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Le problème de l'ordination des femmes à la prêtrise dans les Eglises primitives

Le problème de l'ordination des femmes à la prêtrise dans les Eglises anciennes

Conférence faite aux USA en 1991 par le Professeur Giorgio OTRANTO, Université de Bari en Italie ; traduction de l'Italien en anglais par Dr. Ann. Rossi (Références) et de l'Anglais au Français par Françoise Bourguignon -- credits

Comment juger la tradition?
* tradition scripturaire
* tradition dynamique
* tradition ‘latente’
* tradition bien documentée
Ce texte est publié sur ce site Web avec la permission de l'auteur et de la traductrice. On peut trouver une version plus détaillée du contenu dans Professor George Otranto's article avec une introduction du Docteur Mary Ann Rossi.

Dans un article publié en 1982 dans Vetera Christianorum un journal érudit de l'Institut des Etudes Classiques et Chrétiennes de l'Université de Bari dont je suis l'éditeur, j'ai attaqué le problème épineux de la prêtrise des femmes dans l'antiquité, prenant un indice dans une épître de Pape Gélasius I (492 - 496). Mon article participa au débat assez vigoureux produit par la déclaration Inter Signiores du Pape Paul VI (27 janvier 1977) qui confirmait le « non » de l'Église à l'admission des femmes à la prêtrise et à l'épiscopat. Cet article eut un succès que je n'aurais jamais osé imaginer. Ce succès se remarque dans la traduction anglaise, enrichie d'une introduction et de commentaires et publiée dans le Journal des Etudes Féminines en Religion (vol 7, n° 1, printemps 1991) par ma collègue Mary Ann Rossi que je souhaite remercier publiquement, pas seulement pour sa compétence, mais aussi pour l'enthousiasme avec lequel elle a défendu mon travail.

Cet article, "Notes sur la prêtrise féminine…", a été annoté, cité et souvent favorablement reçu quoiqu'il y ait eu quelques critiques et observations qui ne m'ont fait changer d'avis en aucune façon. Je dirai plutôt, qu'avec les années qui s'écoulent, je suis de plus en plus convaincu que le problème de l'admission des femmes à la prêtrise devrait être encore repris depuis le début. Entendons-nous bien, je ne maintiens pas, que les femmes devraient être admises immédiatement et simplement aux ordres sacrés ; en tant qu'historien de l'antiquité chrétienne, je veux seulement démontrer que la tradition des premiers cinq à six siècles n'a pas été si unanime à condamner la prêtrise féminine comme on le croit d'habitude.

Je considère, en outre que les temps sont mûrs maintenant parce que la question doit être examinée avec une sensibilité renouvelée, à la lumière aussi des progrès enregistrés par les disciplines des 'études chrétiennes et historiques'.

Les limites du problème sont bien connues ; la bibliographie est maintenant très vaste. Je mentionnerai seulement quelques noms des 20-25 dernières années : Van der Meer, Gryson, Galot, Schusser-Fiorenza, Behr, Sigel, Aubert, Militello. Un état précis de la question est tracé par Sorci (1991). Parmi les initiatives les plus récentes, je ne peux pas éviter de mentionner la Consultation théologique, interorthodoxe sur Le rôle de la femme dans l’Église et La question de l’ordination des femmes (Rhodes 1988) et le colloque Femmes et Ministère : un problème œcuménique, tenu à Palerme en 1989, dont les Actes ont paru en mars 1991, édités par Cettina Militello. Les conclusions de la Consultation interorthodoxe de Rhodes ont confirmé la conviction que la prêtrise a un "caractère mâle", alors que le Colloque de Palerme a démontré clairement des positions plus nuancées et plus concrètes.

Ensemble, les opposants et les supporters de l'admission des femmes à la prêtrise se sont tournés vers le monde ancien avec des motivations variées et des résultats disparates. Ici aussi le Magistère [c'est-à-dire les enseignements officiels de l'Église] ont une fois encore trouvé des raisons à leur traditionnelle opposition à conférer les Ordres aux femmes : le Christ n'a appelé aucune femme parmi les Douze. La tradition entière de l'Église a gardé foi dans ce fait et l'a interprété comme une volonté explicite du Sauveur à conférer à l'homme seul le pouvoir sacerdotal de gouverner, d'enseigner et de sanctifier. Seul un homme, par sa ressemblance naturelle au Christ, peut exprimer sacramentellement le rôle du Christ lui-même dans l'Eucharistie.

