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Aux
débuts du 6ième siècle, trois évêques de la
région de Lugdunum (Lyon aujourd'hui) : Licinius de Tours, Melanius de
Rennes et Eustache d'Angers, ont essayé de retenir deux prêtres
qui encourageaient la participation des femmes à la liturgie. Les
évêques attribuaient ce développement à l'influence
du Montanisme, mais il est plus vraisemblable que nous avons ici la trace d'une
ancienne pratique Celte. Les prêtres en question étaient
bretons.
Licinius de Tours, Melanius de Rennes et Eustaches
d'Angers, Epist.. « Viri Venerabilis », dit L.Duchesne,
«Lovocat et Catihern, bretons du temps de Saint Mélaine, »
Revue de Bretagne et de Vendée 7 (1885) pp. 5-18 (Latin avec
traduction farnçaise) ; Jülicher, A., « Ein Gallischen
Bischofschreiben des 6 Jahrahunderts als Zeuge für die Vefassung der
Montanistenkirche, » Zeitschrift für Kirchengeschite 16
(1896) pp.664-671. La traduction suivie ici est de T. Mathisen, avec qui je
n'ai pas pu entrer en contact. La numérotation des paragraphes est de
John Wijngaards.
«Viri venerabilis»
§1. Les Evêques Licinius, Melanius et Eustochius, aux
prêtres Lovocatus et Catihernus. Leurs Seigneurs les plus bénis et
Frères en Christ.
§2. Nous avons appris par le compte-rendu de cet homme
vénérable, le prêtre Speratus, qu'en transportant certains
autels (des autels portables), vous ne cessez de faire un circuit dans des
résidences sur les territoires de différentes villes et on
rapporte que vous célébrez la messe avec des femmes
appelées conhospitae (hôtesses jointes) dont vous admettez
la présence au sacrifice divin. C'en est au point qu'elles tiennent le
calice quand vous distribuez l'Eucharistie en votre présence et qu'on
suppose qu'elles administrent le sang du Christ à l'assistance.
§3. La nouveauté et la superstition que
démontre cet acte dont nous n'avions encore jamais entendu parler ne
nous chagrine pas peu parce que, une telle horrible secte, qui n'avait jamais
existé en Gaule, à moins qu'on ne nous prouve le contraire,
semble émerger à notre époque. Les Pères Orientaux
l'ont dénommée Pépodianisme, se basant sur le fait que
Pépodius était l'initiateur de ce schisme. Du fait que ces gens
sont supposés avoir des femmes en tant qu'associées au sacrifice
divin, les Pères ont prescrit que quiconque s'attacherait à cette
erreur serait déclaré séparé de la communion
ecclésiastique.
§4. Nous pensons donc que Votre Charité devait
être admonestée, d'abord, dans l'amour du Christ, au nom de
l'unité ecclésiastique et de l'intégrité de la foi
catholique, pour que, dès que les pages de cette lettre vous
atteindront, se fasse un arrêt immédiat des pratiques
sus-mentionnées, c'est-à-dire que ces autels dont nous avons
parlé, qui, nous n'en doutons pas, ont été
consacrés, qui sont réservés aux prêtres, soient
débarrassés de ces femmes que nous appelez conhospitae,
dénomination que l'on ne dit pas et que l'on n'entend pas sans un
frisson de l'esprit parce qu'elle disgracie le clergé et qu'un nom
tellement détestable jette la honte et l'horreur dans la religion
bénie.
§5. En accord donc avec les statuts des Pères, nous
prescrivons à Votre Charité non seulement que ces minables sortes
de femmes ne polluent plus les divins sacrements en les administrant
illégalement, mais également, qu'à l'exception d'une
mère, d'une tante maternelle, ou d'une petite fille, si qui que ce soit
souhaite avoir quelqu'un pour cohabiter sous le toit de sa petite cellule, il
sera empêché de franchir le seuil de la sacro-sainte église
par une décision canonique.
§6. Il faut donc, très chers frères, que vous
vous amendiez très vite, si ce qui nous a été
rapporté des affaires mentionnées ci-dessus est vrai. En effet,
pour vos âmes et pour l'édification des gens, il est urgent de
rectifier très rapidement des pratiques tellement contraires à
l'ordre ecclésiastique, de peur que la persistance de cette obstination
ne vous amène à une confusion plus grande, et que nous ne devions
venir à vous avec les verges apostoliques pour le salut de votre
âme, si vous refusiez la charité et vous vous livriez à
Satan dans les ruines de la chair.
§7. Voici ce que signifie 'être livré à
Satan' : lorsque quiconque a été séparé du troupeau
ecclésiastique à cause de son propre péché, il n'y
a aucun doute qu'il sera dévoré à la fois par les
démons et les loups rapaces. De la même manière, nous
rappelons aussi l'avis de l'évangéliste quand il dit : « si
nos membres nous scandalisent », c'est-à-dire, si qui que ce soit
dans l'église catholique entre dans l'hérésie, « il
est dès lors plus utile que ce membre isolé qui souille toute
l'église, soit coupé plutôt que l'église
entière ne soit amenée à la ruine. »
§8. . Que ces quelques mots que nous avons dits parmi
beaucoup d'autres soient suffisants. Donnez beaucoup d'efforts à la
communion de charité et prenez soin de vous remettre avec la plus grande
dévotion sur la route royale dont vous vous étiez
écarté un peu de sorte que, ensemble, nous tirions profit de
votre obéissance et que nous nous réjouissions que vous aurez
été sauvé grâces à notre intervention.
Traduction
Françoise Bourguignon


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