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par John Wijngaards
- Pourquoi les signes du sacrement?
- Comment les sacrements sont-ils reliés au
Christ?
- Termes théologiques associés à
sacrement
- Lordination comme sacrement
- Lordination sacerdotale et la
Communauté
- Est-il anachronique de parler des sacrements dans
lÉglise primitive?
Pourquoi les signes du sacrement?
Il y a plus dans la vie que simplement la chimie et la physique. Dieu
est un énorme mystère caché derrière tout ce que
nous pouvons voir, entendre et toucher. Les gens et les choses qui nous
entourent peuvent devenir des symboles de cette plus profonde présence.
qui pénètre tout. Ils deviennent alors des fenêtres
ouvertes sur linvisible. Ils indiquent une réalité qui les
dépasse. Un volcan qui entre en éruption, par exemple, montre une
force inimaginable. Il devient symbole pour nous si nous regardons
à travers lui et si nous voyons la mystérieuse force
inépuisable derrière lunivers.
Par lamour de notre mère, nous pouvons soudain comprendre
quen elle, nous touchons lamour-même, un autre aspect de
notre existence mystérieuse. Lamour de notre mère est alors
devenu transparent. En plus de sa valeur intrinsèque, il assume une
signification plus profonde. On a trouvé quil était un
symbole qui allait au-delà de lui-même. Cest la base de
toutes les religions.
Il nous est naturel de donner aux moments forts de notre existence une
forme festive chargée de significations. Lorsque quelquun est
né ou atteint la puberté ou se marie ou meurt, nous marquons
chacun de ces événements par une célébration qui
contraste avec laspect routinier de la vie quotidienne. Dans toutes les
cultures du monde, on a créé des symboles qui expriment la
signification profonde de semblables moments : des rites, des habitudes, des
vêtements spéciaux, une nourriture et des boisons
particulières. À travers ces symboles, souvent religieux à
lorigine, nous atteignons ce qui nous dépasse et nous
célébrons le mystère de notre existence. En fait, nous ne
pouvons pas vivre les réalités les plus importantes de notre vie
sans signes et symboles.
Comment les sacrements sont-ils
reliés au Christ?
Arrive Jésus-Christ. Il était, en sa personne propre, le
plus profond symbole religieux par excellence (en français dans le
texte). Les Ecritures le nomment reflet de la gloire du
Père, lempreinte de lêtre du
Père(1), limage du Dieu invisible(2).
Jésus-Christ nous a montré, dans son humanité, à
quoi ressemble Dieu. Qui la vu, a vu aussi le Père ;(3) Qui a
entendu ses paroles, a entendu parler le Père.(4) Tout ce qua fait
Jésus était lexpression visible, audible, tangible de
lamour de Dieu pour nous. Jésus était donc le signe visible
de Dieu parmi nous ; ou, pour utiliser un terme théologique plus
approprié, il était le sacrement de Dieu qui nous
rencontrait, nous parlait, nous pardonnait, nous guérissait, faisant de
nous les enfants adoptifs de Dieu. Car sacrement signifie
signe.
Nous Chrétiens, nous croyons quen Jésus-Christ, la
religion a atteint une dimension nouvelle. Bien que les symboles religieux
gardent encore leur signification, après la venue du Christ, une
nouvelle série de symboles furent créés qui continuent la
présence du Christ. On les appelle lordre sacramentel. La
communauté des croyants que nous appelons lÉglise est le
sacrement ultime : il est le signe durable du Christ qui nous entoure et qui
nous tient. Le Christ nous parle dans et par la communauté, nous sauve,
nous guérit et comble nos besoins spirituels.
Sacrement est donc une expression typiquement Chrétienne. Et
quoique tous les actes de la communauté des croyants se font dans
lordre sacramentel, au cours des temps, certains symboles
spécifiques ont été choisis pour devenir des
sacrements dune manière toute particulière;
- Le signe au centre de tout a été formé
dune manière très personnelle par Jésus-Christ en
personne la nuit avant sa mort. Il a utilisé une coutume très
typiquement humaine qui est celle de manger ensemble comme un signe pour se
manifester et pour apporter son unité parmi nous. Il a pris du pain et
du vin et a dit : « Ceci est mon corps pour vous
Ceci est mon sang
pour la nouvelle alliance ». Mais ce nest pas seulement dans
lEucharistie, le grand sacrement de sa présence, quil agit
sur nous.
