|
La femme dans les récits de la création
Dans lÉcriture, nous trouvons deux récits de la création, chacun en lui-même très impressionnant et chacun apportant un enseignement supplémentaire irremplaçable. Genèse 1, 1-2, 4 Le premier récit de la création, Genèse 1, 1-2, 4, présente lorigine de lunivers comme étant un projet de construction de Dieu, le Grand Architecte. Le monde - tel quon le concevait de ce temps-là, cest-à-dire au 4ème siècle avant Jésus-Christ - était une grande maison. Le sol était constitué par la terre... plate. Le ciel formait le plafond. Le soleil, la lune et les étoiles étaient les luminaires qui éclairaient le jour et la nuit. Les poissons dans la mer, les plantes et les animaux sur terre et les oiseaux dans les airs étaient considérés comme des accessoires placés là par Dieu et qui servaient de nourriture. Le couronnement de luvre de construction de Dieu fut la création des êtres humains. Créatures particulières car le monde a été construit pour devenir leur maison. Ils étaient aussi particuliers parce que, comme Dieu, ils pouvaient raisonner logiquement et agir de manière responsable. Ils portaient en eux limage de Dieu même.
Dieu dit : Faisons lhomme à notre image,
Dieu bénit alors les êtres humains et leur donna la responsabilité du monde entier. Mais Dieu aussi attendait deux quils se rappellent quils nétaient que des créatures et quils reconnaissent la souveraineté du Créateur. Cest pourquoi Dieu construisit le monde en six jours et se reposa le septième afin denseigner aux hommes quils devaient prendre le temps de se reposer et de le prier durant le Sabbat.
De ce récit, il ressort à lévidence que tous les êtres humains ont été créés à limage de Dieu. Lhomme et la femme sont tous deux mentionnés explicitement dans ce contexte. Dans ce texte, tous les êtres humains sont créés égaux, avec une égale dignité, et avec des droits et des devoirs semblables. La conséquence de ceci, en ce qui concerne légalité des femmes aux yeux de Dieu, a été oubliée ultérieurement dans le Judaïsme. Les Juifs mâles en viendront à remercier Dieu trois fois par jour de ne pas les avoir créés païen, esclave ou femme. Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, Roi de lunivers, de ne mavoir pas fait gentil... de ne mavoir pas fait esclave... de ne mavoir pas fait femme. Cette prière, extraite des 18 Bénédictions, est encore récitée aujourdhui par les Juifs orthodoxes. Siddur Tehilat Hashem, New York 1982, p. 8. Aussi nombre de Pères de lÉglise et de théologiens qui suivirent ont manqué dapprécier limportance de ce passage. Genèse 2, 5 - 4, 24 Le second récit de la création nous apprend que Dieu veut que les êtres humains soient heureux, mais le péché a entraîné avec lui le malheur et la souffrance (Genèse 1, 5 - 3, 24). Comme le premier récit, celui-ci ne doit pas être pris comme une description scientifique indiquant comment le monde sest fait et comment le péché sy est introduit. Cette histoire est une parabole composée à laide dimages, et non de faits relevant du dogme. Dans ce récit, le monde est comparé à un jardin merveilleux conçu par Dieu. Celui-ci y a placé les êtres humains pour quils lentretiennent. Mais les êtres humains ont voulu être plus que de simples locataires ; ils ont voulu devenir égaux à Dieu et posséder le jardin pour eux-mêmes. Aussi Dieu dut-il les bannir de ce paradis et les exiler dans un endroit rempli de souffrances et de privations, où ils ont dû se défendre deux-mêmes. Mais un jour Dieu voulut reconquérir leur amitié.
Dans ce contexte, lisons comment le texte parle de la création des êtres humains.
Le Seigneur Dieu modela lhomme avec de la poussière prise du
sol. Genèse 2, 7 Lauteur voit un lien étroit entre lêtre humain, adam, et la poussière, la terre qui se dit adamah en hébreu. Les êtres humains sont faits de matière et desprit, faits de terre en même temps que tirant leur origine du souffle créateur de Dieu. Puisque cet être tiré de la terre na pas encore de sexe, on utilise en anglais le pronom neutre it. On peut lappeler une créature tirée de la poussière. En hébreu, le pronom personnel et le pronom neutre sont un même mot : concernant la earth creature [créature tirée de la poussière], voir F. FERDER et J. HEAGLE, Partnership [Partenariat], Notre Dame 1989, pp. 31-46. Pour traduire le passage suivant, il faut avoir quelques notions dhébreu.
