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Par le Professeur René van EydenCe fut un jour historique. Les Catholiques du monde entier ont su quune doctrine avait été décidée de manière infaillible et ensuite ils ont commencé à d
Le thème dont je veux discuter est le suivant : allons-nous coopérer volontairement et souffrir en silence ou parler en public et promouvoir de nouvelles pratiques ?
Je veux seulement aborder un aspect de lensemble qui concerne les femmes et le ministère, en particulier : pourquoi y a-t-il tant de chefs pastoraux et leurs paroissiens qui acceptent la pratique officielle dexclure les femmes et que cela demeure sans être contredit, même sils jugent eux-mêmes quil sagit dune mauvaise pratique? Que signifie cette complicité dans un tel contexte.
Permettez-moi de vous décrire deux expériences : deux ordinations de prêtres auxquelles jai assisté récemment.
Expériences opposées
La première ordination a été célébrée dans une paroisse de Hollande. Les paroissiens avaient tout mis en oeuvre pour faire une belle célébration. Il y avait des chants, des décorations, des livrets spéciaux avec les textes avaient été préparés, etc, etc. cétait seulement larrière-plan de lévénement réel : la liturgie romaine de lordination à la prêtrise. Cétait un événement extrêmement clérical, un rituel réservé seulement aux hommes ordonnés. Pas une femme, pas même une travailleuse pastorale en vue dans le sanctuaire. Dans lhomélie et dans les prières, il ny avait pas la moindre allusion au sujet de lexclusion (provisoire ?) des femmes. Lévêque et un grand cercle de prêtres, tous mâles, imposent les mains. Pour les fidèles mais sans la participation de ces derniers.
Une différence énorme avec la cérémonie où deux femmes furent, pour la première fois, ordonnées prêtres dans lÉglise Vieille Catholique en Allemagne, à Constance, le lundi de Pentecôte du 27 mai 1996. Cétait une liturgie portée par la communauté tout entière, un évêque qui irradiait son implication personnelle, qui ne se posait pas au-dessus mais au milieu des fidèles et des prêtres, tous également frères et surs dans le ministère.
Un contraste incroyable ! Dun côté la cérémonie romaine cléricale, stérile et patriarcale et de lautre, une fête de lEsprit qui réchauffait le cur.
La douleur et lhumiliation provoquée par la première sorte de cérémonie pour une femme impliquée dans lapostolat paroissial a été décrite de façon émouvante par Maria Mulder (Trouw 3 juillet 1992 : « Effrayante expérience lors de lordination dun prêtre »). Lexclusion dune femme, non à cause de son manque de qualités pastorales, mais seulement parce quelle est une femme,e est extrêmement humiliante pour toutes les femmes.
Lexclusion des femmes des ministères ordonnés a été étudiée de manière exhaustive (note 1). La conclusion est claire : dun point de vue pastoral, certaines femmes sont privées dun droit dans lÉglise, toutes les femmes sont humiliées et la communauté des croyants est privée de la direction pastorale dont elle a besoin. Dun point de vue théologique, cest une trahison de lidentité du ministère et de lÉglise et cela implique une compréhension atrophiée de la vraie mission de Jésus et de son, message.
Dans une lettre ouverte de lassociationVrouwmens au Cardinal Simonis à loccasion de Ordinatio Sacerdotalis, on lit ceci : « Est-ce que cette manière de discuter nest pas une offense à Dieu ? Et les vraies raisons sont-elles pas davantage le souci quont les chefs de préserver leur pouvoir plutôt que le souci de la vérité? »
Il y avait dans la cérémonie de cette paroisse hollandaise quelque chose de réellement malsain. La liturgie se déroulait sans bavure et pas un seul mot de protestation ne sélevait. Chacun voulait que le postulant ait une heureuse fête. Personne ne mentionnait le caractère ambivalent de lordination dont les femmes avaient été exclues par principe. MAIS la majorité des prêtres présents à cette occasion nétaient pas vraiment daccord avec lexclusion des femmes. Ils se rendaient bien compte de lerreur dans la théologie de lÉglise et dans la mention du ministère dans le texte de lordination. Ils étaient conscients du fait que beaucoup de leurs collègues pastoraux féminins dans la paroisse étaient profondément blessées.
Pourquoi alors continuons-nous à supporter cela ?
Daprès une recherche parmi les prêtres catholiques romains en Hollande, il est clair que 68% dentre eux pensent que les femmes devraient être ordonnées ce qui est une majorité confortable Pastores en Ambt, VPW Nederland, juin 1994)
Une question se pose alors : pourquoi est-ce que chacun collabore ainsi avec les prêtres qui imposent les mains etc ? Pourquoi est ce que chacun la boucle ? Pendant la cérémonie, on nentendait dans le public aucune protestation contre lexclusion décidée par Rome. Il ny avait aucun signe de solidarité avec les femmes ? Pourquoi est-ce que chacun embrayait-t-il si joyeusement dans la voie traditionnelle?
Beaucoup de participants étaient conscients des erreurs fondamentales dans la vision officielle de lÉglise et dans sa pratique officielle, mais quoi que fasse celle-ci, les mêmes personnes y coopéraient sans protester.
