L’analyse de “Ordinatio Sacerdotalis” par David Knight

Je désire être un prêtre de Jésu

L’analyse de “Ordinatio Sacerdotalis”

“Une réponse pastorale. Déclaration de Congrégation de la Doctrine de la Foi concernant l’ordination des femmes”, David Knight, U.S. Catholic, vol. 61, avril 1996, pp. 11-13.

Publié sur Internet avec la permission de US Catholic dont l’adresse est : 205 West Monroe Street, Chicago, Illinois 60606. Pour s’abonner par téléphone : —1-800-328-6515.

L’abbé David Knight est théologien pastoral et curé de l’église du Sacré-Cœur à Memphis, Tennessee. Il est célèbre grâce à ses livres qui ont connu le succès et ses manuels pratiques:

* His Way. [Sa Voie] (1981, 1997).
*Cloud by Day/ Fire by Night . [Nuage la nuit - feu le jour ] (1985)
*Confession Can Change Your Life. [La confession peut changer votre vie] (1985).
*His Word, Letting it Take Root and Bear Fruit in our Lives. [Sa Parole : laissons-la prendre racines et porter du fruit dans notre vie] (1986, 1998).
*Best True Ghost Stories of the 20th Century. [Les meilleures histoires vraies de fantômes du 20 ème siècle] (1986).
*Lift Up Your Eyes to the Mountains. A Guide to the Spiritual Life. [Levez les yeux vers la montagne. Un guide de vie spirituelle] (1988).
*Make Me a Sabbath of Your Heart. [Faites pour moi de votre cœur un sabbat] (1988).
*Mary in an Adult Church: from Devotion to Response. [Marie dans une Église adulte : de la dévotion à une réponse à un appel] (1988).
*Blessed are They: Call to Conversion. [Bénis soient-ils : appel à la conversion] (1988).
*Chastity Who Lives It? The Baptized Christian’s Call to Conversion. [Qui vit la chasteté ? L’appel à la conversion du baptisé] (1990).
*Good News About Sex. [Bonne Nouvelle à propos du sexe] (1991).
*Armchair Retreat. [Retraite dans un fauteuil] (1994).
*Reaching Jesus: Five Steps to a Fuller Life. [Atteindre Jésus : cinq étapes vers une vie mieux remplie] (1997).
*I Can Read about Alligators and Crocodiles. [Lectures au sujet des alligators et des crocodiles] (1999).
*Living God’s Word. [Vivre la Parole de Dieu] (1999) .

L’auteur examine ce que signifie pour les Catholiques la doctrine du Vatican qui refuse l’ordination des femmes. Il apparaît que la Congrégation de la Doctrine de la Foi a déclaré que la doctrine selon laquelle les femmes ne peuvent pas être ordonnées prêtres est couverte par l’infaillibilité. Ici, cependant, l’usage du mot “infaillibilité” induit en erreur. Alors que les Catholiques associent ce mot à une déclaration solennelle du pape à en matière de foi et de morale, la Congrégation de la Doctrine de la Foi n’a fait que rendre publique sa position officielle (laquelle n’est pas couverte par l’infaillibilité) selon laquelle les femmes ne pourront jamais être ordonnées et que, par conséquent, les Catholiques doivent l’accepter comme étant de foi parce que Dieu l’a décrété ainsi. Si le Pape Jean-Paul II avait voulu proposer son interprétation sur la question de manière définitive, il aurait dû user de son autorité enseignante suprême en proclamant une définition claire sur ce point.

Les grands titres de la presse ont annoncé que l’Église catholique avait déclaré couverte par “l’infaillibilité” la doctrine selon laquelle les femmes ne pouvaient être ordonnées prêtres.

À première vue, il semblerait que c’est seulement la Congrégation de la Doctrine de la Foi qui ait affirmé cela. Cependant, l’usage ici du mot “infaillibilité” induit en erreur. La plupart des Catholiques associent le mot “infaillibilité” à la promesse toute spéciale faite par Dieu de préserver l’Évêque de Rome de l’erreur lorsque, en des occasions exceptionnelles, celui-ci choisit de parler ex cathedra (en utilisant son autorité suprême en tant que pape) pour faire une déclaration solennelle concernant une question de foi ou de morale. Cela n’est jamais arrivé qu’une fois, en 1950, et personne ne prétend le contraire.

