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La Tradition “latente” dans l’Église

La Tradition “latente” dans l’Église

Comment juger la tradition?
* tradition scripturaire
* tradition dynamique
* tradition ‘latente’
* tradition bien documentée

“Ce qui a été transmis par les Apôtres embrasse tout ce qui contribue à diriger saintement la vie du Peuple de Dieu et à accroître sa foi ; ainsi l’Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit.”

Dei Verbum, “Constitution dogmatique sur la Révélation divine”, n° 8, in Vatican II, Les seize documents conciliaires, éd. Fides, Montréal & Paris 1967, p. 106.   Consultez ici le chapitre complet.

L’histoire de l’Église démontre que nous devrions étudier attentivement le passé. Derrière la pratique et les textes explicites pourrait être cachée une Tradition latente, une Tradition qui est fidèle à l’enseignement de l’Évangile et transmise à travers les siècles sans toujours être reconnue comme telle.

Nous allons suivre les étapes suivantes :

La véritable Tradition ne doit pas être confondue avec la “doctrine traditionnelle” ou “la pratique habituelle”.

Il existe une Tradition véritable, implicite, latente.

Cette Tradition était connue dans la théologie traditionnelle sous le nom d’ “Évangile du    cœur”.

Une position en désaccord avec la “doctrine traditionnelle” peut se révéler à terme être la Tradition véritable qui était latente.

La véritable Tradition ne doit pas être confondue avec la “doctrine traditionnelle” ou “la pratique habituelle”

La vénération de certains saints

Il n’y a pas si longtemps, St Léon II, Ste Philomène et St Georges étaient considérés officiellement comme des saints. Leurs fêtes étaient au calendrier liturgique. Des messes étaient célébrées en leur honneur. Des garçons et des filles recevaient leur nom au baptême. Ils étaient choisis comme patrons d’églises, d’associations et même de pays. En dépit de toute la dévotion à leur égard, la Congrégation des rites décida de supprimer ces noms de la liste officielle des saints. Pourquoi ? Parce que des recherches avaient montré que l’existence même de ces saints pouvait à juste titre être mise en doute.

“Léon II” doit son existence à une mauvaise lecture des anciens calendriers dans laquelle la “seconde fête de Léon le Grand” (le 3 juillet) était indiquée comme “fête de Léon II”. Les nouvelles générations ont cru qu’il était question d’un Léon différent de celui célébré le 11 avril. Voilà la raison pour laquelle on a cru que Léon II existait bien. St Georges a une origine différente. Il apparaît seulement dans des légendes dont, de plus, on peut démontrer qu’elles sont d’origine païenne (le fameux thème classique du “héros défendant une vierge contre le dragon”).

Et Ste Philomène ? Plusieurs papes du 19ème siècle eurent une dévotion pour Ste Philomène : Léon XII (1823 - 1829), Grégoire XVI (1831-46), Pie IX (1846 - 1878) et Léon XIII (1878 - 1903). Pie X (1903-1914) déclara que cette vénération ne pourrait être remise en question. Il écrivit : “Démentir les déclarations et décisions actuelles concernant sainte Philomène en soutenant qu’elles ne sont pas permanentes, stables, véritables et efficaces, exigeant l’obéissance et valables pour toute l’éternité, est le fait d’un groupe dont l’avis est nul et non avenu et dépourvu de toute autorité.”

La carrière de sainte de Ste Philomène a débuté par la découverte d’un sépulcre portant l’inscription “philomena” sur une pierre brisée. On pensa alors que c’était la tombe d’une martyre et les os qu’elle contenait (l’archéologie a prouvé qu’ils ne pouvaient appartenir à la “philomena” mentionnée sur la pierre) provoquèrent des visions chez certains fidèles qui se mirent subitement à la vénérer. En fait, rien de bien précis n’est connu au sujet de cette Philomena (encore faut-il admettre qu’elle ait existé). Il est possible qu’elle ait été une chrétienne, sainte et martyre, mais là encore, il est possible que non. Nous ne savons rien de ce qu’elle a fait. Nous ne savons même pas à quel âge elle est morte ! En bref : nous en savons bien trop peu pour qu’un culte public soit autorisé.

