WOW 2001 Address - John Wijngaards - French
Women's Ordination
Worldwide
première conférence internationale
Dublin 2001
Traduction: Jacques Dessaucy
Discerner la Nouvelle Création de l'Esprit
Réflexions pour une stratégie
Je ne
sais pas si vous connaissez l'histoire, inventée bien sûr, de la
Congrégation de la doctrine de la foi réunie d'urgence à
Rome. "Nous faisons tout ce qui est possible" déclare un monsignore ,
"mais beaucoup de fidèles dans l'Église croient encore
que les femmes peuvent être ordonnées. Nous avons interdit toute
discussion sur ce sujet.
Nous ne nommons que des
évêques qui s'engagent à ne pas promouvoir les femmes
prêtres. Les curés doivent prêter un serment de
fidélité. Les théologiens qui parlent franchement du sujet
sont sur une liste noire et sont expulsés de leur congrégation ou
interdits d'enseignement. Cela ne semble pourtant pas arranger les
choses."
- "Nous pourrions brûler leurs livres", suggéra un
consulteur.
- "Nous l'avons fait. Mais cela leur fait une publicité
non souhaitable."
- "Nous pourrions demander au Pape d'écrire une
autre encyclique sur les femmes", suggéra quelqu'un d'autre.
- "Cela
n'aidera en rien. Après Mulieris Dignitatem, les deux tiers
des Catholiques estiment que des femmes feraient d'excellents prêtres
!"
- "Alors, nous n'avons pas le choix ", soupira le Préfet de la
Congrégation. " Nous devons cesser de baptiser les femmes."
1
Et maintenant, où allons-nous ?
Ceux qui
sont opposés à l'ordination des femmes prétendent
habituellement que ce désir d'ordination découle du mouvement
actuel visant à obtenir l'égalité des droits pour les
hommes comme pour les femmes. Ce point de vue présente la demande
d'ordination des femmes comme une idée innovatrice et moderne, une
invention profane, l'intrusion du principe profane d'égalité
sociale dans l'enceinte sacrée de la liturgie, une capitulation face aux
véhémentes manuvres d'intimidation féministes.
Inter Insigniores l'impute à la fois à
l'émancipation féminine et à la pression
cuménique des autres Églises.2
Mais s'il est vrai que le climat d'émancipation sociale a poussé
à soulever la question de l'absence de femmes dans les
ministères, la véritable origine de cette exigence réside
dans notre baptême commun.
Depuis Vatican II, l'arrivée des
théologiennes a apporté une nouvelle dimension dans
l'Église. Elles ont commencé à mettre
systématiquement à jour les inégalités entre les
hommes et les femmes dans tous les domaines de la vie de l'Église : dans
le culte comme dans la spiritualité, dans la paroisse comme dans les
foyers, dans la théologie comme dans le Droit canonique...3 Elles ont examiné à frais
nouveaux le rôle des femmes dans l'Église primitive et en ont
tiré les conséquences en ce qui concerne l'exégèse
du Nouveau Testament.4 Elles ont
étudié en détail comment vivaient les femmes au cours des
différentes périodes de l'histoire de l'Église.5 Dans une perspective féminine,
elles ont apporté un nouvel éclairage en matière de
langage liturgique, d'images et de symbolisme chrétiens.6 Mais aucune de ces théologiennes, à ma
connaissance, ne prétend que l'égalité des hommes et des
femmes dans le Christ découle des droits civils ou de droits de nature
profane. Nous devons faire la distinction entre les influences
extérieures exercées sur une doctrine et sa source
chrétienne. (Voir schéma n° 1).
Le Concile Vatican II reconnaît que
l'Église devrait être attentive à ce que nous dit la
société. Nous devons être attentifs aux signes des temps.
Le Concile nous demande de "discerner dans les événements, les
exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il [le Peuple de Dieu
] participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de
la présence ou du dessein de Dieu."7
Le Concile partage la préoccupation de la
société actuelle pour l'égalité des droits et il
souligne que l'émancipation des femmes est une cause importante. "En
vérité", déclare le Concile, "il est affligeant de
constater que ces droits fondamentaux de la personne ne sont pas encore partout
garantis. Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la
liberté de choisir librement son époux ou d'élire son
état de vie, ou d'accéder à une éducation et
à une culture semblables à celles que l'on reconnaît
à l'homme."8 Il reste
qu'effectivement l'émancipation de la femme dans la
société fait pression sur l'Église. Elle force les
Catholiques à répondre à la question : "Pourquoi
refuse-t-on le sacrement de l'ordination aux femmes dans l'Église
?"9 Mais ces justes incitations extérieures
ne justifient pas en elles-mêmes la demande que les femmes soient
ordonnées.
Cette demande vient de notre baptême commun en
Christ. Car il n'y a rien qui distingue le baptême d'un homme de celui
d'une femme. Comme le dit Paul : "Oui, vous tous qui avez été
baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n'y a plus l'homme
et la femme... car tous, vous n'êtes qu'un en Jésus Christ " (Gal
3, 26-28). Puisque nous ne vivons plus à l'époque de l'Ancien
Testament, nous ne réalisons pas combien ce fait est important. Les
Israélites étaient le Peuple de Dieu, oui, mais les hommes
l'étaient plus que les femmes. Les hommes ne dominaient pas seulement
dans leur foyer et dans la société. En matière de
religion, les hommes jouissaient d'un statut privilégié. Seuls
les hommes étaient circoncis. L'alliance avait été conclue
directement avec eux. Les femmes faisaient partie de l'alliance par
l'intermédiaire de leur père ou de leur mari. Les hommes devaient
sacrifier au Temple. Les femmes pouvaient y participer si elles le
souhaitaient, mais à une certaine distance. Le Christ a détruit
cette discrimination fondamentale.10
Les hommes comme les femmes meurent à égalité avec
le Christ et ressusciteront avec lui pour une vie nouvelle. Hommes et femmes,
chacun de la même manière, partagent en Christ la dignité
de prêtre, de prophète et de roi. L'accès des femmes au
ministère ordonné découle du sein du sacrement de
baptême lui-même. La revendication d'une égalité
sociale peut nous avoir réveillés. La réalité de
l'égalité dans l'alliance du Christ a toujours existé.