D'un autre côté, ceux qui ont des opinions opposées montrent l'ancienne chrétienté du doigt. Ils argumentent d'une façon convaincante que la position officielle de l'Église est la conséquence d'une vue de la société fondée complètement sur la culture ancienne et difficile à accepter par les érudits modernes. Une telle perception culturelle reflète le statut inférieur de la femme, évident dans le monde grec et romain, spécialement dans les endroits où a surgi la Chrétienté.

Ces points de vue de base contiennent des arguments différents que nous n'avons nul besoin de mentionner ici.

Les opposants à la prêtrise féminine mettent l'accent sur le fait que les femmes de l'Église primitive n'ont jamais exercé de ministère sacerdotal et que les seules fonctions agréées à partir de la fin du 3ième siècle dans le contexte de la communauté, étaient le diaconat en Orient, excepté en Égypte.

Mais très récemment, dans une discussion avec mon ami bollandiste Ugo Zanetti, l'éditeur des textes Coptes, j'ai à nouveau remis sur le tapis le problème de l'existence d'un diaconat féminin en Égypte. Ses conclusions, publiées dans une courte note dans Vetera Christianum 1990, ont une fois de plus ouvert la discussion et remis en question l'affirmation que le diaconat féminin n'était pas présent en Égypte.

On lit ceci dans une ancienne prière Copte pour les défunts : « Souvenez-vous des évêques,des prêtres, des diacres, des sous-diacres, des lecteurs, des moines, des portiers, des exorcistes, des chastes, des femmes qui exercent le diaconat, des eunuques, des vierges, des veuves… »

La traduction de Zanetti couvre correctement la signification du verbe Copte 'diakonein' qui se rapporte aux femmes, pour lesquelles il théorise un vrai et authentique service diaconal.

C'est également intéressant de noter que , dans la prière, tous les grades de la hiérarchie sont mentionnés, sacramentels ou non.

En conclusion, Zanetti, sur base d'autres témoignages aussi, conclut que le diaconat féminin était également présent en Égypte.

L'institution du diaconat féminin ne s'étend pas au-delà des confins de l'Orient, [c'est-à-dire l'Est, comprenant la Syrie, la Palestine, les régions frontières des deux côtés de l'Euphrate, la Mésopotamie, l'Arménie Romaine et la Cilicie-Isauria], et les tentatives faites au 4ième et au 5ième siècles pour l'introduire en Occident n'ont pratiquement pas réussi. Cette conclusion est correcte seulement dans un sens très général, mais elle ne tient pas compte de quelques incidents et phénomènes qui jettent une lumière sur la question de l'admission des femmes à la prêtrise, problème qui est resté bien vivant depuis les premiers siècles chrétiens .[2ième jusqu'au 5ième siècle tardif] (Sorci, 1991)

Une preuve d'une valeur particulière est quelque chose trouvée dans une lettre de Gelasius I (492 - 496) qui n'a pas bien été évaluée par les érudits jusqu'à ce jour.

Gélasius en 494 envoie une longue et intéressante lettre… « À tous les épiscopats établis en Lucanie [la Basilicata moderne], Brutium [la Calabre moderne] - la cheville et l'orteil de l'Italie - et la Sicile [la Sicile moderne]. » Cette épître contient vingt-sept décrets parmi lesquels quatre concernent la présence de femmes dans le contexte des communautés chrétiennes : XII concerne la consécration des vierges, XIII et XXI concernent l'interdiction du voile des veuves ; et XXVI est le plus intéressant pour nous car il nous confronte explicitement à la prêtrise des femmes.

Nihilominus impatienter audivimus, tantum divinarum rerum subisse despectum, ut feminae sacris altaribus ministrare firmentur, cunctaque non nisi virorum famulatui deputata sexum, cui non competunt, exhibere.

[Néanmoins, nous avons entendu à notre dépit, que les affaires divines sont dans un tel état malheureux que les femmes sont encouragées à officier aux autels sacrés et à prendre part à toutes les choses imputées aux bons offices du sexe masculin auquel elles n'appartiennent pas.]

Dans cette expression, 'cuncta' comprend tous les attributs des services masculins : liturgique, juridique et magistral. Les fonctions exercées par les femmes aux autels se réfèrent seulement à l'administration des sacrements, aux services liturgiques et aux annonces publiques et officielles du message évangélique, toutes fonctions comprises dans les devoirs de la prêtrise ministérielle.

