Réponses aux questions reletives à ma démission


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Réponses aux questions relatives à ma démission

S.v.p., ne vous étonnez pas de certaines répétitions!

1. En démissionnant de votre ministère, n’admettez-vous pas votre défaite face au Cardinal Ratzinger ? Vous semblez admettre par votre action que vous n’appartenez plus vraiment à l’Église.

2. Votre protestation n’aura aucun effet sur Rome.

3. Êtes-vous vraiment conscient que vous renoncez au profond impact que vous pourriez avoir sur des milliers de gens dans aucun autre but que d’afficher à Rome une lettre de protestation sur la porte de fer de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ?

4. Pourquoi ne pas simplement ignorer Rome et baisser la tête ?

5. Pourquoi n’acceptez-vous pas l’enseignement du Saint-Père ?

6. Je suis très préoccupé de l’avenir de l’Église. Que va-t-il se passer ?

7. Que veut-on dire par : Rome a clôturé le débat sur l’ordination des femmes ?

8. Faut-il en conclure que je dois aussi quitter l’Église ?

9. Avons-nous perdu toute liberté académique dans l’Église ?

10. Ne devrions-nous pas préserver l’unité et l’orthodoxie dans l’Église ? Les théologiens progressistes détruisent l’Église en refusant d’obéir au Pape.

11. Et ainsi vous nous abandonnez ? Qu’avons-nous fait, nous vos frères dans le sacerdoce, pour que vous nous tourniez le dos ?

12. Comment osez-vous vous croire au-dessus du Magistère de l’Église ? Qu’en est-il de l’obéissance, de l’humilité ?

13. Le Christ n’a-t-il pas promis de soutenir le Pape dans sa fonction d’enseignement ? Pourquoi ne faites-vous pas simplement confiance à Dieu en cette matière ?

14. Votre conflit avec Rome ne discrédite-t-il pas votre travail actuel à Housetop ?

15. En quoi votre décision de démissionner du ministère sacerdotal concerne-t-elle votre travail futur ?

Question 1.En démissionnant de votre ministère, n’admettez-vous pas votre défaite face au Cardinal Ratzinger ? Vous semblez admettre par votre action que vous n’appartenez plus vraiment à l’Église.

Durant ma période de discernement, j’avais présente à l’esprit la question de savoir si, par ma démission, j’admettais ma défaite face au Cardinal Ratzinger. Je ne crois pas que le Cardinal Ratzinger puisse légitimement pousser des gens hors de l’Église de la manière dont il semble le souhaiter. Cependant, mes réflexions ont été, et sont encore, les suivantes :

Le Pape et le Cardinal Ratzinger représentent l’Église officielle. Le Motu Proprio et son commentaire officiel exposent la position prise par l’"institution", par l’Église hiérarchique. Je ne puis plus en faire partie, précisément parce que je m’oppose à cette décision non seulement sur des bases théologiques mais aussi à cause de la manière dont est exercée l’autorité. J’estime que je me dois de ne plus faire partie de l’Église officielle. C’est une question d’intégrité personnelle.

Tout au long de ma vie, comme prêtre et comme théologien, j’ai considéré mon intégrité personnelle comme un de mes biens les plus précieux. Je sais que mes étudiants (et les lecteurs de mes livres) reçoivent mon enseignement parce qu’ils apprécient ma sincérité personnelle et qu’ils approuvent mes arguments théologiques ou scripturaires.

C’est la raison pour laquelle je demeure catholique et continuerai à proclamer la Bonne Nouvelle, mais non plus en tant qu’un rouage du système.

Question 2.Votre protestation n’aura aucun effet sur Rome.

Je suis d’accord avec vous que ce geste de protestation publique n’aura qu’un impact limité. De plus, je ne veux pas scandaliser les “petits” : les Catholiques moins bien informés ou certains non-Catholiques qui n’en seront que poussés encore un peu plus loin de l’Église par ce genre de luttes intestines. Voici déjà plus de dix ans que j’estime que “rosser l’Église” n’a qu’un effet limité. Voici dix ans que j’ai cessé d’écrire des articles critiques envers l’Église. D’autre part, la question de la “complicité du silence” au sein de l’Église m’indispose. Tout ce que Rome dit, ce que dit l’Église officielle, même si le propos est scandaleux, c’est : évêques et prêtres, serrez les rangs S contre les fidèles.

