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Le Christ n’a pas rompu directement avec la domination masculine sociale

Le Christ n’a pas rompu directement avec la domination masculine sociale

Les arguments produits par Rome ne prouvent pas que le Christ ait rompu avec les coutumes sociales de son époque.

Les arguments de Rome

Jésus-Christ n’a appelé aucune femme à faire partie des douze. S’il a agi ainsi, ce n’était pas pour se conformer aux coutumes de son époque car l’attitude vis-à-vis des femmes était bien différente de celle de son milieu et il a délibérément rompu avec lui ;

Il faut remarquer que nous avons ici un nombre d’indications convergentes qui rendent encore plus remarquable le fait que Jésus n’a pas confié la charge apostolique aux femmes.

Citations extraites de Inter Insigniores

Réplique

Le document soutient que Jésus a‘délibérément et courageusement rompu’ avec les attitudes concernant les femmes de son milieu. Mais les exemples invoqués ne sont pas convaincants. Dans chacun des cas, la distance que prenait Jésus par rapport à la culture Juive invoquait un jugement sur la sainteté et le péché, pas un jugement à propos du statut de la femme.

Dans les quatre cas mentionnés, Jésus montre la la gentillesse vis-à-vis des femmes : la samaritaine, la femme qui souffrait d’hémorragies, la femme qui lui lavait les pieds et la femme adultère. La nouveauté dans l’action de Jésus se trouve dans son attitude de compassion vis-à-vis des personnes censées être impures à cause du péché. Le fait que ces personnes soient des femmes ajoute un degré à sa compassion, mais ne change pas sa nature. La compassion de Jésus pour le pécheur comme le paralytique qu’on fait descendre du toit, Zachée, le lépreux à Capharnaüm, le bon voleur, ne diffère pas substantiellement.

Les femmes étaient les premières à voir le tombeau vide. Comme le document l’admet, il ne semblerait pas correct d’en parler comme de témoins. Sur la liste officielle des témoins de la résurrection de Jésus dans Cor 15,3-8, aucune femme n’est mentionnée. Le récit du tombeau vide a son origine selon toute vraisemblance dans une pratique liturgique près de Jérusalem (J.DELORME ‘Résurrection et Tombeau de Jésus’ dans La résurrection du Christ et l’Exégèse Moderne, et P. DE SURGY et al , Paris 1969, pgs 105-151) C’est seulement plus tard que le texte suppose un but apologétique. En harmonie avec la pensée juive, les apôtres sont alors appelés à fonctionner en tant que témoins officiels (MT, 1-10 ; Jn, 1-10) Aucun éloignement de la culture juive établie ne peut être constaté ici.

Le texte sur le divorce est intéressant. Le Pharisien demande : « Est-il contraire à la loi de divorcer de sa femme sous un quelconque prétexte ? »Alors que les écoles rabbiniques étaient divisées sur la gravité de la raison pour laquelle un homme pourrait divorcer de sa femme, Jésus déclare que le mariage idéal devrait exclure la possibilité d’un divorce. Remarquez combien dans la question juive elle-même est impliquée la prééminence du mâle. Selon la loi juive le divorce était le droit unilatéral de l’homme. Un homme pouvait divorcer de sa femme, une femme ne pouvait pas divorcer de son mari. Dans l’évangile de Matthieu, Jésus désapprouve le divorce, mais l’accepte implicitement comme un privilège du mari. ‘Je vous dis ceci : l’homme qui divorce de sa femme, sauf dans le cas de fornication, et en épouser une autre, est coupable d’adultère ’ (Math 19,9). C’est vraisemblablement historiquement la manière dont Jésus a répondu et qui démontrerait ainsi comment Jésus se conformait à la manière juive de voir le mari au centre du mariage. La formulation dans MC 10,11_12, qui parle également d’une femme divorçant de son mari, est vraisemblablement une explicitation selon l’esprit de Jésus dans le contexte des lecteurs romains de marc (H.C.KEE et F.W.YOUNG, The Living World of the New Testament, Londres 1960, p 111-112). Selon le Droit Romain, le divorce pouvait être également demandé par le mari et la femme. En d’autres mots, nous avons ici un exemple de jésus étant attentif aux droits des femmes ; pas un exemple de Jésus rompant avec le mythe social en tant que tel.

Bien entendu, Jésus avait un nouveau type de relation sociale avec les femmes que celui dont je parle par ailleurs. La question est de savoir si dans ces relations avec les femmes, il a ‘courageusement et délibérément rompu’ avec les coutumes sociales de son temps. Clairement la réponse est : non. Il est vrai que, dans un cas ou deux, Jésus a franchi les limites qu’un rabbin juif lui aurait imposé dans sa façon de traiter les femmes. Comme nous l’avons vu précédemment, cela peut-être expliqué comme de la compassion, un aspect du rejet général de la tradition rabbinique quand on faisait appel à sa pitié (Mt 9, 12 – 13).

Cependant il n’est pas question d’une attaque directe contre la discrimination. Jésus ne s’est pas battu de la même manière pour l’émancipation des femmes que pour les pauvres. Il a eu des bagarres fréquentes avec les pharisiens à propos du sabbat et des autres observances traditionnelles. On n’a pas le souvenir qu’une seule fois, il ait eu une discussion pour remédier à l’oppression dont souffraient les femmes. Simplement la question de l’émancipation n’a jamais été soulevée. Le climat social n’était pas mûr pour cela.

Traduction française de Françoise Bourguignon.

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