Dans mon article, je crois avoir démontré que l'abus déploré par Gélasius était pratiquement permis à certains évêques qui, transgressant la règle chrétienne, ont conféré l'ordination sacerdotale à quelques représentantes de sexe féminin. Le pape, sans spécifier les bases scripturales ou théologiques pour rejeter l'admission des femmes à la prêtrise, condamne très durement la conduite de ces évêques, en se référant souvent à la tradition et aux canons.

Les canons auxquels Gélasius se référait probablement, étaient le XIX du concile de Nicée, le XI et le XLIV du concile de Laodicée ( 2ième moitié de 4ième siècle), le II du concile de Nîmes (394 ou 396), le XXV du premier concile d'Orange (441) qui défendaient au femmes de participer d'une quelconque façon aux services liturgiques ou de devenir membre du clergé.

Par cette lettre, Gélasius avait probablement voulu désigner des problèmes qui n'étaient pas exclusifs aux régions mentionnées (Lucanie, Brutium, Sicile). De telles épîtres devaient circuler entre les communautés et constituaient pour la hiérarchie une sorte de manuel pour traiter des problèmes de discipline internes, doctrinaux ou des problèmes d'organisation.

En somme, nous pouvons déduire de l'analyse de l'épître de Gélasius, qu'à la fin du 5ième siècle, certaines femmes, ordonnées prêtres par des évêques, exerçaient un véritable et authentique ministère dans une vaste partie du Sud de l'Italie.

Le phénomène déploré à l'Ouest par Gélasius n'était pas unique dans l'Église ancienne.

En Orient, en Asie Mineure, dans les implantations gnostiques et montanistes en particulier, des documents ont été trouvés remontant au 2ième siècle dans lesquels on mentionne des femmes avec des fonctions presbytérales ou des évêques, ce que l'Église avait condamné. (Tertullien, Abrosiaste, Épiphane). Irénée dit que le gnostique Valentinien Marcus s'entourait de femmes à qui il permettait en sa présence de consacrer les calices contenant le vin. (Adv. Haer. 1,13,2). Firmilie, de Césarée ( en Asie Mineure), dans une épître à Cyprien aux alentours de 235, condamne violemment l'activité d'une femme qui attirait un grand nombre de croyants et qui baptisait et célébrait l'Eucharistie selon le rituel de l'Église (Ep. 75,10). Épiphane de Salamis condamne semblablement sept autres montanistes de Phrygie qui ont permis aux femmes l'accès à la prêtrise et à l'épiscopat. (Pan. 49, 2,2-6)

Selon la tradition apportée par le même Épiphane, le Christ était apparu au prophète montaniste Quintilla 'en idea gunaikos', c'est-à-dire en habits de femme dans le but de l'inspirer. (Pan 49,1,1-3)

Et même, au delà du contexte hérétique, la chrétienté ancienne semble avoir parfois attribué le rang sacerdotal à la femme en référence à certaines prérogatives qui étaient propres et exclusives au Saint Ordre. Par exemple, dans le De Verginitate, un ouvrage du 4ième siècle attribué à Athanase, évêque d'Alexandrie, il est dit que « dans le royaume du ciel, il n'y a ni masculin ni féminin, mais toutes les femmes qui sont reçues par le Seigneur atteignent le rang des hommes ». (PG 28, 264). De plus, les vierges sont invitées à bénir le pain eucharistique trois fois avec le signe de la croix, pour lui rendre grâce et pour prier : ce sont des actes qui semblent capables de symboliser une concélébration eucharistique, même si on est obligé de se souvenir qu'aux temps d'Athanase à Alexandrie, la concélébration eucharistique était faite selon un rituel plus compliqué que celui mentionné dans le De Verginitate.

Dans les territoires grecs et byzantins du 3ième siècle, les femmes exerçaient le diaconat ; à la fin du 4ième siècle, elles égalaient les clercs masculins, puisque, comme eux, elles recevaient l'ordination par l'imposition des mains, selon un rituel précis, avec des obligations précises et des conditions juridiques (Vagaggini 1974 ; Ferrari 1974 ; Martimort,1982). De plus, il se peut que ce soit simplement ces régions que l'Italie du Sud a toujours regardées avec intérêt, qui pourraient avoir favorisé l'apparition du phénomène des femmes-prêtres dans le Sud de l'Italie.