- Lorsquun enfant naît ou qu quelquun est reçu
au sein de Eglise, nous célébrons le baptême
en Christ. Nous confirmons une personne à sa maturité
chrétienne.
- Lorsquun homme et une femme se marient, leur vie commune
devient un signe durable de la présence du Christ.
- Donner une responsabilité pastorale par
lordinationest un autre geste du Christ.
- Lorsque nous tombons et que nous péchons, il y a pour nous le
sacrement de la réconciliation.
- Et au moment critique de notre vie, quand nous sommes gravement
malade, nous avons le sacrement de lonction des malades..
Le Christ est à lorigine de tous ces sacrements, même
si leur forme précise a été fabriquée par
lÉglise au cours des siècles.
Termes théologiques
associés avec sacrement
Depuis le XIIème siècle, ces signes sont connus comme les
sept sacrements. Il a été impossible déviter
lenflure du jargon de spécialistes à leur sujet.(5)
Il y a quelques années, au cours démissions de
télévision, Esther Rantzen distribuait le prix de la
logorrhée bureaucratique Un petit bijou dont je me souviens
était la lettre du département du plan dune
municipalité :
«Considérant la résistance au feu
inadéquate et réciproque du traitement anti-corrosion tel que
stipulé par le Règlement amendé des Bâtiments
municipaux, section IV, article 5b, votre demande signalant votre intention
nest pas conforme aux stipulations des standards minima de
sécurité municipaux.».
Nous devons noter que le texte nous paraît abscons alors
quil peut faire sens à un ingénieur en construction. Les
spécialistes, qui essaient dêtre précis, inventent
leur propre langage. La même chose est arrivée en
théologie. Les théologiens ont créé un dialecte
académique distinct. Ce que disent les clercs quand ils parlent des
saints ordres, du sacrement et de lordination peut seulement être
complètement compris par nous quand nous prenons la peine
dabsorber leur vocabulaire .
Il a fallu longtemps pour que la signification précise du mot
sacrement soit à jour. Saint Augustin (354-430) a
donné la première définition technique de sacrement
comme un signe visible dune grâce invisible. Depuis,
certains ont écarté les sacrements comme les seuls signes
sans effets. Saint Thomas dAquin a explique quils causent la
grâce dans la mesure où ils en sont le signe. (6). Par exemple,
quand quelquun est baptisé, les péchés de cette
personne sont vraiment pardonnés et ils ou elles deviennent des enfants
adoptifs de Dieu. Cette explication fut reprise par le Concile de Trente en
1547 qui a déclaré que les sept sacrements contiennent la
grâce quils signifient et produisent leur effet, non pas seulement
grâce à la foi du récipiendaire, mais par Dieu dont le
pouvoir divin est rattaché au symbole lui-même. (7)
En dautres mots, les sept sacrements sont des symboles
effectifs. Déchirer un contrat ne signifie pas la fin des
obligations mutuelles quil contient. Quand un roi ou une reine adoube une
personne en lui imposant lépée sur lépaule,
cette personne change légalement de statut.
Les catholiques pensent que, au niveau sacramentel complet, ce qui est
symbolisé est ce qui arrive vraiment. Le prêtre donne
labsolution, les péchés sont vraiment pardonnés.
Dans lEucharistie, le Christ est vraiment présent sous les
espèces du pain et du vin. Quand un prêtre est ordonné,
lévêque le ou la consacre pour quil rende le Christ
présent pas son ministère denseignement, de
prédication, de guérison, de président et de rassembleur.
Le souci de sauvegarder la valeur intrinsèque du sacrement a
mené les théologiens à distinguer trois
éléments :
* Le signe lui-même (sacramentum
tantum)
* La grâce quil apporte (res tantum)
*Sa
valeur intrinsèque (res et sacramentum).
Quand les hosties sont consacrées dans leucharistie, elles
atteignent le but dunir les fidèles en Christ quand ils ont
reçu avec foi la sainte communion. Mais quen est-ils de celles qui
restent? Si elles ont une fonction simplement transitoire, elles peuvent
simplement être jetées après la Messe, comme cela arrive en
réalité dans certaines églises protestantes. Mais la
tradition catholique en est arrivée à les considérer comme
étant en quelque sorte reliées au Christ dune
manière permanente ce qui est exprimé par la croyance Catholique
en la Présence Réelle. Ainsi les hosties
consacrées sont gardées dans un tabernacle. Elles peuvent
être utilisées plus tard pour porter le viatique aux malades.
