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par Suzanne Tunc
Parole présente, les
Éditions du Cerf 29, bd Latour-Maubourg, Paris, 1989,
Chapitre 11.
Le
Ministère Official des Diaconesses
On ne
peut savoir avec certitude sil y eut des femmes diacres exerçant
les mêmes fonctions que les diacres hommes lorsque linstitution se
développa, probablement au cours du IIe siècle(1). Nous ne sommes
guère renseignés non plus sur le rôle des premiers diacres
prévus par 1 Tm 3, 8-10. Il semble quils aient été
rattachés directement à lépiscope qui
nétait pas encore l" évêque au sens
actuel du terme, mais le « surveillant » de la communauté.
Peut-être les diacres accomplissaient-ils des missions
itinérantes, portant des messages dEglise à Eglise.
Peut-être aussi participaient-ils au ministère de la parole, bien
que la capacité denseigner nait pas été
prévue pour eux.
On a
vu à propos des Lettres dIgnace quon se posait la question
de savoir si Ignace lui-même navait pas été seulement
diacre, et non épiscope. Cest sa personnalité qui
laurait entraîné à jouer un rôle de «
surveillant » pour toute sa région. Les fonctions des diacres
baignent donc à lorigine dans une certaine incertitude.
A plus
forte raison celles des femmes diacres. On sest demandé si
Grapté, chargée, dans le Pasteur dHermas, de porter «
le petit livre » à la connaissance des veuves et des orphelins,
avait été diacre(2). Mais le Pasteur est une oeuvre romaine, et
il ne semble pas quil y ait eu de femmes diacres à cette
époque. La fonction exacte des deux femmes de Bithynie dont parle la
Lettre de Pline le Jeune reste aussi incertaine. Nous avons cru pouvoir
traduire leur titre par celui de « ministre », sans
précision. En revanche, il nest pas impossible que la sur de
Crescens, qui paraît accompagner son frère à
léglise de Philippes dans la Lettre de Polycarpe, ait
été diacre, mais on ne peut laffirmer(3).
De
toute façon, ce nest pas de ces femmes, et encore moins de
Phoebé, que lon parle quand on évoque les «
diaconesses ». Leur création répondit à un besoin
précis, dans une région déterminée, même si
leurs fonctions en sétendant dans le temps et dans lespace
varièrent dune Église à lautre.
Les
diaconesses sont nées en Orient. Elles napparaissent dans
lEglise latine que beaucoup plus tard et pour peu de temps. Elles
ny étaient pas nécessaires. La Tradition dHippolyte
(écrite à Rome vers 215-220 probablement) ne les mentionne pas.
Il ne semble pas non plus quelles aient existé en Egypte, à
Alexandrie, en tout cas pas aux premiers siècles. Si Clément
dAlexandrie et Ori-gène parlent de « diacres femmes »,
ils se réfèrent lun aux femmes qui accompagnaient les
apôtres itinérants, comme le rappelle 1 Co 9, 5, et lautre
à Phoebé, et dans des termes qui laissent entendre quil ne
sagit pas chez eux dune institution vivante.
I.
Les Diaconesses en Orient
Cest lexistence des gynécées qui a
créé le besoin des diaconesses dans les régions où
ils existaient.
La
« Didascalie des apôtres » (IIIe
siècle)
Le
premier texte qui mentionne les diaconesses est la Didascalie des
apôtres, de la première moitié du IIIe siècle (230
environ), et qui est originaire de Syrie. On sait que la Didascalie
présente une communauté à lorganisation encore mal
fixée. Les différents rôles restent flous, quoique
centrés autour de lévêque. « Etablis pour toi,
ô évêque, des travailleurs de justice comme aides qui
puissent collaborer avec toi en vue du salut. Ceux qui te plaisent parmi le
peuple, tu les choisiras et tu les établiras comme diacres, un homme
pour lexécution des nombreuses choses qui sont nécessaires,
une femme pour le service des femmes. Car il y a des maisons où tu ne
peux envoyer un diacre auprès des femmes, à cause des
païens, mais tu peux envoyer une diaconesse. Et aussi parce que en
beaucoup dautres choses loffice dune femme diacre est
nécessaire. En premier lieu, quand des femmes descendent dans
leau, celles qui descendent dans leau doivent être ointes
avec lhuile donction par une diaconesse, Là où il ne
se trouve pas de femme, et spécialement une diaconesse, celui qui
baptise doit forcément oindre celle qui est baptisée. Mais
là où il y a une femme, et spécialement une diaconesse, il
nest pas convenable que des femmes soient vues par des hommes ; au moment
de limposition des mains, tu oindras la tête seulement. Comme
autrefois les prêtres et les rois étaient oints en Israël, de
la même manière, au moment de limposition de la main, tu
oindras la tête de ceux qui reçoivent le baptême, hommes ou
femmes ; et ensuite que tu baptises toi-même ou que tu ordonnes
aux diacres et aux presbytres de baptiser , quune femme diacre,
comme nous lavons déjà dit, oigne les femmes. Mais que ce
soit un homme qui prononce sur elles les noms de linvocation de la
divinité dans leau. Et quand celle qui est baptisée est
sortie de leau, que la diaconesse laccueille, et quelle lui
apprenne et lui enseigne comment le sceau du baptême doit être
conservé intact dans la pureté et la sainteté.
Voilà pourquoi nous disons que le ministère dune femme
diacre est spécialement nécessaire et important. Car notre Dieu
et Sauveur également était servi par des femmes diacres,
Marie-Madeleine et Marie, fille de Jacques et mère de José, et la
mère des fils de Zébédée, avec dautres femmes
encore. Toi aussi, tu as besoin du ministère dune diaconesse pour
beaucoup de choses ; car une diaconesse est nécessaire pour aller dans
les maisons des païens où il y a des femmes croyantes, et pour
visiter celles qui sont malades, et pour les assister dans ce dont elles ont
besoin, et pour laver celles qui commencent à se remettre dune
maladie [...] Que les diacres soient en proportion du nombre de
lassemblée du peuple de lEglise, pour quils soient
à même de connaître chacun individuellement et de secourir
tout le monde, de sorte quils puissent rendre à chacun, aux femmes
âgées qui sont infirmes, aux frères et aux surs qui
sont malades, le service approprié à leur cas. Que ce soit
plutôt une femme qui soccupe du service des femmes, et un homme
diacre du service des hommes » (DA, 3, 12, 1-13).
Le
rôle des diaconesses est donc présenté comme
symétrique de celui des diacres. Librement choisis par
lévêque(4), ils sont, eux et elles, ses collaborateurs et
laident dans sa charge pastorale. Cependant, leurs attributions sont loin
dêtre égales. Dautres passages de la Didascalie
établissent que le diacre est « loreille et la bouche de
lévêque » (DA, 2, 78, 6). Il assiste celui-ci lors de
la célébration de leucharistie et veille à
lordre de lassemblée (DA, 2, 57, 6-7). La Didascalie ne
mentionne pas ce dernier service pour les diaconesses : il apparaîtra
dans un texte plus tardif. Mais non la participation à
leucharistie...
Deux fonctions seulement reviennent aux diaconesses selon la
Didascalie.
Tout
dabord, le « service » des femmes, en particulier des malades
dans les maisons, comme le dit le passage qui vient dêtre
cité. Les femmes vivant dans une partie retirée, il
neût pas été « convenable », selon les
moeurs de lépoque et de la région, de leur envoyer un homme
diacre. La mention de la visite aux femmes croyantes dans les maisons des
païens semble signifier que les diaconesses avaient un rôle
denseignement auprès de ces chrétiennes. Cest
probablement une sorte de visite pastorale quelles sont chargées
de faire. Cette visite nest pas spécifiée par la
Didascalie. Il est seulement dit quaprès la remontée de
leau de la nouvelle baptisée, celle-ci sera reçue,
instruite et éduquée par une diaconesse. Cependant, instruction
et éducation ne pouvaient être faites en une fois, mais devaient
vraisemblablement se poursuivre par les visites « dans les maisons
». Cette interprétation est confirmée par la disposition de
la Didascalie demandant que le nombre des diacres soit en proportion du nombre
de croyants « afin quils soient à même de
connaître chacun individuellement et de secourir tout le monde ».
Seul le masculin est utilisé, mais il va de soi que les femmes diacres
ont ici les mêmes devoirs que les hommes puisquelles doivent
s" occuper du service des femmes », comme les diacres de celui des
hommes.
La
seconde fonction des diaconesses, qui découle de la première, est
leur intervention au baptême des femmes. Elle a été rendue
nécessaire par lexigence de la nudité totale du
baptisé. Pour respecter la pudeur, il fallait des femmes diacres pour
les onctions qui se pratiquaient non seulement sur la tête, mais sur tout
le corps. A cela se réduit dailleurs leur participation à
la « liturgie » baptismale. Le rite sacramentel proprement dit :
imposition des mains, épiclèse (invocation de
lEsprit-Saint), doit être fait par le ministère masculin.
Les femmes, nous le savons, nont pas accès au « sacré
» ni à la parole.
Linfluence de lAncien Testament reste en effet primordiale
dans la Didascalie. Le chapitre 9 justifie les fonctions des nouveaux membres
du clergé en les comparant à ceux de lordonnance
lévitique. Certes, le texte commence par préciser qu«
au lieu des sacrifices dalors », on offre maintenant des
prières, des supplications et des actions de grâce. Mais il
compare lévêque au grand prêtre, déformant le
langage du Nouveau Testament : il ny a plus de « grand prêtre
» en dehors du Christ, prêtre unique. La nostalgie du sacrifice,
composante de la psychologie primitive de léchange (do ut des), et
celle du « grand prêtre », intermédiaire et «
médiateur » (le terme est dans la Didascalie], lemportent
sur la nouveauté évangélique, qui avait mis fin aux
sacrifices comme aux séparations sacré/profane,
clercs/laïcs. Les premiers chrétiens navaient conservé
que les services nécessaires à la construction de
lEglise.
