Nederlands/Vlaams Deutsch Francais English language Spanish language Portuguese language Italiano
Catalan Czech Esperanto Greek Igbo Japanese Korean Latin Malay language Norwegian Polish Swahili Tagalog
Openingspagina!

le Sacrement de l’Ordre

Ce qu’il faut savoir sur le Sacrement de l’Ordre

par John Wijngaards

Pourquoi les signes du sacrement?

Il y a plus dans la vie que simplement la chimie et la physique. Dieu est un énorme mystère caché derrière tout ce que nous pouvons voir, entendre et toucher. Les gens et les choses qui nous entourent peuvent devenir des symboles de cette plus profonde présence. qui pénètre tout. Ils deviennent alors des fenêtres ouvertes sur l’invisible. Ils indiquent une réalité qui les dépasse. Un volcan qui entre en éruption, par exemple, montre une force inimaginable. Il devient symbole pour nous si nous regardons à travers lui et si nous voyons la mystérieuse force inépuisable derrière l’univers.

Par l’amour de notre mère, nous pouvons soudain comprendre qu’en elle, nous touchons l’amour-même, un autre aspect de notre existence mystérieuse. L’amour de notre mère est alors devenu transparent. En plus de sa valeur intrinsèque, il assume une signification plus profonde. On a trouvé qu’il était un symbole qui allait au-delà de lui-même. C’est la base de toutes les religions.

Il nous est naturel de donner aux moments forts de notre existence une forme festive chargée de significations. Lorsque quelqu’un est né ou atteint la puberté ou se marie ou meurt, nous marquons chacun de ces événements par une célébration qui contraste avec l’aspect routinier de la vie quotidienne. Dans toutes les cultures du monde, on a créé des symboles qui expriment la signification profonde de semblables moments : des rites, des habitudes, des vêtements spéciaux, une nourriture et des boisons particulières. À travers ces symboles, souvent religieux à l’origine, nous atteignons ce qui nous dépasse et nous célébrons le mystère de notre existence. En fait, nous ne pouvons pas vivre les réalités les plus importantes de notre vie sans signes et symboles.

Comment les sacrements sont-ils reliés au Christ?

Arrive Jésus-Christ. Il était, en sa personne propre, le plus profond symbole religieux par excellence (en français dans le texte). Les Ecritures le nomment ‘reflet de la gloire du Père’, ‘l’empreinte de l’être du Père’(1), ‘l’image du Dieu invisible’(2). Jésus-Christ nous a montré, dans son humanité, à quoi ressemble Dieu. Qui l’a vu, a vu aussi le Père ;(3) Qui a entendu ses paroles, a entendu parler le Père.(4) Tout ce qu’a fait Jésus était l’expression visible, audible, tangible de l’amour de Dieu pour nous. Jésus était donc le signe visible de Dieu parmi nous ; ou, pour utiliser un terme théologique plus approprié, il était le sacrement de Dieu qui nous rencontrait, nous parlait, nous pardonnait, nous guérissait, faisant de nous les enfants adoptifs de Dieu. Car ‘sacrement’ signifie ‘signe’.

Nous Chrétiens, nous croyons qu’en Jésus-Christ, la religion a atteint une dimension nouvelle. Bien que les symboles religieux gardent encore leur signification, après la venue du Christ, une nouvelle série de symboles furent créés qui continuent la présence du Christ. On les appelle l’ordre sacramentel. La communauté des croyants que nous appelons l’Église est le sacrement ultime : il est le signe durable du Christ qui nous entoure et qui nous tient. Le Christ nous parle dans et par la communauté, nous sauve, nous guérit et comble nos besoins spirituels.

Sacrement est donc une expression typiquement Chrétienne. Et quoique tous les actes de la communauté des croyants se font dans l’ordre sacramentel, au cours des temps, certains symboles spécifiques ont été choisis pour devenir des ‘sacrements’ d’une manière toute particulière;

Le Christ est à l’origine de tous ces sacrements, même si leur forme précise a été fabriquée par l’Église au cours des siècles.