La Congrégation pour la Liturgie avait donc raison lorsque, en 1961, elle supprima ces saints en n’autorisant plus leur culte public en dépit de la “doctrine traditionnelle” de certains catholiques, y compris des papes et des saints. En procédant ainsi, elle n’a pas contredit la véritable Tradition mais simplement corrigé cette “doctrine traditionnelle”. Car les deux ne coïncident pas nécessairement.

L’étude de la Bible

Si les théologiens médiévaux pouvaient lire l’introduction d’une de nos Bibles modernes, leurs yeux s’écarquilleraient, pleins d’étonnement et de confusion. Quoi ? Les psaumes n’auraient pas été composés par David ? Le Livre de la Sagesse aurait été écrit seulement après l’exil ? Judith n’aurait pas existé ? L’histoire de Jonas et de la baleine devrait être reléguée dans le royaume du midrash inspiré ? Nous pouvons imaginer comment ces théologiens laisseraient tomber ce livre avec une furieuse indignation. “Ces opinions, pourraient-ils dire, offensent les pieuses oreilles ! Elles vont à l’encontre de la doctrine traditionnelle l’Église !”

Il est exact que de leur temps, tous, papes, évêques, théologiens ou docteurs de l’Église, partageaient l’opinion selon laquelle c’était bien David qui avait composé les psaumes, que l’histoire de Judith s’était réellement passée, que Jonas avait été réellement avalé par un monstre marin. De telles idées étaient communément admises comme vraies. En chaire, elles étaient présentées comme telles. Elles étaient enseignées comme telles dans les écoles des monastères. Oui, beaucoup pourraient même avoir considéré ces vérités comme une partie inaliénable de la Vérité révélée ! S’y opposer, c’était risquer la condamnation par l’Inquisition elle-même.

Au cours des siècles passés, les chrétiens ont été convaincus que Moïse a écrit le Pentateuque, ou que Dieu avait créé le monde en exactement six jours. De telles convictions constituaient la doctrine commune et universelle de l’Église. Théologiens, évêques et papes les considéraient comme faisant partie de la Tradition toujours inchangée. Cependant, comme apparaissaient de nouvelles connaissances et que l’on voyait les choses sous un jour nouveau, l’Église a dû abandonner de telles idées qui faisaient obstacle à la vraie Tradition. Car être “doctrine traditionnelle” n’est pas la garantie d’être à coup sûr la véritable Tradition de l’Église. Il fut un temps où la “doctrine traditionnelle” de l’Église était que la terre était plate et que le soleil tournait autour d’elle ! Et allons-nous alors abandonner notre croyance aux satellites de communication à cause d’une telle conception ou peut-être annuler un voyage autour du monde ?

La confession

Au cours des sept premiers siècles de l’Église, la confession était normalement considérée comme un sacrement devant se dérouler en public. De plus, l’absolution sacramentelle était seulement accordée une ou deux fois au cours d’une vie. Pour certains péchés graves tels que l’adultère, l’apostasie et le meurtre, l’absolution était reportée jusqu’au moment de la mort. La doctrine traditionnelle de ce temps-là aurait reculé devant l’idée de la confession fréquente telle que nous la connaissons. Cependant, en dépit de cette ancienne doctrine traditionnelle, l’Église a compris au cours du temps combien une bonne confession était un moyen de sanctification. La confession ne permet pas seulement la réconciliation publique : elle aide aussi le pénitent chrétien à se perfectionner pour être de plus en plus semblable au Christ sans péché. Cet aspect de la confession n’a pas été explicitement reconnu par les fidèles de l’Église primitive, mais elle était contenue implicitement dans ce qu’ils croyaient concernant ce sacrement. Aussi donc la confession fréquente a pu sembler contraire à leur pratique habituelle et à leur “doctrine traditionnelle” qui avaient cours alors dans l’Église ; elle n’était aucunement opposée à une véritable Tradition qui était latente.

Il existe une Tradition véritable, implicite, latente

Le Cardinal Henry Newman a exposé cela de manière éloquente dans “Quinze sermons prêchés devant l’Université d’Oxford”, Oxford 1843. Les passages ci-dessous sont extraits de la traduction française parue sous le titre “Sermons Universitaires - Quinze sermons prêchés devant l’Université d’Oxford de 1826 à 1843", éd. Desclée de Brouwer, 1955. Le texte en italiques a été souligné par John Wijngaards.