En réalité, ce qui s’est passé est que la Congrégation de la Doctrine de la Foi a notifié à tous les évêques que sa position officielle (qui n’est pas infaillible) est que les femmes ne pourront jamais être ordonnées. Elle a aussi fait part de sa certitude (qui, encore une fois, n’est pas couverte par l’infaillibilité) que cette doctrine est tenue pour vraie de manière si universelle, et depuis si longtemps, qu’elle doit être acceptée comme faisant partie du “dépôt de la foi”. Ce qui signifie, du point de vue de la Congrégation de la Doctrine de la Foi, que celui qui veut être un Catholique tout à fait orthodoxe doit accepter comme étant de foi que Dieu a décrété que les femmes ne pourront jamais être ordonnées.

Il ne s’agit pas ici de mettre en question le pouvoir de l’Église catholique d’enseigner de manière infaillible. Cela est très clair et il est important que cela le reste. La déclaration de la Congrégation, cependant, est un avis officiel selon lequel cette affaire relève de la foi.

Pour faire en sorte que cette déclaration ait plus de crédibilité aux yeux de l’Église, le Cardinal Joseph Ratzinger l’a soumise à Jean-Paul II au cours d’une audience privée et il a mentionné dans la lettre accompagnant ce document que le pape “a approuvé ce document... et en a ordonné la publication”.

Ratzinger sait parfaitement bien que l’approbation non infaillible par le pape d’une position doctrinale ne rend pas celle-ci plus infaillible qu’avant. Mais il existe une tendance parmi les Catholiques d’oublier que l’infaillibilité du pape est un pouvoir qui ne peut s’exercer que dans des limites très strictes.

Et quand ces limites ne sont pas indiquées clairement par ceux dont la mission est de parler au nom du pape, l’aurad’infaillibilité tend à s’insinuer partout et à décerner abusivement un label de certitude à tout ce qui sort d’un bureau du Vatican. En fin de compte, cela se révèle très dommageable pour l’autorité enseignante de l’Église. Quand on donne l’impression que tout est recouvert par l’infaillibilité, on en vient vite à conclure que rien n’est infaillible.

Une matière de foi

Pour des raisons pastorales, il est important que chacun comprenne bien. Le problème dont je parle n’est pas celui de l’ordination des femmes ; je m’intéresse à la question de la foi dans l’enseignement de l’Église. C’est un problème pastoral et cela n’a rien à voir avec la question de savoir si les femmes peuvent être ordonnées. Le problème est de déterminer si les Catholiques sont obligés d’accepter comme matière de foi l’idée que l’on ne peut ordonner de femmes.

Imaginons que, partant de bases historiques, un certain Catholique ne soit pas d’accord avec l’idée selon laquelle l’Église a toujours reconnu comme révélation faite par Dieu que les femmes ne peuvent être ordonnées. Supposons que quelqu’un interprète la pratique de l’Église de ne pas ordonner des femmes comme n’étant qu’une affaire de culture, n’ayant rien à voir avec la théologie. Qu’arrive-t-il si un Catholique loyal pense qu’il est probable que l’Église à travers le monde n’a pas ordonné de femmes pour la même raison que des générations d’évêques du Sud des États-Unis n’ont pas ordonné de Noirs comme prêtres diocésains : simplement parce que cela était impensable dans le contexte culturel de l’époque. Un tel Catholique doit-il quitter l’Église ?

En conséquence, comme prêtre et ministre de l’Église, que dois-je dire à un Catholique qui me demande à recevoir le sacrement de réconciliation et dit : “Père, je ne peux vraiment pas croire que Jésus-Christ a voulu que jamais des femmes ne soient ordonnées. Puis-je recevoir l’eucharistie comme Catholique qui est toujours en pleine communion avec l’Église ?”

Dois-je répondre en disant qu’il s’agit là d’une matière de foi, et que ceux qui ne peuvent l’admettre doivent en conséquence accepter qu’ils ne sont plus Catholiques et donc ne peuvent recevoir le Corps du Christ à la communion ?

Ou dois-je déclarer que, sans tenir compte de ce que cela a toujours été ou non la conviction de l’Église catholique et si c’est actuellement ce qu’elle croit universellement, il est un fait que l’Église n’a posé aucun acte qui oblige tout Catholique d’accepter cette doctrine comme étant de foi. Aussi tout Catholique qui ne partage pas la certitude de la Congrégation du Vatican est libre de n’être pas d’accord, tout en restant respectueux, en se posant humblement des questions, mais en toute bonne conscience.

La manière de s’exprimer dans la Déclaration de la Congrégation de la Doctrine de la Foi comporte cependant quelques détails qui portent à confusion.