Elles gardent en elles un lien intrinsèque à Dieu.
Dans trois sacrements, le baptême, la confirmation et les saints
ordres, le lien intrinsèque durable sappelle
caractère. Une fois quune personne est
baptisée, elle ne lest plus jamais encore, même si cette
personne abandonne ses croyances et sa pratique Chrétienne pendant de
longues années. Le lien au Christ à travers le baptême
originel reste valable. Une fois quune personne est ordonnée
diacre, prêtre ou évêque, la charge du ministère est
valable à vie. Le mot grec caractèresignifie
un sceau. Limage vient du sceau imprimé dans la chair
dun esclave ou dun soldat par lequel cette personne était
identifiée à vie comme le bien dun maître.
Les théologiens aimaient parler dune marque
indélébile incrustée dans lâme par ces
sacrements, mais cela dépasse la réalité. La signification
est simplement que ces sacrements ont un effet durable. En dautres
termes, une fois quils ont été reçus, le signe garde
sa valeur et ne devrait pas être répété. Cest
pour cela que le Concile de Trente a déclaré que
cétait une hérésie de dire que lEsprit
Saint nest pas donné par lordination sacrée, ou que
lévêque dit en vain ces paroles « recevez
lEsprit saint », ou bien que rien ne subsiste de lordination
ou que celui qui a été ordonné prêtre peut redevenir
laïc.(8)
Si nous avions pu visiter une
communauté Chrétienne aux premiers siècles de
lexistence de lEglise, nous aurions rencontré trois sortes
de ministres du culte : les responsables (episcopoi), les anciens
(presbyteroi) et les servants (diakonoi). Nous aurions vu aussi
que ces ministres du culte étaient mandatés à leur
tâche par la communauté par des prières et
limposition des mains. Les apôtres priaient et étendaient
leurs mains sur les nouveaux diacres (Actes 6,6)
Paul et Barnabas ont imposé
les mains sur les anciens à Lystra en Iconie, pour les consacrer
par les prières au Seigneur (Actes 14,23). Plus tard, Paul
sadressa à lassemblée des anciens des
communautés dAsie Mineure quand il passa par Milet. Il les pressa
de soccuper de leur troupeau dont lEsprit Saint vous a fait
episcopoi(Actes 20,28). Au moment où Saint Ignace,
évêque dAntioche, mourut pour sa foi, les trois ministres du
culte (lévêque,le presbyte et le diacre) étaient
déjà largement établis.
Mais ce serait une faute dimaginer que ces
fonctions ont le même contenu quaujourdhui. Beaucoup a
changé au cours des siècles, avec des variantes dans les
différents pays de sorte quil est difficile de résumer les
énormes mouvements qui eurent lieu. Tout ce que je peux faire est de
schématiser quelques-uns des développements les plus importants.
Le ministère du culte le plus clairement
identifiable en termes actuels serait celui dévêque. Il
avait la charge pastorale complète de la communauté locale et
présidait à son eucharistie. Par beaucoup daspects, il
faisait ce quun prêtre paroissial fait aujourdhui. Cest
seulement graduellement que les évêques ont acquis
lautorité sur des territoires plus larges ce qui amena les
rôles de coordinateurs et de supervision dont les évêques
jouissent encore aujourdhui.
Lorsque nous parlons dun prêtre de nos
jours, nous sommes enclins à penser à lui comme à une
personne qui reçoit le pouvoir spirituel qui lui permet doffrir le
sacrifice de la Messe et dadministrer les sacrements. Pour beaucoup de
catholiques, un prêtre est celui qui est techniquement connu
comme sacerdos, un prêtre sacrificiel, en utilisant un terme
dérivé du temple de Jérusalem et de la pratique
païenne de Rome. Mais ce nest pas ce quun ancien
presbyte faisait dans lEglise primitive. Durant les deux premiers
siècles, il nexistait pas de sacerdos, sinon le Christ.
Tout le peuple de Dieu était sacerdotal. À partir du
troisième siècle et ensuite, lévêque
était à cette époque appelé le sacerdos de
sa communauté, mais cela nest pas appliqué aux anciens.