Je sais qu’en fait beaucoup de théologiens (sinon la plupart) admettent que les femmes peuvent être ordonnées prêtres. Ils gardent le silence, développant une “théologie souterraine” comme on l’a appelée récemment devant moi, jusqu’à ce que Rome prenne la décision contraire (comme elle l’a fait si souvent dans le passé). J’estime, en conscience, que je ne peux emprunter cette voie car il est de mon devoir de proclamer la vérité.

J’ai eu des contacts avec certains évêques. Ils réagissent de la même façon. Ils me disent : “Qui se préoccupe des décrets romains... ? Le Pape peut mourir dans six mois.” “Êtes-vous prêts à dire ça publiquement, leur demandai-je ? Que faites-vous des gens ordinaires qui sont troublés par tout cela ? Ils ne peuvent se défendre seuls contre Rome... De plus, vous pouvez ne pas vous en préoccuper, mais d’autres évêques le font.” Nous connaissons, n’est-ce pas, des évêques du Tiers Monde ?

J’estime avoir une obligation de justice vis-à-vis des simples fidèles, qui sont les perdants en ce cas. Certains qui entendront parler de ma décision (et heureusement aussi de ma volonté de rester dans l’Église) pourraient se sentir encouragés. Mais même si tous ignoraient ma décision, je ne peux plus être complice de ce silence.

Un autre exemple : hier, je parlais avec un bon ami à moi qui habite une des capitales européennes. Il pensais que je réagissais trop fort. Il me raconta l’histoire suivante. Les évêques de son pays étaient mécontents du décret sur les ministères laïcs. Le Cardinal de l’endroit convoqua une réunion de canonistes. Ils lui dirent : “Tout ceci est maintenant dans le Droit canon, mais il ne faut pas s’en faire, etc. etc.” ; ils lui présentèrent alors des arguments légaux pour contourner le problème. Aussi le Cardinal était-il heureux. “Nous continuons comme auparavant, mais ne dites rien à Rome, conclut-il.” S Je réagis en disant à mon ami : “Si ces nouvelles règles sont mauvaises, elles ne devraient en aucun cas figurer dans le Droit canon. En conséquence, le Cardinal et ses canonistes devraient émettre une protestation à Rome à ce sujet. Et, puisqu’aucune déclaration publique n’a été faite par le cardinal, comment les gens ordinaires peuvent-ils savoir comment ils doivent interpréter le décret ? Et qu’advient-il des pays qui ne disposent pas de canonistes habiles capables de d’indiquer comment contourner ces nouvelles règles ?”

À mon avis, Rome est en train de corrompre tous les niveaux de pouvoir dans l’Église en poussant ses responsables à agir contre leur conscience.

Question 3. Êtes-vous vraiment conscient que vous renoncez au profond impact que vous pourriez avoir sur des milliers de gens dans aucun autre but que d’afficher à Rome une lettre de protestation sur la porte de fer de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ?

Vous avez raison de penser que mon geste de protestation aura peu d’impact sur les penseurs intransigeants à l’esprit étroit de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. J’en suis venu à cette décision non pas, d’abord, pour émettre une protestation. J’y ai été forcé en raison d’un problème de conscience. Rome peut me rendre la vie difficile mais cela ne m’enlèvera pas les valeurs qui me sont les plus chères dans la vie : ma foi en l’amour, mon intégrité et ma loyauté vis-à-vis de la vérité.

Par ailleurs, je crois que vous vous trompez quelque peu dans votre estimation de l’efficacité de ma décision. En tant que théologien et auteur spirituel, mon plus grand trésor a toujours été mon intégrité. Les gens m’écoutent parce qu’ils savent que ce que je dis ou écris, je le crois vrai. Si cela est admis, tout ce que j’ai fait dans ma vie sera admis aussi. Je veux protéger ce que j’ai fait. C’est pourquoi, paradoxalement, en me retirant du ministère effectif, je sauve en réalité mon propre sacerdoce.

Le sacerdoce ne consiste pas seulement à administrer les sacrements. Il comprend avant tout la proclamation de la Bonne Nouvelle . Comment puis-je proclamer la Bonne Nouvelle si je renonce à mon intégrité, si je trahis la vérité ?

