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John Duns Scot

John Duns Scot

1266 – 1308

John Duns Scot, un frère franciscain, a été un des philosophes et des théologiens les plus influents au Moyen-Âge. Il fut professeur à Cambridge, Oxford et Paris. Dans l’âge post-scholastique, ses disciples, parmi les théologiens catholiques, dépassaient en nombre ceux de Thomas d’Aquin.

Pourquoi les femmes ne peuvent-elles être ordonnées prêtres

Brève analyse de ses arguments

Notre analyse sera basée sur un texte du commentaire de Scot sur les Sentences de Pierre Lombard, publié dans les Duns Scoti Opera Omnia, éd. Vives, Paris 1894, vol.24, ‘Reportata parisiensia’, Liber Distinctio 25, Quaestio 2, pp 367 – 371. Lisez le texte latin original ou sa traduction en anglais.

Les numéros de paragraphe dans cette analyse se réfèrent à cette traduction ;

Motifs pour lesquels les femmes ne peuvent être ordonnées :

  1. Le Christ a exclu lui-même les femmes des saints Ordres. Principal motif (voir § 18,20,22,24).
    Scot n’en donne pas une base scripturaire directe. Il argue du fait que ni les Apôtres, ni l’Église plus tardive n’auraient pu exclure les femmes de leur propre autorité. Cela DOIT donc être la propre décision du Christ.(§18). Cela lui permet de dire que les femmes sont exclues par la loi divine (§11). Comme l’homme et la femme partagent la même nature humaine, l’exclusion des Ordres Saints doit être basée sur la loi divine. (§24).
    Réponse. C’est un argument très faible. (a) Il n’a aucune base scripturaire. (b) Nous savons que Jésus a abandonné beaucoup de semblables décisions à l’Église qui lui a succédé. En conséquence, si c’est l’Église qui lui a succédé qui a empêché les femmes d’être ordonnées, elle peut modifier ses règles.
  2. Les prêtres peuvent enseigner, mais Paul défend aux femmes de le faire.(§19)
    Réponse. 1 Timothée 2,11-15 est pris hors de son contexte. Il peut ne pas être interprété comme impliquant une règle générale, interdisant aux femmes d’enseigner pour toujours. Le droit Canon moderne permet aux femmes d’enseigner dans l’église.
  3. Les femmes sont inférieures aux hommes (§19,22)
    Scot énumère les préjugés de son époque : les femmes ont une intelligence faible et sont instables émotionnellement (§19). Dieu a soumis les femmes aux hommes (§22). Exercer l’autorité sur les hommes est contraire à la nature des femmes (§22).
    Réponse. Ce triple préjugé sous-tend toute la pensée médiévale et rend impossible d’imaginer que les femmes aussi pourraient être prêtres. Les raisons théologiques avancées sont des rationalisations pour justifier ces préjugés.
  4. Le droit canon interdit aux femmes de toucher aux objets du culte (§5) et les femmes ne pourraient pas honorablement recevoir la tonsure (§6).
    Réponse. Les arguments sont évidemment invalides. Ils montrent la malheureuse influence des premiers synodes locaux sur le droit Canon de l’Église médiévale.

Les réponses de Scot aux objections.

  1. Que dire des Galatiens 3,27 – 28 (l’égalité entre hommes et femmes dans le Christ)?Scot dit que l’égalité concerne le salut. Il ne s’étend pas à la possession d’une position supérieure dans l’Église (§1,25). L’argument est invalide, parce que les Saints Ordres concernent le salut et, exclure les femmes, n’affecte pas le salut du monde.
  2. Que penser des ‘presbiterae’ (femmes prêtres) et des diaconesses (femmes diacres) dans la tradition ? Scot rejette ces termes comme ne se rapportant pas aux femmes qui étaient ordonnées aux saints Ordres (voir §2, 26). Toutefois, aujourd’hui, nous sommes mieux informés. Les femmes diacres étaient sacramentellement ordonnées, comme le montre les rites d’ordination des premiers siècles. Dans quelques parties de l’Europe, des femmes étaient aussi ordonnées prêtres.
  3. Que penser de Marie-Madeleine qui était une prédicatrice et une Apôtre ? Scot réplique qu’elle était une exception (§21). Mais s’il y a une exception, ce n’est pas le sexe féminin en tant que tel qui exclut de l’ordination !
  4. Les hommes et les femmes n’ont-ils pas la même nature ? Scot lutte pour répondre ici. Tout ce qu’il peut dire, c’est que l’exclusion des Saints Ordres est la propre volonté de Dieu. (§24)

Traduction : Françoise Bourguignon.

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