Dans
ce contexte vétérotestamentaire que la Didascalie reprend,
écartées du sacré et de la « médiation
» entre Dieu et lhomme, les femmes ne pouvaient avoir que des
fonctions secondaires. Lexistence des diaconesses nest
justifiée que par les « convenances ». Leur intervention
reste extérieure à lacte liturgique proprement dit. En
outre, linstitution des diaconesses ne semble en être
quà ses débuts, puisquune femme qui nest pas
diaconesse peut soccuper du baptême. Il peut même arriver
quaucune femme ne soit présente. Le ton de la Didascalie est
presque celui dun plaidoyer montrant la nécessité
davoir des diaconesses : « Établis, ô
évêque... » Et le texte ne prévoit pas encore
dordination pour la diaconesse. Il ne dit pas comment elle sera «
établie ».
En
revanche, lorsquelle existe, la diaconesse est comparée, dans une
typologie reprise de la Lettre dIgnace aux Magnésiens (6, 1)
à la figure de lEsprit-Saint, peut-être parce que
lEsprit, en grec comme en hébreu, est du genre féminin.
Lévêque, lui, est limage du Père, le diacre,
celle du Christ. Les presbytres ne sont que le collège des
apôtres. La diaconesse semblerait donc avoir une dignité
supérieure à celle des presbytres. Cela ne saurait surprendre si,
comme on le croit aujourdhui, Ignace na été que
diacre, mais un diacre ayant une influence bien supérieure à
celle dun presbytre ordinaire (et à celle dailleurs
dun diacre ordinaire).
Textes du IVe au VIe siècle
Les
Canons ecclésiastiques des apôtres, oeuvre égyptienne du
IVe siècle, ont été longuement examinés à
propos des veuves. Ils rejettent toute participation des femmes en
général à leucharistie et au service liturgique, le
salut ne pouvant venir que par lintermédiaire des hommes. Ils ne
parlent nulle part des diaconesses. Certaines voient dans létrange
discussion imaginée par les
Canons
sur lattitude des femmes lors de la Cène le signe quon
souhaite que des diaconesses soient instituées. Dautres, au
contraire, pensent que celles-ci étaient connues de lauteur, mais
rejetées par lui.
A peu
près à la même époque, au Ier concile de
Nicée, en 325, lexistence des diaconesses est mentionnée au
canon 19 à propos de celles qui, ayant appartenu à la secte des
Paulianistes(5), sont revenues à lÉglise orthodoxe. Elles
seront réintégrées dans leur « rang »,
maïs il est spécifié que « nayant même pas
reçu limposition des mains », elles sont au nombre des
laïcs.
Les
« Constitutions apostoliques »
Le
texte le plus important de cette période est celui des Constitutions
apostoliques, qui représente la tradition syrienne de la fin du IVe
siècle. Il a été cité à propos des
veuves.
On se
souvient des recommandations que ces Constitutions font aux femmes de ne pas
enseigner dans léglise, ni de baptiser, reprenant, un
siècle plus tard, à peu près les mêmes expressions
que la Didascalie. Cette répétition semble indiquer que les
premières consignes nont guère été
respectées, ce qui reste à dire quelles nont pas
été acceptées par les femmes. On peut y voir la trace de
leurs « luttes »... avant quelles ne soient
définitivement vaincues.
Les
diaconesses doivent être vierges ou, à défaut,
mariées une seule fois. Aucune restriction de cette sorte nexiste
pour les diacres hommes. La virginité des femmes est
considérée comme un bien précieux !
Les
Constitutions apostoliques témoignent du passage de la primauté
des veuves à celle des vierges. Il est possible que, dès cette
époque, les veuves soient sur leur déclin et que les diaconesses
prennent la relève (cf. CA, 6, 17, 4}.
Comme
dans la Didascalie, les diaconesses étaient dabord
destinées à se rendre dans les maisons où un diacre ne
pouvait être envoyé à cause des « convenances
». Elles avaient ensuite le rôle dassistance des femmes au
baptême. Mais, alors que la Didascalie envisageait le cas où il
ny aurait pas de diaconesse présente à un baptême de
femme, les Constitutions sont muettes sur ce point, probablement parce que les
diaconesses sétaient tellement répandues en lespace
dun siècle quelles ne manquaient pas. Et il nest plus
nécessaire de justifier leur existence par le rappel des femmes qui
suivaient et « servaient » Jésus comme en DA 3, 12, 4. En
outre, linstruction des femmes baptisées au sortir de leau
est mise en parallèle avec celle des baptisés hommes par les
diacres. Les fonctions des uns et des autres sont équivalentes sur ce
point (CA, 3, 16, 4).
Les
diaconesses sont chargées de laccueil des femmes dans les
assemblées, comme les diacres le sont pour les hommes. Il sagit de
veiller à ce que chacun trouve une place. Il est fait allusion à
ce service dans la prière dordination de la diaconesse, en
référence aux femmes qui gardaient les portes de la Tente du
Témoignage et du Temple (CA, 3, 28, 6). Mais le service liturgique des
diaconesses se limite à ces fonctions. Elles ne peuvent bénir ni
accomplir les actes des évêques et des presbytres (CA, 2, 26, 6).
Elles nassistent pas ceux-ci à lautel et ne distribuent pas
la communion.
Les
Constitutions élargissent cependant les fonctions des diaconesses par
rapport à la Didascalie. Elles leur confient un rôle de mission
qui rappelle celui des missionnaires des premiers siècles : diacres et
diaconesses « sappliqueront à ce qui concerne les messages,
voyages, services, selon ce que dit du Seigneur le prophète Isaïe
».
Elles
jouent également un rôle dintermédiaire entre les
femmes et les membres masculins du clergé, dans une curieuse application
de la typologie utilisée par les Constitutions. Si la diaconesse ne doit
rien faire ni dire sans le diacre, type du Christ, il nest pas possible
de croire au Christ sans être enseigné par lEsprit, type de
la diaconesse : aucune femme ne doit donc aller trouver
lévêque ou le diacre sans la diaconesse (CA, 2, 26, 6). Mais
les Constitutions arrêtent là leur raisonnement. La logique
exigerait que les hommes passent également par la diaconesse
lEsprit-Saint pour aller au diacre le Christ ou
à lévêque le Père. Cela ne pouvait
venir à lidée de personne ! Landrocentrisme couvrait
toute logique. On voit là linadéquation de tout symbole aux
réalités humaines, et avec quelle prudence il doit être
manié.
Place des diaconesses dans la hiérarchie
ecclésiale
Dans
lassemblée ecclésiale, selon les Constitutions, les
diaconesses occupent le premier rang parmi les femmes, avant les veuves et les
vierges, et elles communient avant elles. De plus, alors que la Didascalie
exigeait la soumission des veuves aux évêques et aux diacres, les
Constitutions ajoutent : « et aussi, bien sûr, aux diaconesses
» (CA, 3, 8, 1). Par ailleurs, les diaconesses sont vraisemblablement
incluses dans la prière des fidèles pour « tout le diaconat
et le ministère dans le Christ » (CA, 3, 10, 9). Le fait que le
terme de « diaconat » soit choisi de préférence
à diacre, alors quà linvocation
précédente on faisait prier pour les « presbytres »,
le laisse supposer. Elles doivent aussi, semble-t-il, être comprises sous
le terme « les diacres » (diaconôn) de la prière de
lanaphore(6), puisquelles sont « diacres ».
Aussi,
pour certains auteurs il est indiscutable que les diaconesses font partie du
clergé. Dautres, au contraire, voient dans le fait quelles
communient après les sous-diacres, lecteurs, chantres, ascètes,
et seulement en tête des femmes, lindication quelles ne
feraient pas partie du clergé, même inférieur(7).
Lordre de la communion nest cependant pas significatif. Il
nest que lorganisation temporaire de lassemblée,
où hommes et femmes sont séparés. Plus importante est la
place que les diaconesses ont dans la prière : le diaconat, dont elles
font partie, vient avant les membres inférieurs du clergé (CA, 8,
10, 9). Plus significative aussi est la participation des diaconesses avec les
clercs, et avec eux seuls, à la distribution des « eulogies
», pains offerts en surnombre par les fidèles pour
leucharistie et non consacrés. La distribution des eulogies les
mettrait sur le même plan que les clercs inférieurs.
Lévêque, en effet, reçoit quatre parts, les
prêtres trois parts, les diacres deux parts. Les « autres »,
sous-diacres, lecteurs, psalmistes ou diaconesses, ne reçoivent
quune part (CA, 8, 31, 2). Mais il ne faut sans doute pas attribuer une
importance excessive à cette distribution, où dautres
critères que la place dans la hiérarchie peuvent intervenir. Ce
qui assimile le plus sûrement les diaconesses au clergé, et au
clergé supérieur, cest lordination quelles
reçoivent.
Dans
les Constitutions apostoliques lordination des diaconesses est
prévue immédiatement après celle des diacres et avant
celle des sous-diacres. Elle comprend limposition des mains et
linvocation de lEsprit-Saint, et elle a lieu en présence du
presbytérium, des diacres et diaconesses, cest-à-dire du
clergé supérieur (CA, 8, 24, 2). Au contraire, lordination
du sous-diacre et du lecteur, si elle est faite aussi par imposition des mains
et invocation de lEsprit-Saint, ne requiert pas la présence du
clergé supérieur (CA, 8, 21, 2 pour le sous-diacre, 8, 22, 2 pour
le lecteur).
