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J'ai pas mal
bourlingué dans ma vie, mais je n'ai jamais autant eu l'impression
d'être sur un bateau qui coule que maintenant au sein de l'Église
Catholique.
Et pourtant, je
l'aime cette Église ! J'y suis revenue après une absence de
quarante ans ! C'est dire que mon retour a été mûrement
pesé et réfléchi et qu'il ne s'est pas fait du jour au
lendemain.
J'avais
quitté en colère une Église d'avant Vatican II où
des curés sadiques demandaient à la gamine innocente que
j'étais combien de fois elle s'était masturbée pendant la
semaine et si elle avait embrassé un garçon sur la bouche et je
retrouvais une structure accueillante, beaucoup plus ouverte et sans dolorisme
et où, même le péché n'était plus
dramatisé jusqu'à la damnation éternelle ! La messe
était en français, les prêtres souriants, habillés
comme tout le monde ou presque et les nonnettes presque coquettes. La vie quoi
!
Je me sentais
l'enfant prodigue revenu à la maison et j'en parcourais avec
émotion toutes les pièces en remerciant le 'Bon Dieu' qui, dans
son infinie miséricorde, m'accueillait à nouveau à sa
table.
Hélas,
j'ai dû déchanter !
Ce n'est pas le
Bon Dieu bien entendu qui m'a fait déchanter, mais le sanhédrin,
les marchants du temple et les pharisiens.
Ils sont toujours
là !
Je viens de le
dire, je me croyais l'enfant prodigue revenu au bercail, mais c'était
oublier que l'enfant prodigue était un garçon
et que,
par conséquent, il valait que l'on tue le veau gras et qu'on le
rétablisse dans tous ses privilèges de gosse de riche,
héritier du pouvoir patriarcal.
Une fille, elle
aurait été lapidée pour avoir fauté, son petit
corps martyr aurait été abandonné aux chacals et aux
vautours, on l'aurait appelée 'la prostituée' ou 'la
pécheresse' et on aurait fait peur aux autres petites filles en citant
son exemple pour qu'elles restent bien sages et bien soumises et servent les
hommes selon l'ordre des choses. Plus tard, on aurait discuté pour
savoir si ces filles étaient des animaux ou des êtres humains, des
enfants de Dieu ou non, on leur aurait défendu de toucher les ornements
sacerdotaux ou les hosties, on leur aurait évidemment interdit,
lorsqu'elles auraient grandi, d'enseigner dans les Églises... Elles
auraient du avoir l'humilité et la soumission comme ornement
de leur sexe. On aurait brûlé au bûcher celles qui se
seraient révoltées en les traitant de sorcières, on les
aurait enfermées chez les fous ou au fond des couvents où elles
se seraient desséchées sous la discipline et les
macérations pour plaire à Dieu et se repentir d'être
femme.
Ces bons
sentiments vis-à-vis des femmes n'ont pas fondamentalement
changé.
Progrès
Il y a eu des
glissements dans le sens des mots, des atténuations, des litotes, des
déclarations de bonnes intentions, des 'Mulierem Dignitatis' mais en fin
de compte, la femme est restée l'ennemie du sacré. Elle doit en
être une consommatrice, mais elle n'y a accès que par
intermédiaire. : Le sacré, ce sont les hommes qui en
créent les hiérarchies, les règles, qui en organisent les
cérémonies et en confèrent les honneurs, qui se cooptent
entre eux, c'est eux qui en publient et en étudient les textes, c'est
eux qui se rencontrent dans des synodes internes ou cuméniques et
c'est eux qui comptent sur la peur qu'ils n'ont cessé d'instiller au
cur des femmes, pour qu'elle soient les gardiennes de ce qu'ils appellent
la Tradition.
On serait
d'ailleurs bien avisé de se demander en lisant Ratzinger et ses
séides si c'est Dieu qui a créé ces traditions ou si ce
sont les hommes qui les ont proprement divinisées au point de
perdre Dieu en se prenant les pieds dans leurs chasubles dorées et en se
ligotant dans leurs phylactères.
