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Célébrer l’Eucharistie sans prêtre?

Célébrer l’Eucharistie sans prêtre?

L’Église Catholique est à court de prêtres. Des Laïcs sont déjà appelés

par Peter Trummer

Extrait de Publik-Forum, n· 15 (8 août2003), pp.52-53 ;
traduit de l’Allemand par John Wijngaards,
retraduit de l’Anglais par Françoise Bourguignon.

Toutes les communautés chrétiennes ont le devoir et le droit de célébrer l’Eucharistie. Mais le droit de la célébrer complètement est exclusivement réservé aux prêtres dans l’Église Catholique.

La réalité est différente : de par le monde, plus de la moitié des services catholiques sont célébrés par des non-prêtres. Statistiquement, il est vrai que l’Église a un prêtre pour environ 2500 fidèles, mais les fidèles sont souvent largement dispersés, de telle manière qu’ils ne voient le visage d’un prêtre qu’une fois l’an. Comment la célébration eucharistique du dimanche peut-elle être encore vue comme le centre de la vie Chrétienne ?

Ici aussi, en Allemagne et en Autriche, le problème est devenu encore plus critique. Aux environs de 2010, la moitié des prêtres actuels sera partie. Les paroisses se regroupent de telle manière qu’un seul prêtre célèbre davantage d’eucharisties ou que les communautés qu’il ne peut atteindre devront se contenter du service de la Parole.

Ces deux solutions posent problème. Comme on le sait, jusqu’en 1983, la pratique prévalente dans l’Église interdisait que l’on ne dise plus qu’une messe par jour excepté à Noël, Pâques, à la Toussaint et à la Pentecôte – sous la menace d’être démis du ministère si on le faisait sans la permission de l’Évêque. La célébration fréquente de la messe par un prêtre le même jour était considérée comme une faute, si pas un abus. Et ce problème fondamental perdure même si des raisons pastorales ont forcé l’Église à assouplir la règle ces dernières années.

Les communautés souffrent également des conséquences négatives du stress engendré chez le prêtre par la répétition constante. La plupart du temps, elles doivent ou peuvent préparer elles-mêmes la forme des services. Mais aussi, cela ne va pas de soi, cela requiert, une guidance concrète et une direction (ce qui est synonyme dans le Nouveau Testament). Mais cette responsabilité laïque est seulement temporaire et s’efface immédiatement dès qu’apparaît un prêtre. Ceci en dépit du fait que ka prêtre, étant visiblement surchargé, manque souvent d’être en phase avec les participants.

L’origine du monopole des prêtres

C’est le quatrième concile de Latran (1215) qui a formulé le principe de réserver exclusivement la Messe à la compétence des prêtres. Mais cette doctrine – comme beaucoup d’autres – a été formulée sous les présupposés de l’époque et il n’est pas évident après tout qu’on ait imaginé là la meilleure solution pour l’avenir. À partir du Moyen-Âge, une délégation de pouvoir qui allait du sommet à la base semblait être la manière correcte d’assurer la légitimation du ministère et l’Église a simplement appliqué ce modèle à la structure de l’Église et au ministère presbytéral. À l’époque, il semblait impensable, comme encore justement pendant le dernier concile (1962-1965),d’imaginer des laïcs aussi compétents en théologie que les prêtres.. Ceci est très important, pas seulement du point de vue de la politique de l’Église, mais aussi pour établir la vérité théologique. En effet dans l’Église Catholique, le trésor de la foi Chrétienne était formulé seulement du point de vue et de la position des clercs de sorte que cette formulation n’essayait pas seulement d’exprimer les divins mystères comme elle l’aurait dû, mais en même temps, essayait de définir leur statut inattaquable avec alors tous les paradoxes que nous vivons maintenant.

Mais depuis 1970, la situation a profondément changé. Les laïcs et, à un moindre niveau, les femmes, furent autorisés, à cause d’un manque grandissant de clergé, à envahir graduellement toutes les positions ecclésiastiques et théologiques sauf en ce qui concerne les saints ordres. Ceci en dépit de beaucoup de restrictions. Pourtant la perception partagée de la foi avait essentiellement changé, au moins la vieille structure hiérarchique ne fonctionnait plus. Dans les pays de langue germanique. Elle était maintenue seulement par une pression officielle comme une sorte de village Potemkine illusoire et cela au prix de la manipulation des sources bibliques.

Le divin pouvoir qui est actuellement réservé aux seuls prêtres par le droit canon, accordait à tous d’agir librement et d’une manière authentique dans les paroles et dans les actes. Ce n’est pas sans raison que cela est mentionné comme typique de Jésus d’après le Sermon sur la montagne ( Matthieu 7,29). Limiter ce pouvoir aux prêtres, aux ministres mâles et célibataires n’a aucun sens au motif très simple que ce ministère sacerdotal actuel n’existait nullement à l’époque de Jésus de l’avis général des exégètes.

