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Règle n° 2 : Pour de nombreux textes, nous devons évaluer la valeur de la doctrine quils contiennent en prenant en compte le genre littéraire auquel lauteur a recours. Fréquemment, le sens littéral des mots et des écrits des auteurs orientaux anciens nest pas aussi évident que dans le cas dauteurs contemporains. Car ce quils veulent dire à travers leurs écrits ne dépend pas seulement des lois de la grammaire et de la philologie ni simplement du contexte. Il est absolument nécessaire pour linterprète de remonter en esprit à lOrient de ces siècles éloignés et de faire un usage judicieux de laide que lui apportent lhistoire, larchéologie, lethnologie et les autres sciences, afin de découvrir quels genres littéraires les auteurs voulaient employer et ceux quils ont, de facto, employés. Pour découvrir lintention des hagiographes, il faut entre autres choses être attentif aux genres littéraires. En effet la vérité est proposée et exprimée de manière différente dans les textes qui sont historiques à des titres divers, dans les textes prophétiques, les textes poétiques ou les autres sortes de langage. Il faut donc que linterprète recherche le sens quen des circonstances déterminées, lhagiographe, étant donné les conditions de son époque et de sa culture, a voulu exprimer et a de fait exprimé à laide des genres littéraires employés à cette époque. La Révélation Divine, n°11-12 ; Concile Vatican II, éd. Fides, 1967, Paris & Montréal, p. 110. Quels sont les genres littéraires ? Vous pourriez ouvrir un journal et découvrir ce titre en première page : Le Prince de Galles sest fait arracher une dent. À lintérieur du journal un article avec le titre : La bataille dune nation contre les mauvaises dents. En bas de la page, une jeune fille souriante montre une denture éblouissante en disant : Denty Blanc, le dentifrice qui vous garantit santé et beauté !. La bande dessinée vous montre Tarzan emprisonné dans un filet et qui sen délivre en tranchant celui-ci avec ses dents sans en abîmer aucune. Réfléchissez maintenant une minute sur lidée que vous vous faites de ces messages. Sans aucun effort, vous aurez compris que les soins dentaires apportés au Prince de Galles constituent un fait. Un article sur les mauvaises dents vous fournit matière à réflexion quoique vous puissiez ne pas être daccord avec certaines opinions exprimées par lauteur. Pas un instant vous ne croyez à la prétention du dentifrice Denty Blanc, et vous ne vous faites certainement pas trop de soucis pour la condition de la denture de Tarzan. Réfléchissez encore : comment évaluez-vous si rapidement chacune de ces déclarations ? La réponse est simple : vous les avez automatiquement classées sous différentes catégories : une information, un article de fond, une publicité et une bande dessinée. Les ayant ainsi identifiées, vous savez quelle valeur attribuer à chacune. Les genres littéraires sont les catégories selon lesquelles nous parlons ou écrivons. Contrairement à ce que nous pourrions penser un peu rapidement, le sens des mots nest pas déterminé uniquement par le dictionnaire. Considérer la phrase : Lexpress de Glasgow a quitté Londres hier à 20h30. Un dictionnaire et une encyclopédie permettront de trouver le sens de chacun de ces mots. Mais nous ne pouvons cependant pas juger du vrai sens de cette phrase à moins que nous sachions à quelle catégorie de discours, à quel genre littéraire elle appartient. Si cette phrase est extraite dun rapport officiel des chemins de fer, nous savons que cest exact. Si est tirée dune lettre personnelle, nous admettons que le correspondant puisse se tromper, au moins de quelques minutes. Si la phrase se trouve dans un roman policier, nous la considérons simplement comme une fiction. Quand nous visitons une librairie, nous découvrons des livres relevant dune grande variété de genres littéraires. Ici encore, sans effort conscient, nous distinguons les livres de prière, les grammaires, les manuels techniques, les anthologies de poésie, les traités philosophiques, les livres scolaires, les essais et les nombreux