La Tradition doit être bien documentée

La Tradition doit être bien documentée

Comment juger la tradition?
* tradition scripturaire
* tradition dynamique
* tradition ‘latente’
* tradition bien documentée

“Ainsi Dieu qui a parlé dans le passé, continue à converser avec l’épouse de son Fils bien-aimé. Et le Saint-esprit, par lequel la voix vivifiante de l’Évangile résonne dans l’Église - et par elle dans le monde entier - conduit les croyants vers la plénitude de la vérité et fait que la parole du Christ habite en eux dans toute sa richesse” (cf. Col. 3, 16).

“Cette Tradition qui vient des Apôtres se développe dans l’Église sous l’assistance du Saint-Esprit : grandit en effet la perception des choses et des paroles transmises, par la contemplation et l’étude qu’en font les croyants qui les gardent dans leur cœur, par la pénétration profonde des réalités spirituelles qu’ils expérimentent, par la proclamation qu’en font ceux qui avec la succession épiscopale ont reçu un charisme assuré de la vérité. L’Église, à mesure que se déroulent les siècles, tend toujours à la plénitude de la vérité divine, jusqu’à ce que les paroles de Dieu reçoivent en elle leur consommation.”

Dei Verbum. “Constitution dogmatique sur la Révélation divine, nE 8, in Vatican II - Les seize documents conciliaires, éd. Fides 1967, p. 106. Voyez ici le chapitre complet.

Dans l’expérience que l’Église a de sa Tradition, il est apparu que des incompréhensions pouvaient surgir et qu’étaient prononcés des jugements erronés. Durant certaines périodes de l’histoire de l’Église, des personnes furent empêchées de discerner la vraie Tradition en raison de raisonnements faussés ou parce que leurs esprits se sont concentrés sur une réalité fallacieuse.

Pour faire partie de la véritable Tradition, une doctrine doit être documentée. Cela signifie que ceux qui veulent défendre la Tradition doivent bien saisir le problème et les questions qui sont en jeu.

Dans “The Survival of Dogma” (“La survivance du dogme), Avery Dulles invoque le principe suivant : ”Aucune décision du passé n’a résolu un problème qui ne se posait pas de ce temps-là“. Par exemple, le fait que Paul, cité par le Concile de Trente, affirme qu’Adam était un individu particulier (voir Romains 5, 12-21) ne peut être utilisé pour réfuter l’idée du polygénisme, issue de la science moderne ; la question ne se posait pas encore alors. En généralisant, ”quand l’état de preuve de n’importe quelle question change matériellement, vous vous trouvez devant une nouvelle question qui ne peut convenablement trouver sa réponse en en appelant aux autorités du passé“.

Comme le Pape Pie XII l’a déclaré dans Divino Afflante Spiritu (1943) : “Il y a beaucoup de sujets, en particulier historiques, qui ont été insuffisamment développés ou même ne l’ont pas été pas du tout par des commentateurs des siècles passés parce qu’ils manquaient presque de toute l’information nécessaire pour les résoudre".

Nous allons illustrer ce principe en quatre étapes :

La “vérité” comme source de la Tradition

Dans la Constitution dogmatique sur la Révélation de Vatican II indique que le progrès en matière de compréhension de la Tradition se fait par diverses voies :

• par la contemplation et l’étude des fidèles qui méditent ces choses dans leur cœur [= la recherche de la vérité, à titre privé, par les croyants] ;

• par le sens des réalités spirituelles qu’ils ressentent au fond d’eux-mêmes [= le “sensus fidei”] ;

• par la prédication de ceux qui ont reçu, avec leur droit de succession apostolique dans l’épiscopat, un charisme assuré de la vérité [= le pouvoir d’enseigner].

Le Concile déclare que, grâce à la combinaison de ces facteurs, l’Église atteindra finalement la “plénitude” de la vérité, jusqu’à ce que finalement les paroles de Dieu “reçoivent en elle” leur consommation.