La demande que soit autorisée l'ordination des femmes surgit du
centre de notre foi catholique.
- Elle est issue directement de l'égalité des hommes et
des femmes dans le sacerdoce universel en Christ, reçu au baptême.
- Elle découle de la nature de l'Église en tant que
Peuple de Dieu duquel hommes et femmes sont pleinement membres à
égalité.
- Elle vient de la pleine participation des femmes au sacrement de
l'ordre dans sa totalité.
- Elle est témoignée par le sens de la foi dont jouissent
les Catholiques qui leur permet de sentir instinctivement que ce n'est ni Dieu
ni le Christ qui interdit le sacerdoce aux femmes.
Si nous voulons établir une stratégie, ceci a
d'importantes conséquences. Chacun des différents groupes qui
forment Women's Ordination Worldwide a déjà consacré
beaucoup de temps à établir des stratégies
concrètes et des propositions pratiques. J'estime que je dois formuler
certains aspects importants de cette stratégie qui pourront nous faire
avancer vers notre objectif commun. Sans prétendre être exhaustif,
je vais proposer quatre principes qui, je pense, vont mener à une
discussion fructueuse.
Principe n° 1. Le mouvement pour l'ordination des femmes doit se
positionner carrément au cur de l'Église.
- L'ordination des femmes prêtres est un aspect d'une
réforme beaucoup plus générale de l'Église.
Le
besoin même d'une réforme ne se limite pas à la question de
l'ordination des femmes. D'autres questions y sont liées : la
réforme pastorale des ministères, la participation des laïcs
à l'administration de l'Église, la morale sexuelle (y compris un
usage responsable de la contraception, le célibat optionnel, une
réévaluation de l'homosexualité), plus de
coresponsabilité à tous les niveaux (conférences
épiscopales, diocèses, paroisses), etc. Bien que l'ordination des
femmes soit une cause très valable en soi, sa réalisation
effective exige une réforme structurelle dans de nombreux autres
domaines de la vie de l'Église.
- Ce mouvement concerne toutes les parties de l'Église.
La
différence entre un mouvement et une association est que le
premier exerce une influence sur la société de différentes
manières comme le levain transforme la pâte. Tous les membres du
Peuple de Dieu : le Pape, les évêques, les prêtres, les
religieux et religieuses ainsi que les laïcs doivent redécouvrir
l'égalité des hommes et des femmes dans le Christ. Nous ne seront
pas satisfaits tant que toute la communauté des fidèles, conduite
par ses pasteurs, ne reconnaîtra pas que les femmes doivent être
admises à l'ordination.
- Le mouvement vise à transformer l'Église de
l'intérieur.
La participation pleine et entière des femmes
à tous les ministères exige une révision du Droit
canonique, une réforme de la formation dans les séminaires, des
structures ecclésiastiques et de la pastorale.
- Le mouvement doit rester carrément au sein de
l'Église.
Nous ne pouvons pas tolérer que le mouvement en
faveur de l'ordination des femmes soit mis à l'écart ou
même pire : jeté sur un tas d'ordures hors de l'Église.
C'est ce que nos opposants aimeraient voir se passer : en finir avec nous comme
on repousse une invasion d'extra-terrestres, on élimine une infection,
on enlève une excroissance.
En d'autres termes, nous voulons que des femmes soient
ordonnées prêtres parce que nous sommes Catholiques et que nous
savons que l'ouverture de l'ordination des femmes correspond à nos
convictions les plus profondes en tant que Catholiques. En aucun cas, nous ne
nous laisserons pousser en dehors de la communauté catholique.
On m'a raconté que, le siècle dernier,
un de mes ancêtres hollandais s'est disputé avec
son curé, un conflit qui a duré 20 ans. La raison en était
que le curé faisait payer les chaises de l'église paroissiale,
les premiers rangs coûtant plus cher. Dimanche après dimanche, mon
ancêtre, Klaas Wijngaards, restait debout au fond de l'église. Un
jour, le curé l'interpella de la chaire :
"Pour l'amour de Dieu,
Klaas, pourquoi: n'avances-tu pas puis t'asseoir?"
Klaas refusa.
"Si
c'est ainsi, sors de l'église et rentre chez toi!"
"Je ne peux pas"
cria Klaas. "C'est mon église autant que la vôtre!"
Mais si nous ne voulons pas que les autres nous poussent dehors,
nous-mêmes devons éviter de faire ce qui pourrait nous exclure de
la communauté de l'Église. Je fais allusion en particulier
à une initiative visant à faire ordonner des femmes par des
évêques qui ne soient pas en communion avec l'Église
catholique.
Je ne parle pas ici de certaines femmes qui peuvent avoir
discerné que, dans leur cas particulier, leur vocation sacerdotale
pèse plus que leur appartenance à l'Église catholique.
Étant donné qu'actuellement on ne voit guère quand une
telle ordination pourra être admise dans l'Église catholique, je
peux comprendre que des femmes puissent avoir des motifs valables pour se faire
membres d'une Église sur et de se proposer d'y exercer un
ministère. Elles devraient avoir notre soutien inconditionnel. Mais ceci
est tout à fait différent d'organisations promouvant l'ordination
des femmes en tant que telles en soutenant l'ordination de femmes par un
"évêque extérieur". Une telle initiative est à
rejeter pour différentes raisons :
- La hiérarchie, laquelle a encore besoin d'une solide
réforme de son organisation comme de son fonctionnement, fait partie de
la communion sacramentelle de l'Église. Le Christ a dit à propos
des évêques et des prêtres : "Qui vous voit, me voit". Nous
ne devons pas détruire l'unité de l'Église en visant
à obtenir une réforme interne à l'Église.
