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Daprès Commentarium in IV Libros
Sententiarum Magistri Petri Lombardi par Bonaventure 1251 1253 ;
publié chez Opera Omnia, Quaracchi 1882 1902.
Division XXV. Article II. Question I
Traduit du latin par Mary Ann Rossi
références
Retraduit de lAnglais par Françoise Bourguignon.
Les numéros de paragraphe ont été
ajoutés pour faciliter la recherche.
ARTICLE II
SUR CEUX QUI PEUVENT RECEVOIR DES ORDRES
§a. En conséquence, comme pour le premier article qui
examine la possibilité de prendre les Ordres, on pose quatre questions.
La première, qui concerne le fait de recevoir les ordres, a pour but de
déterminer si le sexe masculin ou le sexe féminin peuvent les
recevoir. La seconde, si lusage des facultés de raisonnement est
nécessaire pour recevoir les Ordres. La troisième si
linséparabilité de la chair est nécessaire. La
quatrième si la condition de liberté est nécessaire.
QUESTION I
Le sexe masculin est-il requis pour recevoir les
Ordres ?
Comme pour la première question, savoir si le sexe masculin est
requis, est démontré par :
[Bonaventure résume alors les arguments pour
montrer que le sexe masculin est requis]
§b.1.Premièrement donc : les
Ordres ne peuvent être conférés à la personne qui
na pas la capacité naturelle ou laptitude à les
recevoir ; personne na la capacité de recevoir les Ordres si elle
na pas la capacité de recevoir la tonsure et la couronne ; et
personne na une aptitude naturelle à cela si, dans sa
manière de shabiller, elle doit constamment avoir la tête
« voilée ». Sil convient donc seulement aux hommes de
prier avec la tête dévoilée, par contre, les femmes ont
leur tête voilée, comme il est dit dans le verset 11 de la
première lettre aux Corinthiens, et la nature elle-même enseigne
que, donc, etc.
§c. De la même manière,
personne nest capable de prendre les Ordres si elle nest pas
à limage de Dieu parce que, par ce sacrement, lhomme
dune certaine manière, devient Dieu ou divin, en même temps
quil est fait participant au pouvoir divin. Mais lhomme, par son
sexe, est « image de Dieu », limage de Dieu, exactement comme
il est dit au [chapitre] 11 de la première [lettre] aux Corinthiens.
Donc, en aucune manière, une femme ne peut être ordonnée.
§d. De la même façon, dans
les Ordres, le pouvoir spirituel est conféré à celui qui
est ordonné. Une femme nest pas capable dun tel pouvoir,
comme on le lit dans le deuxième [chapitre] de la première
[lettre] à Timothée : « Je ne permets pas à une
femme denseigner dans léglise ni de dominer lhomme ;
donc, [elle nest pas capable] des Ordres.
§e. De la même manière, certains ordres sont
préparatoires à lépiscopat, si quelquun y est
destiné. Mais lévêque est le fiancé de
lÉglise. Une femme ne peut donc pas être destinée
à lépiscopat, mais seul un homme peut lêtre,
dautre part, elle nest pas la fiancée de
lÉglise.
§f. Donc, seuls les hommes peuvent être promus aux
Ordres qui sont hiérarchisés.
[ Ici, Bonaventure résume les arguments
démontrant que le sexe masculin nest pas requis]
§g. CONTRE : 1. Dans le quatrième [chapitre] des
Juges, on lit que Déborah exerçait la justice en Israël et
avait pris la charge du pays. Donc il semblerait que le pouvoir judiciaire
appartenait à une femme, particulièrement quand elle
débordait de grâce ; alors, [elle pouvait également avoir]
le pouvoir sacerdotal.
§h. De la même manière, dans le Nouveau
Testament, nous voyons des abbesses à qui lon a confié la
direction dassemblées ; il semblerait donc que le pouvoir
dabsoudre et de relier [= juridiction] devrait leur être
confié. Il semblerait donc, par un raisonnement égal, que les
ordres sacerdotaux devraient leur être conférés.
§i. De la même manière, les Ordres sacerdotaux
et les autres Ordres concernent lâme et non la chair. Mais en ce
qui concerne lâme, il ny a pas de distinction de sexes, la
femme est plutôt autant limage de Dieu que lhomme ; elle est
donc également capable de prendre les Ordres.
§j. De la même manière, il nest pas de
plus grande perfection que le statut dune vie religieuse, pas de plus
grande force que lendurance du martyr. Mais les femmes sont admises
autant à la vie religieuse quau martyr. Donc, on devrait les
admettre aux ordres sacrés.
Conclusion
§k Les femmes ne peuvent ni par la loi ni
en fait recevoir les Ordres.
Je réponds :
[Bonaventure nous livre ses arguments.]
§l. Il faudra dire que lopinion
générale est que les femmes ne devraient pas être admises
aux saints Ordres. Parce quil est expressément dit et avec
clarté dans le vingt-troisième [dans le Décret de
Gratien] : « Il a été porté à la Vision
Apostolique que des femmes consacrées à Dieu ou des nonnes en
possession des vêtements liturgiques ou dobjets du culte vous
avaient approchés et portaient lencens autour de lautel,
toutes actions censurées et blâmables, comme cela ne fait aucun
doute aux sages. Donc, par lautorité que me confère la
Sainte Vision, afin que cette peste ne se propage pas davantage, nous ordonnons
que cela cesse le plus rapidement possible à travers toutes les
provinces.