ouvrages de lecture facile. En vertu de quel principe les distinguons-nous si facilement ? Si nous réfléchissions quelque peu, nous découvrirons que nous les classons généralement daprès trois caractéristiques : a. en fonction du contenu Un manuel de cuisine, un guide des chemins de fer, un livre de poésie ne nous laissent guère de doute quant à la catégorie à laquelle ils appartiennent ! Un coup dil au contenu et nous repérons leur genre ! b. en fonction du style Si nous comparons un livre de prières avec un roman policier, nous constatons - mis à part le contenu - une différence considérable de style. Nous repérons instinctivement à quel genre littéraire nous avons affaire grâce aux mots employés et au style. c. en fonction de la situation de vie Chaque genre littéraire correspond à une situation de vie particulière. Puisque nous connaissons bien le système scolaire, un manuel scolaire nous apparaît immédiatement comme familier. Puisque nous avons lhabitude de chanter à léglise, un livre de chants est aisé à reconnaître. En bref, nous pouvons définir le genre littéraire comme une catégorie du langage parlé ou écrit qui (c) sinscrit dans une situation de vie particulière qui (a) a un contenu caractéristique et qui (b) emploie un vocabulaire distinctif et un style typique. Les genres littéraires dans lAncien Testament Aussi longtemps que nous nous trouvons confrontés à des genres littéraires qui nous sont familiers, point nest besoin dune analyse détaillée. Nous repérons et nous identifions les différents genres littéraires sans même y faire attention, tout comme nous ne prêtons aucune attention au mécanisme compliqué de notre respiration. Respirer ne pose aucun problème pour autant que lon dispose de beaucoup dair. Mais dans le cas des sous-marins et des engins spatiaux qui se déplacent en dehors de latmosphère, fournir aux poumons suffisamment doxygène devient un problème majeur qui a demandé de nombreuses recherches et exige une attention constante. On peut en dire autant dun homme qui évolue hors de son univers habituel, dans un monde intellectuel inconnu. Soudainement, les genres littéraires prennent une grande importance : dès lors il faut apprendre sans cesse et faire preuve de vigilance. Si Platon était venu vivre dans notre pays, il aurait eu besoin de sadapter consciemment à nos genres littéraires. Il aurait pu avoir besoin dun tuteur pour lire un quotidien : Ne prenez pas cette publicité au sérieux !; Cette information est là simplement pour amuser le lecteur ! ; Ces lettres à léditeur nexpriment que lopinion de personnes privées ; etc. Après quelque temps, Platon serait devenu sans doute capable de distinguer nos différents genres littéraires en étudiant le contenu, le vocabulaire, le style de ce qui est écrit ou dit et la situation de vie dans laquelle ils sont utilisés. Quand nous nous penchons sur lÉcriture sainte, nous devons nous rappeler que nous entrons dans un monde très éloigné du nôtre. Prenons, par exemple, les Psaumes. À nos yeux, ils semblent nappartenir quà une seule catégorie. Un Juif y reconnaîtrait immédiatement une douzaine de genres littéraires différents : hymnes de louange, chants de pèlerins, supplications individuelles ou de tout le peuple, ballades visant à instruire le lecteur, prières de remerciement, etc. Immédiatement, notre Juif les reconnaîtrait sans erreur, comme nous repérons les chants religieux, les chansons à boire, les marches militaires ou la musique de danse ! En raison de notre ignorance de la vie et de la mentalité juives, nous devons apprendre à comprendre ces Psaumes très variés. Les livres prophétiques contiennent un nombre incalculable dexemples de genres littéraires différents avec lesquels nous devons nous familiariser. Le sermon paranétique vise à rappeler des vérités fondamentales certaines concernant la loyauté envers Yahvé. Des menaces vis-à-vis de lAlliance, des promesses prophétiques, des chansons satiriques de lamentations constituent diverses catégories de textes rédigés dans un langage hautement technique, et qui pourrait nous échapper. Les oracles exigent, en effet, une