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Servez-vous des dons de Dieu

Servez-vous des dons de Dieu

Dernier testament de Monseigneur John J. Egan

Publié dans le National Catholic Reporter 1er juin 2001

J’ai 84 ans et j’ai servi l’Église Catholique et l’archidiocèse de Chicago pendant 66 ans. Je parcours l’ensemble de ma vie avec gratitude pour les grands maîtres que j’ai eus et pour les occasions qui m’ont été offertes – travailler à la préparation au mariage, aux affaires œcuméniques, aux relations interethniques, à la justice sociale, à l’organisation des communautés et, en tant que pasteur, en me consacrant aux besoins de cette grande ville et de sa population. Dans la plupart de ces positions, j’ai pu évaluer les problèmes quand je les rencontrais et proposer des solutions et des remèdes.

Arrivé maintenant à la dernière partie de mon existence, je regarde mon Église et cela me trouble. J’y vois de grandes absurdités et je sens que je dois parler. Pourquoi n’utilisons-nous pas entièrement les dons et les talents des femmes qui constituent la majorité de nos membres à travers le monde ?Je me rends compte que, simplement en soulevant cette question, je me mets au rang des rebelles – parce que la hiérarchie actuelle ne voit aucune raison de changer ni même de poser cette question. Pourtant, un conflit responsable et pieux a toujours joué un rôle dans l’Église : c’est une part de ce que nous sommes, de ce que nous avons toujours été, de ce que nous devons être.

La place des femmes dans la société a changé radicalement parce qu’elles paraissent maintenant être devenues des égales et ne sont plus des individus inférieurs et serviles. Quand je suis né, les femmes venaient tout juste d’acquérir le droit de vote. Aujourd’hui, elles dirigent leur propre compagnie, sont chefs administrateures d’hôpitaux, présidentes de pays. Pourtant dans mon Église, à une époque de nécessité réelle, les femmes sont encore invisibles aux places où elles pourraient contribuer le plus.

Récemment, au cours d’une grande cérémonie, le Pape Jean-Paul II a élevé 44 hommes de tous les coins du monde au rang de cardinal. Et cependant pendant toute la cérémonie, ils ont une mission et seulement une qui est de se rassembler à Rome quand meurt le Saint Père et de choisir un nouveau pape. Ce nouveau pape prendra des décisions qui affecteront l’Église universelle dont la majorité des membres sont des femmes. Est-il si incongru d’avoir quelques femmes compétentes et de valeur dans ce conclave d’hommes ? Existe-t-il la moindre raison théologique à l’encontre d’une démarche si audacieuse – ou n’y a-t-il rien d’autre que la réplique usée que ‘nous n’avons jamais agi ainsi précédemment’.

Au début de mars, mon archevêque ? Le Cardinal Francis George a prêché la retraite au pape et à quelque160 membres de la Curie. J’étais fier de le voir élevé à une telle tâche. Les hommes de la Curie sont des gens de l’intérieur ; ils contrôlent les travaux de cette immense Église, leur décision affecte des millions de gens. La Curie ne bénéficierait-elle pas beaucoup de la perception et de la sagesse que certaines femmes choisies apporteraient en tant qu’égales dans leurs importantes discussions?

Maintenant,, il faut parler du point le plus délicat en ce qui concerne les femmes dans l’Église Catholique. Comme à peu près tout le monde sait, nous sommes en période de crise à cause du déclin du clergé masculin aux Etats-Unis, en Europe, en Amérique du Sud et ailleurs. J’en suis venu à croire que l’Église doit considérer l’éventualité d’ordonner prêtres des femmes (et encore plus certainement des hommes mariés) pour rencontrer un besoin essentiel qui ne l’est pas à présent. Je dis cela à cause de l’insistance répétée du Pape Jean-Paul II, reflétant le décret de Vatican II sur la liturgie sacrée, qui dit que la source première et indispensable du vrai esprit Chrétien est la liturgie, l’Eucharistie, la Messe. Si cette source ne peut être obtenue à cause du manque de prêtre, le vrai esprit Chrétien est alors perdu. Et c’est un désastre.

In the Chicago archdiocese in 1999, we lost 31 priests in death and 20 more through retirement. In that same year, just six priests were ordained for the archdiocese. To the best of my knowledge, in the New York archdiocese, five priests were ordained in 2000; in San Francisco, one; in Los Angeles, seven; in Detroit, five; in Boston, 11; in San Antonio, three; in Davenport, two; in Newark, 11 (only one of whom was native to Newark; of the 10, nine will serve a special movement); in Washington, four.

