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Les femmes selon Thomas d’Aquin

Les femmes selon Thomas d’Aquin

Si seulement il avait su ce que nous savons…

par John Wijngaards

Extrait du National Catholic Reporter, 14 janvier 2000, p 20 .

Lisez également : Saint Thomas d’Aquin (1224 – 1274 ) .

Les traditionalistes aiment se représenter Saint Thomas d’Aquin (1224 – 1274) comme le rempart de l’orthodoxie qu’on ne remet pas en question. Il est le modèle pour tous les théologiens, ‘capable de renverser les dangereux principes du nouvel ordre’, pour citer le pape Léon XIII. N’est-ce pas la raison pour laquelle Thomas a été proclamé le patron des universités, des collèges et des écoles ? Le message est le suivant : Ah, si seulement nous pouvions absorber la discipline mentale de Thomas, nous ne serions pas englués dans cette façon vaseuse de penser de notre époque, comme, par exemple, d’aller jusqu’à imaginer que les femmes pourraient un jour présider à l’Eucharistie… Mais cela fait-il justice à Thomas le mystique, le chercheur, le champion révolutionnaire de la vérité ?

Thomas étudia la théologie à l’université de Naples, où les études des sciences naturelles et les savants séculiers étaient encouragés . Thomas avait lu Aristote à une époque où la philosophie aristotélicienne complète était un sujet défendu dans la plupart des autres universités européennes. Il est confortable d’oublier que pendant sa vie, et, particulièrement quand il enseignait à Paris, Thomas fut discrédité et attaqué, parce qu’il se basait sur des auteurs séculiers et parce qu’il appliquait rigoureusement le principe de la vérité à chaque aspect de la foi.

Il est important de souligner cette loyauté à la foi quand nous considérons que Thomas a évalué la question de l’admission des femmes à la prêtrise. Thomas considérait que l’opinion d’un théologien était aussi valide que ses arguments. Dans cette optique, quelles étaient ses raisons pour déclarer qu’appartenir au genre féminin est un empêchement pour recevoir les Saints Ordres ? Thomas en énuméra trois : les Écritures défendent aux femmes d’enseigner dans l’Église ou d’exercer l’autorité sur les hommes. Les diaconesses dans l’Église primitive n’étaient pas ordonnées d’une manière sacramentelle. Le genre féminin ne peut représenter le Christ, parce que les femmes sont des êtres humains incomplets (S.Th. III Supp. 39,1). Comment ces arguments résistent-ils à l’analyse ?

Pour démontrer que les femmes ne peuvent enseigner, Thomas citait 1 Corinthiens 11,1 – 11 et 1 Thimothée 2,12. Toutefois ces passages se rapportent à des restrictions imposées aux femmes à cause de circonstances spécifiques dans des communautés locales. On ne peut en déduire des principes généraux. En fait, même l’Église le reconnaît de nos jours. Le Droit Canon permet aux femmes d’être désignées comme lectrices, acolytes, choristes, de prêcher, de conduire les services de prières, d’administrer le baptême et la communion (Can 230, §2 et §3) et ainsi, ‘d’enseigner dans l’Église et d’avoir une autorité sur les hommes’. Donc le premier argument vole par-dessus bord.

En ce qui concerne les diaconesses dans l’Église primitive, Thomas les écarte comme ‘des femmes qui partageaient seulement quelques actions d’un diacre, à savoir en faisant des lectures à l’Église.’ S’il avait su, comme nous le savons aujourd’hui, qu’on donnait aux diaconesses une pleine ordination sacramentelle par les mêmes rites que ceux utilisés pour ordonner les hommes, cela l’aurait arrêté en chemin. En effet, le grand théologien des sacrements qu’il était, aurait reconnu dans le diaconat reçu par les femmes, la matière et la forme complètes qui constituent les Saints Ordres. Cela aurait suffi à lui faire changer d’avis ; ...ou peut-être pas ?

Notions biologiques inadéquates

Comme ses contemporains, Thomas manquait d’une bonne information sur ce qui constitue la différence entre les hommes et les femmes. Selon la perception gréco-romaine de la procréation, une perception qui a perduré jusqu’au 18ème siècle, il n’existe qu’un seul sexe, sous deux formes. Une personne du genre féminin est une variante inférieure du mâle. L’acte de génération est accompagné de ‘chaleur’, d’ ‘esprit vital’, qui est l’élément qui produit la différence entre homme et femme. Les hommes seuls possèdent assez de chaleur pour produire la graine qu’ils mettront dans l’utérus de leur partenaire, comme la graine semée dans le sol.

Les fœtus développent tout leur potentiel, leur masculinité, s’ils amassent un surplus décisif de ‘chaleur’ ou ‘d’esprit vital’dans leurs premiers développements au sein de l’utérus. Les femmes seraient le résultat d’une chaleur insuffisante absorbée par le fœtus. Ce qui aurait pu être un homme complet devient une femme. Thomas lui-même dit « Une femme est déficiente et involontairement mise au monde. Parce que le pouvoir actif du sperme cherche toujours à produire quelque chose de complet comme lui-même, quelque chose de mâle. Ainsi, si une femelle voit le jour, cela peut provenir de ce que le sperme est faible ou parce que la matière [pourvue par la mère] ne convient pas ou à cause de l’action d’un facteur extérieur comme le vent du sud qui rend l’atmosphère humide. » (St Th.I,q 92, 1, 1). Thomas pensait que la déficience de la femme était confirmée par son pouvoir intellectuel inférieur. Vivant dans un état de sujétion au mâle, la femme n’est pas entièrement une image de Dieu, comme l’est chaque homme.

Lisez ici la documentation sur la biologie ancienne

C’est précisément pour cette raison, parce que la femme est seulement un mâle incomplet, que Thomas a cru qu’une femme ne pouvait par représenter le Christ. En effet, dans l’Eucharistie, le prêtre est un signe du Christ. « Comme il n’est pas possible que le genre féminin représente un degré éminent, il en découle que la femme ne peut recevoir le sacrement des Saints Ordres. » Est-ce que Saint Thomas aurait été capable de soutenir cette suite d’arguments s’il avait su, comme nous le savons, que masculin et féminin sont au même niveau, qu’ils sont deux sexes distincts biologiquement et complémentaires, également responsables pour la procréation ? N’aurait-il pas admis que la femme également, peut signifier un degré éminent ?

Lisez à propos de l’opinion de Saint Thomas ‘Le genre féminin ne peut représenter un degré éminent’..

Les textes de Saint Thomas et des autres savants médiévaux, que Rome cite pour soutenir son exclusion des femmes prêtres, ont été complètement publiés et analysés dans www.womenpriests.org. Aucun d’entre eux n’apporte des arguments qui résistent à l’analyse aujourd’hui. Et Saint Thomas aurait été le premier à l’admettre. La doctrine sacrée est une affaire de discussion, enseignait-il, dans le sens que la théologie doit prouver ce qu’elle enseigne. Et que dire des enseignements de la biologie ? ‘La vérité, où qu’elle se trouve, est la vérité de Dieu.’

Accepter les femmes prêtres aurait constitué un grand pas pour saint Thomas. Mais ne dit-il pas dans son bel hymne Sacris Solemniis, un hymne que nous chantons à la Pentecôte : « Recedant vetera, nova sint omnia » – laissez reculer ce qui est dépassé et que chaque chose soit neuve ! »

Lire également : Saint Thomas d’Aquin (1224 – 1274 après J.C.)

John Wijngaards

traduction :Françoise Bourguignon

Veuillez indiquer que ce document est publié par www.womenpriest.org

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