Selon
les Constitutions, la prière dordination de la diaconesse est tout
à fait semblable à celle de lordination des autres clercs,
quoique adaptée à son rôle : « Dieu éternel,
Père de N. S. J.-C., créateur de lhomme et de la femme, toi
qui as rempli de lEsprit Marie, Debora, Anne et Houlda, toi qui nas
pas dédaigné de faire naître ton Fils unique dune
femme, toi qui as désigné dans la Tente du Témoignage et
dans le Temple les gardiennes de tes saintes portes, abaisse maintenant aussi
ton regard sur ta servante que voici, désignée pour le diaconat.
Donne-lui lEsprit et purifie-la de toute souillure de la chair et de
lesprit, afin quelle sacquitte dignement de la tâche
qui lui a été assignée, pour ta gloire et pour la louange
de ton Christ, avec qui soient à toi gloire et adoration, ainsi
quau Saint-Esprit dans les siècles. Amen ! » (CA, 8, 20,
1-2).
On
retrouve les schémas vétérotestamentaire dans la
référence aux femmes de lAncien Testament(8). Il est vrai
quaux gardiennes des portes on ajoute les prophètes, qui
nétaient pas citées dans la Didascalie. Mais les
Constitutions ont encore besoin des modèles de lorganisation
lévi-tique pour justifier les diaconesses à moins que ce
ne soit pour limiter leur action ? Pourtant, dans la prière
dordination elle-même, rien nindique une différence
avec les clercs masculins.
Tous
les auteurs, même ceux qui nont pas tendance à gonfler
limportance des diaconesses, reconnaissent que les Constitutions
prévoient une véritable ordination pour elles. Les Constitutions
auraient ensuite influencé la liturgie byzantine. Celle-ci «
multiplia les signes qui rapprochent lordination de la diaconesse de
celle du diacre, la séparant des ministres inférieurs(9) ».
Le rituel pourra varier selon les Églises, mais il sera toujours une
ordination.
Autres textes relatifs à lordination des
diaconesses
II ne
sera pas question ici du Testament de Notre Seigneur, rédigé au
Ve siècle dans la partie orientale de la Syrie, parce quil
attribue aux veuves les fonctions des diaconesses. Dans ce texte, celles-ci ont
une place très modeste. Une seule activité est prévue pour
elles : celle de porter la communion pascale à une femme enceinte qui ne
peut venir à la messe de Pâques. Il semble quil ne
sagisse pas pour la femme enceinte dune impossibilité
individuelle et passagère, mais bien plutôt dune
interdiction ecclésiale qui léloigné de
léglise : elle est impure ! Le Lévitique règne
encore.
En
Perse, au contraire, ce qui montre la variété des pratiques, un
document probablement dorigine syriaque et de cette époque,
recopié par une communauté jacobite, prévoit
lordination des diaconesses, mais par une prière différente
de celle des diacres. II est précisé en outre que « la
diaconesse napproche pas de lautel » (toujours le
Lévitique !). Elle a pour rôle principal doindre les femmes
au baptême et de les cacher par un voile comme cela a été
transmis « par les bienheureux apôtres ». Ces «
bienheureux apôtres », dit le texte, ont livré les «
mystères », non par écrit, mais par tradition orale, pour
que seuls les prêtres et les diacres les connaissent...
Lhabileté est cousue de fil blanc : sil ne se trouve aucun
écrit de référence, mais seulement des «
mystères » transmis de bouche à oreille, le clergé
en dispose seul par définition et les interprète à son
gré, puisque lui seul les connaît(10) !
Un
rôle secondaire, quon pourrait dire de police, revient aux
diaconesses « lors du service de loblation » : empêcher
que des hommes ne viennent se placer à côté des femmes
« et que ne pénètre ainsi la débauche dans
léglise de Dieu ». Elles doivent aussi renvoyer les
catéchumènes avant leucharistie proprement dite et exhorter
les « filles de lAlliance » et les femmes laïques
à se bien comporter. Ces « filles de lAlliance », dont
on connaît mal lorigine, mais dont lappellation semble une
traduction hébraïque, sont mentionnées désormais de
plus en plus fréquemment dans les textes. Opposées aux «
laïques », elles apparaissent comme une sorte de religieuses. Le
souci que les diaconesses doivent avoir delles semble à certains
auteurs lindice que la mission des diaconesses deviendra progressivement
celle, « exclusive », de la direction des
religieuses(11).
Un
recueil appelé les Canons arabes de Nicée, composé en
syriaque ou en grec dans la région dAntioche, au Ve siècle
également, prévoit lordination de diaconesses «
irréprochables », choisies dans la « classe des soeurs
». Elles sont cependant chargées du service du baptême.
Peut-être assiste-t-on ici à lopération inverse de la
précédente : une religieuse ordonnée pour le service du
baptême et non une diaconesse pour le service des religieuses.
Variété des textes, reflétant vraisemblablement celle des
pratiques.
Enfin,
un rituel byzantin, connu sous le nom dEucho-logue Barberinî,
contient des indications intéressantes sur lordination des
diaconesses. Cest une copie italienne du VIIe siècle dun
texte non daté. Cependant la mention des prières de Basile et de
Jean Chrysostome pourrait indiquer quil ne leur est pas de beaucoup
postérieur (Ve ? VIe siècle?}. LEuchologue Barberini
décrit successivement lordination dun évêque,
dun presbytre, dun diacre, dune diaconesse, dun
sous-diacre, en utilisant le même terme : imposition des mains.
Linclusion de la diaconesse parmi les personnes ordonnées est
dautant plus significative que le texte énumère ensuite les
personnes « désignées » : lecteur, psalmiste,
higoumène (président[e]) dune communauté monastique,
qui ne reçoivent pas lordination.
Le
rite pour la diaconesse est ainsi exposé : « Après
qua eu lieu la sainte anaphore et quon a ouvert les portes [...],
lévêque dit à haute voix : La grâce
divine, tandis que la diaconesse incline la tête. Il impose la main
sur sa tête et, faisant trois croix, il prie ainsi : Dieu saint et
tout-puissant, toi qui as sanctifié le sexe féminin par la
naissance selon la chair de ton Fils unique et notre Dieu dune vierge et
qui as fait don, non pas seulement aux hommes, mais aussi aux femmes, de ta
grâce et de la venue de ton Esprit-Saint, toi maintenant encore,
Maître, jette les yeux sur ta servante que voici et appelle-la à
luvre de ta diaconie (diakonian), et fais descendre sur elle le
riche don de ton Saint-Esprit ; garde-la dans la foi orthodoxe, dans une
irréprochable conduite selon quil test agréable,
remplissant continuellement son ministère (leitourgian). Car à
toi convient toute gloire... »
Après une prière faite par le diacre,
lévêque impose la main sur celle qui est ordonnée en
priant ainsi : « Maître Seigneur, toi qui ne repousses pas les
femmes qui se sont consacrées à toi pour servir (leitourgein)
à tes saintes demeures comme il convient, mais qui les accueilles dans
un rang de ministres (leitourgôn), accorde la grâce de ton
Saint-Esprit à ta servante qui a voulu se consacrer à toi et
remplir la grâce de la diaconie (diakonias) comme tu as donné la
grâce de ta diaconie à Phoebé que tu as appelée
à luvre du ministère (leitourgias). Accorde-lui,
ô Dieu, de persévérer sans reproche dans tes saints
temples, de sappliquer au gouvernement de la maison...(12) » Puis
lévêque passe au cou de la diaconesse lorarion
diaconal.
Nous
avons reproduit un peu longuement ces textes parce quils montrent,
dune part, quil sagit sans aucun doute dune
véritable « ordination » des diaconesses et, dautre
part, que la « diaconie », le service, est un «
ministère » ecclésial, dordre cultuel, comme
lindique lemploi répété du terme culte
(leitourgia) que nous avons cru nécessaire de rappeler en grec. Certes,
ce terme est utilisé par Paul pour indiquer son ministère non
cultuel auprès des païens, le ministère de la parole, mais
cest parce quil équivaut à un culte et quil
entraîne dailleurs toutes les fonctions « cultuelles ».
Cependant, dans lEuchologue Barberini, le service « cultuel »
se trouve limité par les prescriptions qui écartent les femmes de
lautel. Dautres textes le montreront plus clairement
encore.
On est
frappé également dans ces prières dordination par le
besoin de justifier « linsolite » dune ordination de
femme. La première prière précise que le sexe
féminin est « sanctifié » par la naissance de notre
Dieu dans la chair de la Vierge, le sexe masculin est saint de
lui-même(13), et que les femmes ont « aussi » reçu la
grâce et lEsprit-Saint. La deuxième prière de
lévêque commence par rappeler que « Dieu ne repousse
pas les femmes qui se sont consacrées » à lui pour servir.
Précautions oratoires où lon peut lire en filigrane
létonnement ou lémerveillement ? de
constater que Dieu a fait don de son salut aux femmes comme aux hommes(14)
!
Témoignages sur les diaconesses autour du IVe
siècle
Les
textes que nous venons de citer font apparaître des fonctions diverses
pour les diaconesses : elles servent au baptême des femmes, elles
maintiennent lordre et la discipline dans lassemblée,
parfois elles semblent ordonnées comme « higoumènes »
de monastères. Quen était-il dans la pratique ?
Pour
tenter de répondre à cette question, reportons-nous à
quelques témoignages de contemporains. Certains émanent de
commentateurs peu favorables aux fonctions ecclésiales des femmes et
limitent le plus possible celles des diaconesses. Ainsi Ephiphane, originaire
de Judée, évêque de Salamine en 367.