Au diocèse de Chicago en 1999, 31 de nos prêtres sont morts et nous avons perdu 20 autres prêtres qui ont pris leur retraite. La même année, il n’y a eu que 6 prêtres qui ont été ordonnés dans l’archidiocèse. Pour autant que je sache, dans l’archidiocèse de New York, 5 prêtres ont été ordonnées en 2000 ; à San Francisco, un ; à Los Angeles, 7 ; à Detroit, 5 ; à Boston, 11 ; à San Antonio, 3 ; à Davenport, 2 ; à Newark, 11 (un seul d’entre eux était né à Newark) ; sur 10, 9 vont servir dans un mouvement particulier ; à Washington, 4.

Le résultat est que 15 % des paroisses dans le pays n’ont plus de prêtre résidant Je suis conscient du grand nombre de laïcs (hommes et femmes), de religieuses ou de diacres (hommes seulement) qui se sont portés en avant pour répondre aux besoins des paroissiens. Leur émergence démontre à suffisance la bonne volonté et la générosité de notre peuple. Mais dans la théologie Catholique et dans la pratique, seulement des hommes peuvent célébrer la Messe, la principale source de l’esprit chrétien. La Messe est donc devenue de moins en moins accessible.

Je trouve intéressant que les évêques à leur réunion ont considéré qu’on pouvait utiliser des prêtres étrangers pour remplir le vide. Une telle solution manque de réalisme. Les endroits d’où viennent ces prêtres ont un beaucoup plus grand nombre de Catholiques par prêtres que celui que nous avons dans notre pays. Allons-nous alors importer des prêtres d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du sud au détriment des Catholiques qui vivent là-bas ?

Prenons-nous aussi en considération les ajustements culturels et le niveau de compétence en anglais requis de ces prêtres étrangers ? En plus, les prêtres étrangers ne comprennent tout simplement pas comment naviguer au milieu des structures gouvernementales et des structures de voisinage dans notre société. La paroisse d’aujourd’hui postule que le prêtre doit être capable de se relier à toute la communauté.

En dépit de la bonne volonté de ces hommes venus d’ailleurs, une telle importation n’est pas la réponse à donner à la crise.

L’étude des évêques ne mentionne même pas l’ordination des femmes ni celle des hommes mariés comme une possibilité et les deux ou trois évêques qui ont soulevé cette question au cours de la discussion générale furent accueillis par un silence de pierre. Dans l’Eglise primitive, les femmes servaient comme diacres et il y a des preuves qu’elles présidaient même à ce que nous appelions maintenant la célébration de la Messe. La tradition ne s’arrête pas à un point défini de l’histoire ; elle comprend aussi le présent. Et nous sommes heureux de vivre dans cette époque où l’égalité des femmes avec les hommes a enfin été reconnue comme une vérité donnée par Dieu.

Il est temps de présenter ce sujet à une large audience pour apprendre le sens d’une plus grande Église. Les arguments selon lesquels les femmes ne peuvent pas être ordonnées parce que Jésus a seulement choisi des hommes pour ses premiers apôtres ou parce que la tradition a réservé la prêtrise aux seuls hommes ne persuadent plus la majorité des Catholiques. Elles ne persuade plus beaucoup de théologiens et sans doute pas mal d’évêques non plus.

Même s’il n’avait pas de pénurie de prêtres, même s’il y avait une surabondance de prêtres de qualité, on demanderait à l’Église Catholique de revoir son exclusion des femmes des Saints Ordres. Ce n’est pas simplement une question d’utiliser des femmes pour un cas d’urgence. C’est une question, je crois, de justice sociale à laquelle les Catholiques doivent s’habituer.

J’ai 84 ans et je ne me suis pas encore retiré, mais je me rends compte qu’il me reste un nombre limité d’années à servir. Une grande partie de mon ministère a été consacrée à travailler avec d’autres religions ou avec d’épineux problèmes de justice – sociale, économique, politique. Je dois demander maintenant à notre Église d’ouvrir les yeux et d’élever la voix pour une autre question de justice – L’Église a le devoir d’inclure le plus grand nombre de femmes aux positions de direction et d’autorité en son sein, y compris l’étude et la discussion de l’ordination des femmes.

L’Église a l’obligation d’utiliser tous les dons que Dieu a donné pour remplir sa mission. Mon plaidoyer et ma prière au nom de l’Église que j’aime profondément est d’affirmer cet engagement et d’agir.

John J. Egan

Traduction de Françoise Bourguignon


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