Termes théologiques associés avec ‘sacrement’

Depuis le XIIème siècle, ces signes sont connus comme les sept sacrements. Il a été impossible d’éviter l’enflure du jargon de spécialistes à leur sujet.(5)

Il y a quelques années, au cours d’émissions de télévision, Esther Rantzen distribuait le prix de la ‘logorrhée bureaucratique’ Un petit bijou dont je me souviens était la lettre du département du plan d’une municipalité :

«Considérant la résistance au feu inadéquate et réciproque du traitement anti-corrosion tel que stipulé par le Règlement amendé des Bâtiments municipaux, section IV, article 5b, votre demande signalant votre intention n’est pas conforme aux stipulations des standards minima de sécurité municipaux.».

Nous devons noter que le texte nous paraît abscons alors qu’il peut faire sens à un ingénieur en construction. Les spécialistes, qui essaient d’être précis, inventent leur propre langage. La même chose est arrivée en théologie. Les théologiens ont créé un dialecte académique distinct. Ce que disent les clercs quand ils parlent des saints ordres, du sacrement et de l’ordination peut seulement être complètement compris par nous quand nous prenons la peine d’absorber leur vocabulaire .

Il a fallu longtemps pour que la signification précise du mot ‘sacrement’ soit à jour. Saint Augustin (354-430) a donné la première définition technique de sacrement ‘comme un signe visible d’une grâce invisible’. Depuis, certains ont écarté les sacrements comme ‘les seuls signes sans effets’. Saint Thomas d’Aquin a explique qu’ils causent la grâce dans la mesure où ils en sont le signe. (6). Par exemple, quand quelqu’un est baptisé, les péchés de cette personne sont vraiment pardonnés et ils ou elles deviennent des enfants adoptifs de Dieu. Cette explication fut reprise par le Concile de Trente en 1547 qui a déclaré que les sept sacrements contiennent la grâce qu’ils signifient et produisent leur effet, non pas seulement grâce à la foi du récipiendaire, mais par Dieu dont le pouvoir divin est rattaché au symbole lui-même. (7)

En d’autres mots, les sept sacrements sont des symboles effectifs. Déchirer un contrat ne signifie pas la fin des obligations mutuelles qu’il contient. Quand un roi ou une reine adoube une personne en lui imposant l’épée sur l’épaule, cette personne change légalement de statut.

Les catholiques pensent que, au niveau sacramentel complet, ce qui est symbolisé est ce qui arrive vraiment. Le prêtre donne l’absolution, les péchés sont vraiment pardonnés. Dans l’Eucharistie, le Christ est vraiment présent sous les espèces du pain et du vin. Quand un prêtre est ordonné, l’évêque le ou la consacre pour qu’il rende le Christ présent pas son ministère d’enseignement, de prédication, de guérison, de président et de rassembleur.

Le souci de sauvegarder la valeur intrinsèque du sacrement a mené les théologiens à distinguer trois éléments :
* Le signe lui-même (sacramentum tantum)
* La grâce qu’il apporte (res tantum)
*Sa valeur intrinsèque (res et sacramentum).

Quand les hosties sont consacrées dans l’eucharistie, elles atteignent le but d’unir les fidèles en Christ quand ils ont reçu avec foi la sainte communion. Mais qu’en est-ils de celles qui restent? Si elles ont une fonction simplement transitoire, elles peuvent simplement être jetées après la Messe, comme cela arrive en réalité dans certaines églises protestantes. Mais la tradition catholique en est arrivée à les considérer comme étant en quelque sorte reliées au Christ d’une manière permanente ce qui est exprimé par la croyance Catholique en la ‘Présence Réelle’. Ainsi les hosties consacrées sont gardées dans un tabernacle. Elles peuvent être utilisées plus tard pour porter le viatique aux malades. Elles gardent en elles un lien intrinsèque à Dieu.

Dans trois sacrements, le baptême, la confirmation et les saints ordres, le lien intrinsèque durable s’appelle ‘caractère’. Une fois qu’une personne est baptisée, elle ne l’est plus jamais encore, même si cette personne abandonne ses croyances et sa pratique Chrétienne pendant de longues années. Le lien au Christ à travers le baptême originel reste valable. Une fois qu’une personne est ordonnée diacre, prêtre ou évêque, la charge du ministère est valable à vie. Le mot grec ‘caractère’signifie un ‘sceau’. L’image vient du sceau imprimé dans la chair d’un esclave ou d’un soldat par lequel cette personne était identifiée à vie comme le bien d’un maître.

