Nederlands/Vlaams Deutsch Francais English language Spanish language Portuguese language Italiano
Catalan Czech Esperanto Greek Igbo Japanese Korean Latin Malay language Norwegian Polish Swahili Tagalog
Openingspagina!

L’analyse de “Ordinatio Sacerdotalis”

Je désire être un prêtre de Jésu

L’analyse de “Ordinatio Sacerdotalis”

par Elizabeth Johnson

“Disputed questions: authority, priesthood, women” [Questions en discussion : autorité, sacerdoce, femmes], par Elizabeth A. Johnson, Commonweal, vol.123, 26 janvier 1996, pp. 8-10.

Elizabeth A. Johnson, C.S.J., est professeur de théologie à l’Université Fordham et auteure de nombreux ouvrages dont :
* Consider Jesus: Waves of Renewal in Christology. [Considérons Jésus: vagues de renouveau en christologie].(1992).
* Women, Earth and Creator Spirit. [Femmes, Terre et Esprit créateur]. (1993).
* She Who Is: The Mystery of God in Feminist Theological Discourse. [Celle qui est : le mystère de Dieu dans le discours théologique féministe]. (1993).
* How to Paint Miniatures. [Comment peindre des miniatures]. (1994)
* Pauline Theology: Looking Back, Pressing On. [Théologie paulinienne : regarder en arrière, presser le pas]. (Auteure, 1997).
* Friends of God and Prophets: A Feminist Theological Reading of the Community of Saints. [Amis de Dieu et prophètes : une lecture théologique féministe de la communauté des saints]. (1998).

Cette page fait partie d’une section spéciale de notre site consacrée aux femmes et au sacerdoce. L’infaillibilité n’est pas un pouvoir personnel du pape mais un charisme donné par Dieu à l’Église que le pape peut utiliser pour décider de questions importantes en matière de foi et de morale. “Pastor aeternus”, le document qui expose la doctrine de Vatican I concernant l’infaillibilité pontificale, établit une distinction entre la “doctrine qui doit être tenue pour vraie” (doctrina tenenda) et la “doctrine qui est de foi” (doctrina credenda). La différence importante entre les deux est que la première peut être modifiée alors que la seconde ne peut l’être. Il existe une désaccord entre les théologiens sur la question de savoir si la tenenda tombe sous le coup de l’infaillibilité. L’application du concept de tenenda à l’interdiction par la Congrégation de la Doctrine de la Foi d’ordonner des femmes prêtres est très discutée.

Grâce au travail sérieux et rapide des canonistes et des théologiens, il est devenu évident que le récent document Respondum ad dubium du Vatican ne propose pas en lui-même un enseignement infaillible. Il a le statut d’une déclaration d’une Congrégation du Vatican, ni plus, ni moins. Mais le recours à l’infaillibilité, qui prête à confusion, montre clairement que Rome est déterminée à clore la discussion à propos de l’ordination des femmes alors que cette question mûrit encore au sein de l’Église.

Si les fidèles étaient consultés au sujet de cette doctrine, cela donnerait un résultat différent car le fait que les femmes soient douées pour le ministère, ajouté aux besoins pastoraux et à un profond sens de l’injustice de l’exclusion des femmes en conduiraient beaucoup dans l’Église à admettre la possibilité de l’évolution vers l’ordination. Cependant, au lieu de traiter la question avec patience et sagesse, les dirigeants de l’institution court-circuitent ce qui pourrait être une évolution de la doctrine voulue par Dieu et tentent d’imposer leur réponse en exigeant un fiatde manière autoritaire.

J’ai l’impression que l’on a recours de manière abrupte à l’autorité parce que ceux qui s’opposent à l’ordination des femmes perdent pied au cours de leur argumentation. Les raisons avancées sont essentiellement au nombre de trois : l’exemple de Jésus, la tradition inchangée et le besoin d’une ressemblance de type iconique.

Concernant la première raison avancée, rappelons-nous en toute simplicité que Jésus n’a jamais ordonné douze hommes, ce qui aurait créé un sacerdoce uniquement masculin. Une telle interprétation constitue un anachronisme ; c’est relire les évangiles à la lumière de ce qui s’est passé après. En vérité, les exégètes démontrent que Jésus n’a jamais ordonné personne ; qu’une distinction doit être établie entre les Douze (qui n’ont eu aucun successeur à long terme), les apôtres et les disciples ; et qu’il y avait des femmes parmi les apôtres et les disciples les plus fidèles et les plus actifs. En outre, même si Jésus avait ordonné douze hommes, ceci ne fournit pas à l’Église une justification pour ne pas ordonner de femmes. Selon les besoins de l’évangélisation tout au long de l’histoire, l’Esprit guide l’Église et la pousse à faire de nombreuses choses que Jésus n’a pas faites.

Prenons le second argument. L’histoire est remplie d’exemples de réformes par rapport à la “tradition inchangée”, changements résultant de l’évolution de la sensibilité morale des fidèles, des critiques de certains penseurs et des recherches sérieuses de la part de l’autorité enseignante, ceci en vue de s’adapter aux mutations culturelles. Il a été une époque où, selon l’enseignement officiel de l’Église, il était interdit aux couples mariés de prendre plaisir à la relation conjugale ; où tuer des infidèles permettait de gagner son salut ; où prêter à intérêt était interdit ; où l’esclavage était autorisé ; où la discrimination à l’encontre des Juifs était permise ; où les exégètes de la Bible ne pouvaient appliquer les méthodes de la critique historique au texte des Écritures.