Le principe important est que, à côté de la source principale “Écriture & Tradition”, il existe une autre source, à savoir : la vérité nous est connue, au cours du temps, grâce à d’autres moyens.

Ce principe a été reconnu au cours de l’histoire de l’Église sous le nom de auctoritas [= source qui fait autorité] après l’Écriture et la Tradition. On le trouve chez Ambrosiaster sous cette forme : “Tout ce qui est vrai vient de l’Esprit-Saint, quel que soit celui qui l’exprime”. Il en découle que la vérité doit être prise au sérieux quelle que soit la source dont elle provient, aussi longtemps que l’on peut prouver que c’est vrai. Une telle vérité peut être trouvée grâce à de nouvelles découvertes scientifiques, à travers l’expérience spirituelle de non-chrétiens, à l’aide de la sagesse des philosophes, etc. (Voir Yves Congar, “Tradition and Traditions”, Burn and Oates, Londres 1966, pp. 130-131).

Le principe d’Ambrosiaster, qui est habituellement attribué à Saint Amboise, a été fréquemment cité :

  • Peter Lombard (Coll. in Ep. 1 ad Cor. c. 12 ; PL, 191, 1650) ;
  • Hervé de Bourg-Dieu (In Epist. I ad Cor. c. 12 ; PL, 181, 939ff.) ;
  • Pierre le Chantre, Pierre de Tarentaise (Dilucidatio, Anvers éd., 1617, 215a) ;
  • Jean de la Rochelle, etc. (cité par Z. Alszeghy, Nova Creatura. La nozione della grazia nei commentari Medievali di S. Paolo, Rome, 1956, p. 196) ;
  • St Albert le Grand (In I Sent. d. 2, 5) ;
  • St Thomas d’Aquin (In 2 Tim., c. 3, lect. 3 ; In Joan, c. 8, lect. 6 ; In 2 Cor., c. 12, lect. 1 ; Summa Theologica I-II, q. 108 ; q. 109, a. I) .

Ce principe a été formulé sous une autre forme : le Saint-Esprit est reconnu comme source et origine de toute vraie connaissance.

  • St Isidore, Sent. I, 15, 4 (PL, 83, 569) ;
  • Beatus, In Apocalypsim, Lib. I (ea. H. A. Sanders, Rome, 1930, p. 44) ;
  • Walafrid Strabo, De Exordiis, pr. (PL, 144, 919 ; Monumenta Germaniae Historica, Capp. II, p. 475) ;
  • Pape Zacharie, en 743 (Regesta Pontificum Romanorum, ed. Jaffé, Leipzig 1885, 2270) ;
  • Pape Zozime, cité par Prosper, Contra Collatorem, 5 (PL 5 1, 228A) ;
  • Abélard, Theologia (PL, 178, 1221c.), etc., etc.

Le Concile Vatican I (1869-1870) a défini qu’il ne pouvait y avoir de véritable contradiction entre la vérité révélée et celle établie par la raison.

“Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de véritable désaccord entre la foi et la raison ; car le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, a répandu dans l’esprit humain la lumière de la raison. Dieu ne peut se nier lui-même, ni le vrai jamais contredire le vrai. Cette apparence imaginaire de contradiction vient principalement ou de ce que les dogmes de la foi n’ont pas été compris et exposés suivant l’esprit de l’Église, ou de ce que des opinions sans consistance sont prises pour les jugements de la raison.” Dei Filius, ch. 4, par. 3 ; Denz. (nouveau) 3017.

Le Concile Vatican II (1963-1965) en a développé plus largement les implications.

• Chaque personne a le droit et le devoir de rechercher la vérité. “Chacun a le devoir, et par conséquent le droit, de chercher la vérité en matière religieuse. Mais la vérité doit être recherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une recherche libre, par le moyen de l’enseignement ou de l’éducation, de l’échange et du dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité qu’ils ont trouvée ou pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la quête de vérité.” Déclaration sur la liberté religieuse § 3.