Dans
le Panarion, où il ne dénonce pas moins de quatre-vingts
hérésies, celle des « collyridiennes » est la
soixante-dix-neuvième. Les collyridiennes honoraient la mère de
Dieu comme une divinité. Ce nest pourtant pas ce qui
préoccupe lévêque de Salamine, mais le fait que des
femmes sattribuaient des « fonctions sacrées ». Or,
explique-t-il, « la race des femmes » est écartée des
fonctions sacrées parce quelle est « faible, versatile et
dintelligence médiocre ». Le démon se sert
delle pour répandre les erreurs (Hérésie 79, 1,
6-7).
Il
appuie son raisonnement sur lAncien Testament où les sacrifices
sont toujours offerts par des hommes. Aucune femme na jamais
exercé le « sacerdoce ». Aucune des « saintes femmes
mentionnées dans lEcriture ne sest vu attribuer la
dignité sacerdotale ». Les filles de Philippe
prophétisaient, mais nexerçaient pas les fonctions «
sacrées ». La prophétesse Anne, fille de Phanuel,
nétait pas investie dune fonction « sacerdotale
». Il y a bien dans lEglise, reconnaît Epiphane, « des
diaconesses, mais elles nont pas à poser dactes sacerdotaux.
Pas plus que les diacres, elles naccomplissent dactes sacramentels
; comme eux, elles ne sont que des serviteurs. Leur ministère, qui
sexerce uniquement auprès des femmes, a pour objet de sauvegarder
la décence ». La répétition du mot «
sacré », soit à létat pur, soit dans les
composés « sacerdoce », « sacerdotal », «
sacramentel », est éloquente. Pour Epiphane non plus, le «
sacré » nappartient pas aux femmes !
Cependant, malgré les restrictions quil apporte aux
fonctions des femmes, Epiphane compte les diaconesses parmi les membres du
clergé. Il semble bien quil en ait ordonné lui-même :
une lettre de lui précise seulement quil « nen a
jamais ordonné pour dautres provinces que la sienne »
(Lettre à Jean, évêque de Jérusalem).
Des
témoignages sur lexistence des diaconesses émanent
dautres écrivains ecclésiastiques, comme Théodore,
évêque de Mopsueste (Cilicie) en 393, Théodoret,
évêque de Cyr (à lest dAntioche) en 423.
Grégoire de Nysse cite une diaconesse, Lampadion, qui dirigeait le
choeur des vierges à Anissa, monastère fondé par sa
sur Macrine. Sévère dAntioche écrivait
à Jannia et à Valériana, « diaconesses et
higoumènes ».
Citons
encore le témoignage dÉthérie (ou Egérie
selon les textes). Éthérie était une grande dame,
probablement originaire de Gaule (dAquitaine?). Voyageuse infatigable aux
lieux saints à la fin du IVe siècle, elle fut une précoce
journaliste- reporter- ecclésiologue sans le savoir. Elle signale un
certain nombre de monastères de femmes, en particulier à
Séleucie, près du martyrium de Sainte-Thècle. Elle y
rencontra la « sainte diaconesse Marthana », qui était
probablement « higoumène » dun monastère
dapotactites ou vierges(15).
Lamitié des Pères de lEglise pour certaines
diaconesses ne les empêche pas de manifester par ailleurs un profond
mépris pour les femmes. Cest surtout Jean Chrysostome, diacre en
383, puis prêtre et ensuite archevêque de Cons-tantinople, qui a
longuement parlé delles en des termes contradictoires. En dehors
de ses amies diaconesses, que nous allons citer, il na
déloges que pour les femmes des temps apostoliques, par opposition
à celles de son époque. Pour celles-ci, il a les mots durs que
lon connaît(16), tandis quil écrit que les femmes des
premiers temps « étaient comme des lions ; elles partageaient avec
les apôtres les fatigues endurées au cours de la
prédication ; cest pourquoi elles les accompagnaient dans leurs
voyages et leur rendaient toutes sortes dautres services ». Il
parle de Phoebé comme de la première « diaconesse ».
Il insiste sur le rôle joué par Prisca, lui attribuant, et
à elle seule, le mérite davoir instruit Apollos. Il
relève quune femme a fait ainsi la même chose que les hommes
et quelle a enseigné. Cela lui permet de distinguer entre
lenseignement privé, permis et même recommandé aux
femmes, et lenseignement public, du haut de la chaire. Celui-ci est
réservé aux hommes, car la femme ne doit pas se placer «
au-dessus » de lhomme. On notera que Prisca sest pourtant
placée par sa situation denseignante « au-dessus »
dApollos, qui était un homme, mais la contradiction
napparaît pas à Chrysostome.
Pour
justifier sa position pessimiste sur les femmes, Chrysostome explique
quau début de la création, lhomme navait que la
« primauté dhonneur » que lui valait le fait
davoir été créé le premier. Cest la
part prise par Eve dans la faute originelle qui aurait transformé cette
primauté en autorité. Aussi, dès quil sagit
daussi, importantes fonctions que celles du gouvernement de lEglise
et de la direction des âmes, les femmes en sont exclues. Il est vrai que
Chrysostome reconnaît quun petit nombre dhommes seulement y
sont appelés(17).
Quant
au silence des femmes, Chrysostome estime quil est nécessaire
à cause du désordre que les femmes créent par leur
bavardage. Lui-même se plaint du bruit quelles font à
léglise. « Quelle débandade ! écrit-il. Quel
charivari ! Quelles conversations ! Nulle part elles ne sont si bruyantes. On
ne les voit pas davantage jacasser aux bains ou sur la place. A croire
quelles ne se rendent à léglise que pour
samuser et babiller toutes à la fois ! Cest la foire
dempoigne. Croient-elles quon puisse rien apprendre à des
pies ? A quoi bon prêcher quand le sermon se met en travers des
conversations et que personne nécoute ? » (Homélie 9,
sur 1 Tm 2, 11-15.)
En
revanche, Chrysostome a pour les diaconesses une grande estime. Une de ses
tantes, Sabinia, était diaconesse. Mais surtout il se lia
damitié avec la plus célèbre, Olympias (341-408).
Olympias, de la famille impériale, veuve sans enfants à
vingt-quatre ans, fut ordonnée à trente ans. Elle fonda et
dirigea un hôpital pour le clergé et les pauvres, ainsi quun
monastère avant ou après son ordination. Elle soutint Jean
Chrysostome dans son exil, quelle partagea avec lui plus tard. Elle
reçut dix-sept lettres de lui(18).
Jean
Chrysostome ordonna lui-même les surs dOlympias : Martyria et
Palladia, et sa parente Elisanthia, pour quelles servent dans le
monastère fondé par Olym-pias. Ce monastère était
devenu si florissant (deux cent cinquante moniales) quil fut
nécessaire détablir plusieurs diaconesses à sa
tête pour assurer de façon ininterrompue sa cohésion et les
services religieux. Nous ne connaissons pas avec précision les fonctions
dOlympias ni de ses compagnes. Palladius(19) rapporte quOIympias,
entre autres activités, « a catéchisé bien des
femmes ». Est-ce au sortir du bain du baptême ? Ni Jean
Chrysostome, ni Théodore de Mopsueste, qui est à peu près
son contemporain, ne mentionnent lintervention des diaconesses au
baptême, alors que les catéchumènes adultes étaient
encore nombreuses. Lorsque Jean Chrysostome partit pour lexil, cest
pourtant dans le baptistère quil fit ses adieux aux diaconesses.
On ne sait si ce fut pour se cacher, ou parce que là se trouvait le lieu
de la fonction principale des femmes.
Ce
silence sur lintervention des femmes au baptême est
équivoque. Il peut signifier que leurs fonctions dans la liturgie
baptismale allait de soi et quil ny avait plus à en parler.
Il peut aussi indiquer que les diaconesses commençaient à prendre
une autre orientation comme higoumènes de monastères. On a
pensé que lordination des surs dOlympias, et en
particulier celle de sa parente Elisanthia, pour être à la
tête de son monastère après elle, pouvait être
lindice dun changement dans le rôle des
diaconesses.
Quil y ait eu des diaconesses chargées de la direction
dun monastère, cela est attesté par les textes qui ont
été cités plus tôt. Mais ce nétait pas
le rôle de toutes. Les Novelles de Justinien, au VIe siècle, en
apportent la preuve.
Les
textes civils
La
Nouelle 3, de 535, limite à quarante le nombre des femmes diacres (pour
cent diacres hommes), cela afin de ne pas grever le budget des Eglises. La
Novelle 6, de la même date, les mentionne également, ainsi que la
Nouelle 123, de 546, qui abaisse lâge de leur ordination à
quarante ans. Daprès ces Nouelles, certaines diaconesses vivent
dans des monastères, dautres habitent dans leurs familles ou
seules. Leur ministère nest pas entièrement
précisé, mais la Novelle 6 dit « quelles viennent au
ministère sacré, servir aux adorables baptêmes, participer
aux autres choses secrètes quil est dusage quelles
accomplissent dans les très vénérables mystères
». Le style dun empereur diffère de celui dun
ecclésiastique : il parle de la participation des diaconesses au
ministère « sacré » et aux « très
vénérables mystères », ce que nous navons pas
trouvé sous la plume dun homme dÉglise ! Ces
prescriptions juridiques, qui se concilient mal avec les raisonnements des
théologiens, ne font quaugmenter la difficulté de
connaître la situation exacte des diaconesses.
Dans la région dEdesse
On ne
peut quitter lOrient sans citer deux textes du VIe siècle de la
région dEdesse. Le premier rapporte la réponse
dévêques jacobites à des questions posées par
des communautés en contact avec les Eglises de Perse. Elles concernent
les « supérieures de monastères », qui sont
diaconesses selon la coutume dOrient, est-il dit. Sil ny a
pas de prêtre ou de diacre, elles partagent les mystères à
celles qui sont sous leur « pouvoir ». Peuvent-elles continuer
à donner la communion aux religieuses de leur monastère ? La
coutume, est-il répondu, doit être conservée
partout.