La présence de femmes prêtres [presbytera] à Bruzio est attestée par une inscription qui se réfère à Léta 'la presbytéra' : l'épitaphe date du milieu du 5ième siècle (Ferrua 1955), elle provient du cimetière de Tropea en Calabre (Buonocore 1987). Par le terme 'presbytera' on peut désigner, je pense, un vrai et authentique prêtre de sexe féminin mais pas l'épouse d'un prêtre comme l'ont dit d'autres savants ( De Rossi 1877, Crispo 1945 ; Ferrua 1955 ; Craco Ruggini 1989) sous la pression de la tradition historiographique catholique qui n'a jamais fait de concession à la prêtrise féminine.

Il faut toutefois dire que dans une inscription trouvée sur le chemin d'Ostie à Rome,'presbytera'revient dans le sens de 'femme d'un presbyter' (ICUR 2, 5158)

On trouve une autre presbytéra sur un sarcophage de Salona en Dalmatie ; cette pierre tombale porte la date consulaire de 425 : D(ominis)n(ostris) Thaeodosio co(n)s(ule) XI et Valentiniano/viro nobelissimo (si) Caes(are). Ego Thaeodo(sius) emi a Fl(avia) Vitalia pr(es)b(ytera) san(ta) matro/na auri sol(idis) III. Sub d(ie)… L'inscription rappelle l'attribution et la vente de parcelles dans les cimetières communaux chrétiens. De telles transactions à Rome, une ville dont nous connaissons beaucoup de choses, étaient faites par les fossoyeurs et, plus tard, par les contremaîtres et les presbyters. On lit sur l'inscription que Théodose a acquis, pour trois pièces d'or pur, de la presbytéra Flavia Vitalia, une parcelle dans le cimetière de Salona. Ici, en effet une presbytera a été investie d'une fonction officielle qui, à une certaine période était l'apanage d'un presbyter. Bien que ce sujet ne mette pas en évidence un ministère sacerdotal pour femme, on peut néanmoins dire, je pense, que ceci atteste le rôle officiel d'une femme ou sa fonction dans la communauté chrétienne puisque des contacts de la sorte étaient faits directement avec un officiel : le fossoyeur (celui qui creuse), le contremaître, ou le 'presbyter' (dans ce cas la presbytéra) et pas avec l'uxor presbyteri ( la femme du presbyter).

Et une autre indication encore vient de Salona [« le centre écclésiastique de Dalmatie, une ville en ruine maintenant, au nord de Split, l'ancienne Spalato, où Dioclétien eut un palais au début du 4ième siècle »-Tr], sur un fragment de couvercle de sarcophage, probablement du 5ième-6ième siècle, qui porte l'inscription (sace)rdotae. Une telle appellation pourrait bien se rapporter à une femme consacrée, comme la paysanne Flavia Vitalia, avec des fonctions sacerdotales.

Une inscription provenant d'Ippone apporte un témoignage supplémentaire de l'existence d'une 'presbyterissa' (femme prêtre), probablement une femme ayant été ordonnée. (L'année épigraphique 1953)

Addirittura, une vénérable femme évêque est attestée dans une inscription de 491 ou 526 provenant de Interamana, Terni actuellement, en Italie Centrale (CIL XI ; Binazzi 1989). Une évêque appelée Théodora est reprise dans une inscription du 9ième siècle dans la basilique Sainte Praxède de Rome (Brennan 1985). Même dans ces cas cependant, la tradition historiographique catholique considère 'episcopa' comme l'épouse de l'évêque (Grossi Gondi 1920 ; Lanzoni 1927), et cette lecture est trouvée également dans les canons des divers conciles tenus en Gaule (la France actuelle, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie du Nord, la Belgique et les Pays-Bas) au 6ième siècle (Brennan 1985)

Des inscriptions différentes des désignations d'évêque, de presbytéra, de presbiterissa et de sacerdota, attestent d'autres fonctions de la femme dans les alentours des anciennes communautés du bassin méditerranéen. Par exemple une archidiaconesse, dont le nom n'est pas spécifié, était active à Rome environ dans le milieu du 5ième siècle, peut-être dans la basilique de saint Paul sur la via Ostia (ICUR 2, 4839). Un siècle plus tard, Anna, diacre ou diaconesse accomplit un vœu avec son frère Dometius, diacre et trésorier de l'église romaine (ICUR 2, 4788). De même Daciana est une diaconesse de Vérone qui prononça beaucoup de prophéties (Mafféi 1749). Théodoran aussi, est une diaconesse enterrée à Pavie (Italie du Nord) en 539 (CIL,5,6467, alors qu'Ausonia, diaconesse également, à vécu et travaillé en Dalmatie pendant la même période (CIL 3, 13845).