Les théologiens aimaient parler d’une ‘marque indélébile’ incrustée dans l’âme par ces sacrements, mais cela dépasse la réalité. La signification est simplement que ces sacrements ont un effet durable. En d’autres termes, une fois qu’ils ont été reçus, le signe garde sa valeur et ne devrait pas être répété. C’est pour cela que le Concile de Trente a déclaré que c’était une hérésie de dire que ‘l’Esprit Saint n’est pas donné par l’ordination sacrée, ou que l’évêque dit en vain ces paroles « recevez l’Esprit saint », ou bien que rien ne subsiste de l’ordination ou que celui qui a été ordonné prêtre peut redevenir laïc.’(8)

L’ordination comme sacrement

Si nous avions pu visiter une communauté Chrétienne aux premiers siècles de l’existence de l’Eglise, nous aurions rencontré trois sortes de ministres du culte : ‘les responsables (episcopoi), les anciens (presbyteroi) et les servants (diakonoi). Nous aurions vu aussi que ces ministres du culte étaient mandatés à leur tâche par la communauté par des prières et l’imposition des mains. Les apôtres priaient et étendaient leurs mains sur les nouveaux diacres (Actes 6,6)

Paul et Barnabas ‘ont imposé les mains sur les anciens à Lystra en Iconie, ‘pour les consacrer par les prières au Seigneur’ (Actes 14,23). Plus tard, Paul s’adressa à l’assemblée des anciens des communautés d’Asie Mineure quand il passa par Milet. Il les pressa de s’occuper de leur troupeau ‘dont l’Esprit Saint vous a fait episcopoi(Actes 20,28). Au moment où Saint Ignace, évêque d’Antioche, mourut pour sa foi, les trois ministres du culte (l’évêque,le presbyte et le diacre) étaient déjà largement établis.

Mais ce serait une faute d’imaginer que ces fonctions ont le même contenu qu’aujourd’hui. Beaucoup a changé au cours des siècles, avec des variantes dans les différents pays de sorte qu’il est difficile de résumer les énormes mouvements qui eurent lieu. Tout ce que je peux faire est de schématiser quelques-uns des développements les plus importants.

Le ministère du culte le plus clairement identifiable en termes actuels serait celui d’évêque. Il avait la charge pastorale complète de la communauté locale et présidait à son eucharistie. Par beaucoup d’aspects, il faisait ce qu’un prêtre paroissial fait aujourd’hui. C’est seulement graduellement que les évêques ont acquis l’autorité sur des territoires plus larges ce qui amena les rôles de coordinateurs et de supervision dont les évêques jouissent encore aujourd’hui.

Lorsque nous parlons d’un prêtre de nos jours, nous sommes enclins à penser à lui comme à une personne qui reçoit le pouvoir spirituel qui lui permet d’offrir le sacrifice de la Messe et d’administrer les sacrements. Pour beaucoup de catholiques, un ‘prêtre’ est celui qui est techniquement connu comme sacerdos, un prêtre sacrificiel, en utilisant un terme dérivé du temple de Jérusalem et de la pratique païenne de Rome. Mais ce n’est pas ce qu’un ‘ancien’ presbyte faisait dans l’Eglise primitive. Durant les deux premiers siècles, il n’existait pas de sacerdos, sinon le Christ. Tout le peuple de Dieu était sacerdotal. À partir du troisième siècle et ensuite, l’évêque était à cette époque appelé le sacerdos de sa communauté, mais cela n’est pas appliqué aux anciens. Originellement, ils n’étaient pas autorisés à présider une eucharistie. C’est seulement dans des petits lieux, là où il n’y avait pas d’évêque, que les anciens commencèrent à présider à l’eucharistie. Ils étaient devenus des évêques de second rang. Mais seulement le Moyen-Âge a forgé la théologie de l’individu consacré du ‘caractère’ prêtre qui dominera dans l’Église jusqu’à Vatican II.

La fonction de diacre a aussi subi beaucoup de changements. Les Actes des Apôtres racontent que sept hommes furent ordonnés diacre pour s’occuper des pauvres. Pas beaucoup plus tard, nous avons entendu parler du diacre Etienne qui prêchait et accomplissait des miracles. Et le diacre Philippe prêchait et baptisait en Samarie (Actes 6,7 – 7,60 ;8,4-40). Plus tard, nous découvrons des diacres chargés de travail pastoral, le baptême et le service pendant les liturgies solennelles. Ils étaient bien plus proches de l’évêque que les presbytes et souvent beaucoup plus influents. À l’époque de saint Chrysostome, l’entretien de tous les biens de l’Église, le soin des pauvres, des malades et des veuves, la maintenance des églises et des cimetières, en un mot toute la logistique des affaires temporelles de l’église se trouvait aux mains des diacres. Chrysostome énumère, comme sources de revenus de l’église :‘les champs, les maisons, les loyers des habitations, les véhicules, les chevaux de trait, les mules et beaucoup de ces sortes de choses’ C’était au moins le cas à Antioche et à Constantinople.