• “Pour accroître de tels échanges, l’Église, surtout de nos jours où les choses vont si vite et où les façons de penser sont extrêmement variées, a particulièrement besoin de l’apport de ceux qui vivent dans le monde, qui en connaissent les diverses institutions, les différentes disciplines, et en épousent les formes mentales, qu’il s’agisse des croyants ou des incroyants.

“Il revient à tout le Peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l’aide l’Esprit-Saint, de scruter, de discerner et d’interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la Vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus adaptée.”
L’Église dans le monde de ce temps, § 44.

La mise en application de cette idée dans l’Église peut avoir des effets considérables. L’évolution économique de la banque avait obligé jadis l’Église à relire l’Écriture et à la réinterpréter en ce qui concerne l’ “usure”. Les découvertes scientifiques concernant la base “génétique” de l’homosexualité jette une lumière totalement nouvelle sur la moralité de la pratique homosexuelle. La prise en compte des préjugés sociaux et culturels qui ont influencé la pensée comme la pratique de l’Église au cours de siècles précédents exige que l’on réévalue les obstacles s’opposant à l’ordination des femmes. L’étude de ce genre d’exemples nous aide à comprendre ce que signifie le principe d’une Tradition “documentée”, “documentée” par une découverte plus large de la vérité et sa compréhension plus profonde.

L’exemple du prêt à intérêt

Jusqu’en 1830, le Magistère a interdit que l’on prenne des intérêts lorsque l’on prêtait de l’argent. Toucher des intérêts était confondu avec l’usure selon la “tradition” qui justifiait cette interdiction. Voici quelques exemples de l’enseignement de l’Église en la matière :

* Les Pères de l’Église l’ont condamné : Anasthase (Expos in Ps. xiv), Basile le Grand (Hom in Ps. xiv), Grégoire de Nazianze (Orat xiv, in Patrem tacentum), Épiphane (adv. Haeres, epilog. c. 24), Jean Chrysostome (Hom 41 in Genes), Théodoret (Interpr. in Ps. xiv. 5 et liv. 11), Hilaire de Poitiers (in Ps. xiv), Ambroise (de Tobia liber unus), Jérôme (in Ezech vi. 18), Augustin (de Baptismo contra Donatistas iv. 19), Léon le Grand (Epist. iii. 4), Cassiodore (in Ps. xiv 10).

* Les premiers conciles des Églises locales ont interdit au clergé de retenir un intérêt : Nicée I (en 325) ; Carthage (en 348), Laodicée (en 343-381), etc.

* Des conciles généraux ultérieurs ont interdit la même chose aux laïcs : le Pénitentiel de Théodore (en 690), Concile de Mayence (en 813), de Reims (en 813), de Chalons (en 813), d’Aix (en 816).

* Pierre Lombard, Thomas d’Aquin, Bonaventure et d’autres théologiens médiévaux ont tous condamné toute forme d’intérêt. Thomas d’Aquin le fit sous prétexte que c’était une forme “non naturelle” de reproduction.

* Le Second Concile du Latran (1139) prescrivit que les personnes qui prenaient un intérêt “ne soient pas admises aux sacrements”. Et “au cas où ils ne se rétracteraient au sujet de cette erreur, la sépulture ecclésiastique devra leur être refusée”.

* De nombreux papes ont condamné cette pratique. Une condamnation très nette a été faite par Benoît XIV dans Vix Pernevit en 1745. Il déclara : “On ne peut excuser le péché d’usure sous prétexte que le gain n’est ni important ni excessif, mais plutôt modéré ou modeste ; il ne peut non plus être excusé sous prétexte que l’emprunteur est riche ; ni non plus sous prétexte qu’ainsi l’argent emprunté n’est pas laissé improductif mais dépensé utilement, soit pour accroître sa fortune, soit pour acheter de nouveaux biens, ou pour traiter des affaires. La règle qui régit le prêt consiste fondamentalement en l’égalité entre ce qui est prêté et rendu ; une fois cette égalité fixée, toute autre condition supplémentaire viole les termes du prêt.”