Qui peut discerner si la doctrine relative à l’ordination des femmes pourrait connaître semblable évolution ? Dans The Survival of Dogma [La survivance du dogme], Avery Dulles invoque le principe suivant : “Aucune décision doctrinale adoptée dans le passé ne peut résoudre un problème qui ne se posait pas alors”. Par exemple, le fait que Paul, cité par le concile de Trente, affirme qu’Adam était bien un individu déterminé ne peut être utilisé pour réfuter l’idée du polygénisme avancée par la science moderne, cette question ne se posant pas du temps de Paul. De manière plus générale, “quand la réalité des faits concernant un problème change de manière appréciable, il se pose un nouveau problème qui ne peut être complètement résolu en en appelant aux autorités du passé.” La raison avancée à travers les siècles pour refuser l’ordination des femmes a été que la femme avait un statut “inférieur” ou qu’elle était un “mâle déficient” (Thomas d’Aquin). Cette raison s’est évanouie aujourd’hui.

Quant au troisième argument, on peut simplement soutenir que les femmes sont les icônes du Christ, imago Christi, en ce qui concerne toutes les caractéristiques essentielles. Il existe une ressemblance naturelle entre les femmes et Jésus-Christ car ils partagent la même humanité et participent à la même grâce divine. Enseigner autre chose constitue une erreur pernicieuse qui nie la force du baptême. Le physicalisme naïf qui ramène la ressemblance au Christ à la seule masculinité est si éloigné de l’Écriture et dévie si fortement d’une saine théologie qu’il en devient dangereux pour la foi elle-même.

Donc, ces raisons que l’on essaie de défendre ne tiennent plus. Selon l’enseignement catholique traditionnel, notre faculté de jugement n’est pas libre, à la différence de notre volonté. Nous ne pouvons loyalement donner notre adhésion qu’à ce que notre intelligence estime vrai : “La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance”. (Vatican II, Déclaration sur la liberté religieuse, 1). Si une doctrine professée ou une pratique heurte notre esprit parce qu’elle rate son but, comme dans le cas présent, il est de notre responsabilité d’en rechercher les raisons et d’exposer celles-ci. Cette opposition ne doit pas être considérée comme de la déloyauté ou de la rébellion, pour ne pas parler d’un manque de foi, mais constitue au contraire une forme de loyauté et un service rendu. Il faut se rappeler ce qu’a fait sainte Catherine de Sienne.

Une opposition sérieuse débute par une prise de conscience et se poursuit comme faisant partie d’une vie engagée au service de l’Église. Ce n’est pas habituel mais cette opposition naît dans bien des cas du souci de la vérité. Pour être menée à bien, elle demande une certaine discipline. Le critère à respecter dans tous les cas est la recherche du bien commun. Une divergence de vues avec les autorités institutionnelles de l’Église doit toujours viser au profit de cette dernière, pour le développement présent et futur de toute la communauté, dans la vérité et dans l’amour. Cette valeur qui doit nous guider étant admise, certaines normes subtiles caractérisent une dissidence individuelle ou de groupe.

Une telle opposition responsable se situe dans le contexte d’une adhésion continue et profonde à l’Évangile de Jésus et à la tradition de l’Église qui l’interprète.

Au départ, la doctrine en question doit être présumée vraie. Grâce à la prière et à l’étude, on doit tenter, l’esprit ouvert, de comprendre les raisons de la position actuelle. Si, après cette réflexion, persistent des raisons sérieuses et bien fondées de maintenir une opinion opposée de sorte qu’il est impossible en toute intégrité de cœur et d’esprit de donner son adhésion à cette doctrine officielle, il faut s’y opposer.

Il faut rester critique vis-à-vis de ses propres motivations, vérifier si notre opposition est causée par une hostilité intérieure ou par quelque raison cachée plutôt que par une recherche sincère de la vérité.

Puisqu’une opposition publique peut nuire à certaines valeurs qui font une communauté, il faut juger puis décider si le bien qui peut en sortir est proportionnel aux torts que l’on risque de causer.

En s’opposant aux autorités de l’Église, il faut rester respectueux envers elles, sans mettre en doute leur bonne foi, tout en maintenant son désaccord.

La présentation de son point de vue doit aussi respecter les consciences des autres membres de la communauté qui ne sont pas d’accord avec celui-ci et aussi la position de ceux qui n’ont pas analysé ou ne sont pas capables d’analyser des questions complexes.

Si l’opposition doit être franche, l’expression de cette dissidence doit inviter au dialogue plutôt que d’engager un combat susceptible d’avoir un gagnant et un perdant. Le but ultime est de promouvoir la vérité dans l’amour en incitant l’autorité enseignante à être mieux à l’écoute et à réfléchir plus en profondeur.

Au cours du temps, une opposition sérieuse, reposant sur des arguments bien fondés, a été une grâce pour l’Église quand la critique suscitée par la charité a permis une évolution. À mon avis, la récente déclaration non infaillible concernant une prétendue infaillibilité de la tradition vis-à-vis de l’ordination des femmes appelle justement cette sorte de réaction.

Elizabeth Johnson

Traduction française par Jacques Dessaucy.

RETOUR vers le point de vue d’autres théologiens.

Trouvez des liens! Faites ce site une favorite! Donnez information sur notre URL Questions? Faites votre site partie de notre reseau Women's Ongoing Internet Consultation Les 'Ami(e)s' nous donnent des contributions Aidez-nous!

"Lorsque vous citez ce document,
veuillez signaler S.V.P qu'il est publié par www.womenpriests.org !"