Le
deuxième texte précise à un prêtre les «
pouvoirs » de la diaconesse. Voici quelques-unes des réponses qui
sont particulièrement éclairantes sur la mentalité
ecclésiastique de lépoque :
« 33. Il nest pas permis à la diaconesse de donner
la communion à un enfant de cinq ans et plus.
« 34. La loi ne lui permet pas dentrer dans le sanctuaire
sil y a un prêtre ou un diacre, mais elle le permet là
où il y a un prêtre dans leurs monastères sans
diacre.
« 35. Il ne lui est pas permis délever la voix
lorsquelle met lencens, il lui est défendu aussi de dire
loraison sur lencens ; mais elle peut offrir à Dieu dans le
silence et dun cur contrit loraison de lâme
pénitente.
« 36. Il lui est permis de laver les vases
sacrés.
« 37. Il ne lui est pas permis, au temps de ses règles,
dentrer [dans le sanctuaire] et de toucher la sainte Eucharistie [je
souligne].
« 38. Avec la permission de lévêque, elle
peut verser le vin dans le calice. Il ne lui est pas permis de laisser une
sur toucher aux vases sacrés [je souligne], sans une grave cause
de maladie et en dehors dune nécessité urgente.
« 42. Il lui est permis de lire dhabitude
lévangile et les livres saints dans une réunion de femmes
en commun(20). »
La
diaconesse est ici considérée à la fois comme une
sacristine et comme une suppléante du diacre dans les
célébrations de loffice accomplies sans la présence
des membres masculins du clergé. Le texte ne comporte presque que des
interdictions ! En outre apparaît clairement
lincompatibilité entre limpureté périodique de
la femme et le sacré (réponse 37), et même entre la femme
en général et le sacré (réponse 38, 2, en
particulier). Cette incompatibilité sera soulignée par des textes
plus tardifs, spécialement par Jacques dEdesse, un siècle
et demi plus tard (entre 683 et 708), dans ses Résolutions canoniques.
11 écrit en effet que la diaconesse na « aucun pouvoir sur
lautel ». Son seul pouvoir est de « balayer le sanctuaire,
dy allumer la lampe, et ces deux choses seulement sil ny a
pas à proximité un prêtre ou un diacre. Si elle est dans un
monastère, elle peut prendre les mystères dans larmoire,
parce quil ny a pas là de prêtre ou de diacre, et les
donner à ses compagnes seulement, ou encore aux petits enfants qui sont
présents ; mais il ne lui est pas permis de prendre les mystères
sur la table de lautel, ni de les y porter, ni de toucher [je souligne]
la table de vie aucunement. Elle oint les femmes(21).
Lexplication de linterdiction faite aux femmes
dexercer des fonctions touchant au « sacré » est
donnée comme allant de soi dans des textes postérieurs. Le
patriarche dAlexandrie Marc III (1164-1189) expliquera que «jadis
les canons ont parfois reconnu des ordres de diaconesses ; celles-ci avaient
leur rang sur le bema (le choeur). Mais la souillure des menstrues a
écarté leur ministère du divin et saint bema ».
Linfluence du Lévitique reste écrasante !
Les
propos du patriarche Marc seront repris au XIVe siècle par Matthieu
Blastares, qui reconnaît ne plus savoir très bien en quoi
consistait lordre des diaconesses : « II y en a, écrit-il,
qui disent quelles servaient lors du baptême des femmes, parce
quil semblait sacrilège que soient vues nues par le regard des
hommes des femmes baptisées à lâge adulte.
Dautres disent quil leur était permis dapprocher de
lautel et de partager le rôle des diacres à peu près
comme eux. Mais par la suite les Pères leur interdirent dy monter
et dy accomplir le service, à cause des menstrues (souligné
par nous). Quil fût permis aux femmes dapprocher de
lautel, on peut le conclure, entre autres nombreux indices de
loraison funèbre faite par Grégoire le Théologien de
sa sur. Cependant personnellement je ne crois pas vraisemblable
quune femme puisse être ministre (diakonos) du saint et non
sanglant sacrifice, parce que ce serait contraire à la raison quon
les admît, elles auxquelles on ne permet pas denseigner
publiquement, à monter au degré de diacre : ce sont les diacres
qui ont la charge de purifier par lenseignement les fidèles qui
viennent au baptême. » Remarquons encore et toujours le terme
« purifier » qui soppose à limpureté des
femmes signalée dans le même texte...
II.
Dans l'Église Latine
Il
paraît à peu près certain quil ny eut de
diaconesses dans les premiers siècles ni à Rome, ni en Afrique,
ni en Espagne, car elles ne sont nulle part mentionnées. Elles
nétaient pas nécessaires comme en Orient, parce que la
ségrégation entre les hommes et les femmes ny était
pas aussi rigoureuse. Les femmes ne vivaient pas dans des quartiers
séparés. La présence des hommes auprès delles
ne faisait pas scandale. On nestimait pas non plus nécessaire
davoir des diaconesses pour préparer les femmes au baptême.
Un texte de la fin du Ve siècle semble confier ce rôle aux veuves
ou moniales (Statuta Ecclesiae Antiqua, 100). Cest probablement
linfluence byzantine qui entraîna en Italie lapparition des
diaconesses au VIe siècle, comme en témoignent des inscriptions
latines de cette époque.
Lopinion de lAmbrosiater
Avant
cette date, linexistence des diaconesses dans lÉglise latine
entraînait des quiproquos qui montrent dans quel esprit était
interprétée toute fonction exercée par les femmes. Ainsi,
lauteur inconnu quon désigne sous le nom de
lAmbrosiater, et qui vivait à Rome au IVe siècle, ignorait
que lÉglise orthodoxe dOrient avait officiellement
ordonné des diaconesses. Ayant entendu parler delles, il attribua
leur création à une secte hérétique, en
lespèce celle des cataphrygiens (de Phrygie : les montanistes),
et, comme il était fortement misogyne, il séleva avec force
contre cette pratique : « Ils [les hérétiques
supposés] soutiennent dans leur folle audace, sous prétexte que
Paul sadresse aux femmes après les diacres, quil faut
ordonner aussi des diaconesses [...]. Alors que celui-ci prescrit à la
femme de garder le silence dans léglise, eux, au contraire,
revendiquent pour elles lautorité que confère dans
lÉglise le diaconat. »
LAmbrosiater explique longuement les raisons de lexclusion
des femmes. Il faut le citer, car son opinion a grandement influencé les
théologiens après lui. « En effet, écrit-il, si
limage de Dieu, cest lhomme, non la femme, et que celle-ci
soit soumise à lhomme de par la loi naturelle, combien plus dans
léglise doivent-elles être soumises par respect pour celui
qui est le représentant du [Christ], lui-même tête de
lhomme. Car il ne leur est pas permis de parler, mais elles doivent
garder le silence, ainsi que la Loi même le dit. Que dit la Loi ?
Vers ton homme tu te tourneras et lui sera ton maître. Cette
loi concerne lespèce tout entière ; de là vient que
Sara appelait Abraham son mari maître [...]. Il y a deux
raisons pour lesquelles on lui ordonne [... ] dêtre soumise : parce
quelle tire son origine de lhomme ; et parce que cest par
elle que le péché est entré [dans le monde...]. Il est
inconvenant pour les femmes de parler dans léglise. Cela est
inconvenant, car il serait contraire à la règle que dans la
maison de Dieu, qui a prescrit quelles soient soumises à leur
mari, elles senhardissent à parler de la Loi ; elles doivent bien
savoir que les hommes y ont la première place, et quà elles
il revient plutôt de vaquer à la prière en retenant leur
langue et douvrir leurs oreilles pour entendre comment la
miséricorde de Dieu a vaincu par lintermédiaire du Christ
la mort qui avait établi son règne par
lintermédiaire dEve. Si elles osaient parler dans
léglise, ce serait une honte ; en effet, elles sont voilées
précisément en signe de sujétion, et voilà
quelles se montrent dépourvues de réserve(22) !
»
Du mot
clef de ce texte, la « soumission » de la femme, lAmbrosiater
déduit que « le voile de la femme » de 1 Co 11, 3-10 ne peut
être quun signe de « sujétion » à
lhomme ! Il ignorait quà lépoque de Paul
lexigence du voile était au contraire nécessaire à
la « dignité » de la femme exerçant la fonction
prophétique dans lassemblée liturgique. Malheureusement,
son ignorance a été lourde de conséquences pour les
femmes, car sa fausse interprétation, qui déforme le texte de
lépître aux Corinthiens, a été adoptée
jusquà nos jours.
Ce
premier texte doit être complété par un autre qui veut
lexpliquer : « Comment pourrait-on dire quelle [la femme] est
limage de Dieu, alors quil est manifeste quelle est soumise
au pouvoir de lhomme et quelle na aucune autorité ?
Car elle ne peut ni enseigner, ni être témoin, ni se porter
garant, ni rendre la justice ; combien moins encore exercer le pouvoir. »
On ne peut plus clairement renverser lordre des choses : de la
sujétion sociale de la femme, cest-à-dire de
lorganisation patriarcale, on déduit son infériorité
de créature à un point tel quelle ne serait même pas
image de Dieu !
LAmbrosiater était dautant plus ferme dans sa
condamnation du diaconat pour les femmes quà Rome les diacres
occupaient à cette époque une place importante dans
lÉglise et jouissaient dun prestige et dune
autorité supérieurs même à ceux des presbytres.