Quelles étaient les raisons de cette condamnation ?

Les Pères de l’Église, les responsables pastoraux, les théologiens et les papes établissaient simplement une équation entre “prêt à intérêt” et “usure”, laquelle est condamnée par l’Écriture : Exode 22, 25 ; Lévitique 25, 36-37 ; Deutéronome 23, 19-20, etc.

L’Église a modifié son point de vue sur le prêt à intérêt lorsqu’elle comprit que le système moderne de la banque, qui prit naissance au Moyen Âge, concevait l’argent d’une manière nouvelle.

À l’époque de l’Ancien Testament, l’ “usure” consistait à exiger un bénéfice pour le prêt d’une miche de pain ou d’un sac de blé. Une telle pratique revenait à exploiter le pauvre et méritait d’être condamnée. Mais l’Ancien Testament permettait aux propriétaires terriens d’exiger un versement régulier de la part de ceux qui exploitaient leurs champs. Une miche de pain n’est pas fertile. Un terrain est fertile. En louant un champ, il est juste de demander une part du profit qui en est tiré.

Dans notre société moderne, le capital est “fertile”. Il engendre un profit au même titre qu’un champ. Toucher l’intérêt d’un capital prêté est par conséquent en harmonie avec la justice chrétienne.

Des explications complémentaires et une bibliographie in John Noonan : “The Amendment of Papal teaching by Theologians” (“L’amendement de l’enseignement pontifical par des théologiens”), in Charles E. Curran, éd. “Contraception : Authority and Dissent” (“Contraception, autorité et dissidence”), New York, Herder & Herder, 1969, pp. 41-75.

Conclusion :

• Au départ, la soi-disant “tradition” était mal documentée, parce qu’elle reposait sur un manque de compréhension de l’économie moderne.

• Le nombre d’interventions au sujet de la soi-disant “tradition” pas plus que leur sévérité ne fondent sa validité. Peu importe combien de Pères de l’Église, de théologiens, de papes ou bien de conciles l’ont condamnée et en quels termes. Tout simplement elle ne faisait pas partie de la vraie Tradition.

La condamnation générale, dans le passé, de toute homosexualité

L’homosexualité a été condamnée par l’Ancien comme par le Nouveau Testament.

• L’histoire de Sodome et Gomorrhe a exercé une profonde influence sur les conceptions chrétiennes (Genèse 19, 1-19). L’histoire raconte que Dieu détruisit ces deux villes pour les punir de leurs pratiques homosexuelles. (Voir aussi Juges 19, 1-30 ; Lévitique 18, 22 ; 20, 13-23).

• Dans Romains 1, 26-27 et 1 Corinthiens 6, 9-11, Paul condamne les excès de l’empire gréco-romain en matière d’homosexualité.

Il ne faut donc pas s’étonner si l’homosexualité a toujours été considérée comme un “péché” dans la “tradition” de l’Église.

Voyez, par exemple, Clément d’Alexandrie (Paedagogus 2, 20 ; 3, 3-5 ; Stromateis 4, 8) ; Jean Chrysostome (Homélie 4 ; Ag. Opposants à la vie monastique nE 3) ; Thomas d’Aquin (Summa Theologica 2 2ae, q. 154, a 12, r 2-4).

Le comportement homosexuel était appelé un “péché contre nature” et placé dans la même catégorie que la “bestialité”, c’est-à-dire avoir des rapports avec un animal. Pour l’État, c’était un crime, souvent puni de mort.

Qu’est-ce qui a commencé à faire changer la pensée de l’Église ?

