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La cardinal Robert Bellarmin fut sans doute le
théologien catholique le plus influent de son époque. Sous les
papes Clément VII et Paul V, il fut premier expert et, par la suite,
Cardinal Préfet du Saint Office à Rome.
Bellarmin na jamais spécifiquement écrit sur la
question de lordination des femmes. Ses vues et ses arguments
théologiques peuvent néanmoins êtres déduits de
beaucoup de passages dans lesquels le problème apparaît
indirectement.
Dans une argumentation contre le théologien protestant Martin
Chemnitz, Bellarmin déclare que les
femmes ne peuvent offrir le sacrifice de la Messe. Il donne les raisons
suivantes :
- Il cite Tertullien (même
texte,§4)
- et Epiphane (même texte,
§5) qui déclarait que « le Christ navait même
pas permis à sa propre mère doffrir le sacrifice »
- Il cite aussi Augustin dans un autre passage (même texte, voir § 10).
Bellarmin indique que son motif principal pour rejeter lordination
des femmes est le statut inférieur des femmes.
« Une autre manière de [prophétiser] est
particulière aux prêtres et nest pas appropriée aux
femmes, car il est du rôle des femmes dêtre soumises et pas
dêtre dominantes. Et cest cette même raison que saint
Paul apporte (dans Corinth.14) Que les femmes se taisent à
lÉglise car il ne leur est pas permis de parler, mais elles
doivent êtres soumises
»
De Sacramentis in Genere, livre 1, chapitre
24, voir § 5
Le statut dinfériorité des femmes était,
avant tout, basé sur la
prétendue infériorité naturelle de la femme.
Bellarmin partageait en cela le préjugé général
contre les femmes de son époque, préjugé qui affectait
directement son jugement.
« Cet argument veut démontrer que la femme est dune
nature plus simple, avec moins de prudence et de jugement que lhomme
(comme le note Chrysostome dans son commentaire de ce passage),,
LApôtre, lui, préfère dire,Lhomme
na pas été séduit, la femme la
été, plutôt que Adam na pas
été séduit, Ève a été
séduite. Il le dit pour démontrer que ce qui est
arrivé à Adam et à Ève provient de la nature
différente de lhomme et de la femme et que les hommes sont
naturellement plus prudents que les femmes, meilleurs et ont un jugement plus
mûr et plus aiguisé que celui de leurs compagnes et, pour cette
raison, les femmes, se laissant plus facilement séduire, ne conviennent
pas pour enseigner. »
De Amissione Gratiae, livre 3, chapitre
7, voyez §6.
«Lisez :Dieu a dit : Il nest pas bon pour
lhomme de rester seul ; faisons-lui une aide qui lui ressemble. Par
ce passage, Augustin conclut à juste titre que la femme a
été principalement créée dans cette intention: pour
quelle puisse aider son mari dans la fabrication des enfants. Car il
nexiste pas un autre travail dans lequel un homme nest pas mieux
aidé par un homme que par une femme. Et particulièrement dans le
paradis, là où aucun dur labeur ne doit être entrepris,
aucune pauvreté ne doit être crainte, où il ny a
aucune raison pour laquelle une femme serait nécessaire à un
homme, si ce nest pour la reproduction.
De Amissione gratiae, livre 3, ch 11,
voir§ 11.
Selon Bellarmin, le statut de soumission de la femme était aussi
basé sur le rôle joué par
Ève dans le péché originel. Cela aussi était un
préjugé théologique courant à cette époque.
Bellarmin déclare clairement que les femmes auraient été
soumises à leur mari même sil ny avait pas eu la
Chute. Mais après la Chute, la soumission devint un dur esclavage
imposé comme punition.
« Et cest pour cette raison : la punition du
péché est que les femmes portent le ftus dans leurs
entrailles avec peine et dégoût, elles donnent le jour dans la
peine, elles sont soumises à leurs maris, et, même si elles ne le
veulent pas, elles doivent leur obéir, et elles sont, non seulement
forcées de les aimer, mais également de les craindre. Cest
ce que Dieu a prédit à Ève quand Il lui a dit : Je
multiplierai tes peines, etc. »
De Amissione Gratiae, livre 3, chapitre
11 voir § 15.
