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L’analyse de “Ordinatio Sacerdotalis”

Je désire être un prêtre de Jésu

L’analyse de “Ordinatio Sacerdotalis”

par Sidney Callahan

‘Is black white? Letter to Cardinal Ratzinger concerning infallible teaching and ordination of women’ [“Le blanc est-il noir ? Lettre au Cardinal Ratzinger concernant l’enseignement infaillible et l’ordination des femmes], de Sidney Cornelia Callahan, Commonweal, vol. 123, 9 février 1996, pp. 6-7.

Sidney Cornelia Callahan a écrit différents livres concernant la pastorale, dont :
The Magnificat: The Prayer of Mary (Le Magnificat, la prière de Marie)
Parenting: Principles and Politics of Parenthood (Être parents : principes et politique des parents)
The Working Mother (La mère qui travaille)

Dans une lettre ouverte au Cardinal Ratzinger, l’auteure conteste l’affirmation “infaillible” selon laquelle l’Église catholique ne serait pas autorisée à ordonner des femmes. Comme avait conclu en 1976 la Commission Biblique Pontificale, l’Écriture seule ne constitue pas une base suffisante pour décréter que les femmes ne peuvent être ordonnées. Parmi les éminents théologiens et les exégètes peu suspects, on compte plus de partisans de l’ordination des femmes que de défenseurs de son interdiction. La présentation des arguments en faveur de l’interdiction ne convainc nullement, car elle découle de raisonnement anciens et avance de vagues idées au sujet de la représentation du genre (sexe) et de la notion de complémentarité. Celles-ci supposent que les hommes et les femmes ont des vocations différentes à accomplir au service de l’Église. Le moment pourrait être venu de repenser la question dérangeante et contestée de l’autorité infaillible de l’Église ; personne ne peut prétendre connaître avec certitude la volonté du Christ.

Cher Cardinal Ratzinger,

Puisque vous nous demandez, en tant que catholiques loyaux, de soumettre notre esprit et notre volonté à l’enseignement “infaillible” selon lequel les femmes ne peuvent être ordonnées prêtre, vous devez également nous indiquer comment y arriver. Qu’attendez-vous exactement que fassent ceux qui ne sont pas d’accord ?

Je me rappelle combien j’ai été choquée par ce que dit saint Ignace dans ses Exercices : “Si vous voulez avancer prudemment en toutes choses, vous devez appliquer strictement le principe suivant : Ce qui me paraît blanc, je dois croire que c’est noir si l’Église hiérarchique le définit comme tel.”

Mais nous ne sommes plus au seizième siècle, et vous êtes un brillant théologien vivant dans l’Église d’après Vatican II, au service d’un pape qui proclame l’inviolabilité de la conscience et la dignité de la personne humaine. Aussi, comment voyez-vous le cheminement mental et spirituel que nous, les fidèles qui sommes en désaccord, sommes censés suivre ?

Si nous lisons l’Écriture, nous ne pouvons qu’être d’accord avec la Commission Biblique Pontificale qui a établi en 1976 que l’Écriture seule ne fournit aucune base pour décréter que les femmes ne peuvent pas être ordonnées. Si nous considérons les travaux d’éminents théologiens et de savants peu suspects, nous en trouvons beaucoup plus défendant l’ordination des femmes que d’autres, partisans de son interdiction. Quand vous présentez les arguments défendant votre position, ils n’apparaissent nullement convaincants. Ils se réfèrent principalement à ce qui a été dit par le passé. Et même pire, ils font référence à des idées peu claires concernant la représentation des genres (sexes) et leur complémentarité lesquelles impliquent que les hommes et les femmes ont des vocations différentes à mettre au service de l’Église.

Vous admettrez certainement que l’argument tiré de la tradition ou la preuve négative par le silence paraît bien étrange dans une Église qui s’est toujours faite le héraut d’une Bonne Nouvelle révolutionnaire et qui veut changer le monde. “J’ai fait toutes choses nouvelles”, dit le Seigneur. Les arguments relatifs aux “natures différentes” des genres (sexes) et à leur complémentarité paraissent encore bien plus étranges et contradictoires sous un pape qui prêche constamment l’égalité des hommes et des femmes à la fois dans l’Église et dans le monde. Le pape a même fait des excuses aux femmes pour les abus dont elles ont été victimes par le passé dans l’Église. C’est ainsi que vous en venez à vous excuser d’un passé horrible et que par ailleurs vous faites pourtant appel à la “tradition inchangée” pour justifier le présent.

Les contradictions et les inconsistances de votre position expliquent pourquoi la plupart des théologiens catholiques, et même certains évêques, ont estimé que ce serait être plus fidèle à l’Esprit-Saint d’ordonner désormais des femmes. Les laïcs américains partagent cette position. Après quarante années de prière, d’étude et de méditation sur la question, je suis convaincue en conscience que c’est la volonté de Dieu que des femmes soient ordonnées.