§ 11. “Or, j’observe avant tout que, si naturel qu‘il soit de traduire l‘idée intérieure de la Vérité divine en forme explicite par l‘activité de nos facultés de réflexion, une formulation précise n‘est pourtant pas essentielle à son authenticité et à sa perfection. Un paysan peut avoir une impression exacte, sans être capable d‘en rendre compte d‘une façon intelligible et facile à comprendre. Mais ce qui est curieux à première vue, c’est que l’impression faite sur l’esprit n’a pas besoin d’être reconnue même par celui qui l’a reçue. Il n’est pas prouvé qu’un homme ne possède pas une idée parce qu’il n’en a pas conscience. Rien ne se voit plus fréquemment que de telles impressions inconscientes, dans le domaine des sens ou celui de l’intelligence. N’est-ce pas là ce que nous entendons quand on dit que certaines personnes ne se connaissent pas elles-mêmes, qu’elles obéissent à des idées, des sentiments, des préjugés, des désirs qu’elles ignorent ? Qu’il nous arrive souvent d’être joyeux ou déprimés, sans savoir pourquoi, mais tout de même en sachant qu’on nous a dit (ou qu’il est arrivé) quelque chose d’heureux ou de fâcheux, qui explique notre état d’esprit ? Et la mémoire elle-même, qu’est-elle d’autre qu’un vaste magasin d’idées dormantes, mais présentes et éveillables ? Voyez aussi, quand des personnes veulent retrouver l’histoire de leurs propres opinions dans le passé, comme il leur est difficile de fixer la date de telle ou telle conviction, leur pensée ayant été pendant tout ce temps en développement continu, paisible : en sorte qu’il serait aussi facile de suivre la croissance des fruits de la terre, “d’abord le brin d’herbe, puis l’épi, puis le grain mûr dans l’épi” que de raconter des changements qui n’impliquaient ni brusque révolution, ni réactions, ni versatilité d’esprit, mais qui ont été la naissance d’une idée et le développement explicite de ce qu’elle contenait de latent.”

“Ou encore, on écrit parfois des dissertations critiques sur l’idée qu’a eue tel poète en composant ses poèmes, en inventant ses personnages, et nous appelons cela la philosophie de la poésie, sans vouloir dire pour autant que l’auteur avait dans l’esprit une théorie précise ou savait exactement ce qu’il faisait, mais seulement qu’il était possédé,  guidé par une idée inconsciente. Bien plus, voici des hommes religieux qui éprouvent de temps en temps un sentiment étrange et pénible d’irréalité : rien ne leur paraît plus vrai, ou bon, ou juste, ou utile ; la foi n’est plus qu’un nom, le devoir une duperie, tout effort de vertu absurde et sans espoir ; le monde entier est sombre et désolé, comme si la religion en avait été chassée ; et l’on se demande si ce qu’ils éprouvent ne vient pas directement de ce qu’une vision maîtresse s’est momentanément obscurcie, qui nourrissait leur esprit, à leur insu, de vie et de paix spirituelles.”

§ 12.  “ Prenons une autre sorte d’exemples qui se rapportent à notre sujet, tout au moins parce qu’il s’agit d’impressions réelles, bien qu’elles soient sans influence. N’arrive-t-il pas souvent qu’on ait une vue distraite des choses, lorsque l’esprit ne fait aucun effort pour juger ou situer les objets qui sont sous ses yeux ; ou qu’on ait l’esprit absent, et qu’on se rappelle quelques minutes plus tard un bruit qu’on a entendu, l’heure qui a sonné, ou la question d’un compagnon qui était passée inaperçue au moment où il la posait ? Et dans nos rêves, ne passons-nous pas brusquement d’une impression à une autre, d’un décor qui a changé soudain, sans être surpris de cette bizarrerie ? Pourquoi, sinon parce que nous n’avons pas eu connaissance claire de ces impressions successives ? Telle est peut-être la vie des animaux inférieurs, une sorte de rêve continuel, des sensations sans réflexion ; telle semble être aussi la première vie des tout petits. Et dans le ciel même, telle pourrait être l’existence de très hauts ordres d’esprits bienheureux : les Séraphins par exemple, qui, dit-on, ne sont pas intelligence mais amour pur.”