D’abord, cette Déclaration est présentée comme une réponse à l’expression d’un doute (dubium).Normalement, ceci indique que quelqu’un a eu un doute à propos d’un certain sujet et qu’il pose la question à la Congrégation. Mais la lettre accompagnant la Déclaration dit simplement qu’il y a eu tellement de “déclarations négatives et discutables de la part de certains théologiens, organisations de prêtres et de religieux aussi bien que de la part d’associations de laïcs” mettant en question le “caractère définitif” de la doctrine de Jean-Paul II au sujet de l’ordination des femmes que “la Congrégation a jugé nécessaire de dissiper les doutes... qui ont surgi.”

Apparemment, la Congrégation de la Doctrine de la Foi répond à une question que personne ne lui a posée. C’est légitime, évidemment. Cependant, à la lumière de Vatican II qui a reconnu explicitement qu’est essentiel le consensus général des membres de l’Église sur les questions de foi quand il s’agit de déterminer ce qui doit être cru, la situation se présente différemment pour celui qui a un problème.

Il semblerait que la non-acceptation par beaucoup de la position du Vatican ne pose pas de problème à l’Église, mais bien à la Congrégation de la Doctrine de la Foi. Il est regrettable que, en présentant sa Déclaration sous la forme d’une réponse à une question, la Congrégation ait donné l’impression que sa préoccupation vis-à-vis de ce désaccord est celle de l’Église tout entière.

Une deuxième confusion, et plus sérieuse, est créée en raison du recours au terme “infaillible”. Comme nous l’avons dit plus haut, la plupart des gens considèrent l’infaillibilité comme une prérogative du pape. Lorsqu’ils y réfléchissent, ils savent bien que l’Église dans son ensemble propose un enseignement infaillible lorsque les évêques du monde entier, réunis en concile autour de l’évêque de Rome, déclarent qu’une certaine doctrine est de foi. Mais “enseigner infailliblement” fait normalement référence à une déclaration exceptionnelle qui recourt de manière claire et explicite au pouvoir que Dieu a accordé à la hiérarchie de faire la part entre la vérité et l’erreur en matière de doctrine révélée.

Par exemple si, comme curé, lors d’une homélie, je déclare que Jésus-Christ est Dieu fait chair, je m’exprime de manière infaillible car je proclame une vérité révélée par Dieu. Cependant, personne ne peut qualifier une banale homélie d’un simple diacre ou d’un simple prêtre comme étant un “enseignement infaillible”, même si chaque mot qu’il prononce est directement extrait de l’Écriture.

Alors, quand la Congrégation affirme que la doctrine relative à l’ordination des femmes “demande un acquiescement définitif, puisqu’elle a été proposée de manière infaillible par le Magistère ordinaire et universel de l’Église”, elle nous induit en erreur. Les théologiens établissent habituellement une distinction entre l’enseignement ordinaire de l’Église et ce qu’elle enseigne comme étant infaillible. La Déclaration brouille cette distinction.

Le problème avec l’enseignement ordinaire de l’Église est qu’il est souvent exprimé de manière imprécise. Par exemple, il fut un temps où faisait partie de l’enseignement ordinaire et universel de l’Église le principe selon lequel le prêt à intérêt était interdit. Tout le monde admettait que c’était un enseignement “infaillible” (pour employer les termes de la Congrégation) parce qu’il avait été toujours enseigné que l’argent n’était rien d’autre qu’un moyen d’échange non productif qui ne pouvait moralement être loué comme on loue une ferme, ou un âne, parce que l’argent ne fournissait pas de travail. Aussi croyait-on de manière habituelle et universelle que les Chrétiens ne pouvaient être intéressés au point de demander ainsi des intérêts pour un prêt.

Quand, cependant, ceux chargés d’enseigner dans l’Église ont enfin saisi ce que les banquiers avaient compris mais ne parvenaient leur expliquer - à savoir que l’argent était devenu le capital et que l’on pouvait donc le faire travailler de manière très productive - la doctrine n’a pas été abolie mais clarifiée. Le principe selon lequel on ne peut de manière intéressée obtenir quelque chose de rien était maintenu mais son application au système moderne de financement a été reconsidérée. Désormais les Catholiques peuvent prêter de l’argent à intérêt parce que, considéré comme un capital, l’argent qu’ils prêtent travaille au profit de l’emprunteur plutôt que directement à leur propre profit.