Ce que j’essaie ici de faire comprendre est que les charges variaient beaucoup par leur contenu, le statut et la fonction, d’un endroit à l’autre et d’une époque à l’autre. Ce serait une erreur de généraliser.

On trouvera des renseignements coplémentaires sur les ministères dans E.J. Kilmartin,‘Apostolic Office: Sacrament of Christ’, Theological Studies 36 (1975) pp. 243-265.

L’ordination Sacramentelle et la communauté

Le ministère, qu’il soit celui d’un évêque, d’un prêtre ou d’un diacre, est une fonction ecclésiastique. D’un point de vue théologique, il serait transmis à travers le sacrement de l’Ordre. L’ordination sacerdotale n’est pas un privilège personnel, ni une promotion à une spiritualité plus élevée, ni un changement ontologique de la personnalité. Par l’ordination sacramentelle, la communauté et ses chefs expriment que cette tâche, de transcender le pouvoir de chaque individu, peut être seulement entreprise à travers le pouvoir de l’Esprit. ‘malheur à moi si je ne proclame pas l’Évangile’ – malheur à moi si je ne remplis pas mon ministère !’ Ce ‘malheur à moi’ bien humain est corrigé par le ‘succès pour vous !’ lorsque l’on appelle de Saint-Esprit pendant l’ordination. (9)

Qu’est-ce qui rend un sacrement ‘valide’ ?

Dans la pratique de l’Église, la question de savoir si une action particulière était ou non un sacrement a été souvent posée.

Le Synode d’Arles en France a décidé en 314 qu’il faudrait demander aux convertis issus de la secte des Donatists s’ils avaient été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. S’ils l’avaient été, leur baptême serait valide et ils ne devraient pas être baptisés à nouveau. Mais le Concile de Nicée décréta sept ans plus tard que le baptême des adeptes de Paul de Samosate, l’évêque hérétique d’Antioche en Syrie, n’était pas valide. La raison était que les Pauliciens considéraient Jésus comme un être humain qui était seulement devenu graduellement divin. Les Pauliciens durent être rebaptisés.

Alors comment déterminer ce que sont les conditions minimales d’un sacrement particulier?

Saint Augustin avait déjà souligné que le baptême implique ‘ la parole et une substance matérielle’. Il voulait dire qu’il implique la formule ‘je te baptise’ en même temps que l’immersion dans l’eau. (10). D’autres Pères de l’Église ont noté la même dualité. Ce furent les théologiens médiévaux cependant qui ont approfondi ceci dans les moindres détails. En effet, ils étaient souvent des juristes d’église par profession. Ils aimaient définir les conditions exactes de la validité d’un sacrement. Et ils faisaient dériver leur terminologie de la philosophie grecque qui avait été redécouverte dans les universités de l’époque.

Tout objet se devait d’avoir deux composantes ; la matière et la forme. Un chat, par exemple, était fait de deux éléments distincts, son corps et son âme. Enlevez l’âme du chat et il reste seulement un corps. Adam était simplement une figurine d’argile (matière) jusqu’à ce que Dieu lui insuffle une âme (forme)dans les narines.(11). De la même manière, chaque sacrement avait sa matière et sa forme et les deux étaient essentiels pour sa validité. Dans le cas du baptême, la matière était l’immersion dans l’eau, la forme, les formules baptismale ;’Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit’ ou une phrase équivalente. En ce qui concerne chaque sacrement, on déterminait la matière et la forme en observant comment l’Église avait administré les sacrements et ce qui en avait été dit dans des traditions plus anciennes.