Je ne suis pas naturellement un rebelle. J’ai été forcé de le devenir à cause de la stupidité de Rome et de son intransigeance. D’autre part, je sais que l’Église retrouvera finalement ses esprits ; je lui fais confiance. Grâce à la mystérieuse providence de Dieu, je pourrais peut-être mieux aider de plus nombreuses personnes dans le cadre de ma nouvelle situation que si je n’avais pas écouté ce que me dictait ma conscience. Je reçois un nombre incroyable de lettres de gens qui sont déboussolés à cause de l’attitude de l’Église et qui voient un signe d’espoir dans ma réaction. Il se pourrait que là Dieu soit en train d’ouvrir une nouvelle et immense porte - - ce que je suis en train d’étudier.

Question 4. Pourquoi ne pas simplement ignorer Rome et baisser la tête ?

Ma conviction est que chacun doit réagir face à une situation de la manière qu’il ou elle considère la meilleure selon sa conscience. J’avais atteint une sorte de point de rupture.

Mais cela ne m’empêche pas d’être un Catholique ni de proclamer de la Bonne Nouvelle, croyez-moi !

Considérez les choses comme ceci : peut-être suis-je fou ; mais Dieu a besoin de fous comme moi !

Question 5. Pourquoi n’acceptez-vous pas l’enseignement du Saint-Père ?

La situation est beaucoup plus complexe que vous ne l’exposez dans votre lettre. Je crois fermement à l’autorité enseignante du Saint-Père, c’est pourquoi je suis chagriné lorsque je constate que le Pape commet des erreurs, égaré par ses conseillers théologiques romains.

Malgré l’aide du Saint-Esprit (qui met un Pape à l’abri de couvrir une erreur de son infaillibilité), les Papes ont commis en fait de nombreuses erreurs dans le passé et soutenu des doctrines et prôné des pratiques qui se sont plus tard révélées être des aberrations. N’oubliez pas que même saint Pierre a commis des erreurs : il a trahi Jésus et a été réprimandé par Paul quand il a pris une mauvaise décision (Gal 2, 11-14). Beaucoup de ces égarements ont été reconnus comme tels par des papes ultérieurs, ou par des conciles, en particulier par VaticanII.

Bien que le Saint-Père soit guidé par le Saint-Esprit, cela ne signifie pas qu’il n’a qu’à écouter la voix de sa conscience, il doit aussi écouter ce que le Saint-Esprit lui dit à travers le Corps de l’Église. Malheureusement, l’actuelle Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’écoute pas vraiment les avis des évêques, des théologiens et de la majorité des fidèles.

Je me sens contraint par ma conscience, pour le bien de l’Église elle-même, de révéler les erreurs que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi commet actuellement. Ce n’est pas une tâche agréable, je vous assure. Il serait plus facile de m’enfouir la tête dans le sable. J’ai été vraiment attristé et accablé de devoir prendre cette décision. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi commet actuellement tellement de bévues que nous devons rompre le silence.

Question 6. Je suis très préoccupé de l’avenir de l’Église. Que va-t-il se passer ?

Je partage votre anxiété concernant l’Église. Tous, nous comprenons que les tensions et les conflits sont inévitables quand l’Église, compte tenu de la gigantesque organisation qu’elle est, doit faire face aux défis du monde nouveau dans lequel nous vivons. Nous devons nous rappeler cela particulièrement quand nous subissons ses accès de colère ressemblant à ceux d’un adolescent en pleine croissance. J’imagine que c’est le genre de souffrances qu’ont ressenties et ressentent encore de nombreuses femmes, et cela jusqu’à ce que l’égalité absolue entre hommes et femmes DANS LE CHRIST soit enfin reconnue.

Toutefois, le Saint-Esprit n’a pas encore dit son dernier mot. Je suis certain que les décrets actuels de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi seront finalement annulés.

Question 7. Que veut-on dire par : Rome a clôturé le débat sur l’ordination des femmes ?

En 1976, les spécialistes de la Bible de différentes nationalités de la Commission Biblique Pontificale ont conclu, par une majorité de 12 à 5, que l’Écriture ne contient aucune objection contre l’ordination sacerdotale des femmes. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a rejeté cette position et a rédigé sa propre déclaration... négative. (Inter Insigniores, 15 octobre 1976).