[Les femmes sont-elles capables de recevoir les Ordres ?]
§m. Et donc ils sont tous
daccord que les femmes ne devraient pas être promues aux ordres ;
mais il y a un doute pour déterminer si elles en sont capables [des
Ordres]. Cétait clairement lavis de certaines personnes,
appelées les Cataphrygiens, que les femmes en étaient capables,
et ils ne se référaient pas seulement aux autorités du
passé, mais ils adhéraient aux autorités des canons et les
citaient en appui de leurs opinions, des canons dans lesquels il est dit que
les femmes avaient reçu les Ordres dans le passé. En effet, il
est dit dans la vingt-septième Cause, Question 1 [canon 23 du
Décret de Gratien] : « Nous avons décidé que les
diaconesses ne devraient pas être ordonnées avant davoir
atteint 40 ans ». Et dans la même question, « Si
quelquun enlève ou dérange une diaconesse
», et
pareillement, dans la Distinction trente-deux [du Décret de Gratien], la
mention dune presbytéra est clairement faite [ce qui signifierait
femme prêtre en latin.].
§n. [Il est rejeté]. Mais certainement si nous
faisons attention à ce qui est dit dans la Distinction trente-deux,
Presbyteram, etc, il est bien montré que les veuves et les femmes
plus âgées et les matronnes sont appelées
presbytéras ; et lon infère de cela que les femmes qui
étaient en communication avec les diacres en lisant
lhomélie étaient appelées diaconesses. Elles
recevaient une sorte de bénédiction. Donc, il ne faut croire en
aucune façon quil y eut jamais des femmes promues aux ordres
sacrés selon les canons [= les lois de lÉglise].
§o. En guise de conclusion. En plus, selon les opinions les
plus saines et les plus sages des érudits, non seulement elles ne
devaient pas [prendre les Ordres], mais elles sont incapables par la loi
(de jure) et incapables en fait (de facto).
Ratio [Raison]
§p. Et si on devait en demander le motif,
il faudrait signaler que cela ne vient pas tellement de linstitution de
lÉglise que du fait que le Sacrement des Ordres ne convient pas
aux femmes.
§q . Parce que, dans ce sacrement, la personne qui est
ordonnée, symbolise le Christ, le Médiateur, et comme le
Médiateur était seulement de sexe masculin, il pouvait seulement
être symbolisé par un individu de sexe masculin. Donc la
capacité de recevoir des Ordres convient seulement aux hommes, qui seuls
peuvent naturellement Le représenter et par lacte de la
réception du caractère [des Ordres Saints] porte Sa
marque. Et cette [dernière] position est plus probable et peut
être prouvée par beaucoup dautorités [citations] de
saints [= les Pères de lÉglise].
[ Solution des arguments qui sopposent à la
conclusion.]
§r. r. Donc, à lobjection
qui a été élevée à propos de Déborah,
il faut dire quelle concernait le pouvoir temporel et non le pouvoir
spirituel. Il est toutefois permis aux femmes de dominer temporellement, mais
pas davoir de domination spirituelle qui implique le symbole que celui
qui domine agit comme le Christ. Comme la femme ne peut être le chef
dun homme, elle ne peut donc être ordonnée.
§s. En ce qui concerne lobjection des abbesses, il
doit être dit quelles nont pas la position de
prélature ordinaire [telle que lont les évêques],
mais quelles sont des remplaçantes, prenant la place des
abbés, à cause du risque quil y a à cohabiter avec
des hommes : elles ne peuvent donc pas ordinairement [=comme un
évêque], absoudre et lier. Mais loffice sacerdotal,
ou loffice de quelquordre que ce soit auquel est attaché le
pouvoir ordinaire ou lOrdre, a une signification qui nappartient
pas aux femmes, bien que le diriger simplement puisse leur appartenir.
§t. En ce qui concerne lobjection que les Ordres
concernent lâme, il faut dire quils ne concernent pas
seulement lâme ; mais lâme en ce quelle est
jointe à la chair et, par la raison du sens qui en consiste le signe
visible, et le corps en fait partie aussi; lexécution et la
pratique des Ordres concerne cette conjonction des deux. Comme ni le sens des
Ordres ni leur attribution nappartiennent à la femme, ainsi que
démontré plus haut, la conclusion est donc claire.
§u. Pour lobjection concernant la
perfection de la vie religieuse et du martyr, il faut dire que cest la
perfection qui a quelque chose à faire avec la grâce sanctifiante,
et la femme est tout aussi capable que lhomme de la recevoir. Mais il y a
également une perfection détat, qui concerne quelque chose
donné gratuitement et cela peut appartenir à un sexe, mais
peut ne pas appartenir à lautre, parce que cela concerne non
seulement de qui est intérieur, mais ce qui est
extérieur. La perfection des Ordres est telle que, elle comprend
une telle concentration de pouvoirs qui, pour beaucoup de raisons, nest
pas du tout adaptée aux femmes.


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