Actuellement, la forme est identique aux mots qui accompagnent le signe matériel. Bien que des formules standards sont souvent utilisées, cela n’est pas un besoin. Il y a eu différentes façons d’exprimer le baptême. La formulation Trinitaire a été la plus répandue. Toutefois, il y a aussi des attestations de l’usage de ‘Je te baptise au nom de Jésus’ (12). Des formes différentes ont été utilisées pour l’Eucharistie, pour la Réconciliation et la confirmation. Ce qui compte est l’intention de la personne qui administre le sacrement. Son intention donne une vie intérieure à la forme. Mais qu’advient-il si la personne qui administre le sacrement ne comprend pas tout-à-fait la forme ? Que se passe-t-il si une simple maman baptise son enfant qui est en train de mourir ? les théologiens répliquent que la personne qui administre doit au moins avoir l’intention de ‘faire ce que fait l’Église’.

L’intention et la forme sont étroitement liées. Quand le Pape Léon XIII a déclaré que les ordres Anglicans étaient invalides, il a agi ainsi en se basant seulement sur les manquements de la prière d’ordination (la ‘forme’), mais aussi parce qu’il jugeait que les intentions de certains évêques importants dans la chaîne de la succession apostolique avaient été insuffisantes. Parce qu’ils avaient été influencés par les idées Protestantes, ils ne voulaient pas ordonner des prêtres sacrificiels pour offrir l’Eucharistie. Il a jugé ceci suffisant pour invalider le sacrement parce que les mots utilisés ne signifiaient plus ce que l’Eglise avait voulu qu’ils signifiassent. (13)

Notez aussi la différence entre une action étant ‘licite’ ou ‘valide’. Un évêque par exemple peut bien donner une ordination sacerdotale valide à un garçon qui n’a que seize ans. Mais l’ordination serait illicite parce que le Droit Canon prescrit que l’âge minimum est vingt-quatre ans. C’est la question de validité qui prévaut en théologie.

Qui sont les ‘sacramentels’?

La communauté des croyants a inventé beaucoup de plus petites actions symboliques qui ne sont pas des sacrements (donc qui ne sont pas strictement sacramentelles), et cependant qui appartiennent à l’ordre plus largement sacramentel (= symbolique) de la vie Chrétienne. Ils sont malheureusement appelés les ‘sacramentels’. On peut devenir aisément perplexe quand on utilise le même mot dans des acceptions différentes. En Anglais, ‘sacramentel’ en tant qu adjectif veut dire ‘appartenant à un sacrement’ ‘un ‘sacramentel’ en tant que substantif, signifie qui appartient seulement à l’ordre sacramentel au sens large. Vous êtes confus ? cela se conçoit. Un-e théologien-ne peut dire : « Oui, la Confirmation est sacramentelle » (adjectif). Mais la bénédiction de l’eau est une action sacramentelle (nom). Il ou elle signifierait que la confirmation est un vrai sacrement, mais que la bénédiction de l’eau n’en est pas un

De telles différences subtiles existent dans d’autres contextes. Un glissement sémantique semblable existe dans les mots ‘mobile’ et ‘un mobile’ (un téléphone cellulaire). Comparez, je suis malade et peu mobile. Mais j’ai un mobile. Ou pensez à ‘ordinaire’ et ‘un ordinaire’ (une expression en langage courant pour l’évêque d’un diocèse). « Ce n’est pas ordinaire qu’un ordinaire nous conduise dans sa propre voiture. » Quelqu‘un peut parler d’un ‘séculier’ (en langage ecclésiastique courant, un prêtre diocésain) sans être ‘séculier’ (=mondain) dans son style de vie.

Des exemples de gestes sacramentels sont se signer avec de l’eau bénite en entrant dans une église, la bénédiction de la gorge à la fête de Saint Blaise, la dédicace d’une maison au Sacré–Cœur, l’exorcisme, la consécration d’une église ou d’une chapelle, l’installation des lecteurs ou de ceux qui administrent la sainte communion.

Cela fait une grande différence si un théologien pense que l’ancien diaconat des femmes a été sacramentel (un sacrement véritable et complet) ou seulement un acte sacramentel (pas plus qu’une bénédiction).

Est-ce un anachronisme de parler de sacrements dans l’Église primitive?