- En organisant des ordinations hors de l'Église, le mouvement
perdrait la sympathie des évêques, des prêtres, des
religieux, religieuses et dirigeants laïcs qui, bien qu'ils se taisent,
sont actuellement de notre côté.
- Nous devons soutenir les ordinations de femmes
conférées par des évêques catholiques en charge d'un
diocèse ou par des évêques appartenant à une
conférence épiscopale qui, de ce fait, construisent leur propre
Église. Nous avons l'exemple admirable d'un évêque
tchèque, Mgr Felix Davidek de Brno
qui, dans les années '70, sous le régime communiste, a
ordonné des femmes. Les évêques sont les "vicaires du
Christ" car "ils ne doivent pas être considérés comme les
vicaires des Pontifes Romains, car ils sont revêtus d'un pouvoir qui leur
est propre et sont appelés en toute vérité chefs
spirituels des peuples qu'ils gouvernent"11 Bien
sûr, ils ont à mettre en balance le bien-être spirituel de
leurs fidèles avec le risque de briser l'unité de
l'Église. Mais sur la base des Écritures, de la Tradition et de
la théologie, ils pourraient légitimement décider que, en
raison des besoins pastoraux, ils ne sont pas obligés de tenir compte
d'une ingérence injustifiée des autorités romaines.
- Notre but est de faire en sorte que toute l'Église
catholique admette les femmes à tous les ministères. Nous aurons
échoué si nous n'obtenons pas que la réforme que nous
proposons soit incorporée à toutes les structures et cela,
à tous les niveaux de l'Église catholique. Quitter
l'Église ne permettrait d'atteindre ce but. Aujourd'hui, nous vivons une
sérieuse "cassure" dans l'Église puisque la moitié de ses
membres est exclue des ministères ordonnés. Mais la nouvelle
"intégralité" que nous désirons sera atteinte par une
confrontation avec la Hiérarchie, si pénible soit-elle,
plutôt que par toute action qui nous excluerait en fait du corps de
l'Église.
- Nous ne visons pas seulement la possibilité d'un
ministère sacerdotal uniquement pour un petit nombre de femmes. Nous
voulons que toutes les femmes catholiques puissent jouir du droit de
prendre part à tous les ministères, y compris l'épiscopat
et la papauté. Ceci est un objectif plus difficile à atteindre
mais le seul qui corresponde vraiment à notre sens catholique.
La vérité nous rendra libres
Ceux qui mènent
campagne en faveur de l'ordination des femmes pensent parfois que battre le
tambour en faveur des droits des femmes va rallier les opposants. Mais sera-ce
le cas ? Ne sous-estimons-nous pas la force des mécanismes de
défense ? Le fait que Marie ait été ridiculisée par
les Protestants au cours des siècles précédents ne
s'est-il pas traduit par un regain de ferveur parmi les Catholiques ?
N'avons-nous pas pu constater dans les écoles que forcer les
élèves à assister à la messe a eu pour effet qu'ils
en sont venus à détester la messe ? Une intervention
extérieure ne s'est-elle pas souvent traduite par l'effet opposé
à celui souhaité ? (voir
schéma n° 2).
N'oublions pas que l'opposition à l'ordination
des femmes repose essentiellement sur un préjugé. Comme l'ont
montré des études de psychologie, le préjugé se
nourrit de son propre système de raisonnement. Le préjugé
justifie l'hostilité qu'il exprime par des arguments qu'il
prétend raisonnables. "Un préjugé est une attitude
émotionnelle qui conduit à sélectionner certains faits sur
lesquels mettre l'accent, tout en en occultant d'autres."12 Le préjugé repose sur
une "évidence erronée, décalée, qui opère
une sélection".13 La
prévention contre les Noirs américains (les "Noirs"), par
exemple, repose sur l'idée qu'ils forment une race inférieure,
qu'ils sont moins intelligents, insouciants, imprévisibles.14
En ce qui concerne les préjugés contre les femmes
prêtres, les arguments tout faits remontent au Moyen Âge.
"Jésus n'a pas voulu de femmes prêtres. L'Église n'a jamais
admis de femmes à l'ordination, etc." Les arguments appelés
à étayer un préjugé doivent être pris au
sérieux car la première chose à faire pour détruire
un préjugé dans la tête de ceux qui en sont victimes est
qu'ils en viennent à reconnaître que la base sur laquelle ce
préjugé repose est erronée. Cela demande de remettre en
question la validité de leurs raisons et des justifications "logiques"
qu'ils avancent. Surmonter la prévention à l'encontre des Noirs,
par exemple, demande que soient reconnues leur intelligence, leur force de
caractère et leur honnêteté. Les évêques, les
prêtres et les laïcs qui pensent que c'est Jésus qui a exclu
les femmes, doivent être amenés à prendre conscience de la
vacuité de cette idée. Et leur affirmation suffisante que "cela
n'a jamais été fait" peut être démolie par les
preuves irréfutables que des femmes ont déjà reçu
le sacrement de l'ordre puisqu'elles ont été ordonnées au
diaconat selon le rite d'une ordination tout à fait sacramentelle.
Le besoin d'un effort concerté afin de diffuser une information
correcte découle également du comportement des groupes sociaux
lorsque ceux-ci sont confrontés à une critique venant de
l'extérieur. Pensez à "l'endocrinement en groupe", un
phénomène bien connu que l'on trouve dans les sectes actuelles
lesquelles tentent d'immuniser leurs membres en leur inculquant leur propre
vision du monde. Au cours des siècles, l'Église a souvent agi de
façon similaire. En raison de la propagande protestante et même la
persécution dans certains pays, l'Église de la Réforme
catholique s'est constituée en forteresse "afin de protéger les
fidèles". Elle a produit des catéchismes en vue de
répondre aux attaques de ses opposants (voir
schéma n° 3). Une
évolution semblable se produit actuellement.