À Lipari, dans l'archipel des Éoliennes, juste au nord de la Sicile, une inscription grecque intéressante mentionne une certaine Proba, portière de la sainte et catholique église (Ferrua 1969). C'est une sorte de femme chargée de garder les portes de l'église, interprétée à la manière habituelle par 'femme du portier' dont la position était une de celles des ordres mineurs. Mais Proba pourrait bien être une vraie et authentique 'ostiaria' (portière) ou une diaconesse chargée de surveiller les portes de l'église.

Aux débuts du 6ième siècle, pas longtemps après les épîtres de Gélasien, nous entendons parler à nouveau de femmes qui ont activement participé à la liturgie. Le cas est mentionné en 511 par trois évêques de Gaule qui ont envoyé une lettre aux prêtres bretons Lovocatus et Catihernus pour le critiquer d'avoir permis aux femmes, pendant les services eucharistiques, de prendre le calice dans leurs mains et de distribuer aux gens le sang du Christ. Condamnant sévèrement les actes de ces prêtres, les évêques leur ordonnent de se souvenir de la tradition : ils les menacent en plus d'être bannis de la communauté ecclésiastique s'ils continuent à être aidés par ces femmes [conhospitae], avec lesquelles ils vivaient aussi.

Nous déduisons de cette épître que ces conhospitae participaient à un service liturgique authentique par comme prêtres mais plutôt en tant que diacres à qui il était permis d'administrer la communion.

De Poitiers, en Gaule également, nous est parvenu un graffite d'une date inconnue qui atteste la participation d'une femme au service liturgique : Martia presbyteria/ferit obblata Olebri/o par(iter) et Nepote (CIL 13,1183).Le fait qu'il y ait eu le besoin de noter un acte fait par Martia pendant la célébration liturgique pourrait sembler ne pas vouloir dire le service habituel des fidèles au moment de l'offertoire, mais plutôt un acte habituellement fait par un diacre ou par un autre membre du clergé. Il se pourrait qu'il s'agisse vraiment d'un service liturgique analogue à celui des cohospitae qui collaboraient avec les presbyteri Lovocatus et Catihernus.

Au moins deux autres citations fondamentales doivent être éclairées, à mon avis, au sujet de l'ordination des femmes au 6ième siècle. La première est établie d'après les Nouvelles 6,6 de Justinien (535) qui traite du rôle des diaconesses dans l'organisation ecclésiastique de l'Empire. Le diaconat est un rôle réservé aux femmes et aux hommes ; ces femmes reçoivent l'ordination de l'évêque par l'imposition des mains. En les décrivant, on parle de sanctitas ('sainteté'), de sacerdoce(prêtrise) [] et d'accès au ministère sacré ('saint ministère'). En conclusion, les Nouvelles Justiniennes reconnaissent le rang et les prérogatives des diaconesses qui appartenaient aux femmes investies d'un véritable et authentique ministère de prêtre (De Robertis 1990)

Nous avons ici affaire à un document historique d'une importance énorme du moment que son application, à l'intérieur de l'Empire, était certaine générale et contraignante.

L'autre documentation fondamentale sort de l'épigraphie (ILCV 1650-1653) et de la Correspondance de Grégoire le Grand qui toutes deux attestent l'existence de plusieurs abbatissae ('abbesses'), qui, après avoir été ordonnées par des évêques, devenaient responsables de la direction des monastères féminins. L'exemple de Sirica, une abbesse du monastère des saints Lussorio et Gavino à Cagliari en Sardaigne, est extraodinaire. Elle refusa toujours de porter les atours de prêtre et préféra l'habit normal des prebyterae sardes (femmes prêtres) (Reg. Ep.9, 197). Il est difficile d'établir avec certitude si le terme 'presbyterae' dans ce passage devrait signifier 'femmes ordonnées ' (pani Ermini 1985) ou plutôt, comme ailleurs dans Grégoire le Grand (Dial ,4, 12) 'épouses de prêtres'.