Comment expliquer cette inconsistance?
Elle naît de la manière dont fonctionne un système répressif.
En dépit de beaucoup de forces contradictoires, un système répressif peut continuer à dominer longtemps, aussi longtemps que coexistent trois facteurs :
Si nous appliquons ceci à notre sujet, nous pouvons dire que lexclusion des femmes est possible à cause de la combinaison de ces trois facteurs, une combinaison qui, malheureusement perdure sans faillir.
Comment combattre un système répressif?
Si je veux combattre lexclusion des femmes du ministère (ou, dautres formes de répression), je peux le faire de trois manières : en me centrant sur les chefs répressifs, sur les structures du système ou sur les pauvres types qui agissent souvent en complices.
1.Se centrer sur les chefs.
Les dirigeants de lÉglise basent leur exclusion des femmes sur une série de principes théologiques. Notre stratégie devrait être dessayer de modifier ces perceptions en procurant aux gens de meilleurs arguments. Toutefois, cela savère souvent une entreprise assez stérile.
Le pape est toujours en train dexpliquer aux femmes et cela depuis bien longtemps comment elles doivent se considérer elles-mêmes, ce que signifie être une femme, ce quune femme doit faire et ne doit pas faire, ce quelle peut et ne peut pas faire. De solides argumentations se sont mises en travers cette théologie romaine, mais sans aucun effet. La vérité est prisonnière du piège du pouvoir (note 2).
Les dirigeant de lÉglise naiment pas le mot pouvoir. On préfère lappeler autorité. Jan Roes appelle ceci réduire le concept de la vérité à la capacité de prendre des décisions dun côté, et, à lobéissance au magistère souverain, de lautre(In Kerk Geboren, Nijmegen 1994, p 56). Nous avons déjà atteint le stage où lexclusion des femmes a été appelée une doctrine infaillible et de cette manière, Rome a dit son dernier mot.
2. Se centrer sur les structures.
Exclure les femmes du ministère ordonné est seulement la pointe de liceberg, la partie la plus importante flotte, invisible, sous leau. Cest la masse des anciennes structures patriarcales et des idéologies. Linégalité du pouvoir entre les hommes et les femmes sest, au cours du temps, rigidifiée en une institution patriarcale et idéologique.
Ici, notre stratégie pour changer les institutions et ses structures, devrait consister dans lorganisation dun contre-pouvoir. Ce ne semble pas une tâche facile non plus. Jusquà présent, on na fait que des réformes superficielles. Les tentatives dans cette direction nont pas eu plus de succès que dessayer denfoncer une épingle dans un bloc de granite.
3. La complicité des dominés.
Le troisième facteur est la complicité de ceux qui souffrent de la répression. Dans le passé, lexclusion des femmes était ressentie comme une évidence par lÉglise, une partie de lordre établi qui allait de soi. Ceci est dans le droit-fil de la philosophie officielle de lÉglise ; les dirigeants pastoraux et les paroissiens sy conforment, particulièrement en ce qui concerne leurs actes publics.Ils suivent les règles, même sils ont des doutes. Le pouvoir du système romain est aussi conservé intact par ceux qui sont en son pouvoir.
La stratégie qui est demandée ici est plus proche de nous. Cela signifie se changer, se libérer en conscience des règles qui oppriment, ne plus regarder le monde avec le regard dune plus haute autorité, écouter ceux qui sont à la marge et délibérément choisir de les accompagner.
Cette attitude permet aux hommes et aux femmes de se sentir libres, à la fois personnellement et collectivement, de critiquer la doctrine officielle et de contester la pratique de lexclusion des femmes dans des situations spécifiques. Par la suite une interaction salutaire peut survenir. Selon le théologien J.B. Metz, le renouvellement nécessaire dans un système de doctrine rigidifié depuis toujours ne peut se produire que lorsque surviennent des interruptions (note 3).
Lordination des femmes à la prêtrise nest pas un objectif isolé. Ce qui est en jeu est beaucoup plus large : un renouvellement général du ministère de lÉglise comme lindique le slogan de la conférence pour lordination des femmes : Nouvelle femme Nouvelle Église Nouveau sacerdoce.
Si les femmes se mettaient à assumer le sacerdoce en le laissant tel quel, on renforcerait linstitution patriarcale de lÉglise comme elle existe actuellement. Il y des gens qui considèrent que larrivée des femmes dans les ministères ordonnés est indésirable. Mais dautres ont expérimenté quune fois que les femmes remplissent un ministère dÉglise, ce dernier devient doffice un ministère différent. (note 4).
Ce qui est important, cest quil devrait y avoir de la place pour une diversion dans la vision et la stratégie :ne pas travailler les uns contre les autres, mais ensemble afin datteindre la même finalité. Pour les hommes dans une Église dominée par les hommes, cest un processus fatigant.
Complicité
Dans beaucoup détudes féministes, on a noté que les changements de mentalité se font plus facilement que les changements de pratique. Cela veut dire quil y a une grande différence entre penser et faire. Cela permet aux hommes de rester complices par leur attitude conformiste, même sils tombent daccord que telle ou telle chose devrait bien changer dans lÉglise.