Les responsables de l'Église sont bien
conscients de la pression exercée par l'émancipation des femmes
au sein de la société. Au cours des trente dernières
années, ils ont élaboré une idéologie officielle
qui s'efforce d'expliquer "pourquoi la conception catholique est
différente". Pour les gens qui se sentent pas très solides dans
leur identité catholique, la "position officielle" est confortable
à défendre. Il n'est pas rare, par exemple, de défendre
l'interdiction d'ordonner des femmes en faisant appel aux arguments
traditionnels.15 Ils ont besoin de ces arguments
pour expliquer à eux-mêmes d'abord puis aux autres que l'exclusion
des femmes du ministère n'est nullement une négation de leur
dignité ou de leur égalité avec les hommes au sein de
l'Église.
Il faut noter que l'argument de l'égalité des droits des
deux sexes ne convainc nullement de telles personnes. Leur réaction sera
: "Alors quoi ? Ce n'est pas un problème
d'égalité de droit. C'est Jésus qui l'a voulu ainsi. Et il
avait de bonnes raisons."
Les conséquences de tout ceci sont claires :
Principe n° 2. Le mouvement en faveur de l'ordination des femmes
doit promouvoir un programme d'éducation au changement. (voir
schéma n° 4)
- Nos collaborateurs actifs doivent être soigneusement
informés de manière à pouvoir agir comme
animateurs.
Il ne suffit pas pour nos membres militants de soutenir l'ordination
des femmes à partir de l'axiome de "l'égalité dans le
Christ" (aussi valable que cet axiome fondamental puisse être). Ils
doivent connaître les arguments pour et contre.
- Aucun dialogue avec les membres de l'Église fidèles
à la "tradition" n'est possible sans comprendre la façon dont
ils raisonnent. On peut le regretter mais nos animateurs doivent
être familiers avec les motifs principaux selon lesquelles les femmes se
voient interdire l'ordination et les raisons théologiques qui invalident
ceux-ci. (Voir schéma n° 7
).
- Les animateurs doivent connaître parfaitements les
arguments tirés des Écritures et de la Tradition qui militent en
faveur de l'ordination des femmes. Ils doivent aussi être rompus à
la stratégie. (Voir schéma n° 8).
- La bibliothèque catholique sur Internet spécialiste
de l'Ordination des femmes offre déjà
un petit cours sur la question de la femme
prêtre lequel traite des principaux domaines en discussion.
- Via les médias, le grand public peut prendre part une
discussion sur base solide.
Nous vivons à l'ère des médias et les gens
reçoivent la "vérité" des médias. Heureusement, les
médias portent de l'intérêt au conflit relatif à
l'ordination des femmes (ils adorent les conflits) mais ils ont tendance
à monter en épingle la question de l'égalité des
droits dans le sens : "L'Église catholique est le dernier bastion
où les hommes dominent". Si cela peut se révéler exact,
cette angle d'attaque déclenche des mécanismes de défense
dans l'esprit de nombreux Catholiques. Il est donc important que les arguments
théologiques visent juste.
- Des documents, des débats publics en panel, des
interviews, des articles solides peuvent susciter une saine prise de conscience
des véritables problèmes religieux en jeu et du manque de
solidité des affirmations traditionnelles.
- Il faut organiser ces initiatives avec l'aide de professionnels
des médias. Trop souvent nous sommes à la merci de la
façon dont les médias envisagent les choses.
- Nous devons faire en sorte que la discussion se poursuive entre les
leaders d'opinion dans l'Église.
Dans l'Église catholique, les principaux leaders d'opinion
sont : les évêques, les prêtres, les responsables de
publications, les écrivains, les conférenciers et les
enseignants. Toutes les membres de ces catégories appartiennent à
certaines organisations et ont des réunions régulières.
Nombre de ces leaders d'opinion sont sympathiques à la cause de
l'ordination des femmes, mais ils ont besoin d'être stimulés pour
mettre la question à l'ordre du jour.
- Partout où c'est possible, nous devons organiser des
séminaires, des ateliers et des colloques sur l'ordination des femmes.
- Nous devons demander aux diverses organisations de consacrer une
de leurs rencontres (par exemple, leur assemblée annuelle) à ce
sujet.
- Nos animateurs devraient donner des "cours" de prise de conscience au
niveau local.
La plupart des paroisses comptent des groupes de prière, des
groupes bibliques, organisent des réunions pour l'Avent ou le
Carême qui sont susceptibles d'accueillir un tel cours. Pareil pour les
associations féminines et masculines.
- Une série de réunions (par ex. cinq soirées)
pourraient être mises sur pied par un animateur local durant lesquelles
les différents aspects du problème seraient exposés puis
discutés. Une documentation adéquate devrait être
préparée : un petit guide, des documents à consulter et
les vidéos les accompagnant.
- Les institutions qui dispensent une formation théologiques
à l'intention des prêtres, des religieux ou des laïcs
devraient proposer des cours centrés sur la question de la femme
prêtre.
- Nos programmes de formation doivent aussi inspirer la confiance.
Se battre contre les structures patriarcales ressemble souvent
à un combat pour une cause perdue. Bientôt se manifestent des
signes de découragement. Les participants doivent à la fois
diposer d'une documentation valable et reposer sur une solidarité
mutuelle. L'Église a affronté ce genre de crise dans le
passé et des réformes ont été accomplies. Nous
pouvons avancer avec la ferme conviction que ce pourquoi nous uvrons et
nous prions deviendra un jour réalité.