Originellement, ils nétaient pas autorisés à
présider une eucharistie. Cest seulement dans des petits lieux,
là où il ny avait pas dévêque, que les
anciens commencèrent à présider à
leucharistie. Ils étaient devenus des évêques de
second rang. Mais seulement le Moyen-Âge a forgé la
théologie de lindividu consacré du
caractère prêtre qui dominera dans
lÉglise jusquà Vatican II.
La fonction de diacre a aussi subi beaucoup de
changements. Les Actes des Apôtres racontent que sept hommes furent
ordonnés diacre pour soccuper des pauvres. Pas beaucoup plus tard,
nous avons entendu parler du diacre Etienne qui prêchait et accomplissait
des miracles. Et le diacre Philippe prêchait et baptisait en Samarie
(Actes 6,7 7,60 ;8,4-40). Plus tard, nous découvrons des diacres
chargés de travail pastoral, le baptême et le service pendant les
liturgies solennelles. Ils étaient bien plus proches de
lévêque que les presbytes et souvent beaucoup plus
influents. À lépoque de saint Chrysostome, lentretien
de tous les biens de lÉglise, le soin des pauvres, des malades et
des veuves, la maintenance des églises et des cimetières, en un
mot toute la logistique des affaires temporelles de léglise se
trouvait aux mains des diacres. Chrysostome énumère, comme
sources de revenus de léglise :les champs, les maisons, les
loyers des habitations, les véhicules, les chevaux de trait, les mules
et beaucoup de ces sortes de choses Cétait au moins le cas
à Antioche et à Constantinople.
Ce que jessaie ici de faire comprendre est que les
charges variaient beaucoup par leur contenu, le statut et la fonction,
dun endroit à lautre et dune époque à
lautre. Ce serait une erreur de généraliser.
On trouvera des renseignements coplémentaires sur les
ministères dans E.J. Kilmartin,Apostolic Office: Sacrament of
Christ, Theological Studies 36 (1975) pp.
243-265.
Lordination Sacramentelle et
la communauté
Le ministère, quil soit celui dun
évêque, dun prêtre ou dun diacre, est une
fonction ecclésiastique. Dun point de vue théologique, il
serait transmis à travers le sacrement de lOrdre.
Lordination sacerdotale nest pas un privilège personnel, ni
une promotion à une spiritualité plus élevée, ni un
changement ontologique de la personnalité. Par lordination
sacramentelle, la communauté et ses chefs expriment que cette
tâche, de transcender le pouvoir de chaque individu, peut être
seulement entreprise à travers le pouvoir de lEsprit.
malheur à moi si je ne proclame pas lÉvangile
malheur à moi si je ne remplis pas mon ministère !
Ce malheur à moi bien humain est corrigé par le
succès pour vous ! lorsque lon appelle de Saint-Esprit
pendant lordination. (9)
Quest-ce qui rend un sacrement
valide ?
Dans la pratique de lÉglise, la question de savoir si une
action particulière était ou non un sacrement a été
souvent posée.
Le Synode dArles en France a décidé en 314
quil faudrait demander aux convertis issus de la secte des Donatists
sils avaient été baptisés au nom du Père, du
Fils et du Saint Esprit. Sils lavaient été, leur
baptême serait valide et ils ne devraient pas être baptisés
à nouveau. Mais le Concile de Nicée décréta sept
ans plus tard que le baptême des adeptes de Paul de Samosate,
lévêque hérétique dAntioche en Syrie,
nétait pas valide. La raison était que les Pauliciens
considéraient Jésus comme un être humain qui était
seulement devenu graduellement divin. Les Pauliciens durent être
rebaptisés.
Alors comment déterminer ce que sont les conditions minimales
dun sacrement particulier?
Saint Augustin avait déjà souligné que le
baptême implique la parole et une substance
matérielle. Il voulait dire quil implique la formule
je te baptise en même temps que limmersion dans
leau. (10). Dautres Pères de lÉglise ont
noté la même dualité. Ce furent les théologiens
médiévaux cependant qui ont approfondi ceci dans les moindres
détails. En effet, ils étaient souvent des juristes
déglise par profession. Ils aimaient définir les conditions
exactes de la validité dun sacrement. Et ils faisaient
dériver leur terminologie de la philosophie grecque qui avait
été redécouverte dans les universités de
lépoque.