§ 13. “Or il est important d’insister sur ces faits, parce qu’ils suggèrent la réalité et la permanence d’une connaissance intérieure, distincte de sa profession explicite. L’absence, ou l’absence partielle, ou l’incomplétude de définitions dogmatiques n’est aucunement preuve de l’absence d’impressions ou de jugements implicites, dans la pensée de l’Église. Des siècles peuvent s’écouler sans que soit formellement exprimée une vérité qui a été pendant tout ce temps la vie secrète de millions d’âmes croyantes. Ainsi, jusqu’au XIIIème siècle, il n’y eut de la part de l’Église aucune reconnaissance directe et précise de l’Unité numérique de la nature divine, que le langage de plusieurs Pères grecs, et non des moindres, semble dénier, à première vue, mais non en réalité. De même, la doctrine de la Double Procession ne fut pas un dogme catholique dans les premiers siècles, quoiqu’elle ait été plus ou moins clairement établie par quelques Pères ; pourtant, s’il faut bien certainement la recevoir aujourd’hui comme une partie du Credo, elle était réellement admise partout dès l’origine, et donc admise en une certaine mesure comme une simple impression religieuse, et peut-être inconsciente.”

§ 14.  “Mais alors, si les idées qui animent et forment l’esprit du chrétien peuvent y être latentes, on est moins surpris qu’elles soient difficiles à expliciter et à définir, et nous en avons d’abondantes preuves dans l’histoire de l’Église comme dans celle des individus. A coup sûr, il n’est pas étonnant, quand un homme essaye d’analyser ses croyances, qu’il trouve la tâche difficile et au-dessus de ses forces ; ou bien que ce soit l’œuvre de longues années ; ou encore qu’il se refuse aux vrais développements qu’on lui offre, comme étrangers à ses pensées. On peut montrer ce fait de cent manières.”

§ 15.  “D’abord, il arrive souvent qu’on ne puisse maîtriser et exprimer une idée en un bref espace de temps, de par sa nature même. Nous disons d’abord que c’est impossible ; puis, à la longue, peut-être nous rencontrons un auteur chez lequel nous reconnaissons un exposé de nos propres pensées, celui-là même que nous souhaitions ; et alors on dit : ‘Voilà ce que j’ai toujours senti et que j’aurais voulu dire”, ou bien “c’est ce que j’ai toujours soutenu, mais c’est mieux exprimé”. Ceci encore : combien d’hommes sentent en eux le poids d’une pensée qui les hante pendant une partie de leur vie, et dont ils ne parviennent à se décharger qu’à la longue, et à grand-peine. Je pense que la plupart d’entre nous ont été tracassés parfois bien longtemps par des pensées ou des vues que nous sentions vraies, mais qui n’apparaissaient que flottant dans des brumes ; puis nous avons compris qu’il ne fallait pas les brusquer, qu’elles s’éclaireraient à leur manière, à leur heure, si Dieu en avait ainsi ordonné. Certains hommes, et non des moins éminents parmi les théologiens et les philosophes, ont centré leur vie sur le développement d’une seule idée ; peut-être même sont-ils morts avant d’arriver au terme de leur pensée. Enfin ne voit-on pas un homme qui, entendant pour la première fois exposer une doctrine, hésite, commence par l’accepter, puis la désavoue, enfin dit qu’il l’a toujours soutenue, mais qu’on la lui avait mal présentée, comme un paradoxe ou une subtilité inutile : c’est-à-dire qu’il ne peut sur-le-champ analyser ses opinions, et ne sait pas lui-même s’il professe ou non cette doctrine, tant il lui est difficile de maîtriser ses pensées.”

§ 16.  “Une autre caractéristique, ai-je dit, des formules dogmatiques que nous admettons est la difficulté de les reconnaître comme représentant vraiment le sens qu’elles ont pour nous. Cela tient à plusieurs raisons. Quelquefois notre impression elle-même, juste ou fausse, n’est pas très ferme, en sorte que nous reculons devant le sens profond de principes dont nous acceptons l’influence. Plus d’un homme, par exemple, qui agit sous l’influence de principes utilitaires, est choqué lorsqu’il les voit exposés dans des traités, et les désavoue. De même encore, en matière de religion, le fait même qu’un dogme prétend être la contemplation directe, et par suite la définition, de ce qui est infini et éternel, inquiète des esprits sérieux. En outre il est, par hypothèse, la représentation d’une idée dans un milieu qui lui est étranger, où il n’est pas une conception originale mais une sorte de projection : comment alors s’étonner que, malgré la correspondance intime entre l’impression et le dogme, il y ait dans sa définition une raideur de contours, un manque de proportion et d’harmonie ? Et pourtant l’infirmité de nos facultés intellectuelles rend la chose inévitable.”