Depuis lors, Rome a refusé d’écouter les protestations et les interpellations émises par des évêques, des théologiens, des exégètes et des représentantes d’organisations féminines de tous les coins du monde. Au contraire, chaque évêque a été enjoint de mettre fin à toute discussion sur le sujet. “L’évêque doit prouver sa capacité pastorale et ses qualités de responsable en refusant résolument tout soutien à ceux qui, individuellement ou en groupes, défendent l’ordination sacerdotale des femmes, qu’ils le fassent au nom du progrès, des droits humains, par compréhension ou pour toute raison que ce soit.” (Lettre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 13 septembre 1983).

Récemment, Jean-Paul II a écrit une lettre apostolique qui rappelle que le débat sur la question de l’ordination sacerdotale des femmes est clos (Ordinatio Sacerdotalis, 22 mai 1994). Ad Tuendam Fidem et son commentaire officiel semblent maintenant excommunier les dissidents. Quiconque soutient que les femmes peuvent être ordonnées prêtres “ne sont plus en pleine communion avec l’Église catholique”, nous dit-on (The Tablet, 11 juillet 1998, pp. 920-922 ; voir n° 6 & 11).

Question 8. Faut-il en conclure que je dois aussi quitter l’Église ?

Non, vous ne devez pas quitter l’Église. Dans une vaste organisation comme celle-ci, il est inévitable que nous rencontrions certaines tensions, certains conflits quand des sujets théologiques inexplorés font l’objet de recherches. Au cours des siècles précédents, cela a été souvent source de douleurs et de souffrances. Nous ne devons nullement être surpris si la même chose se passe aujourd’hui. Je suis convaincu que la vraie solution surgira de toutes nos recherches et suite à nos prières. L’Esprit-Saint n’a pas dit son dernier mot. Heureusement, les générations futures bénéficieront des luttes que nous soutenons à présent.

Question 9. Avons-nous perdu toute liberté académique dans l’Église ?

La liberté académique dans l’Église a souvent été une cause de conflit quand les responsables de l’Église ont commencé à craindre que la doctrine orthodoxe ne soit pas maintenue. La suspicion à son égard a atteint un sommet sous Pie X (au début du XXème siècle) et s’est poursuivie jusqu’à ce que Pie XII s’en fît officiellement le défenseur principalement grâce à l’influence du Cardinal Bea, un Allemand, qui était à la tête de l’Institut Biblique Pontifical.

Ce qui est réconfortant, c’est que le principe de la liberté académique a été inclu dans les documents de Vatican II (et les documents du Concile ont plus de poids que le Droit canon n’en aura jamais). Vatican II demande “qu’on reconnaisse aux fidèles, aux clercs comme aux laïcs, une juste liberté de recherche et de pensée, comme une juste liberté de faire connaître humblement et courageusement leur manière de voir, dans le domaine de leur compétence”. (Gaudium et Spes, n° 62).

Ce qui attristant, par contre, c’est la réaction : l’opposition aux document de Vatican II dont nous sommes actuellement les témoins. Les interdictions du Droit canon que vous énumérez et qui devraient n’être qu’un moyen modéré d’ajustement par rapport à la doctrine correcte peuvent très aisément devenir un instrument de répression si elles sont maniées par de mauvaises mains. Souvent, les groupes traditionalistes font pression sur leurs évêques pour qu’ils les appliquent à la lettre.

En tant que pasteurs et théologiens nous subirons toujours une certaine tension entre la liberté académique et notre charge de transmettre fidèlement ce que l’on estime être la vérité révélée. Cette tension nous affecte même en tant qu’individus. Je me rappelle certains épisodes de ma vie où j’ai été choqué sur le moment parce que j’avais découvert qu’une chose ou l’autre ne faisait pas partie de la Révélation. Le problème est encore plus grave lorsque c’est une vaste organisation comme l’Église qui doit faire face au choc que cause ce genre de découvertes. La tendance est fréquemment alors, de la part des autorités de l’Église, qui souvent manquent de temps pour se mettre tout à fait à jour, de se replier sur la position la plus sûre, la position traditionnelle.

