, qui « sacralise » les simples coutumes. Ne la retrouvons nous pas dans de nombreuses civilisations primitives, qui écartent les femmes du « sacré »? D'autres Églises chrétiennes s'en sont affranchies. Aujourd'hui, nombre d'observateurs estiment que l'Église catholique se marginalise et se met en danger en n'admettant pas tous ses membres à la servir dans les mêmes fonctions. Il y a dix ans déjà, l'Economist rendait compte des hésitations de l'Église anglicane devant la question de l'ordination des femmes et concluait qu'elle avait le choix entre le schisme et le dépérissement. L'alternative pourrait bien être la même pour notre Église aujourd'hui.

Il est une raison évidente d'être particulièrement attentif à ce que les évangiles nous disent de l'attitude du Christ envers les femmes (comme envers le Samaritain ou le centurion romain). S'il règne parfois une incertitude sur les faits et dires de Jésus, paradoxalement, les textes qui parlent des femmes peuvent être tenus pour véridiques bien davantage que le reste. La tendance des évangélistes, qui n'était pas d'accorder grande importance aux femmes (on l'a vu dans le décompte des foules), ne pouvait que les pousser à minimiser ce qui les concernait et certainement pas à inventer quoi que ce soit en leur faveur!

Minimiser le rôle des femmes a été et reste dans notre Église une attitude si naturelle que Jean-Paul II s'y laisse surprendre. Dans sa Lettre apostolique Mulieris dignitatem de 1988, il écrit en effet que « parfois les femmes que Jésus rencontrait et qui recevaient de lui des grâces abondantes, l'accompagnaient alors qu'il parcourait avec ses disciples vlles et villages, annonçant l'Evangile du "Royaume de Dieu", et "elles les assistaient de leurs biens". L'Evangile nomme entre autres Jeanne, femme de l'intendant d'Hérode, Suzanne et plusieurs autres » (§ 13) (curieusement, Marie de Magdala n'est pas citée...). Ce « parfois »du début de la citation modifie radicalement le sens de l'Évangile. Il fait d'une « suite » ininterrompue un simple accompagnement occasionnel, dévoilant ainsi de la part du page au moins une réticence à reconnaître un point qui pourrait se révéler essentiel.

Par ailleurs, tout en reconnaissant, dans cette Lettre apostolique, que la domination de l'homme sur la femme constitue une situation de péché (Mulieris dignitatem 10), Jean-Paul II la maintient dans l'institution ecclésiale, sous couvert de « service » et de « différence de rôles ». Il est difficile - mais urgent - de se libérer des visions anciennes !

Si le Christ a favorisé un sexe sur l'autre, c'est le sexe féminin. On hésite à le dire d'emblée, mais si on lit les évangiles avec un regard neuf et en songeant à l'esprit de l'époque, on découvrira que le Christ a été ce que nous appellerions aujourd'hui un « féministe » militant, le plus radical peut-être de l'histoire. Il n'a pas prêché la révolte des femmes, pas plus que celle des esclaves, mais il nous a laissé la responsabilité, si nous voulons être fidèles à son enseignement, de libérer les esclaves et de confier aux femmes les mêmes responsabilités qu'aux hommes. Ne nous a-t-il pas dit que l'Esprit nous éclairerait peu à peu sur ce que nous n'étions pas en état de comprendre (Jn 16, 12-13)? L'Incarnation se poursuit duns l'histoire par l'Esprit.

Ce n'est pas un hasard si la théologie de la libération et les revendications des femmes se produisent en même temps. Il s'agit du même mouvement que manifeste l'humanité dans son désir de Dieu et du Royaume tel qu'il vibre dans l'annonce évangélique. Les questions contemporaines issues de la modernité, des pauvres et des femmes, sont bien en concordance avec la vision de l'humanité éclairée par le mystère de Dieu, c'est-à-dire une humanité d'une universelle fraternité. Elles nous conduisent à remettre en cause la correspondance de notre communauté chrétienne avec cette vision évangélique. On ne peut alors que constater à quel point notre Église y est infidèle. Elle donne une image tronquée de l'humanité et du Royaume de Dieu. En prendre conscience est la première démarche nécessaire pour rétablir la vérité de l'Évangile.

C'est donc avec un souci de fidélité au Christ, et une totale liberté d'esprit, que nous pouvons examiner en quoi a consisté la « suite » des femmes « avec » lui et la place qu'elles ont occupée dans le groupe des disciples.

Le lecteur habitué à n'entendre citer que les disciples masculins de Jésus sera sans doute surpris de voir les femmes leur être associées. S'il réfléchit cependant à ce que les évangélistes, et tout particulièrement les synoptiques, ont voulu dire lorsqu'ils mentionnent la présence des femmes « avec les douze » dès le début de la mission de Jésus (Lc 8, 1-3) et jusqu'à la fin (Mt 27, 55-56; Mc 15, 40-41 ; Lc 23, 49 ; et même Jn 19, 25), pourrat-il extraire ces femmes de cette chaine ininterrompue? Ce n'est pas pratiquer abusivement une « exégèse du silence », que tenter de reconstituer ce que les femmes qui suivaient Jésus ont pu vivre avec lui, d'autant plus que des « indices convergents » émergent çà et là dans les Évangiles. Pour n'en donner ici qu'un exemple, lorsque la mère de Jésus vient rechercher son fils, la réponse de celui-ci inclut les « soeurs » - les femmes - parmi les disciples qui forment sa vraie famille (Mt 12, 46-49) : elles étaient donc là, entourant Jésus, bien que l'évangéliste n'en dise rien. Le « silence des textes » ne provient que du voile constamment jeté par l'écriture masculine des évangiles une « écriture au second degré », comme l'a souligné Claude Geffré -, sur la présence « négligeable »des femmes. L'interprétation postérieure, également masculine, n'a fait que renforcer l'ombre dans laquelle elles ont été plongées. Élisabeth Schlüssler-Fiorenza et les théologiennes de notre époque l'ont souvent rappelé. Mais « la théologie féministe et l'interprétation biblique sont en train de redécouvrir que l'Évangile chrétien ne peut être proclamé si on ne rappelle pas l'importance des femmes disciples et ce qu'elles ont fait », écrit Élisabeth Schlüssler-Fiorenza.

A notre connaissance, on a pourtant rarement comparé les textes qui concernent les femmes avec ceux qui parlent des douze. On ne s'est guère soucié de la personnalité des uns ou des autres, ni de leurs rapports avec Jésus. Combien ont remarqué que Jésus avait commencé d'établir une communauté de disciples égaux, où hommes et femmes participaient à son enseignement comme à ses repas communautaires ? Ceci permettrait donc de penser que les femmes étaient présentes à la Cène? Et que sont-elles devenues après la mort de Jésus? Comment aujourd'hui peuvent-elles « suivre » Jésus ? Ces questions sont primordiales pour notre temps. Nous tenterons de les éclairer dans la mesure du possible.


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