§ 17.  “Enfin, une particularité analogue dans tout développement en général, c’est qu’une même idée soit suivie de résultats si différents, ou même sans aucun rapport entre eux, à première vue. Ainsi il arrive souvent qu’on impute un esprit partisan à des personnes, uniquement parce qu’elles s’accordent entre elles sur certains points de pensée ou de conduite qui paraissent trop minutieux, trop éloignés, trop divers, dans le vaste champ de la foi et de la discipline religieuses, pour venir d’autre chose que d’une influence extérieure et d’une règle positive ; alors qu’une intuition du merveilleux pouvoir d’expansion et de la force pénétrante des idées théologiques ou philosophiques aurait montré que ce qui paraît arbitraire dans des écoles de pensée rivales ou voisines est après tout rigoureusement déterminé par l’hypothèse originale. On a remarqué par exemple que des personnes qui soutenaient le sommeil de l’âme avant la résurrection sont presque toujours tombées dans des erreurs plus graves ; ou que ceux qui rejettent la doctrine luthérienne de la justification ont souvent tendance à insister sur la valeur religieuse de la liturgie. C’est un fait sérieux aussi que le Protestantisme, à différentes époques, s’est développé sans qu’on s’y attende en une tolérance ou une justification de la polygamie. Enfin on voit les hérétiques en général, même lorsque leurs doctrines s’opposent, éprouver une sympathie inexplicable les uns pour les autres, et ne s’éveiller de leur torpeur habituelle que pour échanger des propos courtois ou préparer des coalitions. Une autre remarque s’appliquerait encore : c’est l’extension que prennent les définitions d’une idée qui nous paraissait pouvoir être exprimée en une ou deux phrases. Les explications s’accroissent sous nos mains, malgré nos efforts pour les réduire. Tel est aussi le contraste entre la conversation et une correspondance épistolaire. En parlant, nous disons en peu de mots ce que nous avons à dire : la voix, l’attitude, les suggestions complètent notre pensée ; mais en écrivant, quand il faut préciser des détails, prévoir des surprises, la tâche devient, beaucoup plus malaisée. Dans ces conditions, on s’étonne que les Credos soient si courts, et l’on ne s’étonne pas qu’ils aient besoin d’un commentaire.”

§ 18. “Il faut donc pleinement admettre la difficulté et le risque qu’il y a à développer des doctrines implicitement acceptées — et souvent on s’appuie là-dessus pour en conclure qu’elles n’ont pas de développement propre, qu’il n’y a pas de connexion naturelle entre certains dogmes et certaines impressions, et que la science théologique varie avec les époques, les lieux, les circonstances, quoique la croyance intérieure soit toujours et partout la même. Mais sûrement l’instinct de tout chrétien se révolte devant ces affirmations, car le premier mouvement de sa foi est de traduire en mots la grande vision” qui lui a été accordée ; et cela prouve qu’il y a une science de la foi, même si l’esprit n’est pas capable de la découvrir. Et en vérité, quelle science se livre à tout chercheur improvisé ? Laquelle n’a pas de principes secrets ? Laquelle n’exige pas de dons spéciaux pour se construire ? Toute matière de connaissance peut susciter de vraies et de fausses théories, et les fausses ne portent pas préjudice à la vraie. Pourquoi cet ordre d’idées différerait-il des autres ? Les principes de la philosophie, de la physique, de la morale, de la politique, du goût, admettent à la fois une adhésion implicite et une définition explicite : pourquoi les idées qui sont la vie secrète du chrétien ne seraient-elles pas aussi fixées et précises en elles-mêmes, et capables de la même analyse scientifique ? Pourquoi n’y aurait-il pas, en religion, cette connexion réelle entre la science et sa matière, qui existe dans d’autres domaines de la pensée ? Personne ne nie que la philosophie de Zénon ou de Pythagore exprimait une certaine vue des choses ; nul n’affirmerait qu’un Platonicien ou un Épicurien se réglaient sur une même idée de la nature, de la vie, du devoir, et voulaient dire la même chose sous des mots différents, uniquement parce que Platon et Épicure étaient obligés, pour construire leur philosophie, de découvrir les éléments obscurs de leur pensée. Un homme peut certainement être disciple d’Aristote ou de l’Académie dans ses sentiments, ses vues, ses buts et ses actes, sans avoir jamais entendu nommer ces philosophies. Donc, si l’on accorde les cas extrêmes où un homme qui voudrait analyser sa religion n’aurait pour ce faire que sa seule raison et la trouverait impuissante à cette tâche, cela ne constitue pas un argument contre la correspondance générale et naturelle entre le dogme et l’idée intérieure qu’on en a. Si le Dieu tout-puissant est toujours unique et semblable à lui-même, et s’Il nous est révélé comme tel, la véritable impression intérieure de ce Dieu chez le croyant doit être unique et toujours pareille ; et comme la nature humaine s’inspire de lois fixes, la définition de cette impression doit être toujours la même, en sorte que, s’il y avait deux Credos, on pourrait aussi bien dire qu’il y a deux Dieux. Et quand on pense à ce qu’il a fallu de sentiments profonds, d’actes énergiques et d’épreuves sévères pour maintenir d’âge en âge les dogmes catholiques, c’est une philosophie bien superficielle assurément de voir dans cette maintenance une pure lutte de mots ; c’est une philosophie très basse de l’attribuer à un simple esprit de secte, à des rivalités de personnes, ou à l’ambition, ou à la cupidité.”