« De plus, en décrivant le châtiment de la femme,
il est dit : Tu seras sous la domination de ton mari ou
comme dans la traduction grecque Tes désirs se tourneront
vers ton mari : cela peut être interprété de deux
manières à cause de lambiguïté du mot
hébreu [teshuqathek], qui est utilisé parfois dans le sens
de conversion et obéissance et parfois dans celui de désir et
envie. »
* De cette manière, le sens sera, soit que la femme
doit être tournée vers son mari en le servant et en lui
obéissant, comme suspendue aux commandements qui tombent de ses
lèvres,
soit, avec plus de certitude, que la femme, même
après la peine de la grossesse dans lutérus et la douleur
de laccouchement, désirera encore son mari. Et cette punition
nest pas légère, car elle nest pas capable de se
protéger de ce qui lui apporte tant de douleur et de tristesse. »
De Amissione
Gratiae, livre 3, chapitre 11, voir § 18.
« En ce qui concerne la seconde signification, je dis que la
femme, autant avant le péché quaprès, était
tout à la fois partenaire et sujette de son mari : une partenaire pour
la reproduction et un sujet lorsquil la commande. Mais la
phrase,Tu seras sous le pouvoir de ton mari, ne signifie pas une
sujétion imposée ,mais plutôt une sujétion
involontaire, en même temps que la tristesse et la crainte, comparables
à celles quendurent la plupart des femmes mariées.
»
De Membris
Militantis Ecclesiae, livre 3, chapitre 7, voir § 14.
Comme Thomas dAquin, avant
lui, et tous les théologiens contemporains, Bellarmin basait
également la problématique du statut des femmes sur un concept
totalement inadéquat du rôle de la femme dans la reproduction.
Lidée était que le père donne la graine qui
contient le futur être humain, et que la mèredonne seulement
la matière : ses entrailles étant comme le sol dans lequel
la graine a été plantée.
« En effet, nous contractons le péché originel du
fait que, lorsquAdam a péché, nous étions en lui en
tant que principe actif. Mais nous nétions pas en Ève, en
tant que principe actif car la mère noffre pas de force active,
mais contribue seulement à la reproduction en fournissant de la
matière. De
Amissione Gratiae, livre 4, Chapitre 13, voir §5.
« LApôtre dit : par un seul homme,
cest-à-dire, par Adam, parce quil était
la cause principale du péché originel, et pas par
Ève. Cest pourquoi tous deux passent à la
postérité, à cause du péché dAdam, pas
à cause de celui dÈve et parce que lhomme est la
cause active de la régénération, et la femme , la cause
passive. Donc si, par le péché dÈve, Adam
était resté innocent, leurs enfants nauraient pas
porté le péché originel ; et ce serait le contraire si
Adam avait péché tandis quÈve restait innocente.
»
De Amissione
Gratiae, livre 4, chp 8, voir § 6.
Bien que je naie trouvé aucune citation explicite de
Bellarmin pour prouver ceci, il a vraisemblablement suivi
Thomas dAquin en pensant que la
femme ne peut représenter le Christ parce que elle nest pas
un être humain entier.
Conclusion. Les arguments de Bellarmin contre lordination des
femmes, tels quils sont dispersés dans son uvre, sont
clairement basés sur un préjugé et ne forment pas un
jugement théologique équilibré et solide.
A la réflexion
Bellarmin était typique des théologiens de son
époque. Ils étaient tellement certains que les femmes ne
pouvaient être ordonnées prêtres quils ne se
souciaient pas dexaminer explicitement les différents arguments.
Labsence de jugement solide chez Bellarmin est encore plus patent
à cause de son misérable échec, en tant que
théologien et chef de lÉglise à qui avait
été confié le magister, à discerner la vraie
vérité théologique et doctrinale
dans le cas de Galilée.
Bellarmin était directement impliqué dans la condamnation de
Galilée, une erreur de jugement qui a hypothéqué
lÉglise jusquà présent.
Traduction : Françoise Bourguignon


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