“On Not Inventing Doctrine” [“Ne pas inventer une doctrine”] par Nicholas Lash,

Je désire être un prêtre de Jésu




Professeur Nicholas Lash

“On Not Inventing Doctrine” [“Ne pas inventer une doctrine”] par Nicholas Lash, The Tablet , 2 décembre 1995, p. 1544.


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Nicholas Lash est Professeur de théologie à l’Université de Cambridge. Voici quelques-uns des livres qu’il a écrits :
*Theology on Dover Beach. [Théologie sur la plage de Douvres] (1979).
*Theology on the Way to Emmaus. [Théologie sur le chemin d’Emmaüs]
*Voices of Authority . [Les voix de l’autorité]
*Newman on development : the search for an explanation in history. [Newman parle de l’évolution : la recherche d’une explication de l’Histoire]
*A matter of hope : a theologian’s reflections on the thought of Karl Marx. [Une question d’espoir : réflexions d’un théologien sur la pensée de Karl Marx]
*Change in focus; a study of doctrinal change and continuity. [Le changement en question : une étude sur la continuité et les changements doctrinaux]
*Banking Laws and Regulations : An Economic Perspective. [Les règles et règlements bancaires : l’état de l’économie] (1987) .
*Easter in Ordinary : Reflections on Human Experience and the Knowledge of God. [Pâques durant le temps ordinaire : réflexions sur l’expérience humaine et la connaissance de Dieu] (1990) .
*Believing Three Ways in One God : A Reading of the Apostles’ Creed. [Croire en Trois Personnes en un seul Dieu : une lecture du Symbole des Apôtre] (1993).
*The Beginning and the End of ‘Religion’. [Le commencement et la fin de la “religion”](1996)

La déclaration du Vatican recouvrant de l’infaillibilité la Lettre du pape au sujet de l’exclusion des femmes de l’ordination a provoqué certaines réactions. Le professeur de théologie de l’Université de Cambridge est très soucieux et sonne l’alerte suite à ce récent développement doctrinal. Il émet la crainte que cela n’amène une nouvelle crise de l’autorité.

La conviction que le message selon lequel la vie et l’enseignement, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth est la Parole de Dieu, le dernier mot de Dieu, fait partie intégrante du catholicisme. C’est son don de soi irrévocable qui est gage de vie éternelle. Le “peuple” né de l’eau et de l’esprit du Christ ressuscité, que nous appelons l’Église catholique, vit de cette conviction. En témoignage de cette vérité inchangée, d’innombrables hommes et femmes ont vécu, travaillé et souffert, ont prié et sont morts. Croire en cette vérité c’est confesser la “non-faillibilité” de l’Église, la puissance du Saint-Esprit et l’assurance de son aide en dépit de tous nos aveuglements, de notre lâcheté, de notre stupidité et de notre égoïsme. À cette conviction, connue techniquement sous l’expression de l’“indéfectibilité” de l’Église, (partagée également par nombre d’Orthodoxes, d’Anglicans et de Protestants), les Catholiques ajoutent cette précision que cette non-faillibilité vis-à-vis de la vérité trouve principalement son expression dans les directives de l’autorité, spécialement dans les déclarations particulières, décisives, de ceux qui assument la responsabilité épiscopale suprême.

Cette responsabilité, qu’elle prenne la forme d’une définition dogmatique proclamée par le pape ou celle d’un enseignement d’un concile, ou plus normalement, de l’exercice de ce qu’on appelle aujourd’hui le “magistère ordinaire”, consiste à rendre témoignage à la vérité, et non à la fabriquer ou à l’inventer. Avant qu’une doctrine puisse être qualifiée à juste titre d’“enseignement de l’Église”, certaines conditions doivent être réunies.

Ainsi, par exemple, nous lisons dans le § 25 de la constitution de Vatican II Lumen Gentium que “l’infaillibilité promise à l’Église se trouve également dans le corps des évêques, quand il exerce le magistère suprême avec le successeur de Pierre. Et ces définitions rencontrent toujours l’assentiment de l’Église, grâce à l’action du même Esprit-Saint qui conserve et fait progresser dans l’unité de la foi tout le troupeau du Christ.”

Le volume The Documents of Vatican II, publié par le P. Walter Abbott, SJ ajoute une note : “À la difficulté que l’on soulève parfois, ‘Que se passerait-il si le pape en venait à définir quelque chose que le reste du collège épiscopal ou les fidèles n’accepteraient pas ?’, la constitution répond en disant que ce cas est purement imaginaire puisque c’est le seul et même Esprit-Saint qui inspire le pape, le collège des évêques et l’ensemble des fidèles. En pratique, le pape consulte toujours les autres évêques et les fidèles avant de prendre une décision en matière de doctrine, mais la validité de son acte ne dépend pas juridiquement d’une quelconque ratification faite par eux.” Bien dit, et de façon très précise. Mais la pratique correspond-elle toujours à la théorie ?