Tout objet se devait davoir deux composantes ; la matière
et la forme. Un chat, par exemple, était fait de deux
éléments distincts, son corps et son âme. Enlevez
lâme du chat et il reste seulement un corps. Adam était
simplement une figurine dargile (matière)
jusquà ce que Dieu lui insuffle une âme (forme)dans
les narines.(11). De la même manière, chaque sacrement avait sa
matière et sa forme et les deux étaient essentiels pour sa
validité. Dans le cas du baptême, la matière était
limmersion dans leau, la forme, les formules baptismale ;Je
te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ou une
phrase équivalente. En ce qui concerne chaque sacrement, on
déterminait la matière et la forme en observant comment
lÉglise avait administré les sacrements et ce qui en avait
été dit dans des traditions plus anciennes.
Actuellement, la forme est identique aux mots qui accompagnent le signe
matériel. Bien que des formules standards sont souvent utilisées,
cela nest pas un besoin. Il y a eu différentes façons
dexprimer le baptême. La formulation Trinitaire a été
la plus répandue. Toutefois, il y a aussi des attestations de
lusage de Je te baptise au nom de Jésus (12). Des
formes différentes ont été utilisées pour
lEucharistie, pour la Réconciliation et la confirmation. Ce qui
compte est lintention de la personne qui administre le sacrement. Son
intention donne une vie intérieure à la forme. Mais
quadvient-il si la personne qui administre le sacrement ne comprend pas
tout-à-fait la forme ? Que se passe-t-il si une simple maman baptise son
enfant qui est en train de mourir ? les théologiens répliquent
que la personne qui administre doit au moins avoir lintention de
faire ce que fait lÉglise.
Lintention et la forme sont étroitement liées. Quand
le Pape Léon XIII a déclaré que les ordres Anglicans
étaient invalides, il a agi ainsi en se basant seulement sur les
manquements de la prière dordination (la forme), mais
aussi parce quil jugeait que les intentions de certains
évêques importants dans la chaîne de la succession
apostolique avaient été insuffisantes. Parce quils avaient
été influencés par les idées Protestantes, ils ne
voulaient pas ordonner des prêtres sacrificiels pour offrir
lEucharistie. Il a jugé ceci suffisant pour invalider le sacrement
parce que les mots utilisés ne signifiaient plus ce que lEglise
avait voulu quils signifiassent. (13)
Notez aussi la différence entre une action étant
licite ou valide. Un évêque par exemple
peut bien donner une ordination sacerdotale valide à un garçon
qui na que seize ans. Mais lordination serait illicite parce que le
Droit Canon prescrit que lâge minimum est vingt-quatre ans.
Cest la question de validité qui prévaut en
théologie.
Qui sont les sacramentels?
La communauté des croyants a inventé beaucoup de plus
petites actions symboliques qui ne sont pas des sacrements (donc qui ne sont
pas strictement sacramentelles), et cependant qui appartiennent à
lordre plus largement sacramentel (= symbolique) de la vie
Chrétienne. Ils sont malheureusement appelés les
sacramentels. On peut devenir aisément perplexe quand on
utilise le même mot dans des acceptions différentes. En Anglais,
sacramentel en tant qu adjectif veut dire appartenant
à un sacrement un sacramentel en tant que
substantif, signifie qui appartient seulement à lordre sacramentel
au sens large. Vous êtes confus ? cela se conçoit. Un-e
théologien-ne peut dire : « Oui, la Confirmation est sacramentelle
» (adjectif). Mais la bénédiction de leau est une
action sacramentelle (nom). Il ou elle signifierait que la confirmation est un
vrai sacrement, mais que la bénédiction de leau nen
est pas un
De telles différences subtiles existent dans dautres
contextes. Un glissement sémantique semblable existe dans les mots
mobile et un mobile (un téléphone
cellulaire). Comparez, je suis malade et peu mobile. Mais jai un mobile.
Ou pensez à ordinaire et un ordinaire (une
expression en langage courant pour lévêque dun
diocèse). « Ce nest pas ordinaire quun ordinaire nous
conduise dans sa propre voiture. » Quelquun peut parler dun
séculier (en langage ecclésiastique courant, un
prêtre diocésain) sans être séculier
(=mondain) dans son style de vie.
Des exemples de gestes sacramentels sont se signer avec de leau
bénite en entrant dans une église, la bénédiction
de la gorge à la fête de Saint Blaise, la dédicace
dune maison au SacréCur, lexorcisme, la
consécration dune église ou dune chapelle,
linstallation des lecteurs ou de ceux qui administrent la sainte
communion.