Susciter des expériences contraires
La psychologie nous
apprend une autre leçon : fournir une information correcte ne suffit
pas. Les préjugés ont la plus grande chance de se propager et de
fleurir grâce à ce qu'on a appelé la "distance sociale".
Ils peuvent être détruits en suscitant la familiarité.
(Voir la moitié inférieure du
schéma n° 2).
Restons-en à l'exemple déjà
évoqué des Afro-Américains puisque le
phénomène a été amplement étudié :
les gens qui ont des préjugés envers les Noirs en comptent
rarement parmi leurs amis intimes. Dans ce contexte, les psychologues
distinguent six niveaux de proximité : (1) liens de parenté par
mariage ; (2) amis personnels ; (3) voisins ; (4) collègues de travail ;
(5) émigrants et (7) étrangers visitant le pays. Une recherche
datant de 1928 montre que les Américains blancs moyens admettraient des
Anglais ou des Canadiens dans leur cercle familial et parmi leurs amis,
seraient hésitants vis-à-vis d'Espagnols, d'Italiens et de Juifs
et ne pourraient supporter des Nègres, des Chinois ou des Indiens.
D'autre part, une fois que des individus appartenant à ces peuples
suspects étaient admis dans leur intimité, les
préjugés disparaissaient plus aisément.16
Je ne sais pas si vous connaissez l'histoire de ce chirurgien qui arrive
en retard à l'hôpital, fonce vers la salle d'opération
où se trouve un jeune homme qui doit subir une intervention d'urgence.
En voyant le patient, le chirurgien s'exclame : "Mais c'est mon fils !" Le
patient ouvre les yeux et dit : "Salut, m'man !" - Surpris ? C'est que nous ne
sommes pas habitués à penser aux chirurgiens comme
étant des femmes. Et que penser du jeune homme qui dirait : "Salut,
m'man !" à une évêque ?
Le mot-clé ici est familiarité. Les Catholiques sont
habitués à toujours voir des hommes officier à l'autel ;
au niveau diocésain et en paroisse, seuls les hommes prennent les
décisions. Nous associons inconsciemment les fonctions liturgiques aux
hommes. Plus nous verrons de femmes assumer des rôles se rapprochant du
ministère sacerdotal, plus nos résistances psychologiques
internes se réduiront.
Principe n° 3. Le mouvement en faveur de l'ordination des femmes
devrait promouvoir toutes les initiatives visant à donner plus de
responsabilités aux femmes dans l'Église. (Voir
schéma n° 5)
En
d'autres termes, les étapes intermédiaires ont toute leur
importance. Les barrières psychologiques doivent être
brisées par des femmes assumant une présence la plus visible
possible au sein de la communauté catholique.
- Les femmes devraient être à l'autel en habits
liturgiques
Bien que le ministère sacerdotal dépasse de beaucoup
la présidence de l'Eucharistie, c'est la proximité des femmes par
rapport à celle-ci qui servira de symbole significatif à mettre
sous les yeux des Catholiques défenseurs de la tradition.
- Des femmes déjà participent au culte eucharistique
en faisant partie de la chorale ou en la dirigeant. Ceci est une avancée
notable si l'on se rappelle que, jusqu'en 1917, il était interdit aux
femmes par le Droit canonique de faire partie d'une chorale. Cette interdiction
ridicule a été rappelée plus d'une fois par la
Congrégation pour la Liturgie. "Ni des jeunes filles, ni des femmes
adultes ne peuvent être membres d'une chorale à l'église"
(décret du 17 septembre 1897). "Les femmes ne peuvent faire partie d'une
chorale ; elles appartiennent au laïcat. Des chorales composées
uniquement de femmes sont aussi formellement interdites, excepté pour
des raisons sérieuses et avec l'autorisation de l'évêque"
(décret du 22 novembre 1907). "Toute chorale composée d'hommes et
de femmes, même si elles se placent loin du chur, est formellement
interdite." (décret du 18 décembre 1908).
- En de nombreux endroits, des femmes commencent à assumer
les rôles d'acolyte, de lectrice, de ministre de la communion et de
président des assemblées en l'absence de prêtre. Ici aussi
nous avons besoin de faire des avancées. Le Code de Droit canonique de
1917 réservait tous les ministères autour de l'autel uniquement
aux hommes (CIC 813). Le nouveau Code de 1983, toujours en vigueur
actuellement, autorise des laïcs, y compris des femmes, à
être lecteur, acolyte, prédicateur, animateur de prières,
ministres du baptême et de la communion, mais seulement par
"délégation temporaire" (Canon 230, § 2-3)
- Le langage inclusif doit toujours être employé dans
les textes liturgiques. Même si le prêtre qui officie oublie de
l'employer, les autres ministres tels que les lecteurs/lectrices et
prédicateurs/prédicatrices doivent respecter cette règle.
Les fidèles comprendront le message.
- Durant les prières d'intercession, une intention doit
être insérée régulièrement demandant au
Saint-Esprit de guider l'Église en ce qui concerne l'ordination des
femmes ou quelque chose du genre. La formulation a été
laissée délibérement ouverte pour deux raisons : (a) nous
n'avons pas à dicter au Saint-Esprit ce qu'elle doit faire ; (b) tous
les membres de l'assistance doivent pouvoir adhérer à
l'intention, de quelque côté qu'ils soient dans la question de
l'ordination des femmes.
- Le mouvement doit soutenir l'initiative chaque fois qu'une charge
pastorale est confiée à des femmes.
Actuellement, l'Église interdit à des femmes de
devenir clercs et donc les écarte ainsi toutes des charges
cléricales qui requièrent le pouvoir d'ordre ou le pouvoir de
gouvernement ecclésiastique (can. 219, §1 & 274 § 1).
D'autre part, l'Église autorise que des femmes soient nommées
pour accomplir beaucoup d'autres tâches et il faut en tirer pleinement
profit :
- Être membre du conseil pastoral diocésain (can. 512
§ 1) et du conseil paroissial (can. 536 § 1).