Cette fonction était donc à ses yeux tout à fait
incompatible avec la soumission des femmes « qui doivent bien savoir que
les hommes [...] ont la première place », comme il le leur
rappelle ! En revanche, lOrdre des veuves pouvait exister sans que cela
soit contraire à la « réserve » que les femmes
devaient respecter, puisque les veuves se contentaient de renoncer au mariage,
de jeûner et de prier, en échange de quoi elles recevaient des
subsides de la communauté.
Linterdiction des diaconesses par les textes latins des IVe-Vle
siècles
Les
premiers textes latins qui concernent les diaconesses {confondues
vraisemblablement, comme par lAmbrosiater, avec des
hérétiques montanistes ou priscillanistes(23)} ont pour objet de
les interdire. Telles sont les résolutions du premier concile de
Saragosse, de 380, du concile de Nîmes, de 391 ou 396 (invoquant les
« convenances »), ou encore du concile dOrange, de
441.
La
répétition de ces interdictions laisserait supposer que des
femmes continuaient dexercer certaines fonctions (mais lesquelles ?) dans
diverses Églises. Des textes du VIe siècle le
confirment.
Dabord un mandement adressé à des prêtres
bretons par trois évêques du nord-ouest de la Gaule : « Nous
avons appris que vous ne cessez point de porter chez vos compatriotes, de
cabane en cabane, certaines tables sur lesquelles vous célébrez
le divin sacrifice de la messe, avec lassistance de femmes auxquelles
vous donnez le nom de conhospitae ; pendant que vous distribuez
leucharistie, elles prennent le calice et osent administrer au peuple le
sang du Christ. Cest là une nouveauté, une superstition
inouïe [...] tout partisan de cette erreur doit être exclu de la
communion eucharistique(24). » Dans cette pratique qui, à leurs
yeux, souillait les sacrements divins (impureté des femmes ?), les
évêques croyaient voir la résurgence dune secte
montaniste.
En
outre, les interdictions conciliaires se poursuivent. Le concile
dÉpaone (517), en Bourgogne, déclare : « Nous
supprimons complètement pour notre région la consécration
des veuves quon appelle diaconesses. » Le
concile dOrléans (533) reprend linterdiction : « II a
été décidé que dorénavant on
naccorderait plus à aucune femme la bénédiction
diaconale, étant donné la fragilité de ce sexe. » On
continuait donc de « bénir » ou d«
ordonner » des femmes, sans que nous sachions pour quelles
fonctions.
Hélaria et Radegonde
En
effet, en contradiction avec ces textes, cest à cette même
époque quon trouve les noms de deux célèbres
diaconesses : Hélaria et Radegonde.
DHélaria, on ne sait à vrai dire pas grand-chose,
sinon quelle était la fille de lévêque de
Reims, Remi, qui la mentionne dans son testament (533).
Quant
à Radegonde (VIe siècle également), sa vie a
été écrite par Fortuna notre premier véritable
poète. Elle était la femme de Clothaire Ier, dont elle se
sépara après quil eût fait assassiner son
frère. Se revêtant elle-même de lhabit monastique,
elle obtint de lévêque de Noyon, Médard, quil
la consacre comme « diaconesse » en lui imposant la main. En fait,
il semble quil sagissait plutôt dune admission comme
nonne, sans lastreinte à une règle ni à une
clôture. Radegonde se rendit en effet dans son domaine propre,
quelle ouvrit aux pauvres et aux malades, avant de fonder à
Poitiers deux monastères, dont celui de Sainte-Croix, qui
comptèrent jusquà deux cents religieuses. Elle ne voulut
pas être abbesse. Elle fit nommer Agnès comme première
abbesse de Sainte-Croix.
La
confusion semble saccroître entre les veuves diaconesses (bien que
Radegonde ne fût pas veuve, mais séparée de son mari) et
les diaconesses abbesses, qui présidaient à un monastère
avec les deux titres, comme on le rencontre dans des archives romaines.
Finalement, le titre dabbesse lemportera et restera seul pour
désigner la supérieure dun monastère. La
cérémonie de la bénédiction se rapprochera aussi de
plus en plus de celle des vierges. A lorigine seules les vierges
portaient un voile.
On
admettra bientôt que les veuves en portent également un. On sait
que la seule différence avec les vierges est quau lieu de le
recevoir de lévêque, elles le prendront elles-mêmes
sur lautel. Leur engagement sera aussi accompagné dun habit
distinctif. Elles seront ainsi assimilées aux vierges
consacrées.
Disparition des diaconesses.
Cette
confusion entre titre et fonction rend difficile de savoir avec certitude si
les diaconesses existèrent véritablement avec des fonctions
ecclésiales en Gaule et dans lEglise latine. Les termes
utilisés ne sont pas toujours ceux qui conviennent. Certains textes
postérieurs à ceux qui viennent dêtre cités
parlent de « diaconissae ». Ainsi le concile de Tours de 567 et les
conciles de Rome de 721 et 743. On a voulu y voir des femmes de diacres(25).
Cependant, le terme avait déjà été employé
à Nicée en 325 pour les diaconesses. Cest donc bien elles
qui seraient désignées. En outre, un Sacramentaire de Trente, et
celui dit dHadrien, probablement du pontificat de Léon II
(682-683), présentent une « oraison pour les diaconesses »
(ordo ad diaconam faciendam), qui met au féminin la prière
consécratoire des diacres. Le fait quon ait inséré
dans le Sacramentaire une formule qui nexistait pas encore fait penser
que le besoin de diaconesses avait dû se faire sentir, bien que
tardivement, dans lItalie du VIIe siècle. A Rome, en tout cas,
lexistence de diaconesses est attestée pour la fin du VIIIe
siècle et le début du IX siècle. Il semble même que
loraison pour les diaconesses ait été réellement
utilisée jusque dans la première moitié du XIe
siècle : quatre décrétales successives parlent de cette
cérémonie. Il sagissait alors non plus de l ordo du
Sacramentaire dHadrien, mais de celui du Pontifical dit
romano-germanique, compilé par un moine de Mayence, vers 950, et qui se
répandit partout. La diaconesse recevait lorarium, signe de sa
fonction ecclésiale. Il devient cependant difficile de suivre la trace
des diaconesses à Rome au-delà du pontificat de Grégoire
VII. Et lon ne peut faire que des hypothèses sur leurs
fonctions(26).
En
France, tandis que la législation carolingienne ne fait aucune mention
de diaconesses, on retrouve à Troyes et à Poitiers au XIIe
siècle le texte de loraison pour les diaconesses des pontificaux.
La description que fait Abélard de lentrée
dHéloïse au monastère dArgenteuil (XIIe
siècle) correspond-elle à une ordination diaconale ? On peut en
douter, car lorsque Abélard parle des charges nécessaires
à la bonne marche dun monastère, il place au sommet de
celui-ci « la diaconesse quon appelle maintenant abbesse ».
On retrouve la confusion entre diaconesse et abbesse.
Et au
XIIIe siècle, lévêque de Mende, Guillaume Durand,
parle des diaconesses comme si elles avaient existé dans un passé
révolu : « autrefois » (olim)... Bientôt
dailleurs va dominer une nouvelle législation canonique, qui
émane de Gratien et de Pierre Lombard.
Gratien et Pierre Lombard
Linfluence du Bolonais Gratien (XIIe siècle) a
été prépondérante pour décider de la place
des femmes dans lÉglise. Ses décrets sont
lébauche du droit canonique.
Malheureusement pour les femmes, il a repris les textes qui leur
étaient le plus défavorables, bien quon trouve chez lui des
contradictions(27).
Dune part, il semble avoir accepté quelles
enseignent : « De la même façon les laïcs peuvent
prêcher, et les femmes avec lautorisation dun prêtre
» (similiter laid praedicant et mulieres de licentia sacerdotis). La
rédaction latine semble établir une seule différence entre
hommes et femmes : les hommes seraient directement aptes à
prêcher, tandis que les femmes auraient besoin dune permission
ecclésiale. Ailleurs, Gratien reproduit le canon 15 de
Chalcédoine, selon lequel « la diaconesse ne doit pas être
ordonnée avant quarante ans ».
Mais,
dautre part, il reprend les Décrétales pseudo-isi-doriennes
(« fabriquées » après 380 et contenant une «
soi-disant » lettre de Soter) qui écartaient les femmes de tout
service liturgique : interdiction de toucher vases sacrés, linge
dautel, vêtements sacrés, etc. Il adopte les Statuta
Ecclesiae Antiqua, texte privé qui interdit lenseignement aux
femmes, même saintes et compétentes (doctae). Il insiste
fréquemment sur limpossibilité pour les femmes de recevoir
lordination pour la prêtrise ou le diaconat (C. 15, q. 3 princ.),
malgré la reprise du canon 15 de Chalcédoine quil rejette
dans le passé. Sa position sexplique si lon pense que
Gratien, qui enseignait à Bologne, a repris largement les dispositions
du droit romain ; « LÉglise est sous la loi romaine,
écrit-il. Si ses dispositions ne contredisent pas clairement les
principes de lÉvangile et les règles du droit canon, le
droit romain doit être observé »... et avec lui la
sujétion de la femme. La position de Gratien est donc dans
lensemble nettement défavorable aux femmes. Et ce sont ses
interdictions qui subsisteront.
En ce
qui concerne les Sentences de Pierre Lombard (même époque), elles
ne parlent des diaconesses ni à propos du sacrement de lordre, ni
dans les états de perfection quil énumère. Est-ce le
signe quelles nexistaient plus ?
Commentaires des « Décrets » de Gratien et des
« Sentences » de Pierre Lombard
Dès leur parution, les Décrets de Gratien et les
Sentences de Lombard furent commentés et glosés. La plupart des
commentateurs rejetaient dans le passé lexistence des diaconesses.