Je comprends très bien que ce genre de réflexions ne résolve pas les dilemmes concrets auxquels les théologiens doivent faire face, comme ceux qui se présentent actuellement aux esprits étroits de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Mais comprendre la cause première nous aidera à y voir plus clair à long terme.

Je suis convaincu que les vues étroites de Rome vont être contestées tôt ou tard. Les contacts internationaux que j’ai m’ont appris que la majorité des théologiens rejettent la position de Rome et leur opinion finira par prévaloir. Notre stratégie à court terme pourrait consister à baisser la tête (stratégie adoptée et recommandée par certains évêques que je connais) ou alors à crier avec colère comme je tente de le faire.

De ce qui vient d’être dit, vous pouvez à juste titre conclure qu’être théologien au sein de l’Église catholique n’est pas une mission sans risques. Puisque la théologie traite de la vérité, comme la vie réelle elle restera nécessairement une tâche risquée. Vous ne pouvez tenir le coup que si vous considérez la théologie comme une vocation, impliquant une terrible responsabilité à la fois vis-à-vis des respectables doctrines dont vous traitez et des besoins pastoraux des gens au service desquels vous êtes. Il n’y a guère de théologiens qui n’aient pas, une fois ou l’autre, été tourmentés. Je suis sûr que cela ne vous découragera pas. Tout cette épreuve, ou plutôt “votre vie toute entière”, vaut la peine d’être vécue.

Question 10. Ne devrions-nous pas préserver l’unité et l’orthodoxie dans l’Église ? Les théologiens progressistes détruisent l’Église en refusant d’obéir au Pape.

Bien que je partage en grande partie votre préoccupation concernant l’unité et l’orthodoxie dans l’Église, je suis au regret de ne pas être d’accord avec votre analyse au sujet de ce qui se passe dans l’Église en général.

Sur un certain nombre de problèmes importants, particulièrement dans le domaine de la morale sexuelle, le Saint-Père et ses conseillers les plus proches n’ont pas suffisamment porté attention à ce que le Concile Vatican II appelle “les signes des temps”.

Je ne veux en aucune façon mettre en doute l’intention droite du Saint-Père, ou celle de ses conseillers les plus proches, mais non seulement ils ne sont pas en contact avec ce qui se passe dans l’Église elle-même, mais ils ont aussi sous-estimé le besoin qu’il y a de scruter ce que l’Écriture et la Tradition nous disent à propos de questions aussi sensibles. Il ne m’est évidemment pas possible d’entrer dans le détail dans une aussi courte lettre. Rappelez-vous cependant que l’autorité enseignante ne peut fonctionner légitimement dans l’Église, et même le Saint-Père ne peut l’exercer, sans une consultation attentive du reste du Corps du Christ. Cela a été négligé au cours des dernières décennies et c’est ce qui nous a conduits à de telles errements dans l’Église.

Il existe aussi un sens perverti de la “loyauté” dans l’Église. Notre loyauté à l’égard de ceux qui détiennent l’autorité doit être soutenue par notre raison et par notre sens des responsabilités. Nous ne pouvons admettre dans l’Église une situation telle que celle qui régnait en Allemagne durant la guerre : “Befehl ist Befehlt” [“Un ordre est un ordre”]. Dans l’Église, il devrait exister une opposition plus franche et plus directe des autorités ecclésiales vis-à-vis des directives souvent mal conçues des bureaux du Vatican. St Paul nous donne un exemple de cette opposition loyale dans l’Épître aux Galates.

Question 11. Et ainsi vous nous abandonnez ? Qu’avons-nous fait, nous vos frères dans le sacerdoce, pour que vous nous tourniez le dos ?

La réponse est simple : ce ne sont pas mes frères dans le sacerdoce qui m’ont fait quelque chose. C’est simplement l’autorité centrale de Rome. Le Cardinal Ratzinger, comme le fit le cardinal Ottaviani, essaie de bloquer la vérité de l’Évangile. À cause de Humanae Vitae, des millions de gens ont été poussés, et sont poussés, hors de l’Église en dépit du fait que la majorité des évêques et des prêtres savent très bien que l’interdiction de la contraception est théologiquement une erreur et moralement une catastrophe. Le Cardinal Ratzinger a déclaré publiquement que celui qui croit à l’ordination des femmes n’est plus membre de l’Église.