Le pouvoir des abbesses au Moyen-Age s'accrut notablement au point que, dans certains cas, elles avaient presque l'autorité d'un évêque sur le clergé et les fidèles de leur territoire, déterminant des décisions partagées par les autorités ecclésiastiques. Le Canon 75 du Concile d'Aquisgrana (789) défend aux hommes consacrés de voiler les vierges ; et le Pape Innocent III (1198-1216) condamna quelques abbesses espagnoles qui consacraient leurs propres religieuses, écoutant leurs confessions, lisant les Évangiles et prêchant (PL 116,336). Il y a le cas bien connu de l'Abbaye de Saint Bénédict de Conversano, dans les Pouilles (le soi-disant monstre d'Apulia) dont l'abbesse avait presque le pouvoir d'un évêque sur son territoire et même d'autres jusqu'au début du 19ième siècle.

Les informations rassemblées sur la prêtrise des femmes dans l'antiquité sont maigres et peu nombreuses et elles ne devraient pas être confondues, je pense, avec celles qui concernent le diaconat féminin (Sorci 1991) Certaines d'entre elles auraient besoin de plus d'éclairage sur la base de la documentation iconographique et une telle recherche peut exiger une investigation plus intensive du problème, comme on l'a fait pour les sources épigraphiques, même si cette approche est un peu subtile.

Par exemple, il y a une fresque très intéressante, l'ainsi nommée celle de 'la fraction du pain' dans la chapelle grecque de la catacombe de Priscilla à Rome (au début du 3ième siècle). On voit cinq hommes autour d'une table et une femme voilée. A gauche, un homme en tunique et en manteau, les bras étendu, partage le pain eucharistique. Sur la table, se trouve un calice avec deux poignées, une assiette avec deux poissons et une autre avec cinq miches de pain ; sur les côtés de la table, il y a sept paniers contenant du pain, quatre, à gauche et trois, à droite. La scène représente le moment culminant de la consécration. Mais retournons à notre démonstration.

Quoique les attestations spécifiques de l'existence de femmes prêtres soient peu nombreuses, le traitement habituel et toujours polémique de la question de l'admission des femmes à la prêtrise, à la fois chez les auteurs chrétiens et dans les Actes des Conciles, nous amène à conclure que les cas de participation des femmes à la liturgie doivent avoir été bien plus nombreux que ceux attestés dans les témoignages littéraires et épigraphiques.

Tout ceci, en dépit de la lamentable indigence de preuves et en dépit des habituelles tirades de ceux qui sont opposés aux femmes prêtres, mène à la conclusion suivante. Il est évident que nous ne pouvons imaginer, aussi monolithique, aussi clairement définie, aussi universellement acceptée, la tradition assumée par l'Ancienne Église - je veux dire par l'église entière, incluant les fidèles et pas seulement les autorités religieuses. Au contraire, la position définie ci-dessus constituait un des développements continus, comme une question portée d'urgence à l'attention, débattue et résolue de manières diverses. La tradition devint monolithique du moment qu'elle condamna toutes les solutions qui, par le passé, étaient contraires à celles qui étaient officiellement acceptées et défendues par l'Église Catholique. Sans doute une influence possible sur l'attitude de l'Église aurait été due au fait, qu'à partir du second siècle, quelques groupes, condamnés comme hérétiques, admettaient des femmes à la prêtrise et à l'épiscopat. Mais la présence d'une presbytera ne connote pas nécessairement l'hétérodoxie de l'Église dans laquelle elles vivaient et exerçaient leur ministère.

Une attestation spécifique de la réalité des femmes prêtres est encore fourbie par Atto, évêque de Vercelli, qui a vécu entre le neuvième et le dixième siècle et qui était connu par sa réforme des activités et pour ses positions contre la corruption du clergé. Parmi ses écrits, se trouve un opuscule canonique et une collection de dispositions conciliaires concernant l'organisation ecclésiastique, la vie sacramentelle et l'expression liturgique.