Roland Bandinelli (futur Alexandre III), qui ne mettait pas en doute leur
existence antérieure, affirmait quelles pouvaient lire
lÉvangile. Cétait peut-être une allusion au
rôle des abbesses dans les monastères. Rufin, évêque
dAssise, sappuyant sur lAmbrosiater, soutenait que
lordination des diaconesses était contraire à
lautorité de lÉglise. La confusion était
générale. La seule chose claire était lignorance de
la plupart sur lexistence des diaconesses en Orient. Même si
lon admettait quelles aient pu exister, on nen connaissait
pas les fonctions. Ne jugeant que par ce quon voyait, on les assimilait
aux diacres. Comme le rôle principal de ceux-ci était la lecture
de lÉvangile, on supposait que telle avait dû être
aussi la fonction des diaconesses. Mais on nimaginait pas quelles
aient pu faire autre chose que la lecture des matines dans les couvents. Et
cest ce qui finalement se fera peu à peu.
Les
commentaires de Thomas dAquin
Parmi
les textes commentés figure la distinction 25 du IVe livre des Sentences
de Pierre Lombard à propos du sacrement de lordre. Lombard
navait pas parlé de lincapacité des femmes à
le recevoir ni pour la prêtrise ni pour le diaconat.
Dans
un premier texte (In IV Sent., dist. 25, quaest. 2, art. 1, corp.), Thomas
dAquin rapporte que si le sexe viril est « de
nécessité » fait pour enseigner, certains auteurs pensent
quil naurait pas le même privilège pour les
sacrements, puisque Gratien fait mention de diaconesses et de «
presbytres » au féminin. Thomas croit rétablir la
vérité en traduisant « presbytres » par veuves ou
« anciennes ». Quant aux diaconesses, pour lui, leur seule fonction
ne pouvait être que la lecture de lhomélie à
léglise. Il le redit à la quest. 39 du Suppl. (I.c.). Les
femmes qui étaient appelées diaconesses ne recevaient en aucune
manière lordre, mais un ministère quelconque,
puisquen grec on appelle diaconat nimporte quelle
ministère.
Thomas
dAquin ne pouvait accepter quune femme fût investie du
pouvoir dordre. Son anthropologie, inspirée dAristote,
sy opposait. Dès notre introduction, nous avons cité ce
texte particulièrement révélateur où Thomas estime
que « fa femme est quelque chose de défectueux, quelque chose
davorté (mas occasionatus), car la vertu active qui se trouve dans
la semence du mâle vise à produire quelque chose qui lui soit
semblable en perfection selon le sexe masculin, mais si cest une femme
qui est engendrée en fait, cela résulte dune faiblesse de
la vertu active ou de quelque mauvaise disposition de la matière, ou
encore de quelque transmutation venue du dehors, par exemple des vents du midi
qui sont humides(28) ».
Homme
imparfait, la femme ne peut donc, dans la logique du raisonnement de Thomas
dAquin, exercer le « sacerdoce ». « Le sexe
féminin ne peut signifier quelque supériorité de rang, car
la femme est en état de sujétion. Elle ne peut donc recevoir le
sacrement de lordre. » De son état social et de sa «
nature », déterminée par Aris-tote, Thomas déduit
tout naturellement lincapacité de la femme à exercer les
ministères « sacerdotaux ».
Cependant, le Docteur angélique ne peut renier le principe
même du christianisme : légalité de toutes les
créatures devant Dieu. Il suffit de sentendre sur
linterprétation de légalité : dans
lordre de la grâce et du salut, qui laisse à Dieu de
sanctifier et de sauver les femmes dans une lointaine eschatologie !
, légalité peut être reconnue. Elle ne
gêne personne. Mais, dans lordre de la nature,
cest-à-dire dans le quotidien des relations humaines, dans
lorganisation des sociétés, civiles ou ecclésiales
qui dépendent des hommes, il ny a plus
dégalité ! Autrefois, on invoquait une «
infériorité naturelle » des femmes. Aujourdhui, on
transpose en « différence dessence » ! Cest
lexpression quemploie Paul VI dans lAppel aux femmes, par
lequel il présentait la déclaration Inter Insigniores (DC, 1977,
1714).
En
particulier p. 130 s. Ce passage a été cité avec le texte
où Thomas dAquin explique pourquoi Dieu a choisi de former la
femme dune côte dAdam plutôt que de la tête ou
des pieds... voir supra introduction p. 15 et note 5).
Doù vient donc le sentiment de supériorité
des hommes ?
Ce que
les hommes dEglise ont dit des femmes (pour employer un passé
composé charitable), il y a de quoi en faire un beau sottisier ! Il faut
être juste : ils ne faisaient que refléter lopinion commune.
Mais quest-ce donc qui donne aux hommes cette sereine assurance de leur
supériorité ?
Le
rapport des forces y est certainement essentiel. Les textes que nous avons
rencontrés le disent éloquemment. Il en est dans
lespèce humaine comme chez les animaux. Chez les hommes, pourtant,
lintelligence de la précarité de la vie et de la
nécessité de la continuer avaient dû conduire à une
période de prédominance des femmes, quaugmentait le
mystère de leur fécondité. Le nombre de «
Vénus » retrouvées dans les sites préhistoriques
attestent lexistence de cultes féminins, dont certains survivaient
au temps du Christ. Mais, depuis longtemps déjà, un renversement
sétait opéré. Les découvertes du bronze et du
fer avaient accru limportance de la force physique. Lhomme y
gagnait une meilleure aptitude à la chasse et à la guerre,
confinant la femme à la cueillette quelle
développera en agriculture et aux enfants. Quand les ennemis
sétaient affrontés, quand les hommes dun clan avaient
tué ou mis en fuite les hommes dun autre clan, ils disposaient
à leur gré de toutes leurs possessions : femmes, enfants,
bétail, outils. Aujourdhui, certes, une femme est aussi apte
quun homme à appuyer sur le bouton qui déclenche le
départ dune fusée. Mais ne reste-t-il pas vrai, dans la
société comme dans bien des ménages, que la raison du plus
fort est toujours la meilleure ?
Le
rôle plus actif de lhomme dans la sexualité, sa position
même par rapport à la femme dans laccouplement, ont
probablement contribué, chez lhomme, comme chez les animaux, au
sentiment de supériorité du mâle. Etant donné la
place de la sexualité dans la vie, comment ne pas croire à
limportance de ce facteur ? Les hommes dÉglise, bien
sûr, naiment pas beaucoup en discuter, ouvertement du moins.
Lun deux, pourtant, lun des plus éminents, na
pas craint de sexprimer sur ce point. Son Em. le Cardinal Simonis, primat
des Pays-Bas, dénonçait récemment la
«théologie féministe » comme une « menace
» pour lEglise dans la mesure où elle remet en cause «
le primat de lhomme dans lordre de la création ».
Lovule, croit-il constater, a un rôle passif. « Il attend
tranquillement le spermatozoïde, vecteur dynamique, actif, masculin de la
vie(29). »
Le
facteur hormonal, lui aussi, joue sans doute contre la femme. Gardons-nous des
oppositions simplistes. Les hommes ont plus ou moins dhormones «
féminines », les femmes plus ou moins dhormones «
masculines(30) », mais, comme chez les animaux, la proportion varie
dun individu à lautre. Sa testostérone rend en
général le mâle plus combatif, plus agressif, plus
égoïste, plus dominateur. Tels sont, semble-t-il, les facteurs les
plus profonds de la « supériorité » masculine. Mais
la force brutale, le rôle dans laccouplement, le produit des
glandes endocrines : quel rapport avec lannonce de la Bonne Nouvelle(31)
?
Notes
1- Il nest pas question ici des Sept institutions
tout à fait particulière et adaptée aux besoins de la
première communauté de Jérusalem. Comme pour les veuves,
les deux ouvrages fondamentaux auxquels nous nous référerons
constamment sont GRYSON et MARTIMORT, cités à la note 1 du chap.
I de cette IIe partie et, sur des points particuliers, Alexandre FAIVRE,
Naissance dune hiérarchie..., et Les Laïcs aux origines de
lEglise, également cités au chap. I. Voir également
Marîe-Jeanne BERÈRE, « Le Jeu de la tradition dans la
pratique masculine du ministère apostolique » Cahiers de
iInst. cath. de Lyon 3, 1979.
2.
Pasteur dHermas, Visions, II, 4, 2-3, ou encore 8, 2-3.
3.
Lettre de Polycarpe, 14.
4. On
remarquera le rôle de lévêque dans le choix des
diacres et diaconesses, alors que, dans le Testament de Notre Seigneur (du V
siècle), les veuves seront choisies très probablement par le
peuple, comme les autres membres du clergé (voir A. FAIVRE,
Naissance..., op. cit., p. 108).
5. Les
paulianistes étaient des disciples de Paul de Samosate qui professaient
une doctrine erronée sur la Trinité.
6.
L« anaphore », qui signifie laction
délever, est la partie de la messe depuis la préface
jusquà la fin. Le terme sest substitué à celui
deucharistie (action de grâce), ou deulogie
(bénédiction), ou encore de « fraction du pain »
(Actes ou épîtres de Paul) lorsque le sens sacrificiel
lemporta sur le sens eucharistique et communautaire des premiers Repas du
Seigneur.
7.
Lordre de la communion prévu par les Constitutions peut seulement
révéler la résistance à accorder aux femmes une
quelconque préséance sur les hommes (voir GRYSON, op. cit., p.
108-109 ; MARTI-MORT, op. cit., p. 64).
8.
Dautres allusions à lAncien Testament se trouvent dans les
Constitutions, en particulier dans la prière du baptême qui
reprend une euchologie juive. A. FAIVRE remarque que «
lorganisation de lAncien Testament devint rapidement un lieu commun
» et que, plus on séloigne de lorigine, plus les
parallèles que lon recherche deviennent anciens (Naissance..., op.
cit., p. 64 et 66).