Le Seigneur Dieu dit : Il nest pas bon pour lhomme
dêtre seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit
accordée. Cette aide pour lui-même nest pas un domestique, un assistant, un quelconque serviteur. Le mot ezer, employé en hébreu fait référence à un vrai partenaire. LÉcriture appelle souvent Dieu notre ezer (Osée 13, 9 ; Ps 33, 20 ; 70, 6 ; 115, 9 ; 146, 5 ; Exode 18, 4). [En français, la Traduction cuménique de la Bible traduit ezer par aide tandis que la récente Bible Pastorale utilise le mot secours, deux termes bien faibles pour évoquer un partenariat.] Cette égalité provient aussi du fait que le monde animal ne peut proposer un tel partenaire.
Le Seigneur Dieu fit tomber dans une torpeur lhomme qui
sendormit ; Genèse 2, 18-24 Dans ce passage, lauteur décrit une merveilleuse transformation. On imagine souvent que Dieu agit sur les êtres humains lorsque ceux-ci sont plongés dans une torpeur, un profond sommeil" comme ici. Par exemple, Dieu conclut une alliance avec Abram tandis quil était plongé dans un telle torpeur (Genèse, 15, 12-21). Dans un tel état, Dieu lui envoie des visions et des rêves ( Job 4, 13 ; 33, 15 ; Daniel 8, 18 ; 10, 9). Dans notre cas, tandis que la créature tirée de la poussière était plongée dans un profond sommeil, Dieu, pour ainsi dire, coupa cette créature en deux parties égales. Cette interprétation du texte découle de la traduction correcte de tsêla o. Tsêlao ne signifie pas côte mais côté, comme :
En fait, il ny a pas dautre verset de lÉcriture où le mot tsêla o est traduit par côte.
Alors, que veut dire ce passage de lÉcriture ? Limage que lauteur a en tête devient plus claire si nous comparons son histoire avec dautres récits anciens de la création. Selon ceux-ci, le premier être humain était androgyne, cest-à-dire quil/elle était en même temps homme et femme. Il/elle avait deux visages, regardant dans des directions opposées, avait quatre bras et quatre jambes. Pour obtenir les deux sexes, le Dieu créateur coupa lêtre humain en deux moitiés, donnant à chaque moitié un visage, deux bras et deux jambes. Un récit complet de cette version de la création peut être trouvé chez PLATON (428-348 av. J-C) dans son Symposion, chap. 14-16. Cette histoire était également connue des Juifs et souvent reliée à la Genèse par les rabbins ; voir R. GRAVES et R. PATAL, Hebrew myths. The Book of Genesis [Mythes hébreux. Le Livre de la Genèse], London 1965, pp. 65-69. Cela semble être limage que lauteur biblique a à lesprit. Dieu plonge dans une torpeur extatique la créature tirée de la poussière. Il divise alors cette créature en deux parties égales : un homme et une femme. En hébreu, les mots ont la même racine : lhomme est ish ; la femme est ishshah. Cest donc à juste titre que lhomme peut sexclamer que la femme est los de ses os et la chair de sa chair. Car ils sont vraiment égaux et ont besoin lun de lautre pour redevenir un corps complet. La punition du péché (Genèse 3, 1-24) La seconde partie de lhistoire, qui concerne le glissement de lhumain dans le péché, ne peut détruire cette image dune même dignité de lhomme et de la femme. Tous deux se rebellent pareillement contre Dieu. Tous deux se sentent coupable et honteux. À tous deux est infligée la même punition. Le texte mentionne alors des exemples des souffrances et des épreuves que devront supporter les humains : lhomme devra cultiver le sol dans la peine, la femme souffrira lors de lenfantement et sera dominée par son mari. À la femme, Dieu dit :
Je ferai quenceinte, tu sois dans de grandes souffrances ; Genèse 3,16 Ceci ne doit pas être interprété comme une licence accordée aux maris de maintenir leurs femmes dans la soumission. Cest la constatation dun fait. Elle relève simplement les conséquences du péché. Dans un monde parfait, les hommes nauraient pas besoin de se battre pour cultiver le sol malgré la sécheresse, les femmes nauraient pas à subir les douleurs de lenfantement ni à être rudoyées par leurs maris. De plus, le texte promet le retour à des temps meilleurs lorsque la descendance de la femme aura remporté la victoire sur le mal (Genèse 3, 15). Le second récit de la création, par conséquent, confirme ce que nous avons vu dans le premier. Les êtres humains sont créés par Dieu à son image ; ils sont le propre souffle de Dieu incarné dans la matière. Hommes et femmes sont des partenaires égaux, chargés de la tâche de prendre soin du monde. Si des inégalités se sont introduites au sein de la société humaine, elles ne correspondent nullement à la volonté de Dieu mais sont la conséquence du péché. Texte de John
Wijngaards. |
|||||||||||||||||||||||||||||||
![]() |
![]() |
|
Commandez le livre à Euro 15.00 ici:
|
Information avec details ici: précis, biographie, prix et ou commander . . . |
|---|
Si vous citez ce texte, merci dindiquer la référence : www.womenpriests.org!