Aujourd'hui, on
voit en Occident les Églises peuplées de vieilles femmes, de
babouchkas marmottant de peureuses prières, de groupes de
charismatiques tourbillonnant dans d'étranges glossolalies à la
gloire du Pape divinisé de son vivant. On voit l'Opus Dei,
armée noire, silencieuse, secrète, cultivant la confession
à des prêtres espagnols, héritiers des juges aux grands
tribunaux de l'Inquisition - " faites contrition chère Duchesse car vous
avez grandement offensé le Seigneur et puis, pensez donc à nous
faire hériter de quelques actions et obligations pour nos uvres
auprès de Sa Sainteté ! "
J'exagère
? Je caricature ? À peine ! Je n'allais tout de même pas acheter
un chat dans un sac et j'ai tour à tour fréquenté tous ces
groupes. Je les ai vus opérer au nom du Seigneur, j'ai
écouté les homélies, essayé de discuter avec des
prêtres ligotés par leur serment obligatoire d'obéissance,
j'ai essayé de titiller leur esprit critique, leur conscience de libre
examen et je ne me suis attirée en gros de lamentables réponses
conventionnelles sur le rôle des femmes et leur nature, leur
dignité, l'humilité nécessaire, la Vierge Marie, tout un
indigeste juke-box théologique
Heureusement que
j'ai pu rencontrer des communautés de base, le groupe de Housetop
et quelques personnes de caractère et de conviction dont la foi solide
et vraie m'a soutenue et m'a donné l'espoir qu'un changement
était possible dans l'Institution ou même, à
côté d'elle s'il fallait, en attendant, recréer
l'Église des catacombes.
Tout espoir n'est
pas perdu ! Mais il faut s'affermir, être assertif, oser parler, oser
dire et là, il y a encore beaucoup de chemin à faire dans une
communauté où, par Tradition, on a toujours voulu occulter
l'esprit critique et n'accepter les demandes que dûment revêtues du
nihil obstat d'une pharisienne Hiérarchie.
Ce que je pense,
c'est qu'il est temps de se réveiller et de faire un bilan de notre
situation dans notre maison, dans notre Église, d'ouvrir les
fenêtres pour aérer et d'apprêter les plumeaux pour enlever
la poussière des grimoires.
C'est là
que les femmes doivent être de bonnes ménagères. C'est
après-tout un rôle qui leur a été traditionnellement
dévolu. Servir, c'est servir l'Église en marche avec les
fidèles, près des fidèles, en répondant à
leurs aspirations et en tenant compte de tous leurs charismes.
Or, il se fait
que bon nombre de femmes ont entendu l'appel du Seigneur et veulent servir
à l'autel. Elles ont tous les charismes pour le faire, rien
théologiquement ne les en empêche. Il faut qu'elles s'en rendent
compte, qu'elles en soient convaincues et qu'elles ne s'épuisent pas
à quémander des autorisations qu'on ne leur accordera pas pour
l'instant. Il faudrait qu'elles retroussent leurs manches, qu'elles essaient
d'abord de convaincre les autres femmes de la vraie dignité d'un
être humain, d'un enfant de Dieu, de baptisées ! Il faut qu'elles
soient persuadées du bénéfice que tirera l'Église
d'avoir des hommes et des femmes appelés à la prêtrise, des
hommes et des femmes vivants, seuls ou en couple, selon leur propre choix et
pas forcés à un célibat castrateur les éloignant de
ceux qu'ils ont à guider et à accompagner.
Nous joindrez-vous ?
C'est vrai
que le travail est immense et que les enjeux sont énormes, mais cela ne
doit pas nous effrayer : nous, les femmes, nous en avons vu d'autres !
Pour toutes cettes
raisons je soutiens le réseau
Sainte Catherine de Sienne, avec ses buts et ses
projets, et je vous demand nous aider selon vos possibilités.
Si vous nous laissez un legs dans votre testament, votre vision
de l'avenir de notre Église continuera après votre mort.
Au cours des
siècles, nous avons déjà rencontré des
difficultés que nous avons surmontées les unes après les
autres, nous sommes en marche. Le monde peu à peu se rend compte des
faiblesses du système patriarcal et des malheurs qu'il engendre : les
tyrannies, les guerres, les dominations de tout genre, sexuelles
particulièrement, le capitalisme sauvage, la traite des êtres
humains, la ruine de la planète au profit de Mammon. Il est plus que
temps que les femmes prennent leur place pour guérir les humains en leur
restituant cette partie d'eux-mêmes trop longtemps atrophiée et en
accomplissant le plan divin dans son intégrité : " Homme et
Femme, Il les créa ! "
Françoise Bourguignon. Bruxelles, le 14 janvier 2005 |