9.
Cette constatation a dautant plus de valeur quelle est de
MARTIMORT, op. cit., p. 71 et surtout p. 147s.
10.
Les « mystères » désignent souvent dans les textes
anciens les espèces eucharistiques. Ce nest évidemment pas
dans ce sens quil faut les entendre ici.
11.
Martimort cite également un texte du VIe siècle (de
Séleucie) qui montre le ridicule auquel pouvait conduire le désir
de pudeur. Pour lonction des baptisées, « une diaconesse
chaste devait être placée dans un lieu bien séparé,
dérobé à la vue, une pièce distincte située
à côté du baptistère », et un mur devait
séparer le côté des hommes de celui des femmes. «
Quil y ait une fenêtre dans le mur du côté du bassin
[pour le baptême]. Au moment où la femme est prête à
se faire oindre, que le prêtre plonge trois doigts dans lhuile et
passe sa main dans la fenêtre. Et que la diaconesse [...] pose les trois
doigts du prêtre sur le front de la femme, au lieu de le faire sur la
poitrine. Et quil loigne [...] avec le signe de la croix »
(MARTIMORT, op. cit., p. 51).
12. Ce
texte de lEuchologue Barberini (plus exactement Barberini sancti Marci
Florentini, parce quil a été un certain temps au couvent
Saint-Marc de Florence) se trouve dans MART1MORT, op. cit., p. 148. Sans doute
pour distinguer les diacres des diaconesses, on leur fait porter
différemment lorarion. Seules les diaconesses en ramènent
devant les deux extrémités !
13.
Cependant, AMBROISE (IV siècle) écrit aux femmes : « Sachez
que ce défaut (manque de chasteté) tient aux personnes non pas au
sexe, car votre sexe est saint » (Exp. eu. Lc, II, 54, cité par
Flore DUPRIEZ, op. cit., p. 112).
14. Le
rite de lEuchologue Barberini se maintiendra longtemps dans la liturgie
byzantine, jusquaux Xle-X11* siècles. On trouve même deux
euchologues du X1Ve siècle, dont un se trouve au Caire et lautre
au mont Athos.
15.
ÉTHÉRIE, Journal, SC 21. Voir 22, 1-5, p. 181-185. Les
apotac-tites sont ceux qui ont renoncé aux biens de ce monde. Ils
forment un groupe intermédiaire entre le clergé et les laïcs
et vivent autour dune église, soit ensemble, soit dans des maisons
individuelles. La phrase dÉthérie a fait penser que
Marthana gouvernait peut-être un monastère double dhommes et
de femmes. Mais le texte est peu clair et lorganisation était
encore mai établie.
16. En
particulier à légard des « vierges » qui
vivaient alors pour des raisons de commodité, mais, semble-t-il,
dune manière assez facile et frivole, avec des moines, en principe
continents (voir France QUÉRÊ, La Femme. Les grands textes des
Pères de lÉglise, Paris, Centurion, 1968, p.
47).
17.
JEAN CHRYSOSTOME est décidément partagé dans ses
sentiments à légard des femmes. Dans sa Lettre 170
(à Italica) il reconnaît le rôle que les femmes doivent
jouer dans la mission de lÉglise : « En ce qui concerne
lordre des choses de ce temps, lhomme et la femme ont des
sphères daction et dinitiative non moins distinctes que leur
propre nature. Il est reçu, par exemple, que la femme reste dans la
maison et que lhomme soccupe des intérêts de la
communauté [...]. Mais en ce qui concerne les combats divins et les
labeurs à supporter en faveur de lÉglise, il nen est
plus de même ; et il arrivera que la femme lemporte sur
lhomme quand il sagit de livrer ces nobles combats et de braver les
fatigues. Cest ce que prouve Paul, lorsque, dans son épître
à votre cité, il célèbre un certain nombre de
femmes et certifie quelles ont noblement travaillé à
convertir les hommes et à les ramener au devoir. Et pourquoi ce langage
? Afin que vous nestimiez pas étrangères à votre
sexe les pratiques du zèle et les labeurs qui tendent au bien de
lÉglise. »
18.
CHRYSTOSTOME commence ainsi ce qui semble être sa première lettre
à Olympias : « A ma dame, la diaconesse Olympias, très
vénérée et très aimée de Dieu, Jean,
évêque, salut dans le Seigneur... » (Lettres à
Olympias, Cerf, SC 13, 1947).
19.
Palladius (ou Pallade), moine en Egypte de 386 à 400, puis
évêque dHélénopolis, en Bithynie,
écrivit à la demande du chambellan Lausus lHistoire
lausiaque, traduction de A. LUCOT, 1912. Il existe une édition plus
récente : Les Moines du désert. Histoire lausiaque, Paris, DDB,
1981. Ami de Chrysostome et disciple dEvagre, il fut accusé par
Jérôme dorigianisme (cest-à-dire dadopter
des conceptions philoso-phico-religieuses dérivées
dOrigène et considérées comme non orthodoxes). Il
fut exilé en Haute-Egypte. Puis il mena une vie monastique à
Bethléem où il rencontra les célèbres Romaines et
les autres « mères du désert » dont il raconta la
vie.
20. Ce
texte se trouve dans MARTIMORT, op. cit., p. 139-140.
21.
Jacques DEDESSE, Résolutions canoniques, traduction de F. Nau,
Paris, Lethielleux, 1908, (MARTIMORT, op. cit., p. 142).
22.
Ces deux textes sont extraits du Commentaire de la 1re êpître
à Timothêe et du Commentaire de la le êpître aux
Corinthiens, sur 1 Co 14, 34-35.
23.
Augustin nous apprend que les priscillanistes dispensaient un enseignement
fondé sur les Ecritures apocryphes. Ils sadressaient à ceux
qui voulaient raisonner selon « lEsprit et la vérité
de Dieu » (Lettres, 237, 4).
24. Ce
texte est rapporté par P. DE LABRIOLLE, Les Sources de lhistoire
du montanisme, Fribourg, 1913, p. 226-230.
25.
Lancienne discipline latine nexigeait pas le célibat des
prêtres ni des diacres. Ils devaient seulement rester dans la continence,
parce que la sexualité paraissait incompatible avec le
sacré.
26.
Une enquête conduite par un séminaire de Gryson à
luniversité de Louvain na apporté aucune
clarification (GRYSON, op. cit., p. 150, note 8).
27.
Sur Gratien, pour un point de vue féminin, voir Ida RAMING, The
Exclusion of Women from the Priesthood : Divine Law or Sex Discrimination ?
Cologne, 1976, et « La situation inférieure de la femme dans le
droit canonique en vigueur », Concilium 111, 1976, p. 63-72... Le texte
sur la possibilité pour les femmes de prêcher est cité dans
Histoire vécue du peuple chrétien, Jean DELUMEAU éd.,
Toulouse, Privât, 1979, I, chap. IV : «Au XIII siècle. Une
parole nouvelle », par Jacques LEGOFF et Jean-Claude SCHMITT, p.
260.
28. S.
th., I, 92, 1, ad. 1, et autres textes cités par Elisabeth K. B0RRESEN,
Équivalence et subordination, Oslo-Paris, Marne, 1968,
29.
A.-J. SlMONlS, « Einige beschouwingen rond de feministiche
théologie », Communio (néerlandais), décembre 1986,
p. 464-485, cité par La Croix, 24 février 1987, et International
Herald Tribune, 27 février 1987. On remarquera le mot « masculin
» employé comme qualificatif en soi favorable. Le
spermatozoïde est masculin : cest tout dire ! On pourrait objecter
à léminent prélat que lhomme doit
émettre des millions de spermatozoïdes pour que lun
dentre eux réussisse parfois à
pénétrer lovule. Mais un homme et surtout un homme
dEglise doit-il mettre sa fierté dans le dynamisme
supposé de ses spermatozoïdes ? Est-ce vraiment sur ce terrain que
doit se discuter la place des femmes dans lEglise ?
30.
Voir Odette THIBAULT, Debout les femmes, Lyon, Chronique sociale.
1980.
31. Un
exemple amusant illustre la misogynie. Il est donné par un «
dialogue » de Grégoire le Grand à propos... dun
cheval ! « Au temps des Goths, comme le bienheureux Jean, pontife de
cette Église romaine, allait visiter lempereur Justin
lAncien, il arriva au pays de Corinthe, et pour continuer son voyage il
fut dans la nécessité de chercher un cheval de selle. Apprenant
cela, un noble de lendroit lui offrit un cheval qui, en raison de sa
grande douceur, était à lusage de sa femme ; quand il
serait arrivé ailleurs et aurait pu trouver un cheval approprié,
le pape naurait quà renvoyer la monture prêtée
pour quelle soit rendue à son épouse. Ainsi fut fait. Le
pape parvint à un certain point sur le cheval prêté.
Dès quil en eut trouvé un autre, il renvoya celui
quil avait reçu en prêt. Mais dès que la femme de ce
noble personnage voulut se mettre en selle comme dhabitude, elle ny
parvint pas, car la bête se refusa à porter une femme après
la session dun si grand pontife. Oui, il se mit à renâcler
fortement, à frémir, ne tenant plus un instant en place comme
sil voulait signifier son mépris : il ne pouvait porter une femme
après que sy fût assis un pontife. Le mari de la dame,
sagement, sen rendit compte et renvoya sur-le-champ le cheval au
vénérable pape, lui demandant avec de grandes instances de
prendre possession de ce cheval dont i! avait fait la dédicace en y
siégeant : il était devenu sa propriété. »
(GRÉGOIRE LE GRAND, Dialogues, II, texte et notes dAdalbert de
Vogue, traduction de Paul Antin, SC 260, Paris, Cerf, 1979, p. 267).


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