À l’exemple du Christ

On peut imaginer qu’en poursuivant la réflexion et la recherche, l’Église en vienne un jour à modifier sa pratique ancienne de ne pas ordonner de femmes. Les principes ne seraient évidemment pas changés pour autant. L’argument fondamental ou le principe que l’on utilise pour interdire l’ordination des femmes a été résumé par le “Secrétariat pour la doctrine et la pratique pastorale” de la Conférence épiscopale des États-Unis : “L’exemple du Christ et le constant témoignage de la fidélité de la tradition de l’Église à cet exemple. Le point fondamental sur lequel le pape [Jean-Paul II] insiste est que l’Église considère qu’elle n’a pas l’autorité pour faire en ce domaine ce que le Christ lui-même n’a pas fait.”

Lorsqu’elle doit prendre des décisions, quelles qu’elles soient, l’Église ne peut certainement jamais nier que l’exemple du Christ constitue la norme . Jean-Paul enseigne cela avec un radicalisme vivifiant qui pourrait à vrai dire révolutionner la morale catholique si on le prenait au sérieux. Par exemple, le pape souligne tout particulièrement l’exemple du Christ qui a vécu dans la pauvreté comme devant constituer un modèle pour tout type de vie chrétienne. Il reste sûrement beaucoup à dire pour tirer au clair la manière dont l’Église va suivre l’exemple du Christ dans ce domaine.

Dans quels domaines l’Église a-t-elle l’autorité nécessaire pour faire ce que le Christ n’a pas fait ? Si l’on regarde l’Évangile, Jésus n’a jamais appelé à le suivre quelqu’un de riche ou du moins qui n’ait pas abandonné ses richesses pour le suivre. En fait, Jésus a interdit expressément à ses apôtres (qui servent de modèles aux évêques) de vivre dans l’abondance ou de se faire appeler avec des titres prétentieux. Cependant l’Église n’enseigne nullement qu’elle “n’a aucune autorité” pour ordonner évêque quiconque aime les richesses ou recherche le prestige.

Et si le préjugé raciste qui a empêché d’ordonner des Afro-Américains dans le Sud des États-Unis avait été répandu à travers le monde entier, et si la pratique des évêques du Sud avait été universelle tout au long de l’histoire, dirions-nous aujourd’hui que l’Église considère “n’avoir aucune autorité” pour ordonner des Noirs parce que Jésus ne l’a jamais fait ?

Si nous partons du refus de l’Église de faire preuve de rigidité en suivant ces exemples donnés par le Christ, une étude plus en profondeur ce que Jean-Paul II appelle le “constant témoignage de la tradition de l’Église”, pourrait amener quelques clartés sur la doctrine de l’Église (et, partant, sur l’enseignement du magistère ordinaire universel) concernant l’ordination des femmes.

Tout ce qui a été enseigné comme étant de foi par le magistère ordinaire depuis les débuts de l’Église est une chose. Cependant, la différence entre l’enseignement ordinaire de l’Église et l’enseignement extraordinaire, infaillible, est que celle-ci a recours à son infaillibilité pour préciser une vérité.

Le fait que Jean-Paul II et la Congrégation de la Doctrine de la Foi aient ressenti le besoin de mieux préciser ce qu’a été la doctrine de l’Église concernant l’ordination des femmes indique que l’enseignement ordinaire en ce domaine manque de précision : il n’indique pas pourquoi les femmes ne peuvent être ordonnées ni sur quoi repose la pratique constante de l’Église au cours de l’histoire (si elle découle de la théologie, par exemple, ou d’un préjugé culturel).

Si le pape veut que son interprétation précise sur ce point soit définitive, il devrait exercer son autorité enseignante extraordinaire pour faire une déclaration infaillible qui préciserait cette vérité. Tout le monde s’accorde à dire que jusqu’ici il ne l’a pas fait.

Les Catholiques doivent aussi être d’accord sur tout ce qu’a été la doctrine universelle de l’Église qui est certainement infaillible. Toutefois, personne n’est obligé de se rallier à l’interprétation de Jean-Paul II selon laquelle l’ordination des femmes est définitivement exclue. Cette position doctrinale du pape n’a pas été proposée comme une mise au point couverte par l’infaillibilité et donc n’a pas à être acceptée par les Catholiques comme relevant de la foi.

La Congrégation espère, évidemment, que tous dans l’Église se rallieront à son avis. Dans la lettre d’accompagnement envoyée aux évêques est exprimée l’assurance que les évêques feront “tout ce qui est en leur pouvoir pour distribuer ce document et en assurer une réception favorable, en prenant particulièrement soin que, par-dessus tout, des propositions ambiguës ou contraires ne soient plus proposées par des théologiens, des prêtres et des religieux.”