Les faits. La recherche sociologique a révélé que de 5 % à 10 % de la population de la plupart des pays avait une prédisposition homosexuelle innée. Trois “causes” de l’homosexualité sont généralement reconnues : c’est une caractéristique génétique de nombreuses personnes ; elle peut être la conséquence d’un déséquilibre hormonal avant la naissance ; elle peut aussi venir du fait que l’enfant grandit dans une certaine situation (inceste ou pédophilie) et de l’expérience qu’il (ou qu’elle a) de chaque sexe.

Mais si Dieu, le Créateur, a rendu certaines personnes homosexuelles par nature, nous ne pouvons les condamner brutalement, quelle que soit notre opinion sur les actes qui seraient légitimes pour les homosexuels.

La Déclaration sur certaines questions concernant la morale sexuelle (1974) de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi marque un progrès par rapport aux déclarations de Rome qui l’ont précédée parce qu’il reconnaît qu’il existe “homosexualité innée ou pathologique ... qui mérite considéeration pastorale . . . ” Mais le document continue à continue à condamner les actes homosexuels comme “intrinsèquement désordonnés” et “condamnés par l’Écriture comme vils” (§ 8).

La réflexion sur cette question n’est pas terminée dans l’Église. À ce sujet, nous allons citer ici quelques théologiens modernes. Noter que notre manière de comprendre, renouvelée et documentée, nous conduit à évaluer différemment la “tradition”.

• “Dieu, celui qui a fait toute la création, aime et chérit toutes les créatures sans exception. Et la psychologie moderne nous indique que l’orientation homosexuelle est fixée à l’âge de cinq ou six ans. La plupart des psychologues s’accordent à dire que ce n’est pas une affaire de choix personnel, que cette orientation soit innée comme certains le pensent ou acquise très tôt comme d’autres l’affirment. Comment alors un Dieu qui est tout amour pourrait-il en arriver à violer la divine nature et considérer les homosexuels comme des “pécheurs” ?”

“Les biblistes contemporains nous indiquent que l’idée d’une orientation homosexuelle était inconnue des auteurs de la sainte Écriture. Il est évident que ceux-ci n’était pas au courant des recherches Kinsey qui établit l’existence d’une ligne ininterrompue de comportements allant de l’hétérosexualité absolue à l’homosexualité exclusive en passant la bisexualité, ligne en un point de laquelle chacun de nous doit se situer. Nombre de passages condamnant l’homosexualité si souvent cités laissent supposer que certains hétérosexuels ne cessent de violer leur “nature”.”
Sœur Mary Ann Ford, théologienne pastorale

• “Quand on les lit au premier degré, les Écritures n’ont rien à dire de positif à propos des relations homosexuelles. Cependant, la plupart des chrétiens n’interprètent pas littéralement la Bible ; ils tentent de comprendre les Écritures dans leur contexte historique et culturel afin de voir quel sens elles peuvent avoir pour nous aujourd’hui. Ces Écritures furent écrites voici approximativement 2.000 ans ou plus alors qu’on ne savait rien des causes de l’homosexualité. Les auteurs de l’Écriture croyaient que tous les personnes étaient naturellement hétérosexuelles de sorte qu’ils considéraient les relations homosexuelles contre nature.”

“Puisque nous savons maintenant que l’homosexualité est naturelle et un don de Dieu au même titre que l’hétérosexualité, nous réalisons que les condamnations bibliques de l’homosexualité étaient conditionnées par les attitudes et les idées concernant cette forme d’expression sexuelle qui étaient celles de gens qui ne bénéficiaient pas comme nous de siècles progrès des connaissances scientifiques.”

“Il serait malvenu de notre part d’attendre des auteurs bibliques une mentalité et des connaissances du XXème siècle concernant l’égalité des sexes, des races et des orientations sexuelles ou de leur attribuer. Nous devons être capables de distinguer les vérités éternelles que la Bible est censée transmettre des formes culturelles et des attitudes du temps qui y sont exprimées.”