Cette Tradition était connue dans la théologie traditionnelle sous le nom d’ “Évangile du cœur”

Tout au long de l’histoire de l’Église, il a toujours été admis que le véritable Évangile n’est pas le texte écrit. Paul disait : “De toute évidence, vous êtes une lettre du Christ confiée à notre ministère, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierres, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs” ( 2 Corinthiens 3, 3 ; comparez en particulier à Jérémie 31, 31-34).   

Si nous parlons de la foi en termes de Tradition, cela revient à dire que le Christ a confié à sa communauté de croyants la conscience intérieure de sa révélation qui dépasse tout ce qui a été écrit dans le Nouveau Testament comme dans les textes ultérieurs de l’Église. C’est la vérité que l’on trouve dans la communauté de foi, l’“Évangile du cœur”. Clément d’Alexandrie explique cela ainsi : “Par l’enseignement du Sauveur, donné aux Apôtres, la partie non écrite de la tradition écrite a été transmise jusqu’à nous, gravée par la puissance de Dieu dans des cœurs neufs, qui correspond à la nouveauté du livre d’Isaïe.” Stromata Book 6, chap. 15, 131, 4-5. Nicéphore de Constantinople, quant à lui,  a déclaré : “Tout dans l’Église est Tradition, y compris l’Évangile, puisque Jésus-Christ n’a rien écrit mais a mis ses paroles dans le cœur des gens.”  Antirrheticus III, 77 ; PG 1000, 385cd.

St Thomas d’Aquin pensait, avec St Augustin, que toute l’Écriture, y compris le Nouveau Testament, est, si l’on la considère comme un texte écrit, et par conséquent extérieur au cœur des gens, la lettre qui tue. Des moyens de communication externes continuent à être utilisés sous la Loi Nouvelle mais ils ne représentent que des instruments secondaires dont le rôle est simplement de produire le fruit intérieur, la vérité première : ils nous portent à recevoir la grâce de l’Esprit-Saint, c’est-à-dire la grâce en laquelle consiste la loi nouvelle, la loi de l’Esprit écrite non avec de l’encre, non sur des tables de pierres, mais sur des tables des cœurs humains.

Augustin, De Spir. et Litt., 14, 23 et 17, 30. Thomas d’Aquin, Summa Theologica -II , q. 106, a.2. Voir ST I-II, q. 106, a. I, sed cont.  a. 2, ad3 III, q. 42, a. 4, ad 2, q. 72, a 1l ; Comm. in 2 Cor., c.3, lect. I ; In, Hebr., c. 8, lect. 3 fin.

Le concept de l’“Évangile du cœur” a été très sérieusement étudié par des théologiens catholiques lorsqu’ils défendaient la doctrine traditionnelle contre les réformateurs qui limitaient la révélation aux seules vérités qui sont explicitées dans l’Écriture Sainte. Voyez Yves Congar, “la tradition et mes traditions”, Librairie Arthème Fayard - Paris, 1960.