Pour se conformer à cette requête, Mgr Anthony M. Pilla, président de la Conférence épiscopale des États-Unis a publié sa réponse : “La réponse de la Congrégation est sans équivoque. Cette doctrine fait partie du dépôt de la foi et ‘doit être tenue toujours, partout, et par tous’. Je demande à tous ceux qui font partie de l’Église des États-Unis, en particulier les théologiens et les prêtres qui instruisent et forment le peuple catholique à la foi, de recevoir avec déférence cet enseignement comme définitif.”

Mgr Pilla est certainement convaincu que la position du Vatican est juste. Mais il sait qu’elle n’est en réalité pas définitive, aussi il “demande” à chacun de “recevoir avec déférence cet enseignement comme définitif.” Quand une position est définitive, l’Église ne demande pas aux théologiens et aux prêtres de la recevoir comme définitive ; elle la proclame comme étant une vérité, sans leur laisser le choix.

Conseil aux prédicateurs

Quel choix est-il laissé aujourd’hui à un prêtre ? Maintenant que la Congrégation de la Doctrine de la Foi a pris une position aussi vigoureuse, que peut dire un prêtre lorsqu’il prêche durant la messe, sinon se taire ?

Par leur ordination, les prêtres sont liés de manière toute particulière à leur évêque qui en fait des porte-parole de l’Église. Pour cette raison, il est malvenu pour un prêtre ou un diacre, quand il prêche au cours d’une eucharistie, de contredire l’enseignement officiel ou ses prises de position.

Aussi j’aimerais dire qu’il doit être clair que, ni dans cet article, ni lorsque je prêche, je n’affirmerais que l’enseignement du pape relatif à l’ordination des femmes n’est pas définitif. Il se pourrait bien que le pape et la Congrégation de la Doctrine de la Foi aient proposé une véritable doctrine faisant partie du dépôt de la foi. Qui suis-je pour dire si les femmes peuvent ou non être ordonnées ?

D’autre part, je ne puis aller aussi loin que le demande Mgr Pilla et affirmer que cet enseignement est définitif. Il n’a pas été déclaré définitivement infaillible et aucune raison convaincante n’a été avancée pour démontrer qu’il a jamais été, effectivement, une doctrine proposée par l’Église comme vérité révélée faisant partie du dépôt de la foi. Aussi ne puis-je personnellement accepter cette doctrine comme définitive mais je ne veux pas décourager celui qui peut l’admettre.

Ce sur quoi j’insiste fortement (et je crois que chaque prêtre, enseignant et éducateur a l’obligation d’y insister publiquement) est qu’aucun Catholique n’est obligé d’accepter cet enseignement comme définitif, et aucun Catholique ne peut se voir refuser les sacrements ou être accusé de n’être plus en pleine communion avec l’Église parce qu’il ou elle n’accepte pas la position du pape et de son comité doctrinal concernant cette question.

Supposons que nous laissions les Catholiques avec l’impression (qu’on leur donne actuellement, intentionnellement ou non) que cette doctrine a été déclarée vraie par l’exercice de l’autorité enseignante infaillible de l’Église. Et supposons que, finalement, le prochain pape décide d’ordonner des femmes (ce qui pourrait très bien arriver si la position du pape actuel et de son comité doctrinal est erronée).

Si les fidèles commencent alors à quitter l’Église en foule, disant que l’Église contredit sa doctrine infaillible, nous serions dans une position très difficile pour tenter d’expliquer, après coup, que la doctrine de Jean Paul II et de son comité doctrinal n’a jamais vraiment été infaillible, ce que nous avons toujours su mais dont nous n’avons simplement jamais rien dit.

On commet une erreur en affirmant une position excessive tout comme en la niant. C’est la même erreur de prétendre qu’il y a quatre Personnes dans la Sainte Trinité que d’affirmer qu’il n’y en a que deux. De même, c’est une erreur de prétendre le pape plus infaillible qu’il ne l’est, tout comme de le présenter comme moins infaillible qu’en réalité. Sur le plan pratique, donner l’impression, intentionnellement ou non, qu’une doctrine est infaillible alors qu’elle ne l’est pas est pastoralement irresponsable et dangereux.

Les enfants qui crient “Au loup !” fait que le village restera sourd à leurs appels le jour où un danger réel surgira. De même, ceux qui enseignent et qui crient “infaillible !” pour que leurs positions soient acceptées, détruisent la crédibilité de l’autorité enseignante de l’Église. C’est précisément ce qui doit être pour nous une préoccupation.

David M. Knight

Traduction française par Jacques Dessaucy.

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