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La Philosophie Grecque sur L’infériorité des Femmes
Comment juger la tradition?
* tradition scripturaire
* tradition dynamique
* tradition ‘latente’
* tradition bien documentée

La Philosophie Grecque sur L’infériorité des Femmes

Les deux philosophes ayant eu le plus d’influence, tous deux issus du monde gréco-romain au sein duquel sont nées la chrétienté et la théologie chrétienne du Moyen Age, furent Platon et Aristote. Nous allons rapidement discuter les points de vue de chacun d’eux.

Platon (427 – 347 avant J.C.)

Le statut de la femme, dans la société grecque, était très bas. La principale fonction d’une femme était la reproduction des enfants, spécialement des fils.

Sarah B. Pomeroy,Goddesses, Whores, Wifes, and Slaves. Women in Classical Antiquity, New-york,1975 ; M. Maloney « The Arguments for Women’s Difference in Classical Philosophy and Early Christianty » pp .41-49.

L’attitude de Platon envers les femmes est ambivalente. Dans certains de ses écrits, il plaide pour qu’elles aient un meilleur sort. Dans sa République idéale, il anticipe une classe supérieure de ‘gardiens’ au sein de laquelle le statut de la femme, considérée comme un bien mobilier, est aboli (c’est-à-dire qu’elle n’est plus considérée comme une possession de son mari) et au sein de laquelle les femmes devraient recevoir une éducation équivalente à celle des hommes.

D’autre part, il attribue clairement le statut inférieur des femmes à une dégénération de la parfaite nature humaine. « Ce sont les mâles seulement qui sont créés directement par les dieux et à qui l’âme est donnée. Ceux qui vivent avec droiture retournent vers les étoiles, mais pour ceux qui sont ‘lâches’ [ vivent des vies sans rectitude], on peut supposer avec raison qu’ils ont acquis la nature des femmes à la seconde génération. Cette régression peut continuer pendant des générations successives à moins qu’elle ne s’inverse. Dans cette situation, ce sont évidemment seulement les hommes qui sont des êtres humains complets et qui peuvent espérer l’accomplissement ultime ; ce qu’une femme peut espérer au mieux est de devenir homme » (Platon, Timée 90e).

Anne Dickason, ‘Anatomy and Destiny ; The Role of Biology in Plato’s Views of Women’ , in Carold C ;Gould and Marx Wartosfsky (eds) Women and Philosophy, Toward a Theory of Liberation. New York 1976 ; Julia Annas, ‘Plato’sRepublic and Feminism ‘in Osborne (ed) Woman in nWestern Thought pp, 24-33

Aristote ( 384 – 322 Avant J.C.)

La principale idée d’Aristote était d’expliquer la nature des choses à partir ce qu’elles semblent être. En se basant sur le sujet des femmes et sur leur statut inférieur, il déduisit leur infériorité de nature.

La raison de l’infériorité des femmes provient d’un défaut. « Les femmes ont un défaut par nature » parce qu’elles ne peuvent pas reproduire le sperme qui contient l’être humain tout entier. Quand un homme et une femme font l’amour, l’homme apporte la substance de l’être humain (c’est-à-dire, l’âme), la femme apporte seulement la nourriture (la matière).

Comme c’était un principe fondamental pour lui que, de ces deux facteurs ou composants de chaque être humain, la forme est supérieure à la matière, la reproduction sexuelle était considérée comme bénéfique parce qu’elle requérait que celui qui donne la forme (le mâle) soit séparé de celle qui donne la matière (la femelle). Donc l’inférieur n’est pas mélangé avec le supérieur dans le même individu. Aristote adhérait à ce que Caroline Whitbeck avait appelé la « Théorie du Pot de Fleurs » de la génération humaine. La femelle, comme elle manque de chaleur naturelle est incapable de cuire son fluide menstruel jusqu’au point de raffinement où il deviendrait du sperme (c’est-à-dire graine). Sa seule contribution à l’embryon est sa matière et un champ dans lequel il peut se développer ; son incapacité à produire du sperme est sa déficience : « Une femme, conclut Aristote, c’est comme s’il s’agissait d’un mâle infertile » (Génération d’Animaux I, 728a) « Un mâle est mâle en vertu d’une capacité particulière, une femelle est une femelle en vertu d’une incapacité particulière. » (Génération d’Animaux I,82f)