Cela fait une grande différence si un théologien pense que
lancien diaconat des femmes a été sacramentel (un sacrement
véritable et complet) ou seulement un acte sacramentel (pas plus
quune bénédiction).
Est-ce un anachronisme de parler de
sacrements dans lÉglise primitive?
Le dictionnaire Webster définit un anachronisme comme un
déplacement erroné de personnes, dévénements,
dobjets ou de coutumes par rapport à chacun dentre eux. Si
je lis dans un livre : Jésus a téléphoné
à Saint André et lui a demandé de faire un saut dans le
métro pour le rencontrer chez Mac Do et pour manger un hamburger avec
lui à Bethléem, je sais quil sagit là
dune fiction. Il ny avait pas de téléphone, ni de
métro, ni de hamburgers et de magasins de fast-food à
Jérusalem à lépoque de Jésus. Est-ce que nous
faisons la même erreur lorsque nous jugeons que lordination
était un véritable sacrement dès les premiers temps?
Un jour quelquun ma écrit:
«Votre utilisation du mot sacrement dans le
contexte du diaconat des premières femmes est un anachronisme. La
distinction entre un sacrement et un sacramentel est
seulement arrivée au 12ème siècle. Hugo de
Saint Victor 1096-1141) a été le premier à opposer
le sacrement mineur et le sacrement qui fonde principalement
notre salut. Pierre Lombard (1100-1160) a forgé le terme
sacramentels en opposition aux sept sacrements. Vous ne
pouvez pas appliquer notre terminologie théologique actuelle à
lÉglise Byzantine du premier millénaire.»
Un anachronisme implique que lon place les personnes, les
événements ou les objets dans la mauvaise époque. Si je
dis : « Jésus a pris un taxi pour se rendre à la gare de
Jérusalem », je fais un anachronisme. Mais si je dis : «
Jésus a institué les sacrements » ? Cette phrase a
été vraiment utilisée au cours du Concile de Trente en
1563. Mais vous mobjecterez que Jésus ne connaissait pas le mot
sacrement.
Cest vrai.
Mais il était bien conscient du symbolisme impliqué dans
les actions quil établissait, telles que le baptême ou
leucharistie. La même chose sapplique aux
évêques byzantins qui ordonnaient des femmes diacres. Ils ne
connaissaient pas le mot sacrement, mais il comprenaient sa
substance. Le fait que les gens dune certaine époque
navaient pas un terme clair pour un objet ou un
événement ou ne le définissaient pas
théologiquement comme nous le faisons aujourdhui ne prouve pas la
fausseté de la réalité de ce mot ou de cet
événement.
En 1995, larchéologue David Soren de
luniversité de lArizona a découvert un
cimetière denfants qui datait de 450 ACN. Tous les enfants
étaient morts dune mystérieuse maladie. Soren rapprocha cet
événement avec la preuve dune épidémie qui
aurait balayé cette partie de lItalie à peu près
à la même époque. Quelques indications firent penser que
cétait la malaria. Ensuite Robert Sellares de
luniversité de Manchester identifia les gênes du bacille de
la malaria falciparum dans les os dun des enfants. Cette forme
fatale de malaria a sans doute été transportée de
lAfrique en Italie et a provoqué une épidémie. Les
contemporains se sont rendu compte que quelque chose de terrible les avait
frappé, mais il ne pouvaient pas en donner le nom exact. En 467 PCN,
lécrivain romain Sidonius a décrit la maladie avec des
symptômes qui correspondent à ceux de la malaria, mais il la
simplement appelée une fièvre ou une
pestilence. Maintenant, il est tout à fait légitime,
pour nous, de dire que ces enfants sont morts de la malaria
falciparum, même si cest un terme que les romains ne connaissaient
pas.
La langue Hitttite na pas de mot pour alliance ou
traité et certainement pas pour traité de
vassalité. Les Hittites parleraient vaguement de
serment ou de jurer sa foi. Cependant, certaines
tablettes trouvées à Bogazköy en Turquie contiennent le
texte complet dau moins 19 traités de vassalité
imposés par les empereurs Hittites aux rois Amurru, Kizuwatna et sur
dautres pays pendant le second millénaire ACN. Tous ces
traités montrent une structure caractéristique des noms des
partenaires en présence, un prologue, des importantes stipulations de
loyauté, des obligations dalliance, des invocations de
bénédictions et de malédictions. (14). Est-ce que parler
des traités de vassalité Hittites est pour autant un
anachronisme?