“Dieu a créé des personnes qui ont une attirance physique et sentimentale envers leur sexe aussi bien que ceux qui ont une attirance pour le sexe opposé. Beaucoup, sinon la plupart des gens, sont en train de découvrir à des degrés variables les deux sortes d’attirances. Tous ces sentiments sont naturels et sont considérés comme bons et bénis par Dieu. Ces sentiments et attirances ne sont pas péché. La plupart de théologiens catholiques considèrent le comportement homosexuel, aussi bien que le comportement hétérosexuel, comme bon et saint aux yeux de Dieu quand il exprime un amour particulier et unique d’une personne pour une autre. Les relations sexuelles, tant homosexuelles qu’hétérosexuelles, peuvent être péché si elles manipulent l’autre, sont malhonnêtes ou accomplies sans amour.”


Sœur Jeannine Gramick, PhD, Collège Notre-Dame, Maryland

•  Le catholicisme a recours à quatre sources principales pour connaître les principes et élaborer des directives au sujet des questions morales telles que l’homosexualité : l’Écriture, la tradition (théologiens, documents de l’Église, enseignements officiels, etc.), la raison et l’expérience humaine. Elles sont utilisées en relation l’une avec l’autre. Pour les catholiques, l’Écriture est la source première et fondamentale qui fait autorité, mais ce n’est pas la seule source. Le témoignage de la Bible doit être pris au sérieux, mais il ne faut pas s’en tenir au sens littéral. Un texte déterminé de l’Écriture doit être interprété dans le contexte plus large de la langue originale et de la culture où il a été composé, en tenant compte des différents registres d’interprétation, et les applications de ce texte aux réalités contemporaines doivent se faire à la lumière du rôle de la communauté et de celui de ses dirigeants susceptibles de fournir des interprétations faisant autorité. Les Écritures juives comme chrétiennes parlent effectivement négativement de certaines formes (généralement entre hommes) de comportements sexuels  (et non de l’amour entre personnes du même sexe), qui sont associées en particulier avec l’adoration des idoles, la concupiscence, la violence, l’avilissement, la prostitution, etc. La question de savoir si les Écritures condamnent toutes les formes de relations sexuelles entre personnes du même sexe en elles-mêmes et d’elles-mêmes quels que soient les époques, les endroits et les individus est un sujet de discussion et l’objet de sérieux débats théologiques et bibliques."

“Je ne crois pas du tout que Dieu considère l’homosexualité comme un ”péché" si, par homosexualité, on entend l’identité psychosexuelle des homosexuels et des lesbiennes, laquelle reste dans le cadre d’une évolution psychologique humaine, saine, et qui semble aussi naturelle à certains que l’hétérosexualité à d’autres. Si par homosexualité on entend la liaison intime, affective constituée par une amitié et une relation d’amour entre personnes du même sexe, je crois que, puisque Dieu est amour, là où il y a un amour authentique, Dieu est présent."

“Là où Dieu est présent, il ne peut y avoir de péché. Si l’homosexualité est l’expression physique, érotique d’une union et qu’elle engendre le plaisir, il y a dans l’homosexualité occasion de péché (comme elle existe dans l’hétérosexualité) laquelle dépend de l’interaction de trois facteurs : 1) le comportement physique lui-même et le sens qu’il a pour la personne, 2) les intentions et motifs personnels de la personne engagée dans l’acte, et 3) les conséquences individuelles et sociales, autrement dit les suites de ce comportement. .Pour beaucoup de personnes, un comportement sexuel qui exploite l’autre, use de la contrainte, de la manipulation, qui est malhonnête, égoïste ou destructeur de la personnalité est un péché ; pour tout le monde, un “péché”, c’est un acte commis librement et contraire à ses propres convictions éthiques ou morales, que celles-ci soient celles proposées par une religion constituée ou qu’elles proviennent d’un système de valeurs développé personnellement.”