Formes de la Présence Réelle

Il y a plus : exiger une compétence exclusivement presbytérale pour la célébration de l’eucharistie souffre d’autres contradictions logiques et théologiques, particulièrement en ce qui concerne la différence essentielle entre le service de la Parole et l’Eucharistie. Car le texte même de l’eucharistie qui est actuellement réservée aux ministres ordonnés n’est rien d’autre qu’une forme de prière. C’est pourquoi elle est appelée « prière eucharistique ». En son milieu, nous retrouvons une lecture de l’Évangile, la dénommée narration institutionnelle. Ces deux éléments, prière et lecture de la Parole peuvent maintenant être confiées aux laïcs comme cela arrive de plus en plus, chacun le sait.

Ces deux éléments ne devraient pas être sous-estimés si on considère la question de la présence de Jésus. En effet quand des Chrétiens sont réunis par une intention de prière commune (quelque chose qui n’est pas évident), on ne leur promet rien de moins que la présence de Jésus lui-même, donc, rien de moins que la « Présence Réelle ». C’est vrai aussi pour une lecture respectueuse de l’Écriture et une interprétation ouverte de la Parole qui justifie l’acclamation : « Ceci est la Parole de Dieu ! »

Donc, ce n’est pas seulement le divina potestas, le divin pouvoir (sacerdotal) mais des Chrétiens qui mangent et boivent ensemble au nom du Christ ce qui induit une forme particulière de proximité au Christ parmi eux, à côté de la lecture des Écritures et de la prière. Et aucun service religieux, ne peut en fin de compte exister sans cette forme de proximité au Christ.

Dans ce repas du Seigneur, Jésus est l’hôte et le commensal, ce n’est pas simplement de la nourriture et de la boisson car Il annonce une nouvelle manière de boire ensemble (voir Matthieu 26,29). Cela signifie que Sa Présence véritable peut plus clairement être comprise et crue quand, par une action liturgique commune, un changement essentiel et une ‘transsubstantiation’ se font en même temps. Cela arrive, par exemple, quand une assemblée de personnes dévotes, mais concourant au même but et craintives se transforme en quelque chose qui ressemble à une entité mystico symbolique, le Corps du Christ. Cependant les schémas médiévaux ont essayé de rabaisser la ‘transsubstantiation’ des espèces eucharistiques à quelque chose d’exclusivement physique. Notre théologie actuelle défaillante en ce qui concerne la prêtrise et l’état d’urgence dans la praxis de l’Église en sont quelques-unes de ses conséquences.

On devrait agir à la base

Les anciens mystères pourraient cependant générer un flot d’énergie inimaginable. Ils ont seulement besoin qu’on les approche à leurs racines sans crainte ni tremblement, sans attendre une permission formelle venant d’en haut. Ce ne peut être, par exemple, une saine pratique que l’hostie pré consacrée soit refilée aux communautés à la fin du service de la Parole. Cela aurait plus de sens qu’un semblable repas convivial ait sa place dans tout l’espace de l’église et d’en changer la pratique en une forme équivalente d’Eucharistie. Pour éviter un conflit avec le droit canon et en respect de la tradition prévalente, on devrait éviter l’institution narrative. En accord avec l’Église ancienne, une prière commune comme le Notre Père suffit à en faire Eucharistie, c’est pourquoi jusqu’au dernier Concile, le Notre Père était dit seulement par le prêtre ‘pour rester du bon côté’. Tout cela contraste avec les Orthodoxes de l’Orient où les participants ont toujours collaboré à la « tâche commune » qui est ce que signifie littéralement le mot liturgie .

Pas d’ordination ?

Pour de semblables célébrations ‘rompre le pain’ présidée par des laïcs, il est évidemment préférable d’avoir une délégation formelle (ordination) de l’Église. Mais cette imposition des mains ne peut plus être théologiquement comprise comme un pouvoir sur des objets. L’imposition des mains judéo biblique autorisait à l’origine une personne à transmettre légitimement la doctrine de la foi. Et même cette notion ne doit pas comporter l’interprétation fausse que Rome voudrait y voir car elle prouve son orthodoxie particulièrement par l’application créative des intentions originelles de Jésus.

La légitimation de l’Eucharistie ne doit donc plus être exclusivement l’apanage du monopole traditionnel des prêtres. Elle se manifeste si tout ce qui relie la communauté à la table transcendante de Jésus qui mangeait avec les pêcheurs et les exclus est réalisé aujourd’hui. Et d’ailleurs, l’exclusion mutuelle d’un des membres de l’Eucharistie par des Églises Chrétiennes est bien peu en accord avec l’esprit du fondateur. Le Christ avait l’unité à l’esprit sans ‘mais’, ni ‘quand’ ni limitation.

Une pensée qui me vient ! Étonnamment les formes initiales du ministère telles que nous les trouvons dans le Nouveau Testament, n’avaient pas encore de fonction liturgique. La liturgie était plutôt la tâche de ceux qui invitaient les Chrétiens à la communion du repas chez eux. Ils prononçaient les paroles eucharistiques, le merci pour les cadeaux. Une idée à se raccrocher.

Peter Trummer

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