Le Cardinal Joseph Ratzinger, l’actuel préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a montré que l’“Évangile du cœur” a fait l’objet de nombreuses discussions durant le Concile de Trente (1601 - 1612). Le Cardinal Cervini y a proposé trois principes, bases de notre foi :

Ratzinger a montré comment tout ce débat a exercé une forte influence sur les décrets de ce Concile (J. Ratzinger, “On the Interpretation of the Tridentine Decree on Tradition” (“Concernant l’interprétation du décret tridentin sur le Tradition”), in Revelation and Tradition, par K. Rahner et J. Ratzinger, Burns & Oates, Londres 1966, pp. 50-68.

Le thème de l’“Évangile du cœur” a été développé ultérieurement par un groupe de théologiens catholiques du 19ème siècle connu sous le nom de l’École de Tübingen : “Pour Möhler et les théologiens de Tübingen la “Tradition vivante” signifie soit une conviction exprimée par toutes les dimensions d’une manière de vivre, avec une insistance sur la vie en communauté, ou, plus simplement, la croissance au long du temps de la vérité confiée à l’Église, pareille à la croissance d’une plante. Cette dernière interprétation est la plus adéquate. La Tradition est vivante parce qu’elle est portée par des esprits qui vivent, des esprits vivant dans le temps. Ces esprits rencontrent des problèmes ou acquièrent des connaissances qui les conduisent à enrichir la Tradition, ou la vérité qu’elle contient, avec les réactions ainsi que les caractéristiques d’une chose vivante : adaptation, réaction, croissance et fécondité.  La Tradition est vivante parce qu’elle réside dans des esprits qui en vivent, dans une histoire faite d’actions, de problèmes, de doutes, d’oppositions, d’apports nouveaux et de questions qui demandent réponse.” (Yves Congar, “The Meaning of Tradition”, Hawthorne, New York 1964, p. 75).

D’autres expressions que ces théologiens avaient conçues : l’esprit catholique (sensus catholicus), l’esprit de foi (sensus fidei), l’esprit ecclésiastique (phromena ekklesiastikon), l’esprit de l’Église (Ecclesiae Catholicae sensus) ou parfois consensus Ecclesia, qui nous rappellent que dans ces dernières expressions le terme “l’Église” doit être pris dans le sens de l’ensemble de la communauté des croyants.  

• L’esprit catholique, c’est comme le génie d’un peuple, ou l’esprit national, le Volksgeist ; un lien vivant entre le passé et le présent. Cet esprit est traduit en lois et réalisé à travers les institutions, et par-dessus tout dans l’État. Telle est la Tradition : l’esprit de la communauté dont la force intérieure profonde est l’Esprit de la Pentecôte, et qui vit, est transmis au sein de la communauté ecclésiale et exprimée dans les documents relatifs à la foi de l’Église.

• L’esprit de foi (sensus fidei Ecclesiae) devrait être compris en termes de “conscience”. La Tradition est la conscience de l’Église. Son rôle dans l’Église est semblable à celui que joue la conscience dans la vie personnelle : connaissance et mémoire, sens de l’identité, intuition de ce qui convient, témoignage et expression de la personnalité. Cette conscience, toutefois, est particulière parce qu’elle vient du Christ, elle conserve ce qu’elle a reçu en dépôt. L’Église conserve et actualise de manière dynamique ce qu’elle a reçu et elle y est encouragée par la présence en elle et la force de son Seigneur bien-aimé. En un sens, cette conscience possède intégralement son objet depuis le début, mais elle ne l’exprime pas pleinement à tout moment.

En d’autres termes, l’“Évangile du cœur” porte les traditions latentes dont Newman parle.  Au cours du temps, l’Église a pris conscience de ce trésor latent et l’a reconnu explicitement.

Pour autant que je sache, les écrits de l’École de Tübingen ne sont guère accessibles qu’en allemand. Ils nous sont connus grâce à J.R. Geiselmann : Die Katholische Tübinger Schule.  Ihre theologrische Eigenart, Herder de Freiburg, 1964 : Lebendiger Glaube aus geheiligter Überlieferung (concernant Johann Möhler), Mayenz, 1942 ; Die lebendige Überlieferung als Norm des christlichen Glaubens (concernant Kuhn), Freiburg, 1959 ; Geist des Christentums und des Katholizismus (concernant von Drey), Maynz, 1940.