connaissance approfondie des situations de vie réelles qui prévalaient en Israël telles que lapplication de la jurisprudence, les cérémonies de la cour, les scènes de marché, les fêtes, les réceptions, les renouvellements dalliance, les rituels de funérailles et les contrats daffaires. Ce nest quen possédant ce genre de connaissances que nous pourrons comprendre en profondeur les genres littéraires et, par elles, saisir le vrai message transmis par les prophètes. Il ne faudrait pas croire que les passages historiques de lAncien Testament soient moins compliqués sous ce rapport. Il faut plutôt affirmer le contraire. Dans lAncien Testament, lHistoire est racontée en recourant à de nombreux genres littéraires différents. Nos difficultés actuelles par rapport à lhistoricité de ces textes proviennent précisément de notre incapacité à les reconnaître et à les faire ressortir. Immanquablement, nous sommes poussés à classer ces récits selon des catégories qui nous sont familières : rapports de témoins oculaires, traités historiques, biographies, etc. Ce qui constitue une erreur fatale qui en a mené beaucoup dans un cul-de-sac ! Il faut comprendre, par conséquent, que les genres littéraires des récits de lÉcriture nous sont étrangers et que nous avons tout à apprendre à leur sujet. Pour cette brève explication, il nous est impossible de fournir une liste exhaustive de ces genres littéraires, mais on peut en relever quelques exemples. Les auteurs juifs expliquent souvent comment un endroit ou une personne a reçu son nom. Dans tels commentaires, ce qui compte ce nest pas la précision des faits mais lexplication du nom. Comme dautres peuples, les Juifs connaissaient les sagas de leurs héros, chose naturelle pour les peuples arrivés à un certain stade de développement sociologique. Des légendes prophétiques dun tel type ont été brodées autour de personnages comme Moïse, Élie et Élisée, exaltant leurs miracles afin de montrer avec plus de force laction directe de Dieu à travers leurs personnes. Des annales faites de rapports précis ne manquent pas dans le Livre des Rois. Un récit théologisé consiste à projeter une construction théorique sur une narration : voyez les six jours de la création dans Genèse 1 ! Après lexil, les prédicateurs juifs avaient recours à des histoires inventées de toutes pièces, appelées misdrash, afin dillustrer un point de doctrine inspiré den-haut. Cela a donné naissance à des livres comme Jonas, Tobit, Esther et à certaines parties du livre de Daniel. Chacun de ces genres littéraires doit être étudié et interprété selon ses caractéristiques propres. Les genres littéraires dans le Nouveau Testament Prenons un exemple tiré des Évangiles qui a souvent été cité pour justifier loppression des esclaves.
Ce texte a été utilisé par les autorités de lÉglise et des théologiens pour démontrer que lesclavage était voulu par Dieu. Jésus lui-même, soutiennaient-ils, a accepté lesclavage. Jésus a donné des exemples mettant en scène des esclaves, ce qui prouve quil admettait la subordination des esclaves. De plus, Jésus a dit son admiration pour le service rendu par des esclaves humbles et soumis. Par conséquent, cest là quelque chose dadmirable, nullement contraire à la volonté de Dieu. Les théologiens nont cessé de répéter ce genre darguments jusquà tard dans le dix-neuvième siècle. Il les menait à une conclusion indiscutable : Cest certainement une question de foi dadmettre que lesclavage dans lequel un homme sert son maître comme esclave est tout à fait légal. Cela peut être prouvé par lÉcriture sainte.
Même le Saint-Office à Rome qui était censé protéger la pureté de la doctrine catholique, déclarait le 20 juin 1866 : Lesclavage lui-même, considéré comme tel dans sa nature essentielle, nest en aucun cas contraire à la loi naturelle et divine, et il peut y avoir plusieurs titres de propriété desclave qui sont légitimes et référence à ceux-ci a été faite par des théologiens reconnus et des commentateurs des canons sacrés patentés... Il nest pas contraire à la loi naturelle et divine quun esclave soit vendu, acheté, échangé ou donné.