Il est clair par le rituel du rite de lordination que, ordonner un
diacre, que ce soit un homme ou une femme, était un acte très
saint et solennel par lequel le pouvoir de lEsprit Saint était
répandu sur le récipiendaire pour quil exerce une
tâche sacrée. Cest une preuve très claire de
lordre sacramentel des symboles sacrés par lesquels le Christ se
rend présent à sa communauté. Le Pseudo-Dionysius (aux
environs de 500 BCN dit quil y a seulement trois sortes de chefs qui
appartiennent à lordre des ministres sacrés :
celui qui purifie (= les diacres), celui qui éclaire (= les
prêtres) et celui qui perfectionne (= les évêques). (15)
De telles considérations rendent limpide quaussi bien
à lOuest quà lEst, il y avait des notions
équivalentes de ce qui a rapport aux sacrements
Il existait une
théologie largement reçue qui comprenait la cheirotonia ou
cheirothesia ( limposition des mains) comme lacte qui
servait dintermédiaire à leffusion de la grâce
de lEsprit Saint sur le récipiendaire. « Cela implique la
substance du sacrement, même si le mot nest pas
utilisé » ( Peter Hünemann). (16)
«Depuis au moins 400 PCN, une distinction claire entre les
ordres majeurs et mineurs à commencé à se faire
jour
Lordination, est comprise dans les termes de ce que nous
appelons aujourdhui un sacrement.» (A.C. Lochmann).(17)
En dautres termes, Les Chrétiens byzantins ont reconnu
lordination au diaconat comme un sacrement au même titre que le
baptême, la confession, leucharistie qui étaient des
sacrements pour eux, même sils utilisaient dautres mots.
Aimé Martimort se trompe quand il dit que parler de sacrement est un
anachronisme dans ce cas.
Notes
(1) Heb 1,3.
(2) Col 1,15.
(3) Jean 14,7-9.
(4) Jean 7,16.
(5)On peut trouver une introduction facile à lire et actuelle aux
sacrements dans R.P.Mc Brien Catholicisme, Londres 1980, vol
2 pp 731-745.
(6) Summa Theologica III, qq. 60-65.
(7) Lexpression utilisée était ex opere
operato, (par le travail de laction elle-même
Trente. Session VII, canons sur les sacrements ; Denz 1601-1613. cette
expression a été mal comprise par les théologiens plus
tardifs qui ont erronément attribué des pouvoirs quasi magiques
aux sacrements.
(8) Denz. 1774.
(9)B.J. Hilberath. Das Amt des Diakonin : ein sakramentales Amt
? dans Diakonat. Ein Amt für Frauene in der Kirche Ein
frauengerchtes Amt ? Ostfildern 1997, pp212-218 ; ici p 218 (ma propre
traduction).
(10)Verbum et elementum : Enlevez le mot et voyez ce
que peut faire leau ? Quand le mot rejoint la substance
matérielle, il devient un sacrement ; traité sur Saint Jean
80,3 ; J.P. Migne, Patrologia Latina vol. 35, 1840.
(11) Gen 2,7.
(12) Actes 2,38 ;8,12.16,742-743, Ambrose, De Spiritu Sancto
1,3,39-45, J.P. Migne, Patrologia Latina vol.16,742-743,
Basil, De Spiritu Sancto12,28, J.P. Migne, Patrologica Graeca,
vol.32,116.
(13) Pape léon XIII, Apostolicae Curae 18 sept 1896 ;
Acta Sanctae Sedis29 (1896/97) pp.198 et sq ; Denz 3315-3319. Si on
examine les dernières études des historiens de
lÉglise et les relation cuméniques avec
lÉglise dAngleterre, il nest pas certain que cette
façon de voir sera retenue par le Vatican.
(14) M. Noth, Das Altestamentliche Bundesschliessen uim Lichte
eines Mari-textesGesammelte Studien, Munich 1957, pp 142-154.
(15) The heavenly Hierarchy 5,1,3 ; J.P.Migne, Patrologia
Graeca, vol.3, 504C.
(16) P. Hünemann, Stellungnahme zu den Anmerkungen von
Professor otto Semmelroth SJ betreffend Votum zum Weihediakonat de Frau,
Diaconia Christi 10, no 1 (1975)
(17) A.Ch Lochmann, Studien zum Diakonat det Frau , Siegen 1996,
pp.189-190.


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