- Être membres à part entière de conseil
provincial d'évêques (can. 443 § 4), des synodes
diocésains (can. 463 § 2 & 1.5), du comité
diocésain des finances (can. 492 § 1) et de celui de la paroisse
(can. 537).
- Être économe du diocèse (can. 494).
- Être consultantes pour la nomination de curés (can.
524) et la nomination d'évêques (can. 377 § 3).
- Prêcher dans une église ou dans un oratoire bien que
sans faire l'homélie (can. 766).
- Être catéchistes (can. 785) et seconder le
curé dans la formation catéchétique des enfants, des
jeunes et des adultes (can. 776).
- Assister à des mariages sous certaines conditions
(c.1112).
- Seconder le curé dans l'exercice de sa charge pastorale,
comme assistants paroissiaux, ou comme aumôniers dans des hôpitaux,
collèges, centres pour jeunes et dans des institutions sociales (can.
519).
- Être responsable d'une paroisse en raison du manque de
prêtres (can. 517 § 2).
- Pour administrer certains sacramentaux (can. 1168).
- Assumer certains rôles dans un tribunal
ecclésiastiques, tels que juges (can. 1421 § 2), assesseurs (can.
1424), auditeurs (can 1428 § 2), promoteurs de justice et
défenseurs du lien du mariage (can. 1435).
- Assumer des rôles au niveau diocésain comme
chancelier ou notaire (can. 483 § 2).
- Le mouvement en faveur de l'ordination des femmes devrait, comme
première étape, promouvoir l'ordination de femmes diacres.
L'Église a une tradition bien établie de femmes
diacres. Il est possible que Rome fasse certaines concessions à cet
égard.
- Les femmes qui se sentent appelées à ce
ministère doivent être encouragées à faire des
études théologiques complètes.
- Les candidates valables doivent être
prêtes à être ordonnées diacres. Cependant, le
mouvement pour l'ordination des femmes ne devrait jamais accepter une version
édulcorée du diaconat pour les femmes. Si des femmes sont
ordonnées diacres, cela doit se faire étant entendu qu'elles
reçoivent le sacrement de l'ordre exactement de la même
manière que les hommes.17
Toutes les tâches mentionnées
ci-dessus peuvent être assumées par des femmes dans le cadre du
Droit canonique actuel et les occasions qui se présentent ne sont pas
toujours saisies. Il est encourageant de constater que différentes
conférences épiscopales s'efforcent d'assurer une meilleure
intégration des femmes dans des rôles à
responsabilité.18 Dans le même
temps, des femmes créent déjà de nouveaux
ministères dans les contextes pastoraux différents en
Amérique du Nord et du Sud, en Afrique, en Asie et en Europe. Ceci
annonce la manière dont un ministère sacerdotal
réformé pourra s'exercer dans l'avenir.
Surmonter le contrôle institutionnel
Au cours des
dernières années, Rome a déclenché un "règne
de la terreur" sans précédent dans l'Église dans le but
déterminé de faire cesser toute discussion à propos des
femmes prêtres. Cela découle, sans aucun doute, de la conviction
que l'ordination des femmes contredit l'Écriture et la Tradition et vise
à éviter aux fidèles une épreuve qui engendrerait
incertitude et confusion. Des mesures de contrôle institutionnel ont
été mises en place et une surveillance est assurée en
permanence. (Voir schéma
n° 3, moitié inférieure).
- Évêques. Seuls
ceux qui sont désignés comme candidats à
l'épiscopat doivent s'engager, vraisemblablement sous serment,
à ne pas se faire l'avocat de
l'ordination des femmes. Une pression constante est exercée sur les
évêques "pour qu'ils refusent tout soutien à ceux, que ce
soient des individus ou des groupes, qui défendent l'ordination
sacerdotale des femmes, que ce soit au nom du progrès, des droits
humains, de la pitié ou pour tout autre raison."19 Chaque évêque reçoit
personnellement des instructions détaillées sur la manière
de traiter des "dissidents" de leur diocèse. Les
Synodes des Évêques, qui ont été institués
afin de rogner le monopole de la Curie, ont été privés de
toute véritable influence sur l'établissement de l'ordre du jour,
par le fait que sont nommés dans les comités de nombreux membres
de la Curie romaine, par une subtile censure des contributions des
évêques, en omettant de manière sélective des
résolutions votées par les évêques.20
- Supérieurs religieux. Si un religieux ou une religieuse manifeste son désaccord
avec les vues de Rome au sujet des femmes prêtres, les
Congrégations romaines font pression sur son ou sa Supérieure
générale. Habituellement, cela se fait en coulisses et les
supérieurs religieux sont exhortés à garder cela secret,
mais certains cas ont été révélés au grand
jour. En octobre 1994, en Inde, quatorze religieuses en vue appartenant
à diverses congrégations religieuses ont fait connaître
leurs objections envers Ordinatio Sacerdotalis dans une lettre
adressée au Pape. Des pressions ont été exercées
sur toutes ces Congrégations.21
- Théologiens. Les
professeurs de séminaires et des instituts enseignant la
théologie doivent prêter le serment de fidélité
depuis Ad Tuendam Fidem (28 mai 1998)
qui
comprend un paragraphe marquant l'accord avec l'interdiction des femmes
prêtres. Des théologiens se sont vu retirer leur enseignement en
raison de leur opinion au sujet de l'ordination des femmes. D'autres ont
été avertis qu'ils seraient interdits d'enseignement s'ils
s'exprimaient sur ce sujet. Rome a publié de nouvelles instructions qui
mettent les institutions d'enseignement ecclésiastiques sous
contrôle. Je connais des cas où des théologiens se sont
fait faire des remontrances par leur évêque parce qu'ils avaient
autorisé la publication de leurs articles sur le site Web
consacré aux femmes prêtres. L'année dernière, la
Conférence épiscopale d'Angleterre et du Pays de Galles a
retiré son soutien financier à une conférence de
théologie tenue au Newman College, à Birmingham, parce que j'en
étais un des conférenciers.22
- Rédacteurs en chef, rédacteurs,
éditeurs. Nombre de journaux et de magazines catholiques sont
très vulnérables car ils sont la propriété de
diocèses ou de maisons d'édition détenues par des
congrégations religieuses. Rome a publié des instructions
très strictes pour les censeurs de livres leur intimant de ne pas donner
l'Imprimatur ou le Nihil Obstat à des livres
favorables à l'ordination des femmes. The Liturgical Press of St. John's
Abbey, Minnesota, éditeur nord-américain de Woman at the
Altar [Femme à l'autel] de Lavinia Byrne, a
prétendûment brûlé son stock de 1.300 exemplaires de
ce livre parce qu'il avait été informé par
l'évêque du lieu que Rome en était mécontent. Un
certain nombre d'éditeurs catholiques auquel j'ai montré le
manuscrit de The Ordination of Women in the Catholic Church. Unmasking a
Cuckoo's Egg Tradition [L'ordination des femmes dans
l'Église catholique. Démasquer la tradition de l'uf de
coucou], m'ont répondu : "Nous aimerions publier un tel livre
mais nous ne le pouvons pas dans le climat qui règne actuellement dans
l'Église !"