Où est lerreur dans cet argument tiré de lÉvangile ? Lerreur vient de ce que lon suppose que, lorsque Jésus tire des exemples de la vie réelle, il approuve ce quil décrit. Bien sûr, nous pouvons apprendre quelque chose de lexemple donné, et cest là le message. Mais lexemple lui-même, Jésus le prend simplement comme un fait qui se passe dans la société, un fait que lon peut y observer. Jésus dit que le Fils de lhomme viendra dans la nuit comme un voleur (Matthieu 24, 42-44).
Jésus loue le gérant malhonnête (Luc 16, 1-13).
Jésus compare Dieu à un juge malhonnête qui est dur vis-à-vis du pauvre (Luc 18, 1-8).
Jésus décrit un roi qui punit un invité mal vêtu (Matthieu 22, 11-14).
Le Bon Samaritain verse du vin et de lhuile sur les plaies du blessé (Luc 10, 34)
Texte après texte, nous voyons Jésus faire nombre de descriptions, souvent très détaillées et toujours tirées de la vie réelle. Il ne faut pas être très intelligent pour comprendre quil ne sagit rien de plus que des exemples. La même remarque sapplique lorsque Jésus raconte des histoires mettant en scène un esclave. Dans ce cas, lattitude de Jésus est claire, nous le savons par ce quil dit dans dautres textes. Car, quand il décrit le maître comme quelquun qui sattend à être servi par son esclave, cest une attitude quil ne souhaite pas que le chrétien imite. Voici ce que Jésus dit à propos de ce que nous devons être :
Matthieu 20, 26-28
Jean 13, 14-16. Laver les pieds de son maître était un signe légal par lequel un esclave manifestait sa subordination ; J. D. M. DERRETT, Domine, tu mihi lavas pedes?, Bibbia e Oriente 21 (1979), pp. 13-42. Voir aussi Luc 3, 16. Oui, nous pouvons apprendre à estimer la valeur du service dun humble esclave qui travaille très dur. Ceci est lintention de Jésus que nous pouvons retirer de lexemple quil utilise en prenant en considération son genre littéraire. Toutefois il est clair que Jésus nexcuse pas la façon dont certains maîtres traitent leurs esclaves, pas plus quil ne recommande lesclavage comme une pratique acceptable pour un chrétien. Tenant compte des idées de lépoque, il considère simplement lesclavage comme étant admis. Le genre littéraire que nous trouvons ici est celui de la parabole et de la métaphore. Lorsque Jésus a recours à des paraboles et des métaphores, nous devons distinguer lhistoire elle-même, avec ses images et ses exemples, de lidée derrière lhistoire, cest-à-dire ce que Jésus veut enseigner. Quand nous étudions les récits de la création, nous faisons une distinction semblable entre la forme et le fond du récit, cest-à-dire entre la présentation et lenseignement transmis à travers elle. Ici encore, nous pouvons formuler cela comme un principe général. Le sens de toute citation biblique ne peut être déterminé quen prenant en considération son genre littéraire. Des questions du type : Cela est-il vraiment arrivé ? ou Qua-t-il voulu dire ? ne peuvent trouver réponse par une déclaration générale du genre : La Bible ne peut mentir ou Voyez dans le dictionnaire le sens des mots ! Dieu a parlé à travers des auteurs qui sont des hommes. Il a parlé leur langue. Il a conformé son message à leur mentalité. Il na voulu dire rien de plus ni de moins que ses instruments humains nont voulu dire. Et le sens de ce qui a voulu être exprimé ne peut être déterminé avec certitude quaprès une étude sérieuse des genres littéraires employés. La règle des genres littéraires est étroitement liée aux autres règles :
Texte de John
Wijngaards. |
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