Caroline Whitbeck ‘Théories of Sex Difference’, in Gould et Warforsky (eds) Women and Philosophy, New-York 1976, pp..54-80 ; M ; Maloney, ‘The Arguments for Women’s Difference in Classical Philosophy and Early Christianity’ pp . 41 – 49

Selon Aristote, les hommes prennent à juste titre le pas sur les femmes, parce qu’ils jouissent d’une intelligence supérieure. Cela profite également aux femmes qui dépendent d’eux. Il compare ceci à la relation entre un être humain et des animaux domestiques.

« Il est préférable pour tous les animaux domestiques d’être dirigés par des êtres humains. Parce que c’est de cette manière qu’ils sont gardés en vie. De la même manière, la relation entre le mâle et la femelle est par nature telle que le mâle est supérieur, la femelle, inférieure, que le mâle dirige et que la femelle est dirigée. » Aristote, Politique ed Loeb Classical Library, 1254 b 10-14.

Ce que nous devons remarquer, dans le texte d’Aristote, est l’expression : par nature. La subordination est juste parce qu’elle correspond à la façon dont les choses ont été faites. Aristote note aussi que l’esclavage est naturel parce que certains sont par nature destinés à être esclaves.

«Cette personne est esclave par nature qui peut appartenir à une autre personne et qui prend part seulement à la pensée en reconnaissant son existence, mais non en la possédant. Les autres êtres vivants (animaux) ne peuvent reconnaître la pensée, ils obéissent seulement à des sensations. Toutefois, il y a peu de différences entre se servir d’esclaves et se servir d’animaux domestiques : les deux fournissent la main d’œuvre pour faire les choses nécessaires. »

Aristote continue alors en décrivant le sort des esclaves et c’est réellement terrifiant. Un esclave n’est rien d’autre qu’un outil de son maître . En même temps que l’épouse et le bœuf, un esclave mâle ou femelle est une bête de somme indispensable au maître de maison. Il ou elle doit être bien entretenu – pour de simples raisons économiques. Mais les esclaves n’ont droit ni aux loisirs ni au temps libre. Ils ne possèdent rien et ne peuvent pas prendre de décisions. Ils n’ont aucune part au plaisir et au bonheur et ne sont pas membres de la communauté.

Pour la même raison, Aristote justifie également la guerre pour capturer de nouveaux esclaves. « Parce que certaines personnes sont par nature destinées à être dirigées, même si elles résistent comme des animaux sauvages qui ont besoin d’être domptés ». Il déclare même que tous les étrangers appartiennent d’une certaine manière à cette catégorie.

« C’est pourquoi le poète dit : « Il est juste que les Grecs dirigent les barbares car, par nature, ce qu’est un barbare et ce qu’est un esclave, c’est pareil » Aristote, Physique, vol I ; Loeb Classical Library, 1252 b 8. Voyez A.TH.van Leeuwen, The nacht van het Kapitaal, Nijmegen 1984, pp.182-205.

La tradition qui prévaut dans la vision des Hellénistes de la société est donc celle de strates d’êtres humains supérieurs et inférieurs.

Ceci, nous pouvons en être certains, est la manière de penser de beaucoup de gens à travers le Moyen Orient ancien. La même pensée de base dominera pendant le Moyen Age chrétien.

Il est évident que les Chrétiens qui ont accepté l’opinion que les femmes étaient inférieures par nature, ne pouvaient les envisager dans le rôle de dirigeant requis pour être évêques ou prêtres.

traduction : Françoise Bourguignon

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