Puis-je ne tenir aucun compte de telles déclarations ? Comment puis-je continuer à exercer mon ministère de prêtre quand la plus haute autorité à Rome me dit que des personnes comme moi ne sont plus catholiques ? Et même si j’ignore les proclamations du Cardinal Ratzinger, comme la plupart des théologiens le font, qu’advient-ils des simples fidèles qui ne sont pas équipés pour se défendre ?

Votre question rhétorique est par conséquent injuste. Je ne suis ni contre vous ni contre aucun de mes frères prêtres. C’est le Cardinal Ratzinger et son clan au Vatican qui sont la cause de cette crise.

La vérité n’a-t-elle plus de valeur pour vous désormais ? Ne ressentez-vous pas un besoin d’intégrité ? Comment puis-je continuer à représenter l’Église si celle-ci me désavoue aussi publiquement ?

Question 12. Comment osez-vous vous croire au-dessus du Magistère de l’Église ? Qu’en est-il de l’obéissance, de l’humilité ?

L’obéissance au Magistère n’a de sens que si celui-ci ne se trompe pas. Durant le Concile Vatican II, l’Église a été à deux doigts d’accepter de fausses doctrines. Rappelez-vous le premier projet de texte soumis par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi où l’on trouvait au moins DIX erreurs énormes, une d’entre elles étant une définition de la foi tout à fait contestable. Cela n’a-t-il pas demandé à l’époque des protestations vigoureuses de la part de responsables de l’Église et de théologiens (plusieurs d’entre eux ayant eu à en souffrir) avant que le dommage ne soit évité ?

Observez ce qui se passe actuellement dans l’Église. Le Cardinal Ratzinger ne fait que proclamer une absurdité l’une après l’autre sans que les responsables de l’Église aient le cran de proclamer la vérité et d’indiquer ce qui conviendrait pour les gens. Le Magistère ne fonctionne bien que s’il écoute et s’il consulte. L’actuel clan qui détient le pouvoir à Rome rend publics des décrets en matière de théologie qui sont rejetés par la majorité des théologiens auxquels on a d’ailleurs pas même demandé leur avis. Croyez-vous que l’Église, Jésus-Christ et le Dieu Tout-puissant qui est lui-même Vérité et Amour est bien servi en ne faisant pas connaître ce qui se passe ?

Les chefs de l’Église n’ont plus les qualités nécessaires pour assumer leur rôle parce que Rome a progressivement corrompu leur sens des responsabilités. Il existe une fausse idée de la loyauté comme si celle-ci n’impliquait pas une opposition loyale quand la nécessité s’impose. Il existe une fausse idée de l’obéissance comme si celle-ci ne comprenait pas le devoir du défi prophétique.

Les théologiens eux-mêmes sont en train de se laisser corrompre. La plupart sont en désaccord profond avec Rome mais ils baissent la tête pour éviter de recevoir des coups.

Je suis convaincu du besoin d’une autorité enseignante centrale. Mais rappelez-vous ce que le Christ a dit à propos du sel qui se gâte. Quelle est actuellement la valeur de l’autorité enseignante de Rome alors qu’elle a perdu presque toute sa crédibilité auprès de la plupart des responsables pastoraux et de la majorité des fidèles ? Le respect même du Magistère n’exige-t-il pas que nous nous levions et criions, pour être certain que sa vraie autorité ne soit pas érodée par les agissements irresponsables d’une petite clique qui assume aujourd’hui le pouvoir.

Question 13. Le Christ n’a-t-il pas promis de soutenir le Pape dans sa fonction d’enseignement ? Pourquoi ne faites-vous pas simplement confiance à Dieu en cette matière?

La situation est plus complexe que vous ne le laissez entendre et j’espère que vous admettrez que j’expose franchement ma position à ce sujet dans cette lettre.

Le Pape a reçu l’assurance du Christ qu’il bénéficiera de son aide dans sa fonction d’enseignement, mais cette aide ne vient pas simplement, ni même principalement, d’une grâce personnelle. Elle se compose plutôt des conseils et des orientations que lui offre l’Esprit-Saint qui parle par le Corps de l’Église. Ce qui veut dire que le Pape ne peut ignorer ce que l’Esprit lui dit par la bouche des évêques avec lesquels il partage le Magistère, par les théologiens qui ont reçu le charisme d’enseigner et par les simples fidèles qui indiquent ce qui est juste grâce à leur “sensus fidelium”. L’actuelle Congrégation pour la Doctrine de la Foi a gravement manqué à son devoir de consultation et a refusé les avis qui lui étaient proposés par des théologiens.