Un prêtre appelé Ambroise vint chez Atto pour demander comment il fallait comprendre les termes presbytera et diacona de l'ancien canon. La réponse ne laisse aucune place au doute. Il commence par souligner que, dans l'ancienne Église, A priest named Ambrose came to Atto to ask how the terms presbytera and diacona of the ancient canon ought to be understood « la moisson est grande, mais les ouvriers peu nombreux » (Mat 9,37, Luc 10,2), les femmes aussi ont reçu les Saints Ordres pour aider les hommes ainsi qu'il est dit dans Rom 16, 1 : « commendo vobis Phaebem sororem meam, quae est in ministerio Ecclesiae, quae est Cenchris… » [Je vous recommande Phoébé, notre sœur qui est ministre de l'Église de Cenchrée…]. Pour Atto, c'était le Concile de Laodicée (2ième moitié du 4ième siècle) qui avait interdit l'ordination presbytérale des femmes : « Quod Laodicense postmodum prohibet concilium cap.11, cum dicitur :quod non oportet eas qui dicuntur presbytera vel praesidentes in Ecclesiis ordinari. » On a beaucoup écrit su le Canon XI du Concile de Laodicée : « Il n'est pas permis à celles qui sont appelées 'presbytéra' d'être désignées pour présider à l'église. » on a beaucoup écrit aussi sur la signification du terme'presbyterae', qui a été diversement expliqué et on a systématiquement argué du fait qu'il ne pouvait pas vouloir dire une vraie et authentique femme prêtre. Cet argument reflète un point de vue qui a fortement conditionné maints érudits.

Atto, après avoir étendu le statut des diaconesses, insiste sur le fait que, dans l'ancienne église Chrétienne, on ordonnait non seulement les hommes, mais aussi les femmes ( ordinabantur) et qu'ils étaient les chefs de communauté (praeerant ecclesiis) ; ils étaient appelés presbyrerae et ils assumaient les tâches de prêcher, de diriger et d'enseigner (Hae quae presbyterae dicebantur, praedicandi, iubendi, vel edocendi…officium sumpserant) ; ces devoirs définissent le rôle du sacrement de la prêtrise.

Pétri de la connaissance des canons et des institutions ecclésiastiques, l'évêque Atto de Vercelli explique encore que le terme presbytera pouvait également signifier dans le monde ancien 'la femme du presbyter'. Des deux significations, Atto déclare qu'il préfère la première :'prêtre'.

Cette déclaration d'Atto est un témoignage frappant et significatf de la prêtrise féminine dans l'antiquité. Ce même témoignage a souvent été ignoré exprès, évidemment parce qu'il n'était pas en ligne avec ce qui paraissait être la tradition unanime : un tel témoignage pourrait au moins avoir suscité quelques doutes. Il me semble à moi, qu'à travers les siècles, par accident, prudence ou conformité, il y ait eu une interprétation prédéterminée de l'indigence des témoignages concernant l'exercice du ministère sacerdotal par les femmes. À la lumière du témoignage d'Atto, nous devons essayer de retrouver d'autres témoignages qui, à première vue apparaissent seulement comme des éclats ou des fragments d'histoire, de telle façon que nous puissions être capables de reconstruire l'image la plus cohérente possible.

Dans les dix dernières années, il y a eu à tous les niveaux un remarquable accroissement de l'intérêt dans les 'pianetadonna' : même la lettre apostolique de Jean-Paul II, intitulée Mulieris Dignitatem confirme cet intérêt. Le document, bien que riche d'intuitions et de réflexions qui mettent l'accent sur les vérités profondes concernant la dignité et le rôle de la femme dans l'Église et dans la société, a implanté le « non » de la hiérarchie à l'admission des femmes à la prêtrise. De plus, l'Exhortation Apostolique Christafidélis laici a rendu clair que « la condition nécessaire pour assurer la juste présence des femmes dans l'Église et dans la société est l'évaluation la plus pénétrante et la plus juste des fondements de l'anthropologie de la condition masculine et féminine. »

À mon avis, les temps sont mûrs parce que, tout au long des lignes d'une telle Exhortation, les raisons de chacun peuvent être adéquatement discutées et complètement examinées, peut-être dans un concile 'ad hoc' qui pourrait tout revoir dans un mélange cohérent des différents aspects - bibliques, théologiques, historiques et sociaux de toute la question. C'est seulement de cette manière qu'il sera possible d'éviter des justifications hâtives et peu mesurées qui finissent par ralentir les changements nécessaires dans l'Église de Dieu.

Traduit de l'Italien en Anglais par Mary Ann Rossi le 26 Août 1991 Retraduit de l'Anglais en Français par Françoise Bourguignon en avril 2004-04-23

Professor Giorgio Otranto
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Tel. 080-338446
Email: g.otranto@rettorato.uniba.it or g.otranto@dscc.uniba.it.

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