Dans l’impasse où nous sommes, votre injonction que je soumette ma conscience et que je croie ce que vous avez défini comme vrai me met dans une position psychologiquement impossible ; vous suivre constituerait en fait un suicide moral. Je ne peux rien faire d’autre que de croire avec sincérité ce que la foi, la raison, le cœur, mon avis d’expert et l’expérience d’une vie m’indiquent comme vrai et en accord avec ce que le Christ souhaite pour l’Église.

Croyez-vous qu’il y a en moi quelque faculté ou partie isolée qui puisse rester séparée de mon moi profond et me forcer de quelque manière ou qui veut que le reste de moi soit déçu de moi-même ? Je veux bien l’admettre, je suis lâche, et sous la torture, je pourrais faire semblant ou mentir. Mais je ne pourrai jamais vraiment croire que votre document propose une doctrine infaillible, une partie du dépôt de la foi de même nature que le contenu du credo et d’autres vérités fondamentales.

Vous pourriez bien répondre : “Puisque vous admettez votre faiblesse, soyez vraiment humble et acceptez que, étant donné notre rôle et notre autorité, nous au Vatican, avons la garantie d’être infaillibles lorsque nous définissons ce qui appartient à la foi catholique. Et, de toute manière, vous avez toujours la possibilité de vous faire membre d’une autre Église chrétienne.”

C’est vrai. Toutefois la même conscience sincère qui me pousse à défier votre document m’oblige aussi à adhérer fermement à l’Église catholique et à croire à l’importance cruciale du ministère de Pierre. À ma manière catholique chauvine (c’est que je suis une convertie), je suis convaincue que les chrétiens ont besoin d’être en communion avec le pape, d’être rattachés au roc de Pierre afin d’être dans la communion la plus étroite possible avec toute la tradition de l’Évangile. Quand on se sépare de l’Église ou qu’on la quitte en signe de protestation, je crains bien que l’on ne verse dans une tendance nous portant à devenir partisan, puritain, à avoir des idées arrêtées ou à s’échapper vers le Nouvel Âge ou vers d’autres doctrines commodes. Je crois en l’importance et l’ampleur de l’unité et de la communion catholique, mais non dans l’actuelle interprétation officielle de ce que cette unité entraîne.

Aussi ai-je une contre-proposition à vous faire. Mettons à profit avec prudence notre capacité très catholique d’amnésie sélective et oublions ce que vous avez écrit. Nous pouvons discerner qu’il s’agit là d’une de ces propositions contestables qui ne sont pas reçues par l’Église ou jamais confirmées comme vraie doctrine, et qui n’est certainement pas couverte par l’infaillibilité.

À vrai dire, il nous faut profiter de l’occasion pour devenir tous beaucoup plus humbles et repenser nos désaccords relatifs à cette question troublante de l’autorité infaillible de l’Église qui nous divise. Pourquoi certains d’entre nous, en poste de responsabilité ou non, sont-ils ainsi absolument convaincus de connaître avec certitude et de manière précise la volonté du Christ ? Comment la foi peut-elle être la foi si elle se réclame d’une telle certitude épistémologique ?

L’honnêteté nous force à reconnaître que l’Église a modifié très souvent ses doctrines “définitives”, qu’il s’agisse de sujets tels que la liberté de conscience, les Juifs, les croisades, l’esclavage, l’usure, la torture, les États pontificaux, et des centaines d’autres inepties embarrassantes sur des sujets sans importance, commises en prétendant abusivement à la certitude. Je sais, certains apologistes, à force de contorsions, tentent héroïquement de prouver que ces erreurs, soit n’ont pas été commises, soit - en jonglant quelque peu - peuvent être réinterprétées de manière subtile ; ou bien ils se réfugient derrière l’évidence selon laquelle le problème vient seulement (!) de ce que l’Église est composée de pécheurs.

Si nous considérons que les choses évoluent au cours de l’histoire, peut-être bien qu’un recours abusif à l’infaillibilité et un besoin exagéré de certitude disparaîtront comme les dents du bébé : elles tomberont comme l’enfant grandira. On ne les considérera plus comme nécessaires puisque désormais l’Église ne croit plus que Dieu destine aux flammes de l’enfer les païens, les bébés non baptisés (St Augustin) ni ceux qui ont adhéré sincèrement à des idées erronées. La centralisation excessive du pouvoir, elle non plus, ne sera plus nécessaire alors que, compte tenu de la subsidiarité, les autorités locales de l’Église deviennent capables de prendre leurs responsabilités.

Aussi, cher Cardinal Ratzinger, je suis de tout cœur avec vous et le pape lorsque vous affirmez les merveilleuses réalités de la Vérité divine et que vous croyez que les vérités éternelles résident au sein la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Mais nous ne sommes pas d’accord quant à votre manière de rechercher la Vérité ni avec vos prétentions à la certitude. Le Baron von Hugel, au moment le plus âpre de la controverse moderniste déclara que “il acceptait tout ce que dans quoi l’Église s’était engagée finalement elle-même”. Très bien dit, mais il n’y a pas de “finalement” dans la marche incessante vers Dieu. Nous suivons Celui qui est l’Alpha et l’Oméga, Celui qui dit sans cesse “Viens !”.

Avec mes sincères salutations dans le Christ.

Sidney Callahan

Traduction française par Jacques Dessaucy.

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