Le dictionnaire Webster définit un anachronisme comme un déplacement erroné de personnes, d’événements, d’objets ou de coutumes par rapport à chacun d’entre eux. Si je lis dans un livre : ‘Jésus a téléphoné à Saint André et lui a demandé de faire un saut dans le métro pour le rencontrer chez Mac Do et pour manger un hamburger avec lui à Bethléem’, je sais qu’il s’agit là d’une fiction. Il n’y avait pas de téléphone, ni de métro, ni de hamburgers et de magasins de fast-food à Jérusalem à l’époque de Jésus. Est-ce que nous faisons la même erreur lorsque nous jugeons que l’ordination était un véritable sacrement dès les premiers temps?

Un jour quelqu’un m’a écrit:

«Votre utilisation du mot sacrement dans le contexte du diaconat des premières femmes est un anachronisme. La distinction entre ‘un sacrement’ et ‘un sacramentel’ est seulement arrivée au 12ème siècle. Hugo de Saint Victor ‘1096-1141) a été le premier à opposer le ‘sacrement mineur’ et ‘le sacrement qui fonde principalement notre salut’. Pierre Lombard (1100-1160) a forgé le terme ‘sacramentels’ en opposition aux sept sacrements.’ Vous ne pouvez pas appliquer notre terminologie théologique actuelle à l’Église Byzantine du premier millénaire.»

Un anachronisme implique que l’on place les personnes, les événements ou les objets dans la mauvaise époque. Si je dis : « Jésus a pris un taxi pour se rendre à la gare de Jérusalem », je fais un anachronisme. Mais si je dis : « Jésus a institué les sacrements » ? Cette phrase a été vraiment utilisée au cours du Concile de Trente en 1563. Mais vous m’objecterez que Jésus ne connaissait pas le mot ‘sacrement’.

C’est vrai.

Mais il était bien conscient du symbolisme impliqué dans les actions qu’il établissait, telles que le baptême ou l’eucharistie. La même chose s’applique aux évêques byzantins qui ordonnaient des femmes diacres. Ils ne connaissaient pas le mot ‘sacrement’, mais il comprenaient sa substance. Le fait que les gens d’une certaine époque n’avaient pas un terme clair pour un objet ou un événement ou ne le définissaient pas théologiquement comme nous le faisons aujourd’hui ne prouve pas la fausseté de la réalité de ce mot ou de cet événement.

En 1995, l’archéologue David Soren de l’université de l’Arizona a découvert un cimetière d’enfants qui datait de 450 ACN. Tous les enfants étaient morts d’une mystérieuse maladie. Soren rapprocha cet événement avec la preuve d’une épidémie qui aurait balayé cette partie de l’Italie à peu près à la même époque. Quelques indications firent penser que c’était la malaria. Ensuite Robert Sellares de l’université de Manchester identifia les gênes du bacille de la malaria falciparum dans les os d’un des enfants. Cette forme fatale de malaria a sans doute été transportée de l’Afrique en Italie et a provoqué une épidémie. Les contemporains se sont rendu compte que quelque chose de terrible les avait frappé, mais il ne pouvaient pas en donner le nom exact. En 467 PCN, l’écrivain romain Sidonius a décrit la maladie avec des symptômes qui correspondent à ceux de la malaria, mais il l’a simplement appelée une ‘fièvre’ ou une ‘pestilence’. Maintenant, il est tout à fait légitime, pour nous, de dire que ces enfants sont morts de la malaria falciparum, même si c’est un terme que les romains ne connaissaient pas.

La langue Hitttite n’a pas de mot pour ‘alliance ou ‘traité’ et certainement pas pour ‘traité de vassalité’. Les Hittites parleraient vaguement de ‘serment’ ou de ‘jurer sa foi’. Cependant, certaines tablettes trouvées à Bogazköy en Turquie contiennent le texte complet d’au moins 19 ‘traités de vassalité’ imposés par les empereurs Hittites aux rois Amurru, Kizuwatna et sur d’autres pays pendant le second millénaire ACN. Tous ces traités montrent une structure caractéristique des noms des partenaires en présence, un prologue, des importantes stipulations de loyauté, des obligations d’alliance, des invocations de bénédictions et de malédictions. (14). Est-ce que parler des traités de vassalité Hittites est pour autant un anachronisme?

