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La perception sociale de la supériorité masculine

La perception sociale de la supériorité masculine

Le “mythe” social

1. Lorsque certaines valeurs ont été acceptées par la société, elles tendent à être renforcées dans le cours du temps par le développement d’un mythe’ à travers lequel ces valeurs sont justifiées. L’acceptation de la dominance masculine comme schéma d’organisation sociale a été renforcée par beaucoup de mythes culturels. Le mythe de la supériorité masculine enchasse ce qui devrait être écarté : un préjugé catégorique et une vision dépassée du réel qui n’est plus acceptable de nos jours.

2. Aussitôt que les enfants sont assez âgés pour apprendre, la société commence à formater leurs esprits dans son schéma de pensée propre. Par ce qu’ils font et par ce qu’ils disent, les parents imposent leurs conceptions de la place de l’homme et de la femme au sein de la société. La masculinité et la féminité sont deux des catégories qui sont le plus tôt assimilées par un enfant.

L.KOHLBERG, A Cognitive-Developmental Analysis of Children’s Sex Role Concepts and Attitudes, in The Development of Sex Differences, ed E.E. MACCOBY, Tavistock London 1967.

Une étude basée sur 110 sociétés contemporaines montre que, dès l’âge de quatre ans, les enfants sont moulés dans leur futur rôle d’adulte dans la société. Dans la plupart des sociétés (85%), l’accomplissement et la confiance en soi sont des vertus exclusivement détenues par les garçons. Les filles sont destinées à donner la nourriture (82%· et à être responsables (61%). Les valeurs inculquées par la société deviennent une part du mythe par lequel l’homme et la femme jugent leurs propres caractéristiques et tâches dans la société.

H.BARRY, M.K.BACON et I.I.CHILD , A cross-cultural survey of some sex differences in socialization, Journal of abnormal Social Psychology 55 (1967) 837-853.

3. Une des manières par lesquelles le mythe social fossilise les valeurs est le langage. L’Anglais emploie le même mot « homme » pour signifier une personne de sexe masculin et un être humain. Par cela, la personne de sexe masculin est faite la norme de la nature humaine. La nature féminine est considérée comme quelque chose de spécial, comme étant différente. Elle est mesurée d’après le critère de l’humanité trouvé chez l’homme. Le même mythe qui identifie le mâle et l’être humain se retrouve en sanscrit, en hébreu, en grec, en latin, en français, etc. Ce que quelques philosophes occidentaux (Aristote, Thomas d’Aquin) ont déclaré explicitement : « La femme est un homme incomplet ». C’est d’une certaine manière la conviction non dite mais fondamentale dans beaucoup de cultures.

« La femme est un homme incomplet » (latin : femina est mas occasionatus) signifie que le sexe féminin est le résultat d’un défaut dans la conception ; ARISTOTE de Generatione Animalium II 3 ; THOMAS Summa Theol I a92. art 11 ;Ibid.a.99, art 2.ad.1.

Alors qu’en réalité la femme est biologiquement la gardienne de la vie et une expression plus accomplie de la nature humaine, elle demeure considérée comme « Le Deuxième Sexe », l’autre (Simone de Beauvoir)

4. Le mythe social a lié les catégories de masculinité et de féminité à des professions variées. Là où les mathématiciens, les physiciens et les ingénieurs sont considérés comme détenant des professions ‘masculines’, (rudes, dures, intelligentes, dignes de confiance), les romanciers, les poètes et les artistes sont caractérisés comme ‘féminins’ (sexy, doux, imaginatifs, chaleureux, excitants). C’est sans doute la raison pour laquelle si peu de femmes entrent dans certaines professions, une femme seulement sur 55 physiciens, une sur 300 chimistes, une sur 500 ingénieurs électroniciens ! Ce qui est encore plus intéressant bien que beaucoup de garçons et de filles présentent des talents personnels qui vont dans des directions différentes, est qu’ils sont personnellement psychologiquement convaincus qu’ils ne conviendront pas dans tel ou tel modèle parce que ce dernier ne s’accorde pas au mythe social.

L.HUDSON. Frames of Blind Ability and Selfperception in the Arts and Sciences ; Penguin 1970, esp.pgs 32-33 ;46-47 ;86-90. Les modèles de femmes dans différents métiers ont changé depuis cette étude précisément parce que les perceptions du rôle social ont changé.

5. La recherche sur les pratiques sexuelles en Italie a révélé des préjugés incroyables parmi les hommes. Dans certaines villes 50% des hommes commettent l’adultère ou ont commerce avec les prostituées. Alors qu’ils excusent ceci comme étant une faiblesse, 75% des mêmes hommes condamnent fermement les relations sexuelles des femmes avant le mariage et l’adultère féminin. La cause de la confusion se trouve dans un mythe social qui se contredit lui-même. Selon cela, il existe deux types de femmes : les femmes sans sexe (qui devraient être respectées) et les femmes dépravées (qui peuvent être aimées sexuellement) Un Italien moyen attend de son épouse qu’elle n’ait aucun intérêt pour le sexe (qu’elle soit chaste comme Notre-Dame) et il cherchera une satisfaction sexuelle avec d’autres femmes (qu’il considérera comme des dépravées selon le modèle d’Ève). Chez les femmes également cette situation engendre des tensions psychologiques sévères. Elle ne peut pas sentir qu’elle est une vraie femme sans éprouver en même temps un complexe de culpabilité.

G.PARCA, Le Italiane se confessano, Florence 1959. F SULTANI. Mentalita et comportimento des maschio italiano, Milan 1965.

6. Il est maintenant généralement admis que le théologie chrétienne du sexe, de la chasteté, du mariage et du célibat a été teintée par des perceptions culturelles et sociales différentes, les mythes culturels, au cours des siècles. Pour beaucoup d’écrivains dans la période patristique, tout ce qui appartient exclusivement au corps ( et donc irrationel en termes Stoïques) était mauvais. Grégoire le Grand prétendait que l’acte sexuel contenant en lui-même un élément de péché et que cet élément de péché était le plaisir qu’on y prenait.

J.T.NOONAN, Jr Contraception : A History of its Treatment by the Catholic Theologians and Canonists, Harvard Univ . Press, 1965, pgs 46-49 ;76-81 ;150-151.

Thomas d’Aquin et les scolastiques basaient une grande part de leur théologie sur le mythe culturel comme si la seule contribution de la femme à la descendance formait une sorte de ‘ferme’humaine dans laquelle la semence mâle ( le futur être humain complet) pouvait être implanté.

R.NOWELL, Sex. and Marriage, in « ON Human Life » ed PHARRIS, Londres , Burns et Oates, 1968,pgs.45-71 .

Il est clair que les attitudes envers la participation des femmes au Ministère ont été affectées par de tels mythes culturels.

Traduction : Françoise Bourguignon

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