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Les limites de Jésus

Les limites de Jésus

Les conceptions de Jésus-Christ ont joué un rôle crucial dans la formation des convictions religieuses de ce qui constitue aujourd’hui un quart de l’humanité. Ce que le Fils incarné de Dieu a fait a eu des conséquences durables pour tous les êtres humains.

Cependant, je dois commencer en dénonçant une idée erronée très fréquente. Certains ont une conception très naïve du mystère de l’Incarnation. Si Jésus est Fils de Dieu, pensent-ils, il savait dès le départ tout ce qu’il devait savoir. Par conséquent, il a formulé à travers l’Évangile un plan détaillé valable pour tous les temps. Tout ce que nous avons à faire, c’est de lire l’Évangile avec attention et puis mettre en pratique ce que Jésus attend de nous.

Ce n’est pas ainsi qu’a fonctionné l’Incarnation. Quand “le Verbe s’est fait chair” (Jean, 1, 14) nous avons accueilli parmi nous un prophète semblable à nous en tous points, excepté le péché (Hébreux 4,15). Veuillez noter : en tous points. Ce qui veut dire : Jésus pensait et parlait dans une langue humaine. Il devait tout apprendre et avait à découvrir des choses nouvelles tout comme nous. Il partageait les connaissances de ses contemporains comme leur ignorance. Ce n’est que de cette manière qu’il a pu vraiment devenir semblable à nous.

Les Évangiles confirment cela. Jésus n’était pas une encyclopédie divine ambulante. Enfant, il grandit en sagesse et en taille (Luc 2, 52). Jésus pouvait être étonné quand arrivait une chose à laquelle il ne s’attendait pas (Matthieu 8, 10 ; Marc 6,6). Des épisodes de l’Évangile montrent qu’il réagissait au fur et à mesure aux événements et en fonction des personnes qu’il rencontrait. Jésus a été terriblement bouleversé quand il a compris que ses opposants s’apprêtaient à le faire mourir (Matthieu 16, 21 - 17, 8). Cela l’a aidé à comprendre plus en profondeur le sens de sa mission.

La vision du monde de Jésus, “le royaume de son Père”, contenait les germes de changements révolutionnaires extraordinaires. Mais il n’est pas juste d’affirmer qu’il en prévoyait toutes les conséquences ou les évolutions futures. Les limites humaines de Jésus ne le lui permettaient pas.

Il n’était pas non plus nécessaire pour Jésus de connaître tout ce qu’il devait advenir ou d’élaborer en détail des instructions pour y faire face. Comme un bon enseignant, qui veut faire grandir ses élèves, il a laissé aux générations futures le soin de fixer les détails pour que sa vision du Royaume se réalise.

Ce qui signifie qu’il ne faut nullement nous attendre à trouver dans l’Évangile les principes sociaux et religieux clairement établis qui constituent aujourd’hui notre héritage chrétien. Parmi eux : la démocratie, l’abolition de l’esclavage, la liberté d’expression, l’égalité raciale, le droit de chaque pays à l’autodétermination, l’émancipation de la femme et une juste répartition des richesses mondiales, et ainsi de suite.

Rien d’humain ne lui était étranger

Le rôle de Jésus au cœur de l’histoire a été beaucoup plus important que de déterminer les détails de la constitution d’une société future ou de fixer les règles gouvernant l’Église de l’avenir. Étant “Dieu parmi nous” (Matthieu 1, 23), il a apporté à travers sa personne le germe d’une réalité nouvelle. Car la présence de Dieu parmi nous n’a pas pris la forme d’un dirigeant politique, riche et puissant. Elle s’est présentée sous le visage de Jésus, un paysan à l’accent galiléen. “Qui me voit, voit le Père” dit Jésus (Jean 14, 9).

Les évangiles soulignent le fait que, depuis le premier moment de son existence, Jésus s’est identifié complètement avec ceux considérés comme les plus petits et les moins importants. Luc conte intentionnellement comment l’Enfant-Jésus est né dans une étable, couché dans une mangeoire, ce qui est la façon dont les pauvres prenaient soin de leurs enfants. Pour l’accueillir, Dieu n’a pas choisi une délégation de l’élite religieuse ou politique, mais un groupe de bergers, une classe sociale pauvre et méprisée (Luc 2, 1-20).

Jésus a vécu la plus grande partie de sa vie à Nazareth, un tout petit village. C’était l’“entrepreneur” c’est-à-dire l’artisan local qui se chargeait de tous les travaux qui se présentaient : aiguiser un outil, réparer un mur branlant, boucher une fuite à un toit ou remplacer une porte (Marc 6, 3 ; Matthieu 13, 55). Prêcheur itinérant, il marchait pieds nus, n’avait d’autres vêtements que ceux qu’il portait, n’avait pas de bourse ni de panier à provisions (Matthieu 10, 9-10).

Jésus subit la mort que les Romains réservaient aux esclaves rebelles. C’est pourquoi Paul dit (Philippiens 2, 7-8) :

“Il s’est dépouillé
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes,
et, reconnu à son aspect comme un homme ;
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,
à la mort sur une croix.”

Le moment où Jésus s’abandonne à l’amour de son Père est aussi celui où il s’identifie le plus avec les humains dans leurs souffrances et les exclusions qu’ils subissent. Car Dieu aime les hommes et comprend leurs souffrances. C’est, sans aucun doute, ce qu’il voulait dire quand il s’est écrié :

“Quand j’aurai été élevé de terre,
j’attirerai à moi tous les hommes.”

Jean 12, 32

Jésus, le paysan de Galilée, l’artisan, le prédicateur aux pieds nus, est mort sur une croix comme le dernier des hommes. Au cours de ses heures d’agonie, il est descendu au plus bas de la solitude et de l’abandon, et devint ainsi un parmi les esclaves, les perdants et les opprimés. Mais il ressuscita glorieusement, et, en s’élevant ainsi, il a entraîné tous les humains avec lui.

“Par le baptême, en sa mort,
nous avons donc été ensevelis avec lui,
afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père,
nous menions aussi une vie nouvelle.”

Romains 6, 4

Notez que personne n’est exclu, quels que soient sa race, sa classe, son sexe ou son statut social. Le Christ, champion des opprimés, a libéré pareillement les femmes en leur faisant partager son sacerdoce universel au même titre que les hommes. Dénier aux femmes les fruits de libération que le Christ a mérités pour elles en se basant sur le fait qu’il n’a pas inclus de femmes dans son équipe apostolique est vraiment une grave erreur.

Texte de John Wijngaards.
Traduction française par Jacques Dessaucy.

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