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Saint Robert Bellarmin (1542 – 1621)

Saint Robert Bellarmin (1542 – 1621)

Cardinal Bellarmine

La cardinal Robert Bellarmin fut sans doute le théologien catholique le plus influent de son époque. Sous les papes Clément VII et Paul V, il fut premier expert et, par la suite, Cardinal Préfet du Saint Office à Rome.

Bellarmin n’a jamais spécifiquement écrit sur la question de l’ordination des femmes. Ses vues et ses arguments théologiques peuvent néanmoins êtres déduits de beaucoup de passages dans lesquels le problème apparaît indirectement.



Dans une argumentation contre le théologien protestant Martin Chemnitz, Bellarmin déclare que les femmes ne peuvent offrir le sacrifice de la Messe. Il donne les raisons suivantes :

Bellarmin indique que son motif principal pour rejeter l’ordination des femmes est le statut inférieur des femmes.

« Une autre manière de [prophétiser] est particulière aux prêtres et n’est pas appropriée aux femmes, car il est du rôle des femmes d’être soumises et pas d’être dominantes. Et c’est cette même raison que saint Paul apporte (dans Corinth.14) ‘ Que les femmes se taisent à l’Église car il ne leur est pas permis de parler, mais elles doivent êtres soumises… »
De Sacramentis in Genere, livre 1, chapitre 24, voir § 5

Le statut d’infériorité des femmes était, avant tout, basé sur la prétendue infériorité naturelle de la femme. Bellarmin partageait en cela le préjugé général contre les femmes de son époque, préjugé qui affectait directement son jugement.

« Cet argument veut démontrer que la femme est d’une nature plus simple, avec moins de prudence et de jugement que l’homme (comme le note Chrysostome dans son commentaire de ce passage),, L’Apôtre, lui, préfère dire,‘L’homme n’a pas été séduit, la femme l’a été’, plutôt que ‘Adam n’a pas été séduit, Ève a été séduite’. Il le dit pour démontrer que ce qui est arrivé à Adam et à Ève provient de la nature différente de l’homme et de la femme et que les hommes sont naturellement plus prudents que les femmes, meilleurs et ont un jugement plus mûr et plus aiguisé que celui de leurs compagnes et, pour cette raison, les femmes, se laissant plus facilement séduire, ne conviennent pas pour enseigner. »
De Amissione Gratiae, livre 3, chapitre 7, voyez §6.

«Lisez :‘Dieu a dit : Il n’est pas bon pour l’homme de rester seul ; faisons-lui une aide qui lui ressemble’. Par ce passage, Augustin conclut à juste titre que la femme a été principalement créée dans cette intention: pour qu’elle puisse aider son mari dans la fabrication des enfants. Car il n’existe pas un autre travail dans lequel un homme n’est pas mieux aidé par un homme que par une femme. Et particulièrement dans le paradis, là où aucun dur labeur ne doit être entrepris, aucune pauvreté ne doit être crainte, où il n’y a aucune raison pour laquelle une femme serait nécessaire à un homme, si ce n’est pour la reproduction.’
De Amissione gratiae, livre 3, ch 11, voir§ 11.

Selon Bellarmin, le statut de soumission de la femme était aussi basé sur le rôle joué par Ève dans le péché originel. Cela aussi était un préjugé théologique courant à cette époque. Bellarmin déclare clairement que les femmes auraient été soumises à leur mari même s’il n’y avait pas eu la Chute. Mais après la Chute, la soumission devint un dur esclavage imposé comme punition.

« Et c’est pour cette raison : la punition du péché est que les femmes portent le fœtus dans leurs entrailles avec peine et dégoût, elles donnent le jour dans la peine, elles sont soumises à leurs maris, et, même si elles ne le veulent pas, elles doivent leur obéir, et elles sont, non seulement forcées de les aimer, mais également de les craindre. C’est ce que Dieu a prédit à Ève quand Il lui a dit : ‘Je multiplierai tes peines, etc.’ »
De Amissione Gratiae, livre 3, chapitre 11 voir § 15.