Une position en désaccord avec la “doctrine traditionnelle” peut se révéler à terme être la Tradition véritable qui était latente

Dans l’“opinion commune” qui est perçue par beaucoup dans l’Église comme équivalant à la “doctrine traditionnelle”, la véritable Tradition latente est fidèle à l’inspiration du Christ et les Apôtres peuvent se révéler d’abord comme des opposants.

“ (Nous devrions)... prêter attention à la possibilité, qui a réellement été vérifiée dans un grand nombre de questions, qu’une doctrine à propos de laquelle un consensus a existé dans le passé, ne jouit plus actuellement de celui-ci. En d’autres mots, ce qui était au départ une opinion contestataire, est devenue parfois la doctrine commune, voire la doctrine officielle. Un exemple frappant est le consensus qui existait jusqu’au 15ème siècle sur l’absolue nécessité d’avoir une foi chrétienne explicite pour parvenir au salut. Au 15ème et au 16ème siècles, à la lumière de la découverte outre-mer de populations nombreuses qui n’avaient pas eu la possibilité d’adopter la foi chrétienne avant que les missionnaires arrivent, les théologiens ont commencé à reconsidérer la question. L’Église en est venue progressivement à ce qui est maintenant l’enseignement de Vatican II sur la possibilité d’être sauvés pour ceux qui, sans faute de leur part, n’ont pas la foi.”

Par conséquent, il peut arriver, et cela est arrivé, que ce qui était d’abord une opinion divergente par rapport à l’enseignement traditionnel, a été accepté par la suite comme la doctrine de l’Église. On pourrait citer plusieurs exemples comme la position de l’Église concernant la moralité de la possession et l’emploi d’êtres humains comme esclaves, sur le prêt à intérêt, sur la liberté religieuse, et vis-à-vis des religions non chrétiennes, où l’opinion  était d’abord contestataire est devenue la doctrine de l’Église. Un exemple intéressant peut en être trouvé même dans l’encyclique Evangelium Vitae.

“Il n’est pas difficile de montrer que, durant de nombreux siècles, des papes et des évêques, suivant en cela l’enseignement du Pape Innocent III selon lequel “la punition du péché originel est la privation de la vision de Dieu” (Lettre Maiores ecclesiae causas de l’an 1201 ; DS n° 780.), ont prêché que les enfants qui meurent sans être baptisés ne jouissent pas de la vision béatifique.  Même encore en 1954, William A. Van Roo a publié un article scientifique, démontrant quelle est encore la force du sensus ecclesiae sur ce point. (“Infants Dying without Baptism : A Survey of Recent Literature and Determination of the State of Question” = “Les enfants mourant sans baptême : une étude de la littérature récente et détermination de l’état de la question”, Gregorianum 35 (1954) 406-473.)  Et cependant dans Evangelium Vitae, s’adressant aux femmes qui se sont faites avorter, le pape Jean-Paul II déclare : “Le Père de toute miséricorde vous attend pour vous offrir son pardon et sa paix dans le sacrement de la réconciliation. Vous vous rendrez compte que rien n’est perdu et vous pourrez aussi demander pardon à votre enfant qui vit désormais dans le Seigneur.” ( Evangelium Vitae n° 99 ; “L’Évangile de la vie”, Centre diocésain de documentation, Tournai, Belgique, 1995). Il faudrait aussi comparer ce qui est dit dans le Catéchisme Romain publié par St Pie V en 1566 (II.ii.35) avec ce qui est dit dans le Catéchisme de l’Église catholique publié par Jean-Paul II en 1992 (n° 1261).)

Francis A. Sullivan, “Recent theological observations on magisterial documents and public dissent” (“Observations théologiques récentes sur les documents du magistère et désaccord public”), Theological Studies 58, (Sept. 97) pp. 509-515.

Conclusion

Dans l’Église, l’authentique Tradition peut être “latente”, cachée derrière les pratiques et les textes du passé. Elle est préservée par l’“Évangile du cœur”, la conscience de ce que pensait véritablement Jésus, conservée grâce à l’action du Saint-Esprit dans les cœurs et les esprits des membres de la communauté des croyants.

Documents se rapportant à ce thème :

“La Tradition latente, à travers les siècles, qui implique la possibilité d’ordonner des femmes à la prêtrise”

La dévotion à Marie prêtre, une tradition “latente” qui implique que les femmes peuvent être ordonnées”

Texte de John Wijngaards.
Traduction française par Jacques Dessaucy.


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