“Les expressions d’un amour responsable et fidèle dans une relation d’alliance entre deux personnes du même sexe ayant vraiment une orientation homosexuelle et n’ayant pas de vocation de célibat, n’ont pas été prises en contact par les Écritures. La question de savoir si cette forme d’homosexualité viole les principes bibliques ou anthropologiques de la sexualité - en particulier à la lumière des connaissances scientifiques actuelles et de l’expérience de l’orientation homosexuelle - est un problème-clé auquel doivent faire face aujourd’hui les religions et les groupements religieux.”

Le Père C. Robert Nugent, co-éditeur de “The Vatican and Homosexuality”, est diplômé de St Charles College, de St Charles Theologate, possède un diplôme de bibliothécaire de l’Université Villanova et une maîtrise en théologie sacrée à la Yale University Divinity School.

Conclusion :

• La condamnation générale de toute homosexualité comme dans le passé est aujourd’hui abandonnée par l’Église.

• Les textes bibliques ont été mal interprétés parce qu’ils ont été utilisés pour élaborer des normes voulues valables pour tous les temps, dépassant ainsi l’intention de leurs auteurs.

• Le progrès de notre interprétation de la Tradition progresse d’autant mieux que nous comprenons mieux la question de l’homosexualité.

La question de l’ordination des femmes

Quand nous examinons la soi-disant “tradition” de ne pas ordonner des femmes au sacerdoce, les raisons qui sous-tendent cette “tradition” sont d’une importance capitale. Si l’on découvre que ces raisons ne sont pas valables, toute la “tradition” en devient suspecte parce qu’elle n’est pas bien au point, réfléchie et documentée.

Voici l’avis de Elizabeth A. Johnson, C.S.J., professeur de théologie de l’Université Fordham, présidente de la Société Théologique Catholique d’Amérique et auteure de She Who Is (Elle qui est) (Crossroad) :

“En ce qui concerne le second, l’histoire est remplie d’exemples de rupture d’une tradition incontestée jusque-là suite à l’exercice des sensibilités morales de croyants, des intuitions de penseurs critiques et de recherches approfondies de ceux chargés de l’enseignement, tout cela convergeant dans un contexte en évolution. Il fut un temps où, selon l’enseignement officiel de l’Église, il était interdit aux couples mariés de prendre plaisir dans l’acte conjugal ; où massacrer des infidèles était une voie qui menait au salut ; où le prêt à intérêt était interdit ; où l’esclavage était permis ; où la discrimination contre les juifs était légitime ; où les biblistes ne pouvaient avoir recours aux méthodes de critique historique pour lire les textes de l’Écriture. Comment pouvons-nous discerner si l’enseignement à propos de l’interdiction d’ordonner des femmes va suivre pareille évolution ? À travers les siècles, la raison déclarée pour laquelle les femmes n’étaient pas ordonnées étaient qu’elles étaient inférieures, ou des “êtres humains incomplets” (Thomas d’Aquin). Aujourd’hui, cette raison s’est évanouie. Et aussi les autres arguments avancés...”

“Ces raisons ne tiennent plus, même si l’on tente de les défendre. Selon l’enseignement catholique, l’intelligence qui permet d’émettre un jugement n’est pas libre, à la différence de la volonté. Nous ne pouvons marquer notre assentiment qu’à ce qui se présente à notre esprit comme vrai : “La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance” (Vatican II, Déclaration sur la Liberté Religieuse, § 1). Si une pratique ou un enseignement officiel heurte notre esprit parce qu’il n’est pas approprié, comme dans le cas présent, nous avons la responsabilité de rechercher pourquoi et d’en exposer les raisons. Cette opposition ne doit pas être prise pour de la déloyauté ou de la rébellion mais plutôt comme une forme de loyauté, un service rendu...”