Le mot complice peut sembler déconcertant aux hommes qui croient faire seulement ce quon attend deux.Que signifie donc ce terme ? Lieve Troch a dit des choses excellentes sur la complicité dans son livre Verzet in het geheim van Vreugde(Zoetemeer 1996). Nous parlons de complicité dans les personnes ou les groupes si le conflit contre linjustice nest pas ouvertement exprimé et na pas de forme concrète. Dans ce cas, ceux qui se conforment sont co-responsables de la poursuite de la dominance et de la répression.
La complicité ne se situe pas seulement dans le comportement personnel mais aussi dans le comportement collectif. Ce nest pas nécessairement la même chose que le comportement coupable.
Souvent les gens ne sont même pas entièrement conscients du fait quen réalité ils sont eux-mêmes co-responsables de la perpétuation dune injustice spécifique à cause de leur comportement conformiste et leur manque de critique. Ce phénomène sappelle la complicité inconsciente. Si cela se produit à large échelle, cela peut être encore plus nuisible à ceux qui sont injustement traités que des formes de complicité conscientes.
Depuis que la discussion sur les femmes et le ministère a été déclarée close, un nouveau problème a surgi dans lÉglise. Si les dirigeants pastoraux et les fidèles maintenant restent silencieux, ils deviendront complices dans le sens plein du terme.
Plus que jamais, il est important de reconnaître toutes les formes de complicité et de les rejeter. Comment pouvons-nous préserver une intégrité collective si nos actes ne sont pas en conformité avec les discernements que nous avons acquis ? La façon dont nous serons cohérents en cela dépendra aussi du soutien que nous nous donnerons les uns les autres à travers des communications personnelles et des contacts organisés.
Si nous essayons de nous opposer à lexclusion des femmes par une protestation publique, nous recevrons quelques soutiens mais aussi des oppositions. Par exemple, nous serons accusés de diviser lÉglise en critiquant ses dirigeants. Hamma-Renate Laurien, membre du comité central des Catholiques Hollandais dit : « Parler haut est non seulement un droit de la foi pour tous ceux qui veulent que lÉglise ait plus de crédibilité, la loyauté critique est ce que nous devons avoir, également en ce qui concerne les femmes et la prêtrise ».Elle déclare que notre espoir dans lavenir de lÉglise gît dans « nos communautés paroissiales, dans notre conseil paroissial, nos conseils pastoraux diocésains et de notre orthopraxie (= manière dagir correcte), cest-à-dire, la pratique basée sur la foi comme cela se passe dans les communautés de base de lÉglise. » Son livre est un plaidoyer pour quil y ait une discussion honnête dans lÉglise sur lordination des femmes (note 5)
Comment donner forme à la protestation et à la solidarité
Je voudrais conclure en donnant des exemples concrets sur la manière dont lopposition aux dirigeants de lÉglise et la solidarité avec les femmes peuvent sexprimer.
Une chose que nous ne devons pas faire, cest rester silencieux, partager la complicité dans une exclusion abusive des femmes hors des ministères ordonnés. Dune manière comme dune autre, il nous faut parler !
René van Eyden
1. Linterdiction par Rome de continuer à débattre sur lordination a fait surgir un flot de publications théologiques. Voyez par exemple : Walter Gross (ed) Frauenordination . Stand der Diskussion in der Katholischen Kirche, Munich 1996.
2. La documentation sur les droits humains dans lÉglise (Mensenrechten in de Kerk, commission Justicia en Pax, Nederland, Oegstgeest 1993, p33), cite Vaclav Havel parlant des systèmes totalitaires : « Quand le centre du pouvoir coïncide avec le centre de la vérité, la corruption se cache derrière le coin ». .
3. J.B.Metz, J.B.Metz. Unterbrechungen. Theologish-politishe Persektive und Profile, Gütersloh 1981.
4. Martine Bakema et Liese Sluis (ed) Een ander ambt. 25 Jaar vrouwen in het ambt in de Gereformeerde Kerken in Nederland, Kampen 1994.
5. Hanna-Renate Laurien, Hanna-Renate Laurien, Abgeschrieben ? Plädoyer für eine faire Diskussion ûber das Priestertum der Frau, Freiburg-Basel-Wien 1995.
6. Een vrouwvriendelijke liturgie in de rooms-katholieke kerk. Advies van de werkgroep Vrouw en Kerk, de Katholieke Raad voor Kerk en Samenleving en de Unie Nederlandse Katholieke Vrouwbeweging aan de Nederlandse Bisschoppen , september 1991,pp.37-44.
7. Lisez le texte dans Archief van de kerken, vol 42 no 6 juin 1987.
8. Lisez le magazine international Diakonia,vol. 24,n·3, mai 1993.Lédition spéciale est consacrée aux hommes et montre comment les prêtres peuvent partager la peine de leurs collègues féminines dans le ministère concernant leur exclusion de lordination.
Texte traduit par John Wijngaards et publié sur www.womenpriests.org avec la permission de lauteur.
Retraduit en français par Françoise Bourguignon
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