- Curés, responsables laïcs.
Grâce au nouveau serment de fidélité, les curés sont
également mis en garde : ils ne peuvent en aucun cas abandonner la ligne
de Rome en ce qui concerne l'opposition à l'ordination de femmes.
L'interdiction des femmes prêtres a été
intégrée dans les grands documents officiels de l'Église :
dans le Droit canonique (can. 1024), dans le Catéchisme de
l'Église catholique (§ 1577).
- Congrès et rencontres des Organisations
catholiques. Ce qui ressort de ces consultations est
souvent manipulé suite à l'intervention de Rome. Un exemple
scandaleux a eu pour cadre le Troisième Congrès Mondial de
l'Apostolat des Laïcs (Rome 1967) qui a montré la grande
variété des "mécanismes de contrôle
hiérarchiques" que Rome n'a cessé d'utiliser depuis.23
Les mesures d'intimidation que nous venons de mentionner ont
créé un climat dans lequel de nombreux individus et groupes en
viennent à parler et à agir contre leurs propres convictions. Ils
sont tiraillés par des fidélités contradictoires. D'un
côté, ils ne veulent pas désobéir à
l'autorité ou risquer de perdre leur emploi ou leur poste. De l'autre,
ils réalisent que la position de Rome contre l'ordination des femmes est
intenable et est condamnée à échouer. D'où un
problème de conscience qui est "résolu" à l'aide des
justifications bien connues:
"L'autorité a parlé. Je dois
obéir."
"Tout le monde se conforme à la ligne du parti.
Pourquoi risquer ma tête?"
"Un pape ultérieur modifiera
certainement cette position, en attendant c'est mieux de me
soumettre..."
"Il est préférable pour les gens qui me font
confiance que je garde mon emploi."
Il n'est nullement dans mon intention ici de condamner ceux qui sont
piégés par ce terrible dilemme. Leur lutte est difficile. Comme
professeur d'Écriture sainte au Collège missionnaire de Londres,
j'ai vécu le même traumatisme. J'ai continué à
enseigner, en me disant : "Certainement que l'Église va bientôt
évoluer ! Il est mieux pour mes étudiants que je reste. Je peux
les préparer pour l'avenir..." C'était avant Ad Tuendam
Fidem qui a imposé le serment de fidélité. Le
problème est que, tandis que chacun cherche des excuses,
l'honnêteté, la vérité et la
crédibilité en prennent un coup. Si les gens se soumettent, et
même prêtent serment, avec mauvaise conscience, l'Église est
progressivement corrompue. Car qu'est-ce qui est plus important en
théologie que de rechercher la vérité sans crainte et de
pouvoir discuter en toute liberté ? Et qu'est-ce qui est le plus
important pour l'autorité enseignante que la confiance des
fidèles en ses positions ? Et qu'est-ce qui est le plus terrible pour le
Peuple de Dieu que d'en être réduit à l'état de
marionnettes dont on tire les ficelles.
Dans l'Église, les abus de pouvoir de la
Curie romaine appellent rapidement à une réforme de la
manière dont l'autorité est structurée et dont elle
s'exerce.24 Cela exige aussi de notre part de
faire des pas en avant bien définis.
Principe n° 4. Le mouvement pour l'ordination des femmes doit
favoriser l'honnêteté à tout prix. (Voir
schéma n° 6)
- Les responsables pastoraux doivent être
encouragés à s'exprimer.
Au cours des dernières années, un certain nombre
d'évêques, de supérieurs religieux, de curés et de
théologiens se sont exprimés. Ils méritent tout notre
appui et leurs déclarations doivent être largement
diffusées afin d'encourager d'autres à faire de même.
Dans ce contexte, il est utile de rappeler
à tous ceux que cela concerne que les fonctionnaires de l'Église
qui ont prêté "serment de fidélité" ne sont pas
liés un serment qui va en partie à l'encontre de leur conscience.
Des évêques, par exemple, qui se sont engagés à ne
pas promouvoir l'ordination des femmes, condition de leur admission à
l'épiscopat, peuvent en arriver à changer de position quand ils
comprennent que l'interdiction d'ordonner des femmes repose sur des fondements
erronés. Grâce à leurs études de théologie
morale, les évêques savent que une promesse, même faite sous
serment, ne doit pas être tenue si (a) une erreur essentielle est
à la base de l'objet de la promesse ou (b) si une erreur concerne
l'objet de la promesse (par ex. c'est pour le bien de l'Église) ou (c)
si la promesse est faite sous la contrainte ou enfin (d) si la promesse est
devenue impossible ou dangereuse à accomplir. La promesse ne tient plus
ab intrinseco comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin : "Quel que
soit l'obstacle à l'accomplissement de la promesse, s'il existe, il
délie de la promesse qui a été faite."25
- Nous pouvons "faire éclater le système" en
élevant des protestations quand se présentent des occasions
opportunes.