« De plus, en décrivant le châtiment de la femme, il est dit : ‘Tu seras sous la domination de ton mari’ ou – comme dans la traduction grecque – ‘Tes désirs se tourneront vers ton mari’ : cela peut être interprété de deux manières à cause de l’ambiguïté du mot hébreu [teshuqathek], qui est utilisé parfois dans le sens de conversion et obéissance et parfois dans celui de désir et envie. »
* De cette manière, le sens sera, soit que la femme doit être tournée vers son mari en le servant et en lui obéissant, comme suspendue aux commandements qui tombent de ses lèvres,
soit, avec plus de certitude, que la femme, même après la peine de la grossesse dans l’utérus et la douleur de l’accouchement, désirera encore son mari. Et cette punition n’est pas légère, car elle n’est pas capable de se protéger de ce qui lui apporte tant de douleur et de tristesse. »
De Amissione Gratiae, livre 3, chapitre 11, voir § 18.

« En ce qui concerne la seconde signification, je dis que la femme, autant avant le péché qu’après, était tout à la fois partenaire et sujette de son mari : une partenaire pour la reproduction et un sujet lorsqu’il la commande. Mais la phrase,‘Tu seras sous le pouvoir de ton mari, ne signifie pas une sujétion imposée ,mais plutôt une sujétion involontaire, en même temps que la tristesse et la crainte, comparables à celles qu’endurent la plupart des femmes mariées. »
De Membris Militantis Ecclesiae, livre 3, chapitre 7, voir § 14.

Comme Thomas d’Aquin, avant lui, et tous les théologiens contemporains, Bellarmin basait également la problématique du statut des femmes sur un concept totalement inadéquat du rôle de la femme dans la reproduction. L’idée était que le père donne la graine qui contient le futur être humain, et que la mère‘donne seulement la matière’ : ses entrailles étant comme le sol dans lequel la graine a été plantée.

« En effet, nous contractons le péché originel du fait que, lorsqu’Adam a péché, nous étions en lui en tant que principe actif. Mais nous n’étions pas en Ève, en tant que principe actif car la mère n’offre pas de force active, mais contribue seulement à la reproduction en fournissant de la matière. De Amissione Gratiae, livre 4, Chapitre 13, voir §5.

« L’Apôtre dit : ‘par un seul homme’, c’est-à-dire, ‘par Adam’, parce qu’il était la cause principale du péché originel, et pas ‘par Ève’. C’est pourquoi tous deux passent à la postérité, à cause du péché d’Adam, pas à cause de celui d’Ève et parce que l’homme est la cause active de la régénération, et la femme , la cause passive. Donc si, par le péché d’Ève, Adam était resté innocent, leurs enfants n’auraient pas porté le péché originel ; et ce serait le contraire si Adam avait péché tandis qu’Ève restait innocente. »
De Amissione Gratiae, livre 4, chp 8, voir § 6.

Bien que je n’aie trouvé aucune citation explicite de Bellarmin pour prouver ceci, il a vraisemblablement suivi Thomas d’Aquin en pensant que la femme ne peut représenter le Christ ‘parce que elle n’est pas un être humain entier’.

Conclusion. Les arguments de Bellarmin contre l’ordination des femmes, tels qu’ils sont dispersés dans son œuvre, sont clairement basés sur un préjugé et ne forment pas un jugement théologique équilibré et solide.

A la réflexion…

Bellarmin était typique des théologiens de son époque. Ils étaient tellement certains que les femmes ne pouvaient être ordonnées prêtres qu’ils ne se souciaient pas d’examiner explicitement les différents arguments.

L’absence de jugement solide chez Bellarmin est encore plus patent à cause de son misérable échec, en tant que théologien et chef de l’Église à qui avait été confié le magister, à discerner la vraie vérité théologique et doctrinale dans le cas de Galilée. Bellarmin était directement impliqué dans la condamnation de Galilée, une erreur de jugement qui a hypothéqué l’Église jusqu’à présent.

Traduction : Françoise Bourguignon

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