“Au cours des années, un désaccord responsable bien informé a été un cadeau pour l’Église là où l’esprit critique basé sur l’amour a permis une évolution. Selon moi, la récente déclaration non infaillible concernant la prétendue infaillibilité de la tradition au sujet de l’exclusion des femmes de l’ordination demande justement ce type de réponse.”

“Disputed questions : authority, priesthood, women” (“Questions en débat : l’autorité, le sacerdoce, les femmes”) in Commonweal 123 (26 janvier 1996) pp. 8-10.

Sœur Rose Hoover R.C., membre du personnel du Cénacle a Metairie, en Louisiane, a écrit ceci :

“Depuis des siècles, le sacerdoce réservé aux hommes a paru fournir un moyen convenable pour la transmission du message du Christ, et il pourrait dans ce sens être regardé comme une tradition au service de la Tradition. Mais qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’advient-il si l’exclusion des femmes de l’ordination met en péril la transmission de la tradition ? Je ne me préoccupe pas seulement du problème concret du manque de vocations. Qu’advient-il si la tradition du sacerdoce exclusivement réservé aux hommes est en elle-même en contradiction avec la Tradition de l’Évangile ?” ...

“Nous ne pouvons pas laisser les points de vue des Pères de l’Église, ou de la scolastique ou bien des théologiens du début du siècle déterminer comment il faut considérer la femme dans l’Église de nos jours. Nous devons tenir compte de ce que nous avons appris à propos des hommes et des femmes grâce aux sciences sociales et biologiques aussi bien que grâce au Saint-Esprit. Thomas d’Aquin a fait preuve de sagesse sur bien des points mais il a été néanmoins l’expression de son temps. Dans sa Summa Thelogicae nous lisons “puisqu’il n’est pas possible pour une femme de signifier une position éminente, car une femme est dans un état de sujétion, il en découle qu’elle ne peut recevoir le sacrement de l’Ordre”. Ce qui est pire, c’est que cette sujétion de la femme n’est pas due aux conditions sociales. Traitant de la question de savoir si le fait d’être esclave est un empêchement à l’ordination, Thomas d’Aquin écrit dans la Summa que “les signes sacramentels ont un sens en raison de leur ressemblance naturelle. Une femme est sujet par nature, tandis qu’un esclave ne l’est pas.” Thomas d’Aquin pense également que “il n’existe pas chez les femmes suffisamment de force de caractère pour résister à la concupiscence”. On peut certainement avoir des doutes quant à l’ordination d’une créature aussi peu douée. Nous ne pouvons pas juger Thomas d’Aquin. Mais nous en savons plus que lui.

“Nous savons que la femme n’est pas inférieure à l’homme (Voir la Lettre apostolique de Jean-Paul II de 1988, Mulieris Dignitatem). Nous savons que la femme n’est pas plus en état de sujétion par nature que l’homme. Les raisons de Thomas d’Aquin ne peuvent plus être avancées pour refuser l’ordination aux femmes. Ni non plus d’autres raisons basées sur une infériorité de statut. Le faire serait se mettre en contradiction avec ce que nous savons aujourd’hui être la bonne nouvelle du Christ.”

Extrait de “Consider Tradition : the case for Women’s Ordination” (“Considérons la Tradition : la question de l’ordination des femmes”) in Commonweal 126 (26 janvier 1999) pp. 17-20. .Pour lire l’article complet, cliquez ici.

Conclusion

Dans le passé, les jugements et décisions de l’époque étaient basés sur l’ignorance ou une information défaillante. La Tradition ne peut être véritable que si, grâce à l’esprit critique, elle s’est débarrassée de tels ajouts. Le Saint-Esprit aide la communauté des croyants à réexaminer leurs conceptions à la lumière des informations nouvelles devenues disponibles au cours du temps, de façon que le contenu de la Tradition puisse être réévalué et reste pertinent lorsque les circonstances ont changé.

Texte de John Wijngaards.
Traduction française par Jacques Dessaucy.


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