Il est clair par le rituel du rite de l’ordination que, ordonner un diacre, que ce soit un homme ou une femme, était un acte très saint et solennel par lequel le pouvoir de l’Esprit Saint était répandu sur le récipiendaire pour qu’il exerce une tâche sacrée. C’est une preuve très claire de l’ordre sacramentel des symboles sacrés par lesquels le Christ se rend présent à sa communauté. Le Pseudo-Dionysius (aux environs de 500 BCN dit qu’il y a seulement trois sortes de chefs qui appartiennent à ‘l’ordre des ministres sacrés’ : celui qui purifie (= les diacres), celui qui éclaire (= les prêtres) et celui qui perfectionne (= les évêques). (15)

De telles considérations rendent limpide qu’aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est, il y avait des notions équivalentes de ce qui a rapport aux sacrements… Il existait une théologie largement reçue qui comprenait la cheirotonia ou cheirothesia ( l’imposition des mains) comme l’acte qui servait d’intermédiaire à l’effusion de la grâce de l’Esprit Saint sur le récipiendaire. « Cela implique la substance du ‘sacrement’, même si le mot n’est pas utilisé » ( Peter Hünemann). (16)

«Depuis au moins 400 PCN, une distinction claire entre les ordres majeurs et mineurs à commencé à se faire jour…L’ordination, est comprise dans les termes de ce que nous appelons aujourd’hui un sacrement.» (A.C. Lochmann).(17)

En d’autres termes, Les Chrétiens byzantins ont reconnu l’ordination au diaconat comme un sacrement au même titre que le baptême, la confession, l’eucharistie qui étaient des sacrements pour eux, même s’ils utilisaient d’autres mots. Aimé Martimort se trompe quand il dit que parler de sacrement est un anachronisme dans ce cas.

Notes

(1) Heb 1,3.

(2) Col 1,15.

(3) Jean 14,7-9.

(4) Jean 7,16.

(5)On peut trouver une introduction facile à lire et actuelle aux sacrements dans R.P.Mc Brien ‘Catholicisme’, Londres 1980, vol 2 pp 731-745.

(6) Summa Theologica III, qq. 60-65.

(7) L’expression utilisée était ‘ex opere operato’, ‘(par le travail de l’action elle-même’ Trente. Session VII, canons sur les sacrements ; Denz 1601-1613. cette expression a été mal comprise par les théologiens plus tardifs qui ont erronément attribué des pouvoirs quasi magiques aux sacrements.

(8) Denz. 1774.

(9)B.J. Hilberath. ‘Das Amt des Diakonin : ein sakramentales Amt ?’ dans Diakonat. Ein Amt für Frauene in der Kirche – Ein frauengerchtes Amt ? Ostfildern 1997, pp212-218 ; ici p 218 (ma propre traduction).

(10)‘Verbum et elementum’ : ‘Enlevez le mot et voyez ce que peut faire l’eau ? Quand le mot rejoint la substance matérielle, il devient un sacrement’ ; traité sur Saint Jean 80,3 ; J.P. Migne, Patrologia Latina vol. 35, 1840.

(11) Gen 2,7.

(12) Actes 2,38 ;8,12.16,742-743, Ambrose, De Spiritu Sancto 1,3,39-45, J.P. Migne, Patrologia Latina vol.16,742-743, Basil, De Spiritu Sancto12,28, J.P. Migne, Patrologica Graeca, vol.32,116.

(13) Pape léon XIII, ‘Apostolicae Curae’ 18 sept 1896 ; Acta Sanctae Sedis29 (1896/97) pp.198 et sq ; Denz 3315-3319. Si on examine les dernières études des historiens de l’Église et les relation œcuméniques avec l’Église d’Angleterre, il n’est pas certain que cette façon de voir sera retenue par le Vatican.

(14) M. Noth, ‘Das Altestamentliche Bundesschliessen uim Lichte eines Mari-textes’Gesammelte Studien, Munich 1957, pp 142-154.

(15) The heavenly Hierarchy 5,1,3 ; J.P.Migne, Patrologia Graeca, vol.3, 504C.

(16) P. Hünemann, ‘Stellungnahme zu den Anmerkungen von Professor otto Semmelroth SJ betreffend Votum zum Weihediakonat de Frau’, Diaconia Christi 10, no 1 (1975)

(17) A.Ch Lochmann, Studien zum Diakonat det Frau , Siegen 1996, pp.189-190.


Trouvez des liens! Faites ce site une favorite! Donnez information sur notre URL Questions? Faites votre site partie de notre reseau Women's Ongoing Internet Consultation Les 'Ami(e)s' nous donnent des contributions Aidez-nous!

Veuillez indiquer que ce document est publié par www.womenpriest.org