De nombreuses études font ressortir que
les systèmes oppressifs sont maintenus au pouvoir avec la
complicité de majorités silencieuses qui sont en désaccord
avec lui mais qui laissent l'oppression continuer à s'exercer.
Cela s'appliquait à l'Union Soviétique26 et aux gouvernements dictatoriaux
d'Amérique latine27 et
cela n'est pas sans conséquences pour les chrétiens28 y compris dans la question de l'ordination des femmes.
Les dirigeants de l'Église continueront à
ignorer la questin si nous ne leur rappelons pas constamment que la situation
est anormale. On appelle cela "faire éclater le système".29
Dans de nombreux pays, les mouvements
féminins sont déjà engagés dans cette action :
manifestations régulières face à la cathédrale,
curés qui refusent de prêter le serment de
fidélité30, travailleurs pastoraux de sexe masculin qui refusent le diaconat
tant que leurs collègues féminines ne sont pas également
ordonnées31, panneaux
d'affichage portant le slogan "Ordonnez des femmes" et beaucoup d'autres
initiatives. La Conférence nord-américaine pour l'Ordination des
Femmes montre la voie et diffuse ses idées grâce à
Action Alert, un bulletin transmis par courriel et sa publication
trimestrielle NewWomen, NewChurch.32
Il est impératif que de telles initiatives se
développent et soient maintenues.
- Nous devons dénoncer toutes les formes de pression
exercées en coulisses.
De nombreux catholiques seraient consternés s'ils
savaient quelles pressions Rome exerce sur les évêques, les
supérieurs religieux, les directeurs d'institut, les théologiens,
les rédacteurs, rédacteurs en chef et éditeurs. Rome
arrive souvent à ses fins en imposant simultanément à tous
le devoir de "se taire". Personne n'est censé savoir cela. Mais,
à moins qu'il s'agisse d'une cas évident où il faut garder
la confidentialité pour des raisons relatives à la personne, ce
secret est connu parmi ceux qui abusent de leur pouvoir. La bonne
réplique, c'est la franchise, c'est révéler publiquement
ce qui se passe.
Au Synode sur l'Évangélisation
de 1974, les organisateurs du Vatican ont retiré subrepticement un
rapport dans lequel étaient rassemblées les suggestions
émises par les 200 évêques participants dans leurs
différents groupes de travail et l'ont remplacé par un document
que les organisateurs avaient préparé d'avance. Le nouveau
document a été présenté comme s'il
contenait les suggestions des évêques. Ce tour de passe-passe a
été courageugement dénoncé par certains
participants, révélant ainsi la duperie à
l'assemblée générale.33
Une prise de conscience publique se produirait dans
l'Église si de tels cas étaient de plus en plus mis en
évidence aux yeux de tous.
Conclusion
L'Église catholique finira par ordonner des
femmes prêtres. Combien de temps devrons-nous attendre ? Cela
dépendra d'un certain nombre de facteurs : l'apparition de nouveaux
dirigeants, des circonstances extérieures telles que la diminution de la
pratique et le manque de prêtres qui forceront l'Église à
reconsidérer sa position traditionnelle, et dans quelle mesure les gens
de la base - évêques, prêtres, religieux et religieuses,
laïcs - contesteront le système. Mais il ne faut pas sous-estimer
le rôle du Saint-Esprit. Il a déjà montré la voie
dans d'autres Églises.
L'Église catholique a traversé jadis de nombreuses
crises. Souvent les luttes et les souffrances de ses membres les plus
engagés ont conduit à des réformes qui ont bien
dépassé ce que l'on avait espéré et imaginé.
De la souffrance et de la défaite, l'Esprit fait surgir de force des
choses nouvelles. Les anciennes structures doivent être abattues pour
permettre que se développent de nouvelles pousses. Car notre campagne en
faveur de l'ordination des femmes n'est pas seulement la nôtre, c'est le
combat sans fin du Saint-Esprit elle-même qui, selon les mots de saint
Paul, gémit en nous comme nous, premiers fruits de l'Esprit,
gémissons en nous pour que nos propres identités soient
libérées. Et nous pouvons être remplis d'espoir.
"L'Esprit vient en aide à notre
faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut ; mais l'Esprit
elle-même intercède pour nous en gémissements inexprimables
; et celui qui scrute les curs sait quelle est l'intention de l'Esprit :
c'est selon Dieu en effet que l'Esprit intercède pour les
saints."34
References
- Les caricatures illustrant ce document sont
extraites de Kritische Trouw, R. Bunnik (coll.), Arnhem 2000,
publiées ici avec autorisation. [Back to
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voir aussi le "Official Commentary on Inter Insigniores", §
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mémoire d'Elle : reconstruction théologique féministe des
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prépare activement des femmes pour le diaconat.. Contact: Angelika
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- Les deux constituent un must absolu pour ceux qui font
campagne pour l'ordination des femmes. WOC National Office, PO Box 2693,
Fairfax, VA 22031, USA. Tel. + 1 - 703 - 352 1006. Email:
woc@womensordination.org.
[Back to text]
- Les détails de ces machinations m'ont été
racontés en détail, au cours d'une discussion personnelle, par
Fr. D. S. Amalorpavadass, un des deux secrétaires généraux
du Synode. Voir The Tablet, 6 november 1999, pp. 1506-1507.
[Back to text]
- Romains 8, 26-27. [Back to
text]
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