Le même paragraphe 25 de Lumen Gentiumdéclare que les évêques pourraient proclamer infailliblement la doctrine du Christ “même dispersés à travers le monde et conservant le lien de la communion entre eux et avec le successeur de Pierre... lorsque... ils déclarent d’un commun accord qu’il faut soutenir sans hésiter tel point de doctrine”. Dans le cas en question, quelles mesures ont prises le Pape et le Cardinal Ratzinger pour s’assurer de ce que pensaient les évêques de l’Église catholique (et je pense ici à une véritable consultation sans chausse-trappe) ? Et a-t-on consulté “l’ensemble des fidèles” ? Quelles mesures a-t-on prises pour s’informer de ce que pense l’Église sur ce sujet ?

Ce que je veux souligner est que l’enseignement au sujet de l’infaillibilité tel qu’on le trouve dans les constitutions des deux derniers conciles généraux concerne la formulation de la foi chrétienne. Il ne se préoccupe pas de fournir à l’autorité des armes par lesquelles elle pourrait, par l’exercice arbitraire d’un pouvoir, tenter de résoudre les questions en discussion.

Selon le Pape (car, puisqu’il a approuvé la récente Réponse de la Congrégation de la Doctrine de la Foi et en a ordonné la publication, nous pouvons supposer qu’il est d’accord avec elle) “cette doctrine requiert un assentiment définitif puisque, reposant sur la Parole écrite de Dieu et constamment préservée depuis le commencement et respectée dans la tradition de l’Église, elle a été établie comme infaillible par le magistère ordinaire et universel” (cfr. Vatican II, la constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium 25, 2). Le mot le plus important de cette phrase est “puisque”. Il ressort clairement qu’aucune doctrine ne pourrait avoir été proposée à moins qu’elle ne soit basée sur la “Parole écrite de Dieu“ et “constamment préservée depuis le commencement et respectée dans la tradition de l’Église” (il est toutefois important de faire remarquer au lecteur que le paragraphe 25 de Lumen Gentiumne comporte aucunement l’expression “le magistère ordinaire et universel”).

Il n’y a évidemment d’autre manière pour le pape et les autres évêques de pouvoir s’assurer si ces deux conditions sont remplies ou pas sinon, en consultant, avant tout, les biblistes et, ensuite, les spécialistes de l’histoire de l’Église et les théologiens. Chacun sait que, lorsque le Pape Paul VI a demandé l’opinion de la Commission Biblique Pontificale sur cette question, la réponse a été qu’elle ne pouvait être tranchée uniquement à partir de l’exégèse du Nouveau Testament. En d’autres termes, s’il existe un quelconque fondement biblique à la doctrine du pape actuel proposée dans sa Lettre apostolique Ordinatio Sacerdotalis, celui-ci est bien trop ténu pour supporter le poids que l’on fait reposer sur lui.

En ce qui concerne les historiens et les théologiens, je n’ai pas l’impression que l’on se soit beaucoup préoccupé de recueillir leurs opinions à ce sujet. Si on l’avait fait, le Pape aurait sans doute découvert deux choses qui l’auraient surpris. D’abord, loin d’avoir été une doctrine “constamment préservée depuis le commencement et respectée”, la question de savoir si la “représentation” du Christ demande que celui qui préside la célébration eucharistique soit un homme, n’a jamais été posée sinon à partir du milieu du siècle actuel. Ensuite, dans les rares occasions au cours de l’histoire de l’Église où la question a été soulevée de savoir s’il convenait que des femmes puissent assumer un rôle hiérarchique, il a été, en fait, toujours répondu par la négative. En d’autres termes, il existe bien une doctrine qui a été “constamment préservée depuis le commencement et respectée”, à savoir : que les femmes ne pouvaient être ordonnées comme apôtres parce qu’elles sont inférieures aux hommes.

Il en découle que, si nous écartons (comme le Pape actuel nous a demandé d’avoir la sagesse de le faire) les arguments reposant sur l’infériorité de la femme, il n’existe absolument aucune doctrine traditionnelle à ce sujet. La question telle qu’elle est posée aujourd’hui est une question nouvelle. Comme toutes les questions nouvelles, elle demande du temps, de la patience, de l’attention, de la sensibilité et requiert une étude sérieuse.

Ni le pape ni le cardinal Ratzinger ne peuvent faire qu’une doctrine “repose sur la Parole écrite de Dieu” simplement en affirmant que c’est le cas. Ils ne peuvent non plus, simplement en l’affirmant, faire qu’elle ait été “constamment préservée depuis le commencement et respectée dans la tradition de l’Église”. Essayer de recourir à la doctrine de l’infaillibilité (une doctrine qui vise à définir les bases et le contenu de la foi chrétienne sous la forme d’une définition officielle) comme d’un instrument pour empêcher brutalement le mûrissement d’une question dans l’esprit des Catholiques, est un scandaleux abus de pouvoir dont la conséquence la plus grave est de saper un peu plus cette autorité que le Pape cherche à renforcer.

Nicholas Lash

Traduction française par Jacques Dessaucy.

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