La Congrégation pour la Doctrine de la Foi a rendu publiques les raisons qui justifient que les femmes ne peuvent validement être ordonnées prêtres. Ces raisons, qu’elles viennent de l’Écriture ou de la Tradition, ne tiennent pas la route. Il est, par conséquent, de mon devoir de théologien qui s’est spécialisé dans ce sujet de révéler ces erreurs, tout comme Paul a défié Pierre (lisez Galates 2, 11).

Par le passé, l’Église a commis des erreurs épouvantables qui ont coûté très cher. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi [alors dénommée Saint-Office] a déclaré en 1866 que l’esclavage n’était pas contraire à la morale naturelle ou divine. Cette doctrine de Pie IX a été révoquée par Léon XIII et absolument condamnée par Vatican II. Le Pape actuel, égaré par ses conseillers romains, commet des erreurs similaires.

J’ai beaucoup de respect pour l’autorité enseignante ultime du Pape, qui a énormément de valeur à mes yeux. C’est un don précieux du Christ à son Église et nous en avons terriblement besoin. Mais en raison des désastreuses suggestions des actuels conseillers du Pape, cette autorité a subi un énorme dommage. Dans l’Église, tous les théologiens et les pasteurs attentifs savent que l’enseignement de Humanae Vitae n’est pas acceptable, et ils conseillent leurs ouailles en conséquence. Si nous voulons la sauvegarde du Magistère lui-même, il faut réintroduire un vrai processus de consultation voulu par le Christ et consacré dans les textes de Vatican II.

Question 14. Votre conflit avec Rome ne discrédite-t-il pas votre travail actuel à Housetop?

Non, il ne le discrédite pas. Mon conflit personnel avec Rome n’affecte nullement le travail de Housetop. Vous devez savoir que :

1. Mon regrettable conflit avec Rome n’affecte en rien le statut de Housetop. Le regretté Cardinal Basil Hume, qui fut archevêque de Westminster (diocèse dans lequel Housetop est situé) et Mgr David Constant, évêque de Leeds, (qui est notre responsable ecclésiastique) m’ont assuré qu’ils continueront à soutenir Housetop et son travail.

2. Les questions controversées à cause desquelles j’ai un problème de conscience vis-à-vis de Rome, y compris l’ordination des femmes, ne sont jamais mentionnées dans les cours de formation à la foi conçus par Housetop. Puisque ces cours visent à approfondir la foi plutôt que de proposer des nouveautés théologiques, j’évite soigneusement d’introduire dans ces cours ce genre de questions controversées.

3. Les livres accompagnant ces cours, c’est-à-dire la série Walking on Water [Marcher sur l’eau] et How to Make Sense of God [Comment donner un sens à Dieu] ont reçu tous deux l’Imprimatur.

4. Mon désaccord personnel vis-à-vis de Rome ne met aucunement obstacle à l’important ministère de formation dans lequel Housetop est engagé.

Pour connaître les derniers projets de Housetop, visitez le site Web de Housetop (en anglais).

Question 15. En quoi votre décision de démissionner du ministère sacerdotal concerne-t-elle votre travail futur ?

Mon abandon du ministère sacerdotal effectif en signe de protestation contre les agissements de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi ne veut nullement dire que je quitte l’Église ou que j’abandonne la foi catholique. Je maintiens tout ce que j’ai enseigné et écrit. Je dois à mon amour de la vérité et à mon sens de l’intégrité, tels que je les conçois honnêtement en tant que théologien, d’exprimer mon opposition à ce que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi proclame actuellement comme étant la vraie doctrine catholique. J’ai un problème de conscience et j’espère et prie pour que les souffrances qu’il cause permettent aux autorités de l’Église de retrouver leurs esprits, de sorte que l’Église puisse faire effectivement face aux réalités nouvelles du monde contemporain.

Je continuerai ma tâche comme théologien et écrivain.

Texte de John Wijngaards.
Traduction française par Jacques Dessaucy.



John Wijngaards Catholic Research

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